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délictueux, on les voit fréquemment garnir les bancs de la police correctionnelle. Dans l'enfance ils sont gourmands, paresseux, menteurs, intraitables ; ils sont méchants, laquins, s’ingénient à trouver mille malices pour nuire à autrui (!) », et plus loin, « c'est un premier degré de délire. Ces malades (foux-moraux), ont dépassé la frontière qui sépare l’état délirant de l’état mental pur et simple. Ce n'est pas constant toutefois, et un grand nombre de pervertis, de ceux qui, par exemple, peuplent chaque jour les bancs de la police correctionnelle, apprécient fort bien à leur juste valeur les actes qui les font condamner. » «
Depuis plusieurs années, ces malades, qu'on les appelle des fous moraux ou dégénérés héréditaires, ont occupé la Société médico-psychologique.
En 1890, le D’ Marandon de Montyel s'exprimait ainsi :
« On a achevé de désorganiser nos asiles et d'y mettire le désordre en y accueillant le dégénéré moral, cet être plus pervers que malade, plus criminel qu'aliéné. »
Cette question a été reprise par M. Charpentier dans la séance du 29 févrien 1892, et il concluait ainsi :
« En définitive, que sont les sujets qui nous occupent ? Sont-ce des aliénés ? Leur diagnostic à varié avec l’évolution de la pathologie mentale. Tour à tour ils figurent dans la manie chronique, dans la folie intermittente (Lasègue), dans l'épilepsie larvée (Legrand du Saulle), dans les folies héréditaires (Morel), dans la folie raisonnante (Bigot), ou la folie morale... La tendance aux évasions existe chez presque tous et les évasions sont fréquentes... Ces malades se vantent aussi de duper les médecins en simulant l'épilepsie au début, mais ils trouvent bientôt plus commode de simuler l’incohérence,
(1) LeGrai : Du délire des dégénérés (Thèse Paris 1886).
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l’agitation, les idées folles de grandeur ou de persécution... »
L’impression que produisit le travail de M. Charpentier à la Société médico-psychologique fut qu'il considérait ces malades comme des vicieux et des simulateurs.
À la séance de la même Société du 27 juin, M. Marandon de Montyel exposa son opinion sur les mêmes malades : « Il y a très peu de simulateurs, ce sont des individus plus vicieux que malades, ou même pas malades du tout, paresseux, pleins de mauvais instincts pour qui la vie régulière est insupportable et qui, connaissant les résultats de leur ivresse, s’enivrent pour obtenir l’internement qu’ils cherchent. Ce ne sont pas des aliénés, car ils savent très bien calculer leurs intérêts. Ils viennent à l'asile pendant la période qui répond au chômage pour eux... Allez donc dire que ces vicieux sont des abouliques. »
M. Garnier (!) s'exprime ainsi : « Existe-t-il des individualités douteuses, évoluant toute leur vie dans cetle zone intermédiaire, où ce n’est pas encore la folie et où ce n’est plus déjà la raison? Une des plus intéressantes questions qui soient en sociologie comme en médecine et en criminalogie est la détermination exacte qu’il convient d’assigner au criminel instinctif, à cet être dévié, incomplet chez lequel s’observe la rétrocession de ce qui est le couronnement de la personnalité humaine : les sentiments moraux et affectifs. »
Cette question a été reprise depuis dans différents congrès (Congrès d'anthropologie de Bruxelles, 1893, — Congrès pénitentiaire international, 1895, — Société générale des prisons, 1895, — Congrès de Nancy, 1896, — Congrès de Toulouse, 1897). Mais l'entente n’est pas absolument faite sur ces
(1) Garnier (De l'internement des aliénés, 1898).
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malades ; les uns les considèrent comme des vicieux, les autres comme des aliénés ; d’autres comme des vicieux et des aliénés tout à la fois, mais presque tous s'accordent à dire que leur place n’est ni à l'asile ni à la prison.
Pour nous résumer nous voyons combien variables sont les opinions émises par les auteurs sur celte catégorie d’individus. En France, nous avons considéré deux périodes répondant à deux conceptions différentes.
Dans la première, ces malades ne sont étudiés qu’au point de vue clinique, on les décrit sous le nom de monomanes, de fous moraux, de fous lucides ou avec conscience.
Dans la deuxième période, on se préoccupe du point de vue biologique. Morel établit sa doctrine des dégénérescences dans l'espèce humaine et il considère ces individus comme des dégénérés. C’est alors que l'Ecole de Ste-Anne reprend la question avec Magnan. Elle pose en principe que l'état mental de ces malades n’est qu’une façon d’être du dégénéré, et il n’en est qu'un des aspects contingents.