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dition de Tunisie ils axaient précisé quelle ne devrait, en aucuf cas, aboutir à un accroissement territorial.

Toutes ces raisons, au moins toutes celles ouvertement avouables, furent développées au cours de la campagne de l'été de 1881 qui précéda les élections générales, puis reprises à la tribune, dès l'ouverture des travaux de la Chambre nouvelle. Après des discussions longues e^ confuses, la Chambre approuva ce qui avait été fait, tout en refusant d'affirmer sa confiance dans le gouvernement qui l'avait fait. Le résultat parlementaire était incohérent ; deux conclusions très nettes s'en dégageaient pourtant. La politique d'expansion lointaine rencontrait une vive hostilité, même parmi les républicains dont certains étaient prêts, pour la combattre, à s'allier avec les adversaires du régime. D'autre part, Jules Ferry sortait aiTaibli de la lutte. Dans ces conditions, et bien que n'ayant pas été mis formellement en minorité, il se retira, en novembre 1881.

Le Président dut alors faire appel à Gambetta, véritable triomphateur dans les derniers débats. Plus européen que Jules Ferry, il était de ce fait plus disposé peut-être à conclure une entente avec l'Angleterre en se servant des affaires d'Egypte. C'est au moins ce qu'on peut déduire de la note qu'il arrêta avec le gouvernement Britannique, le 7 janvier 1882, et qui paraissait prévoir une intervention énergique et concertée. Ce ne serait là d'ailleurs qu'une nuance. Il était, en tout cas, aussi partisan que Jules Ferry de l'expansion coloniale : aussi ne changea-t-il rien à la conduite des affaires lointaines et, saisi d'une nouvelle réclamation de la Chine au sujet de l'Annam, il opposa, lui aussi, une fin de non recevoir absolue. Dans l'ensemble donc, la direction imprimée à la politique extérieure ne fut point modifiée par lui. Au surplus, son règne fut court. Le « Grand Ministère », comme on l'appelait avec un peu d'ironie, se vit sourdement combattu à la Chambre dès sa constitution, en butte aussi à l'inimitié un peu sournoise du Président de la République, désireux d'user le chef trop puissant de la majorité. 11 s'écroula au bout de onze semaines. Grévy put alors faire appel de nou-

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veau à son collabora tetrr de prédilection et, le 3o janvier 1882, M. Je Freyciftet redevenait ainsi ministre des affaires étrangères en moine temps qu'il reprenait la présidence du Conseil.

Il ne partageait certes pas les vues parfois hardies de Jules Ferr\ et ne devait pas non plus toujours apprécier l'énergie presque bru taie de Jauréguibcrry. Mais des considérations parlementaires l'avaient conduit à rendre au premier le portefeuille de l'Instruction publique et au second celui de la Marine. Or, son tempérament le portait à ne heurter personne de front, même pas ses collaborateurs, et sa prudence lui déconseillait les changements de front qui se traduisent forcément par des ordres formels. Il était aussi trop bon administrateur pour ne point vouloir tirer parti de toutes les ressources mises à la disposition du pays. La conquête de la Tunisie étant un fait accompli, son organisation complète fut donc entreprise sous la direction de M. Jules Gambon. Le Myre de Yilliers, qui avait doublé les postes français du Tonkin et envoyé dans la^région le commandant Rivière, ne fut pas invité à modérer son action. Nul changement ne s'opéra non plus dans les projets conçus au sujet de l'Afrique équatoriale. A Madagascar, enfin, une mission était envoyée pour faire respecter nos droits anciens sur la côte des Sakalaves. Son intervention provoqua une rupture complète avec les Hovas et .la France se trouva dès lors engagée sur un nouveau théâtre lointain, tandis que sur ceux où elle avait précédemment pris position les opérations continuaient à se développer. Et c'est ainsi que, malgré les répugnances intimes de M. de Freycinet et par un eflet peutêtre de sa circonspection, la politique d'expansion coloniale inaugurée par Ferry et adoptée par Gambetta se. poursuivait toujours sans à coups.

