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LES DÉBOTS DO MINISTÈRE FERRY

pas. Il estima que si la France acceptait le traité, elle renoncerait à son rôle de puissance protectrice et compromettrait son •prestige. M. Bourée fut donc désavoué, puis rappelé, et l'antagonisme que la question d'Annam avait fait surgir entre la France et la Chine se transforma, dès ce moment, en un conflit direct.

Entre temps, des crédits étaient votés tant pour organiser notre protectorat que pour activer les opérations au Tonkin. Mais, sur ces entrefaites, on apprenait que le commandant Rivière avait péri dans une embuscade, à peu près dans les mêmes conditions que jadis Francis Carnier. Cette mort ne pouvait qu'augmenter les diiïlcul tés locales en stimulant nos adversaires. Nulle hésitation ne se manifesta cependant. Tout au contraire les dispositions déjà prises furent complétées et les renforts accrus. Le général Bouet prit le' commandement des troupes de terre, l'amiral Courbet celui des forces navales et M. Harmand leur fut adjoint, comme commissaire civil spécialement chargé des pourparlers avec la cour de Hué. Les événements, dès lors, se précipitèrent. Tandis qu'au Tonkin des avantages étaient remportés sur les troupes chinoises, l'amiral Courbet faisait une démonstration énergique à l'embouchure de la rivière de Hué, et, le 25 août, M. Harmand imposait à l'empereur d'Annam un traité stipulant formellement notre protectorat', un agrandissement de nos possessions de Cochinchine et la mise du Tonkin sous notre contrôle direct. D'autre part, M. Tricou, qui avait remplacé M. Bourée à Pékin, s'efforçait d'obtenir la reconnaissance de ce nouvel état de choses, avec le rappel des forces chinoises engagées contre nous. Mais la Chine ne se laissait pas intimider, même par le blocus des côtes d'Annam qui gênait son commerce. Peut-être escomptait elle l'appui de tierces puissances, Allemagne, Angleterre ou Etats-Unis ; toujours est-il qu'elle demeurait intransigeante. Le conflit avec elle allait dès lors s'accentuant et, primait désormais la question proprement annamite que le récent traité avait paru régler complètement.

Mais, en Indo- Chine encore et pour y mieux asseoir notreinfluence, Jules Ferry voulait renouer avec la Birmanie des relations anciennes qui, en i8-3, avaient abouti à la conclusion d'un traité d'amitié resté sans ratification. Il se prépara donc à mettre ce traité en vigueur, en profitant de la présence à> Paris d'un ambassadeur birman. Le fait éveilla les appréhensions de l'Angleterre, qui pria de ne pas perdre de vue « l'intérêt particulier que le gouvernement de la reine portait à la Birmanie », en raison de sa situation géographique comme de ses relations avec l'Inde. Le cabinet français estima devoir passer outre et l'incident demeura sans conséquences. Il n'en était pas moins caractéristique. S'ajoutant aux difficultés suscitées par la Chine, la démarche britannique .montrait que notre entreprise indo-chinoise changeait de nature et acquérait une portée qu'elle n'avait pas au début Jl ne s'agissait plus simplement d'une opération particulière à liquider exclusivement avec l'Annam. Des tierces puissances intervenaient, dont une, l'Angleterre, sans titre aucun. L'affaire cessait ainsi d'être purement coloniale et française.

Or, et ceci souligne l'importance de la remarque, en cette même fin de l'année i883, le développement des questions relatives au centre africain révélait une évolution pareille.

En Afrique, Brazza poursuivait sa tâche pour le compte d« la France, tandis que Stanley continuait d'acquérir des territoires au profit du comité fondé par le roi des Belges. Leur rivalité croissante n'inquiétait guère le premier ministre français. Avocat à l'origine de sa carrière et malgré son sens très aigu des réalités, Jules Ferry raisonnait parfois en droit pur. Or la stricte application des principes le conduisait à penser que le Comité du Congo, simple entreprise privée, manquait de la capacité juridique requise pour posséder légitimement des territoires. Si le Comité entendait continuer son œuvre, force lui se-

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rait de se mettre sous le patronage d'un Etat constitué. La France semblant toute désignée pour jouer un rôle, peu lui importait que Stanley passât des traités plus ou moins nombreux, car le bénéfice lui en reviendrait fatalement un jour. Ferry en était si convaincu qu'en juin i883 il avait révélé ses vues à un représentant de Léopold II.

