CHAPITRE II
nyme échangé, l'an IV de la République, par l'Autriche contre Madame, ensuite duchesse d'Angoulême. Il valait la peine de donner ces renseignements généalogiques, puisque M. et Madame Quinette-Roza sont les propres père et mère de l’illustre écrivain Edgar Quinet.
Dans une lettre écrite le 29 mars 1875 au Journal de (renève, à propos de la mort alors toute récente d'Edgar Quinet, M. Louis Dufour-Vernes a tenu, en bon Genevois, à . rappeler à ses concitoyens les liens de famille, fort peu connus jusque-là, qui unissaient à notre pays l’illustre écrivain français. Il dit en terminant : & M. Quinet, qui m’écrivait à ce sujet en 1867, se montrait très-heureux de ces relations de parenté avec Genève, et faisant allusion aux destinées bizarres des Zagisse, il continuait mélancoliquement: On se connattrait bien mieux soi-même si l’on prenait la peine d'étudier ses origines. » Rien de plus vrai! Qui sait jusqu’à quel point la transplantation de républicains de naissance et d’éducation dans divers pays où ces principes ne trouvaient plus leur pleine et urgente satisfaction, n’a pas contribué à engendrer, même en seconde ou troisième génération, les contradictions et les violences caractéristiques des Rousseau, des Clavière, des Marat et de tant d’autres qui, s’ils fussent restés dans leur patrie, y seraient peut-être devenus de tout autres
personnages ?
De M. Marc Micheli de Dulit, seigneur dudit lieu (entre Nyon et Rolle au pays de Vaud), à la même, à Châtelaine, — de Dulit, le 5 mai 1782, pendant les troubles de cette année.
« Madame,
Vous mettez un bien grand prix au service que nous avons eu le bonheur de vous rendre. L’on n’est que trop heureux de pouvoir en rendre à ses amis et nous serions très-flattés que
vous vouliez bien nous réputer tels. Ce seroit à nous à vous
faire des remerciements de ce que vous avez bien voulu nous envoyer ces jolis enfants. Ils sont charmants, bons, honnêtes; nous en aurons tous les soins qui pourront dépendre de nous; je vous prie, Madame et Monsieur, d’en être bien persuadés. Ils se portent à merveille; ma fille s’est chargée de leurs études; c’est une demoiselle très-sçavante qui sort de faire sa théologie. L’aîné pourroit se passer de maître; il aime l’étude, la lecture, et j’admire un enfant de son age préférer un livre aux promenades, au char, et à tous les autres amusements de ceux de son age. Il a une grande mémoire, se rappelant les choses qu'il a lues, les pièces de théâtre qu'il a vu jouer. Is ont une bonne qui a du sens et qui les aime; elle couche dans leur chambre et je l’ai priée de ne pas les quitter le jour, à moins que quelqu'un de la maison fût avec eux, ce qui s'exécute régulièrement. Je n’ai pas voulu manquer ce courrier pour vous donner de leurs nouvelles. Je m'en acquitte avec d'autant plus d’empressement que cela me procure l’honneur de me rappeler à votre souvenir et à celui de Monsieur Galiffe, que j’assure de mes obéissances les plus empressées. Madame de Micheli qui aura, ou moi, l'honneur de vous donner quelquefois des nouvelles de vos fils, me charge de vous dire mille choses à l’un et à l’autre. Mon frère y joint les siennes. Point de nouvelles à vous apprendre.
J’ai l'honneur d’être, avec la considération la plus respectueuse, Madame,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur DE MICHELI DULIT.
Vous avez, Monsieur et Madame, mille baisers de ces jolis Messieurs. »
En avril 1782, le parti populaire avait réussi par une san-
glante émeute à s'emparer du gouvernement. En attendant à