A ce moment, exactement le 28 mai 1882, l'Italie contractait une alliance formelle avec l'Autriche et l'Allemagne. C'était le résultat des efforts de Bismarck pour assurer l'hégémonie allemande, de son désir aussi de retirer éventuellement à la France l'appui d'un pays dont la reprochaient un ensemble de souve-

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nirs cl d'affinités. Pour faire oublier les uns et les autres, le chancelier avait 1res habilement exploité le mécontentement provoqué au delà' des Alpes par l'expédition de Tunisie qui avait brutalement coupé court aux ambitions du gouvernement de Rome. La conclusion de la Triple-Alliance était ainsi, env.n? certaine mesure, la conséquence indirecte de notre expansion. Dès lors, et sans suffire à condamner celle-ci, elle justifiait cependant les appréhensions naguère manifestées et, précisément à propos de la Tunisie, par le maréchal de Mac-Manon ou par M. Clemenceau. D'autre pari, la position de la France devenait plus délicate, son isolement plus 11 .grant et. à moins qu'elle ne voulût s'inféoder aussi à l'Allemagne, la nécessité se faisait plus impérieuse pour elle de trouver des appuis en Angleterre et en Russie C'étaient là, toutefois, réflexions qui ne pouvaient sans doute venir aux gouvernants d'alors. En eiïet, non seulement les clauses du traité, mais sa signature môme demeurèrent rigoureusement secrètes et il semble que notre diplomatie fut tout au plus à même de soupçonner qu'il se passait quelque chose. Cette ignorance contribuerait à expliquer que M. de Frexcinet ait alors laissé se développer les expéditions lointaines dont il se méfiait néanmoins certainement. Mais cotte même ignorance prouverait aussi qu'en dépit de la chronologie ce n'est point dans la formation de la Triplice qu'on doit chercher l'origine de la politique trop incertaine suivie à propos des questions d'Europe, notamment de celles que posaient les difficultés égyptiennes. Bien mieux — et ceci serait à la décharge du Président du Conseil — rien n'empêche de supposer que, complètement instruit, il n'aurait pas adopté une altitude différente de celle qu'il prit et qui des ail aller directement à l'encontre de ce rapprochement avec l'Angleterre qu'il souhaitait cependant finir par réaliser.

Pour préparer un tel rapprochement comme pour sauvegarder nos droits, nous avons vu Gambelta conclure avec le gouvernement britannique un accord qui prévoyait l'intervention éventuelle et conjointe des deux puissances protectrices.

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L'idée d'une intervention, fait brutal et sans nuances, effarouchait probablement M. de Freycinel. Toujours est-il que dès son retour aux affaires il parut disposé à commenter l'accord, partant à diminuer sa portée : ce n'était pas encore reculer, mais ouvrir déjà la voie à une retraite. Or, pendant ce temps les choses se compliquaient en Egypte : le parti national d'Arabi pacha s'insurgeait de plus en plus contre l'autorité du Khédive et le désordre atteignait à son comble. L'occasion était bonne pour s'associer à l'Angleterre et l'aire triompher les revendications communes. Mais il fallait pour cela de l'énergie, car les tierces puissances, 1* Allemagne en tète, affirmaient considérer la question égyptienne comme d'ordre complètement européen. De l'énergie, l'Angleterre en semblait vouloir montrer : elle armait ostensiblement et concentrait des forces dans la Méditerranée. La France prenait également des précautions militaires et ses vaisseaux aussi se mettaient en mouvement. Seulement, lorsque la Chambre demandait, le 6 juillet, à quoi rimaient les préparatifs, le Gouvernement laissait la question sans réponse.

Au vrai, M. de Freycinet répugnait à toute attitude nette. Il s'était dès lors rallié d'enthousiasme à l'expédient classique dans les questions orientales : la convocation d'une conférence. A la suite de troubles graves survenus à Alexandrie, le 1 1 juin, et qui coûtèrent la vie à une quarantaine de personnes, la réunion fut même hâtée et les délibérations s'ouvrirent à Constantinople le 23 juin. Conformément encore aux précédents, elles ne firent guère qu'embrouiller les choses. La situation fut discutée, les mesures à prendre examinées et le cabinet français s'imagina bonnement avoir atteint un résullat quand on eut signé un protocole de désintéressement et proscrit toute action d'une puissance isolée. Mais il avait fallu réserver les cas de force majeure. Or, l'Angleterre jugea bientôt qu'il s'en présentait un. L'effervescence persistant à Alexandrie où les nationalistes égyptiens semblaient prendre des précautions contre un débarquement éventuel, l'amiral anglais protesta, tandis que

