‹ D'une guerre à l'autreChapitre 34 sur 56 · II. — L · texte numérisé non relu

II. — L

Carnot fut assassiné à Lyon, le 25 juin 180/1, et Casimii Perier que le Congrès appela immédiatement à lui succéder, se démit de ses fonctions dès janvier i8q5. laissant la place à Félix Faure. D'autre part, le cabinet Dupuy que nous \enons de voir constituer à la fin demai 189/1, se retira, en janvier 1895, et M. Ribot reprit alors, pour la troisième fois, la présidence du Conseil. Pas plus que les divers incidents qui survinrent à l'intérieur, ces rapides et brusques changements dans le haut personnel gouvernemental ne paraissent avoir influé sur la politique extérieure. De îa formation du ministère Dupuv à la chute du ministère Ribot, c'est-à-dire de la fin de mai 189/1 au

début de novembre i8q5, cette politique continua de se développer d'un train régulier, au travers d'incidents parfois impossibles à prévoir et avec une logique d'autant plus grande peutêtre que, durant tout ce temps, le portefeuille des Affaires étrangères demeura constamment aux mains de M. Hanotaux.

Au moment où il le recevait, l'alliance avec la Russie étant définitivement conclue, l'attention se devait concentrer sur les relations avec l'Angleterre. Nous savons que celles-ci étaient spécialement délicates, puisqu'aux différends chroniques toujours pendants à propos de Terre-Neuve ou des Nouvelles- Hébrides, comme aux compétitions plus récemment intervenues en Indo-Chine et au Niger, s'ajoutait maintenant cet antagonisme relatif au Haut-Nil dont je marquais à l'instant la portée très générale. La question se trouvait ouvertement posée par la publication des derniers accords anglo-italien et anglo-congolais qui enserraient l'Afrique équatoriale et la Somalie françaises : sur ces accords lé nouveau ministre avait donc à prendre position.

Il le fit très nettement, dans la semaine qui suivit sa prise du pouvoir, en répondant à une interpellation de M. Eugène Etienne, ancien sous-secrétaire d'Etat aux Colonies, et l'un des champions les plus notoires de nos revendications africaines. La France, dit alors en substance M. Hanotaux, se trouvait lésée dans ses aspirations les plus légitimes ; elle était fondée à protester et se mettait en devoir de le faire. Rien à critiquer dans une pareille déclaration. Mais, s'il s'agissait du traité anglo-congolais, les réclamations françaises avaient chance de ne pas demeurer isolées, car l'Allemagne se montrait peu satisfaite de voir la Grande-Bretagne s'interposer entre son Ouest-Africain et l'Etat indépendant, et d'autres puissances encore pouvaient se préoccuper du Haut-Nil, puisqu'il dépendait nominalement •de l'Egypte. Par contre, la France resterait seule à réclamer contre le traité anglo-italien, le Négus n'ayant pas voix au chapitre, surtout depuis la signification du protectorat italien. Elle ne pouvait d'ailleurs invoquer, à l'encontre de ce même traité,

que des principes un peu vagues, « l'équilibre africain », par exemple, ou la nécessité de « respecter des siluations acquises ». Tout au contraire, le traité anglo-congolais prêtait à contestation juridique. En concédant un bail, l'Etat indépendant ne méconnaissait-il pas le droit de préférence qu'il nous avait naguère reconnu? En poussant vers le Nord ne contrevenait-il pas au traité passé avec nous en 1887? D'autre part, en cédant de sa propre autorité des territoires égyptiens, l'Angleterre n'usurpait-elle pas sur les droits du kbédive et du Sultan? Remarquons, toutefois, que c'était là un terrain sur lequel le gouvernement Britannique refuserait toujours de s'engager ; il ne voudrait pas davantage tenir compte du droit de préférence qu'il n'avait jamais reconnu et que le roi des Belges continuait aussi d'interpréter d'une façon très différente de la nôtre ; ce droit, enfin, n'avait rien à faire dans la question du Nil qui, seule, nous intéressait essentiellement. Tout bien compté, les arguments juridiques demeuraient ainsi sans valeur pratique à l'égard de l'Angleterre qui était parmi les divers signataires desactes incriminés celui que nous devions surtout prendre à partie. Nous étions dès lors contraints de n'invoquer contre elle que des considérations générales, ce qui revenait à dresser ouvertement nos ambitions contre les siennes.

