VI $ PREFACE
deviennent suspects de ce fait et sont alors tenus pour incapables de sauvegarder, au dehors, les grands intérêts du pays. De là une assertion mille fois répétée : jadis, dit- on, la France avait une véritable politique extérieure, cohérente et suivie ; en ces derniers temps, par contre, elle erra généralement à l'aventure et ses succès, — si même elle en connut, — furent de simples accidents.
Avant de conclure ainsi, il faut toutefois prendre garde. Les premières notions sur le passé nous sont fournies dès le collège par des manuels, abondants en divisions et en vues synthétiques. Dans les ouvrages plus spéciaux que nous lisons par la suite, les auteurs ont aussi, pour obéir aux nécessités du genre historique, systématisé parfois et toujours, pour le moins, groupé les événements. Et dès lors, si la fantaisie nous prend de puiser à notre tour dans ce que les professionnels appellent des sources, si nous lisons des correspondances, des mémoires, voire des documents d'archives, les faits découverts s'insinuent automatiquement dans des cadres déjà construits, trouvent d'euxmêmes leur place dans des enchaînements. Par contre, les événements dont nous sommes les contemporains se révèlent au hasard des journaux et des conversations, épars et tragmentés. Le loisir, voire les moyens, nous manquent pour compléter et coordonner de pareilles données, si bien que, même après quelques années, les premières impressions persistent et l'aspect général des choses ne parait point changer. De ce fait, le passé proche et le passé plus lointain se présentent à nous dans des conditions très différentes. Il n'est donc pas légitime de les opposer sans précautions, comme on lait trop souvent, pour affirmer queleurs caractères spécifiques diffèrent. La comparaison n'est pas valable car les termes ne sont pas comparables. Il faudrait, pour qu'ils le fussent, les ramener à une mesure commune.
Or un homme d'aujourd'hui ne saurait oublier ce qui lui