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-son gouvernement demandait très correctement à Paris ce que nous ferions dans l'hxpothèse d'un recours à la force. M. de Frevcinet se cantonna dans les échappatoires. Finalement, lorsque, le i-j juillet, l'escadre britannique ouvrit le feu, l'escadre française se retira. Le gouvernement français refusait de s'associer aux: opérations auxquelles cependant il ne s'opposait point. Toujours subtil, il n'avait d'ailleurs pas abandonné l'idée d'une action commune. 11 s'y dérobait à Alexandrie où il laissait les Anglais débarquer seuls, mais proposait de la transporter dans l'isthme de Suez où l'on irait de concert protéger le canal. Seulement pareille entreprise exigeait des moyens spéciaux, partant l'approbation du Parlement.

Le 8 juillet, à la veille du bombardement d'Alexandrie. M. de Frevcinet avait déposé une demande de crédits destinés à couvrir les dépenses qu'avait entraînées la mobilisation de la flotte; le if\ juillet, au lendemain du débarquement anglais, il en réclamait d'autres, en vue de son plan de protection du canal. Ces deux demandes soulevèrent des débats très Yifs qui s'enchevêtrèrent l'un dans l'autre et unirent en cause toute la politique suivie dans des affaires égyptiennes. Finalement, le Parlement accorda les crédits qui solderaient le passé, mais refusa ceux qui auraient permis une action nouvelle.

Le cabinet Frevcinet se retira bien entendu, mais, en l'occurence, cet incident passait à l'arrière plan. Le fait grave était que la France se trouvait ainsi contrainte de s'effacer en laissant le champ complètement libre à l'Angleterre.

Les mobiles qui déterminèrent le vote des députés furent divers, voire contradictoires. Certains, tel. Gambelta, jugeaient insuffisante une opération limitée à la seule garde du canal. Ils auraient voulu agir en Egypte même, pour protéger les droits anciens de la France et maintenir son influence ; ils pensaient aussi qu'une collaboration étroite avec la Grande-Bretagne était ie meilleur moyen de se rapprocher d'elle d'une manière durable. Ils refusaient les crédits parce qu'ils jugeaient le ministère trop timoré et son plan trop restreint. D'autres, au

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contraire, comme M. Clemenceau, le taxaient d'imprudence et se montraient résolument opposés à ce qu'ils traitaient d' « aventure >. Ils affirmaient en somme, à propos de l'Egypte,, leur hostilité contre toute politique d'expansion. Inquiets de l'état général de l'Europe, ils voulaient que la France s'abstint de s'engager au loin et réservât ses forces. Cette considération avait évidemment influé sur l'attitude du ministère. M. de Freycinet était préoccupé de la tournure que prenaient les affaires européennes et peu soucieux de s'exposer aux attaques subies par Jules Ferry à propos de la Tunisie. Il se rendait compte cependant qu'un effacement total de la France serait chose fâcheuse. Il désirait donc agir, tout en évitant les complications, et il en était arrivé ainsi à la combinaison édulcorée où se révélaient les tendances ordinaires de son esprit.

Mais cette combinaison pouvait-elle assurer le respect de nos droits et faciliter l'entente générale qu'on souhaitait établir avec Londres? Il est permis d'en douter, mais la chose importe peu puisque la décision de la Chambre avait coupé court à tout. On doit cependant remarquer., à la décharge partielle des députés ou des ministres, qu'ils -'étaient trouvés en présence d'une situation déjà compromise. La solution malencontreuse qui intervenait maintenant avait commencé d'être préparée quand le duc Decazes avait inauguré en Egypte la politique d'effacement, refusant d'acquérir les actions du canal, puis admettant la combinaison bâtarde du « condominium o qui grandissait l'Angleterre à notre détriment. C'étaient les erreurs ainsi commises six ou sept ans plus tôt dont, en 1882, les premières conséquences apparaissaient : le retard n'est pas pour surprendre, car, à l'enConlre des dettes de jeu, les rançons des fautes politiques se soldent rarement sans délais.

