AVES
À la suite d'actes inconsidérés, il y est renvoyé le 24 dé- cembre 1898. |
… Stigmates physiques de dégénérescence : Asymétrie faciale. Voûte palatine ogivale. Adhérence du lobule.
Asile Sainte-Anne. — Service de M. MAGNAN.
OBSERVATION XI (Personnelle).
Hérédité. — Débilité mentale. — Fugues. — Instabilité mentale. — Mauvais instincts. — Vagabondage et vols. — 9 internements. — Plusieurs évasions.
M...., âgé de 20 ans.
A. H. — Père a eu des attaques épileptiques qui ont cessé ‘en 1887. Mère très nerveuse, migraineuse. Quatre autres enfants sont bien portants, mais l’un d’eux est instable et indocile ; les autres seulement excitables..
A. P. — Le malade a toujours été difficile à élever, sujet à des insomnies rebelles depuis le berceau. Pas de convulsions. Il a toujours fait des extravagances. — Fugues.
Premier internement à la suite de ces fugues, il était parti avec un cirque forain pour voyager. « Quand ça me dit de m'en aller, je m'en vais. » Certificat du D' Legras : « Débilité mentale avec perversions instinclives, mensonges, vagabondage ; instabilité mentale. Hérédité. » Envoyé à Vaucluse le 29 novembre 1893, il s’en évade en avril 1896 avec d’autres camarades. — Deuxième inlernement à Vaucluse, 8 avril 1896, il est mis en liberté en octobre suivant. — Troisième internement ; placement volontaire le 19 décembre 1896. Evasion en février 1897. Réintégré à Vaucluse 6 février. Nouvelle évasion le 29 mars 1897. Le D' Taguet motive ainsi le certificat par laquelle il réclame la réintégration du malade : « Caractère difficile, ne peut tenir en place, ne sait ce qu'il veut... » Il y est ramené le 3 avril. Evasion en août 4897. Il se fait arréter pour n'avoir pas pris son billet pour Arpajon. Vagabondage. Renvoyé à Vaucluse le 4 septembre, évasion en février 1898. Arrêté de’ nouveau quelques jours après, il explique son évasion en disant « qu'il
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s’est aperçu que d'écrire ou de demander sa sortie, cela n’aboutissait à rien; donc je me suis sauvé. Avant de me sauver, je n'avais pas d'effets de civil, pas d'argent. Je me suis mis à escalader la chambre d'un employé, et à fracturer son armoire, et enfin tout ce que j’aitrouvé d’utile à emporter, je l'ai pris. » Dans cette lettre au médecin, il donne ce détail intéressant sa jeunesse : « A l’âge de 9 ans, je commençais à fréquenter la mauvaise compagnie ; je fus détourné et me mis à voler mes parents. J’allais manger l'argent avec des camarades. Mes parents voyant cela me firent arrêter. J'ai été enfermé deux mois à la Petite-Roquette, je sortis après cela; je partis jusqu'à Nancy, et là je fus arrêté, ramené à Paris et enfermé un mois pour la deuxième fois à la Petite-Roquette. » Il demande à être envoyé à Bicêtre où il sera plus près de ses parents et où il sera tranquille jusqu’à ce qu’il « parte soldat »; mais si on le renvoie à Vaucluse « je vous promets que je n'y resterai pas, aussi vrai que je m'appelle M... de mon nom. » Interné à Bicêtre le 11 février 1898 ; il est alors âgé de 20 ans, il sort en liberté au mois de mai suivant pour passer le conseil de révision. Il est réformé pour faiblesse d'esprit. Sa famille essaye de la vie libre, mais en vain, car le 15 décembre 1898, il est réintégré à Bicêtre. Le certificat porte qu'il ne peut être gardé par aucun patron, et qu'ila injurié sa mère. Sorti fin août 1899. — Neuvième internement à Bicêtre le 6 octobre suivant à la suite « d’irritabilité, ‘excitations, violences à la suite d’excès de boissons. » C’est ‘la première fois que ces excès sont constatés.
