CHAPITRE III
De Madame Prevost-Revilliod à la même, à Châtelaine, de (Aïre ? ), le 18 décembre 1781, au sujet de son fils Jean-Louis Prevost,! que Madame Galiffe avait fait entrer au service de France par lentremise de M. Tronchin et de son cousin M. Perret.
« On ne peut être plus sensible, Madame et bonne amie, à tous les témoignages d’amitié que vous me donnez en vous intéressant comme vous le faites à notre cher fils. Je n’ose vous en remercier, connoissant votre cœur tendre et sensible, aimant à obliger vos amis. Toute ma reconnoissance envers M. Perret vous est due ; mes yeux sont pleins de larmes de tout ce que je vous dois, je ne l’oublierai de ma vie.
Vous me demandez, chère amie, mon sentiment sur ce que vous devez faire à cet égard ; que vous dirois-je que vous n'ayez déjà fait? — Je désire avec la plus grande ardeur, ainsi que M. Prevost, qu’il vienne en France, et je n’en dors pas, dans la crainte qu'il ne soit parti. Dieu veuille que non, et qu’il puisse encore profiter de toutes vos peines! — Nous n’en avons point eu de nouvelles depuis vous. Son frère lui a écrit tout ce qui en étoit, comme vous le savez.
Excusez mon griffonnage ; ma main tremble de l'agitation de mon esprit; l’état d'incertitude où je suis est cruel. Ah! si je pouvois voir notre pauvre Jean-Louis ici, vous dire tout ce qu’il sent, vous témoigner toute sa gratitude! Et moi, chère et
au milieu d’une population étrangère et catholique. Pour en juger sainement, il faut attendre les résultats dela tendance actuelle, surtout en ville, à poursuivre dans les mariages des convenances autres que celles des antécédents sociaux ou confessionnels.
1 Ce Jean-Louis Prevost fut ensuite officier au service de la Grande-Bretagne, puis membre du Conseil représentatif, ete. I1 épousa plus tard une demoiselle Cayla. Il s'agissait surtout alors d'empêcher qu’il fût envoyé en Amérique. — La campagne Prevost-Revilliod d’Aïre, dite aussi la Revilliode, était, sauf erreur, ce petit prieuré d'Aïre, dépendant du prieuré de Saint-Jean, que nous avons reproduit dans le II® volume de notre Genève historique et archéologique.
bonne amie, que vous dirai-je ? que je vous aime, que je vous chéris ! cela est trop foible en raison de tout ce que je pense.
Toute ma famille vous présente ses respects ; j’embrasse tendrement la vôtre. Nous languissons de vous voir tous. En attendant, je vous prie de me croire, ma très-bonne amie, votre dévouée, fidèle et reconnoissante amie