Le débarquement en Egypte des forces britanniques qui se mettaient en devoir de rétablir l'ordre en restaurant l'autorité du khédive, provoqua en France une irritation très vive, d'autant plus vive que le public constatait simplement la brutalité du gote anglais, sans démêler l'enchaînement des circonstances ni remonter à l'origine de nos fautes. Il en résulta une rancune exagérée et que nous verrons compliquer, durant plus de vingt ans, notre situation internationale. Mais, en attendant celte conséquence à longue portée, les fâcheux événements de juin-juillet 1882 eurent des effets immédiats. Ils réagirent sur les autres affaires en cours, entravant d'abord leur développement, puis, au contraire, le stimulant.

Vu Tonkin, le commandant Rivière, outrepassant du reste les instructions reçues, avait engagé des hostilités en règle etr par un coup de main heureux, s'était rendu maître de la forteresse de Hanoï. Il occupait ainsi militairement toute une zone de territoire. En même temps, nous exercions une pression grandissante sur le gouvernement de Hué. Mais ces manifestations exigeaient un développement croissant de forces. Lorsqumtervinrent les premières complications égyptiennes, le cabinet de Freycinet, alors encore au pouvoir, craignit de ne pouvoir y faire face : tout aussitôt des ordres fuient envoyés en Indo-Chine, prescrivant d'éviter les complications et de rester sur la réserve. L'état de l'Europe, disait le ministre de la Marine, ne permettait pas à la France de s'engager dans des entreprises longues et coûteuses. Le Myre de Villiers le comprenait et la principale de nos entreprises coloniales subit dès lors un léger temps d'arrêt.

Mais, une fois la question égyptienne au moins provisoire

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ment vidée et les menaces de guerre écartées, un revirement se produisit qui suivit la formation, en août 1882, d'un nouveau cabinet dont M. Duclerc avait pris la présidence, en même temps qu'il se réservait les Affaires étrangères et tandis qu'il laissait l'amiral Jauréguiberry à la Marine.

Pour l'Indo-Chine d'abord, et dès le mois de septembre, le ministre de la Marine demandait des crédits afin d'envoyer des renforts qui partirent malgré le peu d'entbousiasme de l'ensemble du Conseil. On se préoccupait également de régler la situation diplomatique en faisant aboutir les négociations avec Hué. Restait en outre la Chine. Dans les derniers jours de 1882 le gouvernement était avisé que M. Bourée, notre ministre à Pékin, avait spontanément arrêté les termes d'un arrangement par lequel l'Empire chinois reconnaissait notre action en Indo-Chine, mais movennant des avantages territoriaux au Tonkin. C'était là, d'après M. Bourée, la seule manière d'éviter une guerre imminente. Lne telle guerre, à laquelle nul n'avait songé, pouvait évidemment être grave. Le ministère ne se laissa pourtant pas émouvoir par les assertions de M. Bourée et ne se hâta point d'accepter, ni même de discuter, son traité : il ne voulait pas abandonner quoi que ce lut des droits de l'Annam, devenus, à son avi*. les droits de la France. A Madagascar, dans le même temps, il maintenait fermement notre situation et refusait d'écouter les propositiens vaguement transactionnelles d'un ambassadeur hova venu à Paris. Touchant l'Afrique équatoriale aussi il adoptait une attitude très nette. Les opérations de Brazza avaient complètement contrecarré les desseins du roi Léopold qui craignait de voir les territoires acquis par le Comité du Congo privés des voies d'accès que Stanley s'efforçait de lui procurer. Le gouvernement français ne se montra pas irréductible, car un accord conclu entre M. Duclerc et le roi des Belges concéda à ce dernier une sorte de droit de passage au travers de nos possessions. Mais cette preuve de bon vouloir n'impliquait aucun fléchissement dans nos ambitions. Celles-ci s'affirmaient, au contraire, avec une netteté plus grande que

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jamais. Contrairement aux précédents, les Chambres étaient appelées à ratifier solennellement les traités passés par Brazza avec le roi Maltûko el qui nous assuraient une position prépondérante sur le Congo navigable. D'autre part et pour nous assurer le débouché de la vallée du Niari dont Stanley cherchait à s'emparer, on décidait de prolonger vers le Sud, le long de la côte, la colonie du Gabon, en s'installant dans la région de Loango. Enlin la loi du 10 janvier i883, suivie du décret du 5 février, réglait L'organisation de notre nouvel Ouest africain où Brazza devenait commissaire général. Sur tous les théâtres coloniaux donc, en Afrique équatoriale comme à Madagascar ou au Tonkin, la même fermeté d'attitude se constatait. C'était la manifestation d'une vue générale qui s'inspirait elle-même de la situation qu'avaient créé les événements d'Egypte.

