‹ D'une guerre à l'autreChapitre 13 sur 56 · LE GOUVERNEMENT 1>E THIERS M · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEMENT 1>E THIERS M

en lui procurant des appuis extérieurs. Pour l'instant, il n'en trouve pas. Les relations très cordiales entre l'empereur Allemand et l'empereur d'Autriche sont plus sentimentales que politiques, en somme toutes personnelles. De même, des rapports entre la cour de Berlin et celle de Pétersbourg. Quant aux amabilités intéressées de la jeune Italie, elles ne sauraient suffire. L'Angleterre enfin se targue toujours d'un isolement splendide. En somme donc, nulle garantie de personne, nul système d'alliances ; comme les chances inouïes se retrouvent rarement deux fois, une nouvelle crise européenne se déroulerait peutêtre dans des conditions toutes autres que celle qui vient de finir et, dès lors, l'attitude de la France peut, éventuellement, constituer un danger.

Le chancelier a besoin de se sentir complètement assuré de son côté ; il faut donc qu'il continue à la dominer, en même temps que, par mesure de précaution, il augmentera les armements de l'empire. Mais, se garantir du côté de la France, c'est la tenir en tutelle le plus longtemps possible, en occupant son territoire et gênant son relèvement. Pour assurer la force de l'Allemagne et recueillir tout le fruit de la victoire, il faut, au contraire, que la France paie rapidement les milliards déjà escomptés outre-Ilhin et, partant, se libère de l'oppression militaire.

Tendances évidemment contradictoires et qui expliquent peut-être l'allure irrégulière des négociations. Bismarck les interrompt de longs silences ou leur imprime de brusques à coups. Parfois aussi, il s'applique à les envenimer ; contraint à accepter que la France se libère vite, il cherche à la maintenir quand même sous sa dépendance en la terrorisant. De là, à •certains jours, des récriminations violentes, des manifestations d'inquiétude, sincères ou feintes, à propos de notre relèvement trop rapide, de nos mesures militaires et surtout du désir de revanche qui subsiste dans la nation.

A ces coups de boutoirs comme aux dérobades, Thiers oppose un calme imperturbable et une inlassable patience qui sont d'ailleurs, dans l'espèce, la suprême habileté. Il diminue d'une guerre a l'autre 2

systématiquement son œuvre en France. 11 s'applique à démontrer notamment que le relèvement militaire n'est point aussi grand qu'on le suppose à Berlin. Ne pouvant, et pour cause, s'expliquer complètement sur la question de la revanche, il proteste tout au moins des intentions pacifiques de son gouvernement. La France veut sincèrement la paix et du reste elle le prouve : préparant une nouvelle guerre, elle ne chercherait point a se libérer des dettes de la précédente, or elle offre obstinément de payer.

C'est cet argument qui se trouve repris sans cesse à Berlin. où M. de Gontaut-Biron converse avec le chancelier ou ses représentants ; à Paris, où Thiers lui-même et M. de Rémusat, qui n'est jamais que son interprète, s'entretiennent avec le Comte d'Arnim, ambassadeur d'Allemagne; enfin, au quartier général du corps d'occupation, où le comte de Saint- Vallier s>e trouve délégué auprès du général de Manteufïei. Celui-ci n'a,, sans doute, rien à voir dans l'affaire, mais comme ses dispositions personnelles sont plutôt favorables, certaines suggestions peuvent être transmises par lui à Berlin. D'autre part, Thiers sait aussi profiter de toutes les occasions, comme utiliser tous les moyens. Dès la paix, un régime spécial avait été prévu pour permettre provisoirement à l'industrie alsacienne d'écouler librement ses produits en France. Mais cette industrie, devenue maintenant allemande et par conséquent l'objet des sollicitudes du gouvernement allemand, souhaitait profiter de cet avantage le plus longtemps possible ; d'un autre côté elle réclamait certaines matières premières, traditionnellement procurées par la France et que l'Allemagne d'alors ne pouvait pas lui fournir immédiatement dans les mêmes conditions. Thiers rattacha cette affaire très particulière à la question qu'il estimait seule essentielle. Les avantages douaniers à conserver en faveur de l'Alsace furent confondus, en un certain sens, avec le paiement de l'indemnité de guerre, non bien entendu pour réduire le montant de celle-ci, mais afin d'accroître les conséquences immédiates des premiers versements. Et c'est ainsi que malgré la

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