OBsErvaTioN XII (!)
29 entrées à l'Infirmerie spéciale. — 20 internements. — Nombreuses condamnations. — Débilité de l'intelligence. — Alcoolisme. — Mauvais instincts.
Ch..., 55 ans, rentier.
« Etat maniaque chronique, ivrognerie, imbécillité raisonnante, raison lucide, imbécilhité des actes, faiblesse intellec-
(1) (Publiée in thèse Lucas, Paris 1892). Résumée.
tuelle, incurable, ballotté toute sa vie des maisons d’arrêts aux Asiles et réciproquement, beaux projets inexécutables. » Ce certificat de Lasègue résume toute la vie du malade. C’est un pédéraste, 1l a commis des escroqueries, des attentats à la pudeur. Il est atteint d'un tic de la joue droite. Quatre internements avant 1871. De 1871 à 1899, il a été dirigé 27 fois sur l’Infirmerie ; a subi 18 internements, ce qui fait 4 ans et demi d’Asile. Quatre évasions. C’est pour le même délit qu’il est arrêté : filouterie d'aliments compliquée d'ivresse. Il se fait passer pour le prince Orloff ou le duc de Mouchy. Il vole ceux qui ont confiance en lui et boit avec excès.
Rapport de MM. Brouardel, Blanche et Mottet, 12 avril 1887. « On ne peut pas ne pas reconnaître que Ch... doit être définitivement privé de sa liberté, puisque c’est le seul moyen de lui empêcher de commettre des actes dangereux pour autrui. L'expérience est aujourd’hui complète. Aussi longtemps que ceux qui le considèrent comme une nature paresseuse, ont pu espérer que l’emprisonnement exercerait une influence salutaire sur ses mauvais instincts, aussi longtemps que ceux qui voient en lui un malade ont pu penser que le régime salutaire de l'asile fortifierait et rectifierait la faiblesse et les défectuosiiés de son organisation cérébrale, on était autorisé à ne prendre vis-à-vis de lui que des mesures momentanées et transitoires. Aujourd’hui, c’est une mesure définitive et irrévocable à laquelle il nous semble qu'il est expressément recommandé d’avoir recours. Or, étant de ceux qui considèrent Ch... comme un malade, nous demandons qu'il soit placé dans un asile spécial où il sera placé et maintenu et soumis à une serveillance très sévère, et d’où il ne pourra sortir qu'après avoir subi les examens médicaux que la justice et l'administration ordonnent avant d'accorder la mise en liberté des aliénés réputés dangereux. » Fut envoyé après non lieu à l’Infirmerie spéciale, puis de là à Bicêtre, où on le fit sortir malgré le certificat ci-dessus. Le jour même de sa sortie, il fut trouvé dans un ruisseau, tout contusionné, et dans le coma : transporté à Cochin. De 1887 à 1890, alternation de prison et d’asiles. Certificat du D° Garnier, février 1890. « Dès l'instant qu'il est démontré que Ch... appartient à la catégorie de ces dégénérés alcoolisés chroniques qui délirent bien plutôt par leur conduite que par leur langage, il devient difficile pour le médecin qui les observe et les traite
Gr
de considérer leur apparente lucidité à l'asile, comme une preuve de leur aptitude à se diriger au dehors. Dans la maison de santé, en effet, leurs actes sont contenus par une règle, une discipline : la tentation et les excitations du dehors font défaut. Quand un malade a prouvé, comme Ch..., par des exemples surabondants que la diathèse psychopathique qui domine toutes les manifestations de son activité cérébrale le ramènera fatalement aux mêmes excès, aux mêmes ex{ravagances, aux mêmes délits. Il paraît peu admissible qu'on fasse jamais fond sur cette trompeuse lucidité pour déclarer qu'il est en mesure de gouverner sainement son existence et d'opposer un frein à ses impulsions morbides. » Nouvel internement : au total 29 entrées à l’Infirmerie spéciale, et 20 séquestrations : condamnations innombrables.