Là, l'Angleterre profitait largement de la liberté que nous lui avions laissée. Ses troupes balayaient les forces d'Arabi pacha, s'installaient victorieusement au Caire et, sous le couvert du Khédive, elle se trouvait, en fait, la maitresse du pays. Mais, en droit, sa situation vis-à-vis des puissances devenait de plus en plus embarrassante et elle appréhendait dès lors les conséquences probables de la mauvaise humeur française. Le gouvernement britannique chercha donc à renouer avec Paris en nous oiïrant, comme entrée dejeu, la présidence de la Caisse de la Dette. M. Duclerc refusa. Mais alors n'y avait-il pas lieu de passer condamnation complète sur les événements accomplis? La France se détournerait formellement de l'Egypte et, se bornant à garantir ses intérêts matériels, se ferait payer très cher -son désintéressement. La pure logique aurait pleinement justifié pareille conduite. Seulement, pour l'adopter en bravant l'opinion commune, il fallait une audace extrême, et, en outre, les compensations que fourniraient l'Angleterre n'étaient, à cette époque, point faciles à trouver. M. Duclerc se contenta de décliner les offres anglaises et, spécifiant que le gouvernement français reprenait sa liberté d'action, il s'abstint de couper

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court par avance à des récriminations forcément stériles. Il n'alla pas jusqu'au bout de la voie dans laquelle il s'engageait. Etant donné les circonstances, on hésiterait toutefois a l'en trop blâmer. 11 cul d'ailleurs le mérite peu commun de se rendre compte que mieux valait ne pas prolonger une partie manifestement perdue. Il sut aussi comprendre, et en cela il se montrait homme d'Elat lies avisé, que la plus sure façon de pallier l'échec subi en Egypte était de remporter des succès sur un autre terrain. Le prestige de la France se trouverait gravement atteint si elle pouvait être taxée de faiblesses II fallait faire preuve d'activité, agir avec énergie, et voilà pourquoi une impulsion nouvelle, vigoureuse, fut imprimée aux diverses entreprises coloniales. Mais, dès lors, ces entreprises cessèrent d'être des sortes de hors-d'œuvres ou d'épisodes accidentels. Elles se rattachèrent à une vue d'ensemble, acquirent une portée dépassant les avantages directs qu'elles procureraient éventuellement. Du même coup, on voyait se dégager un des éléments essentiels de la politique extérieure du parti républicain. Tous ses facteurs se trouvaient désormais précisés et, après quatre années d'expériences, de tâtonnements ou de maladresses, elle arrivait enfin à prendre corps.

Quand les républicains avaient pris la direction complète des affaires, après l'élection de Jules Grévy, ils souhaitaient, nous l'avons dit, rétablir le prestige de la France, en rompant avec l'effacement trop systématique de leurs prédécesseurs ; d'autre part et surtout peut-être, ils voulaient conserver la paix.

Depuis lors, ils n'ont rien fait qui pût compromettre cette paix à laquelle ils tiennent, tant par raisons doctrinales que par crainte d'une défaite nouvelle. Jamais ils ne se sont posés en champions de la Pievanche ; jamais non plus, en aucune occasion, ils n'ont paru chercher querelle à personne, car ils se sont

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montres très prudents en suivant les affaires qu'ils avaient trouvé pendantes.

Leur dessein d'éviter les conflits les a même rendus pusillanimes en Egypte et leurs interventions dans les Balkans n'ont jamais tendu qu'à préparer des accommodements. En dépit d'une fermeté parfois plus grande mais qui ne s'est guère traduite que par des nuances, leuj: attitude dans les affaires d'Europe ne contraste donc pas de façon bien nette avec l'effacement obstiné qui se pratiquait avant eux. Hors d'Europe, par contre, ils se sont lancés avec une résolution dont leurs prédécesseurs s'étaient montrés incapables. En Asie comme en Afrique, ils ont jeté leur dévolu sur de vastes domaines ; pour se les approprier, ils ont conçu des plans audacieux et ils poursuivent maintenant encore la réalisation de ces plans avec une énergie tenace, suffisante pour prouver que leurs désirs d'action sont autre chose que des velléités stériles. Après quatre années d'expériences et d'efforts, la politique extérieure républicaine demeure donc fidèle à ses principes premiers : elle s'affirme désormais clans les faits, à la fois foncièrement pacifique et résolument entreprenante.