De là le ton très vif que prirent les conversations; de là aussi, sans doute, leur insuccès. M. Hanotaux était parvenu à associer à nos protestations la Russie, notre alliée, et la Turquie, souveraine théorique delà vallée du Nil. Cependant, alors que l'Allemagne obtenait l'abandon de l'article de l'accord anglocongolais qui l'intéressait particulièrement, les clauses de ce même accord qui contrecarraient la France étaient obstinément maintenues et le traité anglo-italien demeurait également intact.

L'Angleterre se montrait donc irréductible à notre égard. Mais deux négociations s'engageaient à peu près dans le même temps à Bruxelles. L'une visait la délimitation septentrionale del'Etat indépendant, l'autre la définition du droit de préférence.

<Dette dernière aboutit, en janvier 1895, à un traité d'une précision parfaite ; seulement il était passé avec le gouvernement belge, en prévision d'une reprise du Congo par la Belgique, reprise qui semblait alors imminente ; il suffit ainsi au roi Léopold de retirer son projet de cession pour ôter toute valeur au traite. Rien ne fut donc définitivement obtenu au sujet du droit de préférence. Par contre, la négociation territoriale aboutit rapidement. Dès le i4 août 1894» un traité intervenait, en effet, qui réglait les frontières dans la région de l'Oubanglii, puis et surtout limitait vers le Nord l'action congolaise, tant dans le Bahr-el-Gbazar que dans la vallée du Nil. Le Roi Léopold s'engageait à ne pas occuper tous les territoires que lui abandonnait la générosité britannique et la France arrivait ainsi, par voie détournée, à une partie au moins de ses fins, puisque la route du Nil lui demeurait ouverte.

Pour exploiter sans doute cet avantage de nouveaux pourparlers furent engagés avec Londres. Dans quelles conditions exactes, nous l'ignorons. Nous savons seulement que les plénipotentiaires arrivèrent à une entente de principe qui réglait, <lit-on, tous les points litigieux jusques et y compris le rôle de l'Angleterre en Egypte. L'accord toutefois ne fut pas ratifié et les négociateurs se virent simultanément désavoués par leurs gouvernements. Peu après, en mars 1890, Sir Edward Grey déclarait à la chambre des Communes que la zone d'influence britannique couvrait toute la vallée du Nil et que toute intervention française dans la région serait considérée comme « un acte anti-amical ». M. Hanotaux protesta diplomatiquement contre une telle affirmation, puis le 5 avril, il proclamait à la tribune du Sénat : « Quand l'heure sera venue de fixer les « destinées définitives de ces contrées lointaines, je suis de ceux « qui pensent qu'en assurant le respect des droits du Sultan et < du khédive, en réservant à chacun ce qui lui appartiendra « selon ses œuvres, deux grandes nations sauront trouver les « formules propres à concilier leurs intérêts et à sauvegarder ■« leurs communes aspirations vers la civilisation et le progrès. »

La situation était ainsi bien nelte. Au travers d'incidents multiples, et dans lesquels, l'ait digne de remarque, l'action de l'Allemagne s'était plus ou moins accordée avec la notre, la France et l'Angleterre n'avaient abouti, en somme, qu'à déclarer leur antagonisme. La France s'était réservée les moyens d'intervenir dans la vallée du Nil; Y Angleterre lui contestait le droit de le faire. Les positions étaient ainsi prises et précisément sur le terrain dont nous marquions tout à l'heure l'importance. Il ne s'agissait encore toutefois, en ce printemps de 1890, que d'affirmations de principes, et chacune des parties demeurait libre d'éviter les actes qui détermineraient le conflit. Les résolutions décisives restaient à prendre. Mais avant de voir celles <jui furent adoptées, il faut dire quelques mots de complications survenues dans d'autres régions. Les événements de Madagascar et d'Extrême-Orient allaient en effet, non seulement -conduire à des résultats importants par eux-mêmes, mais préciser encore les rapports généraux de l'Angleterre et de la France et réagir par conséquent sur les affaires d'Afrique.

