‹ D'une guerre à l'autreChapitre 16 sur 56 · L ORDRE MORAL · texte numérisé non relu

L ORDRE MORAL

ou à détendre nos intérêts traditionnels'. En Europe, ils se cantonnaient de même dans la passivité. Thiers s'était consacré à la libération du territoire : cette tâche un peu restreinte mais urgente et positive, une fois parachevée, ses successeurs n'en avaient découvert aucune autre. Sans doute à bon droit, lors-qu'ils devaient parer les attaques allemandes ; certainement à tort, en d'autres cas, leurs tendances en politique extérieure s'affirmaient partout comme purement négatives. Une telle attitude étaitd'ailleurs la résultante d'une conception raisonnée, d'un système dont ils avaient eux-mêmes donné la formule : « La France, écrivait le duc Décazes dans une circulaire fameuse, se recueille et attend. » Se « recueillir » est, en pareille matière, strictement synonyme de s'effacer. Le premier terme «tait donc àla fois'précis et juste. Mais la France se recueillait, paraît-il, pour « attendre ». Quoi ? Elle attendait, au dire du ministre, que « Tordre et le travail eussent pansé ses plaies et que le temps, qui seul peut permettre aux événements de l'histoire de porter leurs fruits, eût effacé l'amertume des jours funestes ». Autant d'expressions auxquelles leur balancement harmonieux ne suffisait pas à conférer la moindre signification pratique. Pour adopter une politique positive et définie, il ne manquait à la France de 1874 que des chefs conscients de son rôle nécessaire et de ses besoins. En dehors de cette éventualité que les hommes de l'Ordre moral n'envisageaient sans doute pas, elle ne pouvait attendre que trois choses : un gouvernement définitif; un changement dans l'attitude de l'Europe qui ne la laisserait plus isolée en face de l'Allemagne dans un tête à tête toujours menaçant ; enfin une grande crise diplomatique qui, déchaînant toutes les ambitions traditionnelles lui permettrait de jouer son jeu entre les puissances rivales et de faire payer son concours.

Par une coïncidence fortuite et curieuse, ces trois facteurs nouveaux allaient intervenir presque simultanément.

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