Pour concilier ces deux tendances, en apparence contradictoires, les hommes au pouvoir n'ont d'ailleurs pas eu besoin d'innover. Placés dans des circonstances analogues, voulant utiliser les forces du pays sans compromettre le. repos de l'Europe, les dirigeants de la Restauration avaient, eux aussi, tourné leurs vues vers les contrées d'outre-océan. Les tenants de l'Ordre moral, qui ployaient trop bas sous le faix de la défaite, n'avaient pas osé reprendre un tel système ; les ministres de Jules Grévy l'appliquaient résolument. En le faisant, ils ne songeaient d'ailleurs nullement à copier les légitimistes d'autrefois dont ils n'avaient sans doute pas approfondi l'histoire. Leur conduite n'en était pas moins conforme à un précédent mémorable. Elle prouvait ainsi, par un exemple nouveau, que les grands programmes politiques sont indépendants de la forme des gouvernements. Démocraties et royautés en arrivent fat de-

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ment à des conceptions identiques, du moment où elles se laissent guider par la seule logique des choses et ne considèrent que les besoins vrais du pays. Or, du moment (pic la France reprenait confiance dans ses destinées, ses besoins étaient les mêmes qu'ils avaient été après la tourmente de [8i5, Pour utiliser ses trésors d'énergie et se hausser dans l'estime du monde, il lui fallait mener à bien de grandes lâches et, puisqu'elle était résolue à rester sur la réserve en Europe, c'était hors d'Europe qu'il lui fallait se dépenser. Ferry notamment, puis Duclerc avaient su discerner cette vérité fondamentale et en déduire ensuite des applications pratiques.

Mais tout ceci constaté, peut-on dire que le parti républicain était parvenu à se tracer un véritable programme extérieur, accepté de tous, et dont il n'aurait plus qu'à poursuivre l'exécution ? Nullement. Des tendances très différentes subsistaient parmi les dirigeants ; des xucs presque opposées s'affirmaient. Four les comprendre, il suffit de revenir, une fois encore, aux principes directeurs et de constater la disparité entre les résultats procurés, d'un côté, parle goût de l'action, de l'autre par l'amour de la paix.

Le premier avait fait intervenir successivement en Extrême-* Orient, dans l'Afrique équatoriale, à 'Madagascar, enfin en Tunisie. Là, le succès avait été rapide et complet. Sur les autres points, des efforts considérables étaient encore à prévoir. Mais les parties étaient bien engagées ; les enjeux nettement définis et les méthodes trouvées. L'expansion coloniale qui avait déjà procuré un bénéfice considérable et c|ui en promettait d'autres non moins grands, se trouvait donc complètement précisée, dans ses objets comme dans ses moyens.

Il n'en allait pas de même de la politique de paix. Pour assurer celle-ci, il ne suffisait point d'affirmer qu'on ne la troublerait point et les républicains l'avaient fort bien compris dès leur prise du pouvoir. C'est pourquoi ils avaient immédiatement songé à des combinaisons qui, pensaient-ils, écarteraient toutes chances de .conflit. Or aucune de ces combinai-

sons n'avait pris corps. Nulle occasion ne s'était trouvée' d'améliorer les rapports avec l'Allemagne, ni surtout d'arriver à régler le différend fondamental qui séparait les deux pays. La crainte de paraître provocateur avait ensuite empêché d'accueillir les offres d'entente formulées par la Russie, tandis que les relations avec l'Angleterre se trouvaient envenimées par la façon dont elle profitait de la liberté que nous lui avions maladroitement accordée en Egypte. Les deux alliances convoitées paraissaient dès lors plus éloignées que jamais, aussi problématiques que l'était l'entente avec l'Allemagne. Aucun moyen nouveau n'apparaissait non plus qui permît d'atteindre le but général, justement considéré comme essentiel. Pour ce qui est des garanlies d'avenir, les républicains n'avaient abouti à rien. Ils restaient sans conceptions nettes comme sans plans arrêtés, plus désemparés, en somme, qu'ils n'étaient quatre ans auparavant, alors qu'ils pouvaient encore se bercer d'illusions.

