‹ D'une Classe de Délinquants Irresponsables Intermédiaires Aux Aliénés et Aux Criminels (Clinique, Assistance, Médecine Légale)Chapitre 10 sur 33 · AN TE · texte numérisé non relu

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vation exclusive des idées prédominantes. Les observateurs n'ont aperçu le plus souvent que ces idées saillantes qui frappent de prime abord et semblent résumer toute la maladie. Ils n'ont pas remarqué le fond de la maladie. »

DeLasrauve (!) comprend sous le vocable pseudo-monomanie ou délire partiel diffus tous les faits rangés communément dans la manie sans délire, dans la manie raisonnante et dans la monomanie instinclive, pour bien montrer l'instabilité, la confusion d'esprit de ce genre de malades.

GRIESINGER va jusqu'à dire que la manie sans délire a été créée « pour le malheur de la science. »

Les adversaires de la doctrine d'Esquirol s’efforçaient done de faire admettre par les médecins et les magistrats que l’irresponsabilité complète devait s'étendre non seulement aux cas où le délire avait été cause efficiente, mais encore à ceux où le délire semblait hors de cause (Falret). « Irresponsabilité absolue et aliénalion devenaient ainsi aux yeux d’un certain nombre d’aliénisies deux termes inséparables. Cette hardie tentative n’eût probablement pas réussi si une idée nouvelle ne fût venue lui apporter un renfort inattendu. Cette idée nouvelle, c’est la conception des héréditaires ou dégénérés de Morel, qui va non seulement consolider la folie morale, mais lui donner une extension légitime. » (?)

C'est Morez (?) en effet qui a le plus contribué à la destruction de la doctrine du délire partiel en rattachant la folie des actes aux folies héréditaires et en faisant ressortir le lien étroit qui l’unit dans la succession des générations, à l'imbécillité et à l’idiotisme, c'est-à-dire aux dégénérescences. Le malade en question, c'est le dégénéré de la seconde classe de Morel.

(1) Decasrauve (De la monomantie au point de vue psychologique). (2) Dueuisson (Loc. cit.).

(3) Morez (Traité des Maladies mentales, 1860).

en

I offre des caractères non seulement intellectuels et moraux, mais physiques : son crâne, sa face présentent des anomalies qui à elles seules suffisent à la détacher de la masse des gens normaux. Il s'exprime ainsi dans son Traité des maladies mentales : « Les individus affectés de cet état désigné sous le nom de folie morale appartiennent en grande partie à l’une des principales variétés de la folie héréditaire. Dans le cours de leur existence, la folie se signale bien plus chez eux par le délire des actes que par le délire des paroles. Ils se distinguent par leurs excentricités, l’incohérence, l'irrégularité, et souvent même la profonde immoralité de leurs actions. Ils ont un besoin instinctif de tourmenter tous ceux qui vivent dans leur dépendance, de ne pouvoir longtemps se fixer aux mêmes choses; ils n’ont en un mot aucune suite dans leurs projets, aucune coordination dans les actes de la vie, aucun esprit de conduite dans l’accomplissement des devoirs de la famille ou de la société. Cette catégorie d'êtres dégénérés ne se distingue ordinairement par aucun délire spécial. Leur existence est toute automatique, ils n'expriment d'autre désir que de recouvrer leur liberté. La plupart ne tardent pas à retomber et à devenir pour leurs parents et la société une cause menaçante de dangers. Il a fallu les isoler de nouveau, et ils se sont toujours présentés à notre observation avec l'abolition complète de tous les sentiments moraux. On dirait qu'il ne reste chez ces êtres aucune notion du bien et du mal; ils ont désolé leur famille sans le moindre regret. L'amour du vagabondage semble dominer les actes d’un grand nombre. »

« Grâce à la création de Morel, ceux qui après lui et sous le nom d'héréditaires et dégénérés ont creusé l’ancien type du fou moral, n'ont fait qu'accuser de plus en plus les traits par lesquels il se confond avec le pervers. » (!)

(1) Dupuisson (Loe. cit.).

CAN Te

Jules Farrer (1) partage les idées de Morel et croit que la

folie raisonnante ne se montre que chez des individus prédis-

posés ordinairement à la folie : « Ces malades sont conduits devant les tribunaux et condamnés par les lois comme responsables de leurs actes. Ce n’est qu'exceptionnellement qu'ils sont enfermés dans les asiles d’aliénés; encore parviennentils fréquemment à en sortir, soit sur la demande de leur famille. Sans offrir habituellement un danger absolu au point de vue des actes de meurtre ou de suicide, ils sont pourtant à d’autres points de vue essentiellement nuisibles dans leur famille et dans la société. »

TaRDIEU (*) s'exprime ainsi au sujet de ces malades « C’est dans les faits seuls, c'est pour ainsi dire dans une galerie de portraits qu’il convient de mettre ces individus dégénérés, cent fois pires que les véritables aliénés, qui ne sont pas intellectuellement des imbéciles, mais qui dans l’ensemble de leur vie, dans l’excentricité de leur conduite, dans les défaillances de leur nature morale, dans l’inconscience surtout de leurs actes, viennent cependant très légitimement prendre place dans le cadre de la folie. »

Le D° Macwan (*), marchant à la suite de Morel, a remanié ce que ce dernier avait de trop absolu. Ses nombreux travaux sur les dégénérés ont montré toute la part qu’il faut faire chez eux à l’hérédité. Il a placé cette cause de dégénérescence au premier plan. C'est parmi les dégénérés héréditaires que le savant aliéniste de Sainte-Anne place les malades qui nous occupent. La folie des dégénérés est une résultante d'un nombre considérable d'états morbides ayant affecté chez les

(1) Jules Fazner (Les aliénés, 1890).

(2) Tarpieu (De la folie, 1880).

(3) MaGnan : (Recherches sur les centres nerveux, 1892),

Len:

ascendants d'un malade le système cérébro-spinal et qui arrive à conslituer un terrain spécial. Dans quelques circonstances ces dégénérescences mentales peuvent être acquises à la suite d’affections aiguës. Mais héréditaire ou acquis, ce terrain spécial, visiblement dégénéré, possède des qualités propres qu'il est facile de différencier, grâce à certains signes, de ce que doit être l’état normal.

Les héréditaires dégénérés naissent avec la marque de leur origine ; ces stigmates physiques sont très connus ; nous n'y insistons pas, ce ne sont d'ailleurs que des symptômes d'importance secondaire. Une étude plus utile est celle des anomalies du développement cérébral. Suivant le siège et la généralisation des lésions, suivant la localisation des troubles fonctionnels, ces types cliniques observés sont très variables. Mais malgré leur diversité, « des transitions insensibles conduisent d'une extrémité de l'échelle à l'autre, de l’idiot complètement dégradé au dégénéré supérieur, intelligent, mais déséquilibré. » () Les nuances infinies sous lesquelles se présente l’état mental des héréditaires dégénérés se rattachent aisément aux modalités suivantes : (?)

1° Troubles de la sphère intellectuelle, pondération régulière de l'état moral se manifestant par des délires ;

2 Équilibration apparente des facultés, mais défectuosités saillantes se manifestant à l'usage (émotivité, — obsessions, — syndromes épisodiques).

3° Troubles de la sensibilité : état moral défectueux.

Ce sont nos malades. « Entraïnés qu’ils sont par leurs mauvais instincts, souvent dès le jeune âge, à commettre des actes

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(1) LeGRain (Du délire des dégénérés).

(2) Maexax (Lecons cliniques).

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