i A Madagascar, les Hovas s'étaient constamment dérobés aux conséquences du traité de i885 et si bien que, dès le début de ,i8a4, la Chambre avait invité le Gouvernement à sauvegarder nos droits. Rien d'efficace n'ayant été tenté, les difficultés s'aggravèrent encore : dans le mois d'août de cette même année, le résident général, ne se jugeant plus en sûreté, voulait quitter .l'Emyrne avec nos nationaux. M. le Myre de Yilliers, de retour duSiam,et décidément spécialisé dans les missions de ce genre, s'en fut alors porter à Tafianarive une sommation en règle. Comme il n'obtint qu'une réponse insuffisante, la rupture fut signifiée, le 27 octobre, et le recours aux armes décidé. Mais les .conflits précédents ayant montré que des opérations limitées •aux côtes ne suffisaient jamais à contraindre complètement les ..Hovas, il ne restait qu'à reprendre le projet de marche sur la

capitale de l'île qui avait été élaboré dès 18/io. Après avoir entendu les explications de MM. Ilanotaux et Riboî, la Chambre, puis le Sénat, votèrent les millions nécessaires les 26 novembre et 5 décembre 189/1. Majnnga qui devait servir de base fut occupé le i5 février 189"), et, le 6 mai, le général Duchesne y venait prendre le commandement du corps expéditionnaire. Les opérations, poussées avec vigueur, furent difficiles, parfois même inquiétantes. Le 29 septembre une colonne d'avant-garde parvenait cependant à Tananarive et, le Ier octobre, le gouvernement liova signait un nouveau traité qui portait reconnais-^ sance expresse du protectorat en accordant en outre à la France le droit d'entretenir un corps d'occupation comme de contrôler l'administration intérieure de l'île.

En Extrême-Orient, au cours de ces mêmes années 1894 et 1895, des événements assez compliqués s'étaient déroulés. Le Japon tout d'abord était entré, à propos de la Corée, en conflit avec la Chine. A aincue dans une guerre de quelques mois, celle-ci avait dû signer, le 17 avril 1895, à Shimonoseki, un traité où elle renonçait à tous droits sur la Corée et cédait en outre Formose, les Pescadores et la péninsule du Liao-Toung qui commande le Petchili. C'étaient là des clauses de nature à préoccuper les puissances d'Europe ayant des droits en Extrême- Orient : toutes devaient s'inquiéter de l'importance qu'acquerrait le Japon et certaines se pouvaient, en outre, tenir pour directement lésées. La Russie, notamment, qui convoitait ellemême la Corée, voire peut-être la Mandchourie, n'entendait pasles abandonner virtuellement au Japon. Elle manifesta dès lors l'intention de protester et la France se déclara prête à en agir de même ; l'Allemagne de son côté prit une attitude pareille. Les trois gouvernements adressèrent donc conjointement des observations au Japon qui crut prudent d'en tenir compte et renonça dès lors à l'annexion du Liao-Toung. Dans cette affaire la Grande-Bretagne s'était abstenue. Quels que fussent ses mobiles, cette attitude mérite d'être relevée, car elle montre quer s'agît-il même d'une affaire où elles n'étaient ni l'une ni l'autre

directement intéressées, la France et la (irande-Bretagne ne se trouvaient, à cette époque, jamais dans le même camp.

Le gouvernement français, d'un autre côté, continuait à poursuivre vis-à-vis de la Chine sa politique particulière. Toujours désireux, d'assurer la pénétration économique, il encourageait une grande mission d'étude organisée par la Chambre de Commerce de Lyon. Il recherchait en outre des avantages nouveaux. A une convention complémentaire de délimitation, signée le 20 juin i8q5 et qui ne portait que sur des détails, fut donc annexé un accord d'une portée beaucoup plus grande : des facilités spéciales étaient accordées dans le Yunnan au commerce franco-annamite et la prolongation de nos voies ferrées en territoire chinois se trouvait prévue, ainsi que l'exploitation, par des ingénieurs, et des industriels français, des mines du Yunnan, du Kouang-Siet du Kouang-Toung. Ces diverses stipulations formaient, en somme, le pendant de celles inscrites dans un traité conclu le Ier mars 1894 entre la Chine et l'Angleterre. Celle-ci, partant de la Birmanie, cherchai! à s'insinuer dans les provinces du Sud de la Chine : c'est ce que la France voulait faire, en partant du ïonkin, et, dès lors, la concurrence entre les deux puissances s'affirmait franchement. Autre chose encore Des difficultés s'étaient produites enlre les missions envoyées en Indo-Chiné* pour recueillir les données qui permettraient de créer le fameux Etat-tampon prévu dans l'accord de juillet i8g3, puis, en 1895, les autorités anglaises déclaraient étendre la Birmanie jusqu'au Mékong : agissant de la sorte elles ne manifestaient pas seulement un appétit grandissant, mais rendaient impossible l'Etat tampon que devaient constituer des « sacrifices réciproques ». C'était, une nouvelle complication. Au mois d'octobre 1896 par conséquent , les contestations entre l'Angleterre et la France demeuraient toujours pendantes en Indo-Chine comme elles étaient pendantes en Afrique centrale.