Mais l'incertitude où ils se débattaient ainsi, touchant l'un des objets fondamentaux qu'ils s'étaient proposés, pouvait réagir sur les plans précis dont ils poursuivaient, d'autre part, l'exécution. Car tout s'enchainc dans les affaires d'un grand pays. Les gouvernements sages ont toujours entrepris leurs conquêtes d'outre-mer seulement lorsque les frontières ne leur paraissaient nullement menacées. Il n'en allait pas de la sorte. L'agression constamment redoutée depuis douze ans était aussi menaçante que jamais puisque l'Allemagne, unie désormais à l'Autriche et entraînant l'Italie dans son orbite, affirmait chaque jour davantage son hégémonie, tandis que la France demeurait toujours entièrement isolée parmi des puissances hostiles ou indifférentes. Dans ces conditions, la prudence permettait-elle d'envoyer au loin des forces qui pouvaient devenir brusquement indispensables à la défense du sol national? Nous avons vu que certains républicains ne le pensaient point et, même parmi ceux qui ne proclamaient pas leur opinion avec la rudesse de M. Clemenceau, beaucoup éprouvaient des hésitations ou des scrupules. Les succès obtenus sur un terrain ne compen-

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saient pas les déboires éprouvés sur un autre et c'est pourquoi les républicains ne parvenaient pas, en ce premier printemps de i883, à s'accorder sur un programme de politique étrangère. Tous d'accord sur les principes généraux, puisqu'ils demeuraient tous (idèle à leurs aspirations premières, ils se divisaient sur la conduite immédiate à tenir. Deux systèmes se trouvaient en présence et s'opposaient d'autant plus nettement qu'ils s'incarnaient en deux hommes de tempéraments très diflérents.

L'un des systèmes s'inspirait du désir d'action : les entreprises coloniales seraient mises au premier plan. Seulement comme leur poursuite exigeait la sécurité en Europe et que nulle alliance ne garantissait cette sécurité, force serait de se mettre à l'abri d'une agression de l'Allemagne en s'accordant avec elle. L'expansion lointaine impliquait donc, à ce moment, la recherche d'une entente avec Berlin, fut-ce en oubliant nos revendications et nos griefs. C'était là une conséquence tellement logique que Jules Ferry ne devait point reculer devant elle. Mais d'autres, dont M. de Freycinet, pouvaient ne point admettre pareille combinaison qui froissait des sentiments légitimes, ou même simplement ne point l'envisager. Ceux-là conservaient à l'égard de Bismarck une invincible méfiance et, toujours hantés par le souvenir de l'Année Terrible, ils voulaient, avant tout, demeurer prudents. lis ne prônaient certes pas la brusque interruption des opérations en Indo-Chine ou en Afrique : la France était évidemment trop engagée pour reculer tout à fait. Mais, du moins, pouvait-on limiter son action. L'essentiel était de garder toutes lès forces disponibles, d'en créer aussi de nouvelles, de façon à être toujours prêts à faire face sur le Rhin. Pour le surplus, on suivrait attentivement les affaires d'Europe, guettant les occasions favorables et, le jour où quelqu'une s'offrirait, une politique insinuante et nuancée permettrait sans doute d'arriver, sans paraître provoquer personne, à prendre avec l'Angleterre et la Russie des arrangements qui garantiraient vraiment la paix.

11 fallait choisir entre ces deux systèmes dont la divergence

fondamentale était encore accentuée par les tempéraments opposés de Ferry et de M. de Frcycinet. Le choix se fit d'ailleurs pour des motifs complètement étrangers à l'un et l'autre plan. \u cabinet Duclerc, renversé en janvier i883, avait succédé un cabinet F al H ère s. Bientôt désemparé par la maladie de son chef, il dut se retirer au bout de trois semaines et la situation parlementaire apparut extrêmement confuse. Le Président de la République fit donc, très naturellement appel à M. de Freycinet. Celui-ci, toutefois, s'étant récusé, le retour de Jules Ferry s'imposa.

D UNE CUERRE A I. AUTRE

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