CHAPITRE III
soldats but, au nom de tous, à la santé du Roi Moïse I*, Cet exemple fut suivi par ses camarades et par toute la compagnie, et immédiatement acclamé par le son des tambours, des trompettes et de l'artillerie.
Lorsque les grenadiers eurent fait honneur à ce toast et à quelques autres, ils firent face en arrière et défilèrent de la salle aussi solennellement qu’ils y étoient entrés, puis retournèrent à leurs tables de la rue.
Peu après, un homme costumé d’une façon fantastique entra à son tour dans la salle et distribua parmi les assistants des feuilles imprimées qui sembloient venir directement de la presse.
Elles contenoient une chanson faite tout exprès pour l’occasion, redondante de gaieté, d’esprit et de bon sens, indiquant d’une façon humoristique les avantages possédés par les citoyens de Genève, et exhortant ceux-ci à l’union, à l’industrie et au civisme. Ces couplets furent chantés par l’homme qui les avoit apportés et la compagnie s’y joignoit en chœur
pour les refrains. !
1 Cette chanson, composée sur l'air: « Vous qui du vulgaire stupide, » n'avait pas moins de quinze couplets ; elle commençait ainsi :
Qu’armés des foudres de la guerre, Suivis de soldats indomptés,
Les Césars enchaînent la terre
Sous leurs drapeaux ensanglantés !
Heureux les mortels dont ma Muse Va chanter les jeux innocents, C'est pour le Roi de l'Arquebuse Qu’'Apollon enivre mes sens.
Citons encore les couplets suivants :
Darius ne dat sa couronne Lorsque l'Europe est embrasée Qu'aux heureux cris de son coursier ; Depuis la Croix jusqu'au Croissant, Mais c'est l'adresse qui la donne Que Constantinople écrasée
A notre brave Arquebusier. Voit son empire chancelant ;
Il court vers son mousquet fidèle, Lorsque Bellone échevelée
Rougit d’une noble pudeur, “Tonne, éclate de toutes parts,
Et sans que le hasard s'en mêle, Peuple heureux, loin de la mèlée,
Il vient, il voit, il est vainqueur. Tu dines en paix dans tes remparts,
(Sigismond Coutau, Archives dela Société de l'Arquebuse.)
Lorsque nous sortimes de l'Hôtel de Ville, nous trouvâmes encore attablés dans la rue les soldats mêlés à leurs officiers et entourés de leurs femmes et de leurs enfants.
Is se levèrent bientôt après et, divisés en groupes, se rendirent sur les remparts, aux champs où dans les jardins, où ils continuèrent à se divertir avec la musique et la danse jusqu’à la fin de la soirée.
Sans offrir une représentation bien fidèle des manœuvres de la guerre ou des fêtes élégantes de la cour, les exhibitions de ce jour formoient le tableau le plus animé de joie, de plaisir, de bonne humeur et de cordialité que j'aie jamais vu.
Les habitants de toute une ville, de tout un Etat, s’il vous plait, unis dans une scène de bonne camaraderie, comme une seule et même famille, cela n’est certainement pas chose si
ordinaire ! »
Dans une autre lettre, plus sérieuse, l’auteur parle avec la plus grande estime du courage et des institutions militaires des Crenevois, y compris les fortifications de la ville, et prend sévèrement à partie ceux de leurs concitoyens qui s’avisaient de les blâmer et de les tourner en ridicule. Ilne faut, d’ailleurs, jamais oublier qu’à cette époque un grand nombre d’officiers et de soldats genevois de toutes armes avaient figuré dans les services les plus actifs à l'étranger, avaient même fait la
guerre et plusieurs avec une grande distinction.
De Madame Naville-Rilliet à Madame Galiffe, née Naville, à Genève, sa belle-sœur, lettre recommandée à Messieurs les frères Eynard et La Grange, de Schinznach, le 10 juillet 1774.
€ J'ai à répondre à trois lettres, et je commence par toi: car c’est toi qui dates la première, et il est bien juste que je ré-