194 LE CONFLIT AVfiC L'ANGLETERRE

Mais cette absence de solutions sur des points essentiels ne doit nullement porter à conclure que les seize mois qui venaient de s'écouler depuis l'arrivée de M. Hanotaux aux affaires eussent été stériles. Loin de là. L'alliance russe avait été formellement confirmée par la ratification de la convention militaire et elle s'affirmait comme une force devenant agissante, notamment en Extrême-Orient où, la France avait su obtenir de la Chine des avantages précieux. Au prix d'un effort très coûteux elle était en outre parvenue enfin à s'installer vraiment à Madagascar. Sur le continent africain, enfin, des traités de délimitation, nous avaient procuré d'incontestables profits. Ces résultats positifs et considérables demeuraient toutefois incomplets, précaires même parfois, car certains d'entre eux ne pourraient être complètement exploités que si l'Angleterre ne dressait point d'obstacles. Or les relations avec elle, loin de s'améliorer, allaient encore en s'envenimanl. Nous venons de voir l'antagonisme s'affirmer très nettement en Extrême-Orient : exactement dans le même temps, il se précisait dans le centre africain. On se souvient qu'il s'agissait là de la souveraineté sur la vallée du Haut-Nil. A son'propos, les minisires des Affaires étrangères britannique et français avaient proclamé des doctrines tout opposées. Mais voici maintenant qu'on manifestait à Paris l'intention de sortir du domaine des querelles théoriques pour en arriver aux actes. En septembre 1895, en effet, le capitaine d'infanterie de marine Marchand sollicitait le commandement d'une mission qui, partant du Gabon. utiliserait les routes libérées par la dernière convention avec l'Etat indépendant et s'en irait planter le drapeau français sur les rives du Nil. Cette démarche, qui semblerait un simple incident administratif, avait la portée d'un événement. Pour s'en convaincre, point n'est besoin de prendre parti dans les polémiques intervenues par la suite : il suffît de relever trois

laits certains. Si la mission nouvelle prenait, en quelque sortev la suite de missions antérieures, chargées de préparer notre infiltration vers le Nil, elle aurait pourtant un autre caractère ; les fonctionnaires coloniaux s'étaient jusqu'alors opposés aux madhistes, tandis que le capitaine Marchand pourrait être, au contraire, conduit à s'entendre avec eux : d'où une évolution complète. Il est, d'autre part, incontestable qu'en formulant sa demande le capitaine Marchand n'agissait pas de sa seule initiative ; incontestable aussi que l'inspiration ne venait pas du Pavillon de Flore; très hostile à l'entreprise et précisément parce qu'elle impliquait un revirement : l'idée première avait manifestement pris naissance au Quai d'Orsay ; d'où résulte que le projet dépassait les habituelles explorations africaines et se rattachait à quelque plan diplomatique. Celui-ci s'apercevait d'ailleurs aisément, et nous en venons ainsi à la troisième et dernière remarque. Après les déclarations du gouvernement britannique, nul doute ne subsistait sur la conséquence qu'entraînerait l'installation d'un poste français dans la région du Haut-Nil. On y verrait, outre-Manche, un acte o inamical ». Le seul fait qu'on y songeât montre donc que la diplomatie française acceptait l'éventualité d'un conflit avec l'Angleterre. On peut même dire qu'elle entendait le. provoquer. Non pas, bien entendu, un conflit armé. Dans les pages nombreuses publiées par la suite pour commenter sa politique, M. Hanotaux a très clairement indiqué sa façon de voir. Le caractère qu avaient pris les relations avec l'Angleterre lui paraissait justement fâcheux. Il estimait, avec non moins de raison, que, pour rétablir ces relations sur un pied normal, une sorte de liquidation s'imposait qui impliquait elle-même une explication franche et complète portant sur tous les points litigieux. Le plus délicat était la question d'Egypte et l'expérience avait montré l'impossibilité de l'aborder de front. Or, l'installation d'un poste sur le Haut-Nil conduirait fatalement à le débattre. L'expédition du capitaine Marchand n'aurait donc nullement pour objet d'acquérir des territoires, comme le public le suppo-

serait sans doute, car les points occupés seraient probablement abandonnés ensuite ; elle ne serait pas non plus une entreprise proprement coloniale. Se rattachant à un plan général, elle servirait simplement à imposer aux hommes d'Etat britanniques la discussion qu'ils refusaient.

