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les anthropologistes et criminalistes qui ont contribué à cette assimilation du criminel et du dégénéré.
L'étude du criminel au point de vue anatomique et physiologique fit retomber peu à peu les savants dans l'erreur de Gall et Lavater, qui pensaient avoir trouvé la bosse du crime, et pour être moins précis que les phrénologistes, les criminalistes modernes nous semblent avoir échoué dans leur type du criminel. Qu'on l’appelle criminel-né, délinquant d’habitude (Lombroso et l'École Italienne), neurasthénique (Benedikt), psychopathe (Babinsky), que l’on soutienne que c’est plutôt une manifestation régressive (Lombroso) ou un cas d’atavisme, ou ni l’un ni l’autre, mais un type nouveau d’aliénés (Morel et Magnan), ou seulement en voie de formation (Virchow), tous les signes anatomiques ou physiologiques que l’on a donnés pour édifier un groupe spécial, ont réussi seulement à démontrer qu'on pouvait assimiler les membres de ce groupe à certains dégénérés héréditaires de Morel et de Falret. Lombroso lui-même en est arrivé à assimiler ses mattoides à des sorles d’épileptiques, c'est-à-dire à de vrais malades. Peu à peu, en somme, comme l’a exposé le D° Dubuisson (!), l’on tend à identifier le vicieux et le fou moral, « à confondre décidément le criminel et l’aliéné, à faire de la criminalité une simple variété de l’aliénation. »
Aussi bien l'École Italienne, mise en demeure de donner à sa théorie une sanction pratique, ne compose-t-elle pas avec les coupables ou anti-sociaux. L'irresponsabilité pour certains de ses disciples (Ferri, Garofalo) n'exclut pas la condamnation même à mort dans le seul but de protéger la société. En effet, en face de la responsabilité individuelle se place la responsabilité vis-à-vis la société. Mais on ne voit
(1) Dusuissox ‘Évolution de la responsabilité. Archives d'anthropologie criminelle, 1887).
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pas qu’il suffise que le crime soit un phénomène social pour que la société doive sévir contre celui qui le commet. Il faudrait d’abord que la société n’eût pas une grande part de responsabilité dans le développement des crimes ou des maladies qu’on y observe. Or la science évolutionniste (Darwin, Spencer) porte à le croire et amène à conclure légitimement que la société doit protéger les individus contre eux-mêmes et contre les autres. Aussi rejetterons-nous la thèse de Garofalo, incompatible avec la considération que l'on doit à l'individu, à la personne quels qu’ils soient. « C’est une barbare cote mal taillée », qui n'aurait d’excuse que si l'incurabilité absolue des déshérités de la nature qui nous intéressent était démontrée, ce qui n’est pas. Rappelons-nous ces paroles qui résument les principes posés en 1892 au Congrès d’anthropologie de Bruxelles :
.« La morale est évolutive et changeante, le crime lui-même est évolutif et changeant. Donc les systèmes pénaux qui ne peuvent être basés sur l'existence hypothétique d’une loi morale, ni sur la valeur des actes qualifiés crimes, ne peuvent être qu'une série de conventions ayant pour but : la préservation sociale contre les nuisibles. La durée des peines doit être proportionnée à la durée du danger couru, car tout tarif pénal suppose l'évaluation exacte de la valeur du crime, et ce qui est plus grave, l'évaluation du degré de responsabilité. La société enfin ayant sa part de responsabilité dans le crime individuel et n'ayant qu'un droit, celui de se préserver, a le devoir, tout en protégeant le criminel contre luimême et en se protégeant contre lui, de chercher à l’amender en donnant d'autre part tous ses soins à la prophylaxie du crime. » (1)
(1) MaGnan et LEerain (Dégénérés, pages 206-206).
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