Celui-ci n'était pas disposé à s'y ranger. Il prétendait agir pour son compte exclusif. Il voulut donc parer au danger qui menaçait ses ambitions et dont il ne méconnaissait sans doute pas la gravité, car l'argument juridique était réellement fort. Mais des appuis lui étaient nécessaires pour contrecarrer le dessein du ministre français. Il se mit en devoir d'en trouver, et alors commencèrent une série de tractations encore mal connues. Force est cependant de tâcher d'en donner quelque idée, car, si la France leur demeura d'abord complètement étrangère, elle devait ensuite se trouver aux prises avec leurs conséquences.

Il semble que le roi des Belges s'adressa simultanément à l'Allemagne et aux Etats-Unis. Ce furent probablement des amitiés personnelles qui lui permirent d'influencer le monde officiel américain, toujours bien disposé pour les œuvres présentées comme philanthropiques et civilisatrices. Les Allemands sont moins sensibles aux considérations sentimentales. Mais, à cette époque, les négociants de Hambourg et de Brème, qui avaient déjà fondé des établissements en Océanie et dans l'Afrique australe, s'inquiétaient de trouver de nouveaux débouchés et le bassin du Congo les tentait spécialement. Le prince de Bismarck n'était pas disposé à le leur conquérir, car il répugnait encore aux annexions coloniales. Il était cependant partisan de l'expansion commerciale. Celle-ci serait assurée. et précisément dans la région visée, pour peu que le Comité du Congo garantît une pleine liberté de trafic dans les pays qu'il , administrerait. On se sent donc porté à croire que le roi des Belges reçut de Berlin quelques encouragements, sans doute conditionnels. Ses projets trouvaient, d'autre part, un accueil

officiellement très sympathique aux Etats-Unis, si bien que, dès la fin de i883, il pouvait compter sur le soutien éventuel de deux puissances.

Deux, par contre, se dressaient contre lui : le Portugal et l'Angleterre qui craignaient également de se laisser supplanter. Le Portugal, possesseur sur la côte atlantique de domaines mal délimités, entendait ne pas abandonner à d'autres la souveraineté du Bas-Congo ; l'Angleterre, qui n'ambitionnait pas d'extensions territoriales, souhaitait cependant réserver les droits de son commerce. Prétentions anglaises et prétentions portugaises n'étaient d'ailleurs nullement inconciliables. Des négociations purent donc s'engager entre Londres et Lisbonne et aboutirent, le 26 février i884, à un traité. L'Angleterre reconnaissait la souveraineté du Portugal sur l'estuaire et le cours inférieur du Congo ; en échange, le Portugal promettait à l'Angleterre des avantages économiques spéciaux.

Aussitôt connu, ce traité suscita des protestations et provoqua des manœuvres de la France, du roi des Belges et de l'empire allemand.

La France réclama, en invoquant certains droits anciens sur quelques points de l'estuaire. Au vrai, cependant, elle ne se sentait pas très gravement atteinte. Le roi des Belges, par contre, se voyait directement frustré. Trois routes permettaient de rejoindre le Congo navigable en partant de la mer : la vallée de l'Ogooué, la vallée du Niari. enfin la vallée du fleuve même. Or, la première était incontestablement aux Français ; la seconde, également convoitée par eux, était en outre menacée maintenant par le Portugal à qui le récent traité attribuait en plus la troisième. Les territoires que le roi Léopold s'efforçait d'acquérir dans le bassin du Congo risquaient d'être coupés de toute communication avec l'océan. De plus, la même convention anglo-portugaise négligeait complètement les traités de Stanley avec les rois indigènes, le Portugal se déclarant maître de pays dont le Comité s'était cru souverain. Clétait la conséquence de la situation relevée par Jules Ferry : le Comité avait

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