Mais cette discussion ne devrait pas se poursuivre en tête à tête. Pour être certain d'avance qu'elle ne prendrait pas un tour menaçant, comme pour en retirer tous les avantages souhaitables, il convenait de ne l'engager qu'après s'être assuré l'appui de tierces puissances. Pour des raisons -déjà dites, celui de la Russie serait insuffisant ; celui de l'Allemagne, au contraire, particulièrement précieux. Au moment où le gouvernement de Paris disposait ses cartes pour jouer avec celui de Londres une partie peut-être décisive, la logique le conduisait ainsi à se préoccuper particulièrement de ses rapports avec Berlin.

Il conviendrait donc de préciser ici le caractère exact de ces rapports. La chose est toutefois malaisée. Un incident s'était bien produit dont le retentissement avait été considérable. A regarderies choses d'un peu près, il ne fournit pasotoutefois d'indications bien nettes. L'Allemagne ayant convié toutes les puissances maritimes à se faire représenter à l'inauguration solennel du canal de Kiel, la France avait accepté l'invitation. Aussitôt connue, cette décision déchaîna des interpellations. MM. Ernest Roche et Le Senne s'étonnèrent que les souvenirs de 187 1 parussent oubliés; M. Millerand protesta contre toute idée de renoncement aux provinces perdues, en même temps qu'il dénonçait à la Chambre un changement d'orientation dans la politique extérieure. Seulement les orateurs qui parlaient de la sorte, ne visaient pas uniquement l'attitude prise a l'égard du gouvernement allemand ; ils se préoccupaient au moins autant de l'entente avec la Russie, et non pas seulement parce qu'ils lui faisaient grief de notre intervention contre le Japon ou de notre politesse envers l'Allemagne, mais aussi, et surtout peut-être, parce que cette entente avait été conclue

sans que le Parlement en reçut même avis. El, de fait, ce fut sur l'alliance nouvelle que M. Ilanotaux insista dans la réponse très étudiée qu'i{ lut à la tribune le 10 juin. Il proclama olïiçîellement l'existence du pacte et démontra que celui-ci n'avait entraîné la France à nulle démarche contraire à ses intérêts. Touchant l'envoi de notre escadre à kiel, il se contenta d'invoquer l'impossibilité de répondre à une polilesse par un refus discourtois. C'était l'évidence même ; tant et si bien que ces débats assez orageux et le fait qui les avait provoqués révèlent simplement la persistance de certaines susceptibilités très légitimes mais ne nous renseignent guère sur les arrièrepensées du gouvernement français qui affirmait seulement ;. point vouloir garder envers l'Allemagne une allilude systématiquement hostile.

Rien n'empêche cependant de croire qu'il songeât à faire plus. Depuis l'arrivée au pouvoir de M. Ilanotaux il n'y avail pas eu, semble-t-U, entre la France et l'Allemagne, de négociations particulières de quelque importance. Nous avons simplement vu les deux puissances inlervenie simultanément, comme pour les mêmes fins, lors du traité anglo-congolais, puis lors du traité sino-japonais, et, dans le dernier cas même, elles avaient agi conjointement. Pareil résultat impliquait des échanges de vues et, en somme, un certain accord. On dit aussi que, dans le règlement des menues affaires courantes, le gouvernement impérial s'appliquait alors à témoigner le meilleur vouloir. Que M. Hanotaux cherchât à profiter de telles dispositions, semble extrêmement vraisemblable et, les promesses que nous rappelions étant posées, nul ne saurait d'ailleurs le lui reprocher. Au moment où par l'envoi de la mission Marchand la diplomatie française se préparait à entrer en lutte contre l'Angleterre, il était rigoureusement normal qu'elle songeât à une entente plus ou moins accidentelle et plus ou moins intime avec le gouvernement allemand. Ici donc nous constatons, une fois de plus, une politique véritable. Discutable assurément dans son principe, elle est parfaite-

19S IB CONFLIT AVEC l/ANGLETERRE

ment logique et bien .••ordonnée dans ses diverses parties. Elle se dessinait à l'arrière automne de 1896 et il semblait que son cours dût se développer normalement quand une péripétie survint.

Page 1