‹ D'une guerre à l'autreChapitre 11 sur 56 · LE GOUVERNEMENT DE THIRRS · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEMENT DE THIRRS

après iSi5 suffit à montrer qne le relèvement d'un pay^ vaincu se peut entreprendre de diverses façons. Les hommes de la Restauration avaient conçu leur tâche immédiate avec une ampleur très hardie : il n'était pas au pouvoir des hommes de 187 1 , non plusque dans leur tempérament, de les imiter sur tous les points.

IL — Le Gouvernement de thiers

Du moment qu'on ne pouvait ni se persuader, ni proclamer que la France ne venait pas de subir une déchéance, du moment aussi qu'il était matériellement' impossible de s'engager dans des voies de revanche, toute velléité de politique extérieure active se trouvait écartée. Aurait-on pu tenter efficacement un rapprochement avec telle ou telle grande puissance ; aurait-on pu, par exemple, essayer de se concilier l'Italie, embarrassée à l'égard du Saint Siège, en lui montrant qu'on acceptait l'état de choses établi à Rome et en commençant notamment par rappeler le croiseur français obstinément maintenu devant Givitta Vecchia à la disposition du pape? Je me garderai de l'affirmer, car rien n'est plus téméraire en histoire que de vouloir après coup refaire les événements. Pour ce qui est spécialement de l'Italie, une résistance peut-être insurmontable se serait rencontrée dans la majorité de l'Assemblée, grâce aux catholiques qui considéraient presque le maintien du pouvoir temporel de l'Eglise comme un dogme religieux. En tous cas, et cela seul importe à constater, personne ne paraît avoir songé à rien de pareil. D'autre part, des occasions existaient ou pouvaient être facilement provoquées qui permettraient d'agir au dehors sans éveiller les susceptibilités allemandes. La France avait conservé hors de ses frontières, et spécialement hors d'Eu-

rope, de> intérêts très grands qui ne mettaient nullement en ?au>e le statut européen. Dans l'été de 1870 des affaires coloniales d'une certaine importance étaient pendantes et qui se l'attachaient à une politique presque séculaire. Il était loisible de la poursuivre en imitant la Restauration qui, résignée au statu quo en Europe, s'était immédiatement préoccupée des autres parties du monde. Non qu'il pût s'agir d'agrandir brusquement notre empire colonial : les expéditions coûteuses n'étaient certes pas de saison. Mais on aurait pu sauvegarder au moins tout le patrimoine national et, par quelques entreprises très limitées, prouver la vitalité du pays. Nul n'v songea. (D'accord avec l'Assemblée comme avec la majorité de l'opinion {mimique, le gouvernement s'en tint à un programme restreint.yVu risque d'accentuer peut-être et de prolonger l'impression de déchéance, il voulut échelonner les efforts, prudemment et logiquement. Il remit à plus tard de replacer la France au rang qu'elle doit occuper dans le monde. Réserve faite, bien entendu, de l'organisation constitutionnelle que les royalistes entendaient toujours ajourner, Les efforts se trouvèrent concentrés sur la liquidation rapide de toutes les conséquences immédiates et directes de la guerre, tant à l'intérieur du pavsque vis-à-vis de l'étranger.) /A cette tâche limitée, tout le monde se mit avec ardeur, car Au moment qu'on ne contrariait pas ^es espérances dynastiques, la majorité respectait le « pacte » conclu à Bordeaux et les divers partis se trouvaient ainsi d'accord pour n'envisager que le bien du pays.. Mais en fait, ce lut le chef du Gouvernement qui. presque'seul. agit. Les ministres qu'il avait choisis obéissaient complètement à son impulsion tout comme l'Assemblée. En dépit de quelques résistances spéciales, et d'ailleurs souvent passagères, son ascendant s'affirmait absolu, même sur ses adversaires politiques dont la confiance n'était cependant qu'une résignation (Ce fut lui, notamment qui, dès le mois de juin 1871 posa le principe d'une réforme radicale de notre système militaire et ses vues, qui prévalurent dans la loi du 8 juin 1872,

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