‹ D'une guerre à l'autreChapitre 14 sur 56 · LE GOUVERNEMENT DE '1I1IERS · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEMENT DE '1I1IERS

multiplicité des intermédiaires ou la variété de ses éléments, la négociation demeurait une et constamment ramenée à son objet : obtenir graduellement, encore que dans le moindre délai possible, la libération complète du territoire français.

Le résultat cherché fut atteint. Dès le 12 octobre 1871. l'Allemagne évacuait six départements à la suite du paiement de i'5oo millions et d'un accord douanier favorable à 1* Usace. Le 20, juin 1872, avant continué de touclier régulièrement toutes les échéances, elle abandonnait une nouvelle /une et la France, tout en obtenant pour la forme une prolongation des délais primitivement prévus, se voyait expressément reconnaître, chose beaucoup pins importante, le droit de s'acquitter par anticipation. Elle résolut d'en user. Mais restait alors à savoir si, pour les dernières sommes, des garanties purement financières ne pourraient être substituées aux garanties territoriales. Thiers y réussit à peu près complètement. Une convention du i5 mars 1870 stipula (pie l'ultime paiement aurait lieu le 5 septembre suivant et que. en attendant, l'Allemagne ne conserverait plus que la seule place de Verdun. Dès ce moment. Thiers avait pleinement atteint le but unique de sa politique extérieure : le territoire était pratiquement libéré, et libéré un lus tôt que ne le prévoyait le traité de Francfort. Pendant ce temps, le- compétitions continuaient dans le seau de l'Assemblée. Les divers partis acceptaient bien l'unir leurs efforts pour réparer les conséquences directes de la guerre, mais ce n'eussent pas été des partis politiques s'ils n'avaient profité de chaque occasion pour aviver leurs querelles de doctrine en essayant île ■se nuire réciproquement. La ma jorité, d'autre part, devenait inquiète. Les royalistes des diverses nuances n'arrivaient pas à réaliser leurs projets d'union ou de fusion, et, dès fors, ils demeuraient toujours provisoirement incapables d'établir un régime de leur choix. Or, à mesure qu'ils s'éternisaient davantage dans une attente agitée, un courant d'opinion s'accentuait qui n'était pas pour leur plaire/ Lesélections partielles étaient, dans l'ensemble, nettement républi-

calneWThiers estimait peut-être devoir tenir compte d'une pareille indication. Peut-être aussi discernait-il que les monarchistes resteraient radicalement incapables d'aboutir ; peut-être même jugeait-il cpi'un gouvernement complètement dirigé par lui demeurerait toujours le plus souhaitable. En tous cas, il inclinait de plus en plus nettement vers la consolidation définitive de la République et un message fameux qu'il adressa à l'Assemblée, en novembre 1872, ne le dissimula point.

De tout cela, la majorité s'émut. Elle patienta pourtant quelque peu, afin de permettre à Thiers d'achever la tâche ingrate pour laquelle on l'avait choisi,' Mais une fois dûment ratifiée la conventation libératrice que nous avons vu conclure avec l'Allemagne, le i5mars 1873, tout nouveau ménagement parut inutile, ^.'attaque fut aussitôt machinée et, le i!\ mai, à la suite d'une interpellation £^u duc de Broglie, un vote intervenait qui contraignait le Président à remettre sa démissionJ

Aussitôt assurée la libération du territoire qui demeurait son œuvre personnelle, le vieil homme d'Etat se voyait donc congédié, comme on congédie un tâcheron à la fin du labour pour lequel il fut embauché. Le procédé peut légitimement surprendre de la part d'hommes qui se piquaient de représenter les grandes traditions françaises. Mais peu importe ce point. Peu importe également ici la signification de l'événement touchant les affaires intérieures du pays. Retenons donc simplement qu'il pouvait influer grandementsur la conduite de sa politique extérieure. Si l'Assemblée substituait sans délai au gouvernement précaire, provisoire et vaguement inorganique de Thiers un gouvernement stable et confiant dans sa propre durée, les possibilités d'action hors des frontières se modifieraient immédiatement, et, même si un véritable changement de régime n'intervenait pas, c'étaient, à tout le moins, les vainqueurs de la journée parlementaire, partant les opposants de la veille, qui devaient assurer le pouvoir.

Une question dès lors se posait : ces hommes allaient-ils avoir, en politique étrangère, des opinions autres que celle de M. Thiers?

l'ordre MORAL 21

La liquidation immédialc de la défaite maintenant achevée, le territoire libéré virtuellement et le pays commençant à recouvrer ses forces, allaient-ils, notamment, arrêter un programme positif, plus complet que celui de leur prédécesseur et digne, en un mol, du passé de la France comme de ses ambitions légitimes !• ■

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