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CHAPITRE II

Dans le cabinet formé par M. Brisson et qui prit, le 28 juin 1898, la succession du cabinet Mélinc, le portefeuille des Affaires étrangères fut confié à M. Delcassé. Celui-ci devait le conserver sans interruption pendant sept ans. au travers de combinaisons ministérielles très diverses, successivement présidées, après la prompte retraite d'Henri Brisson, par MM. Cli. Dupuy, Waldeck-Rousseau, Combes et Rouvier. Cette période relativement longue devait être, à l'intérieur, fort mouvementée. La brusque mort de Félix Faure et l'élection de M. Loubet ne furent que des incidents. Mais l'effervescence provoquée par l'affaire Dreyfus et qui atteignait son paroxysme au milieu de 1898, se prolongea longtemps encore. Bientôt vinrent aussi les mesures antireligieuses des cabinets Waldeck-Pvousseau et Combes. Tne série de causes créèrent ainsi un état de malaise qui influa sur la situation vis-à-vis de l'étranger dans des mesures et conditions qu'il nous faudra préciser. Aucune ne réagit immédiatement et directement sur la conduite de la politique extérieure. Celle-ci se déroula très normalement et logiquement.

-22 l'entente cordiale

En effet, comme Ilanotaux et plus encore que lui, M. Delcasse allait avoir le temps de développer des vues suivies et de faire prévaloir ses conceptions personnelles.

Nous allons voir du reste, celles-ci se révéler sans délai. En effet, si, à l'encontre de son prédécesseur, M. Delcasse n'était pas un professionnel de la diplomatie, il n'était cependant pas non plus un débutant dans les affaires internationales. Son passage au sous secrétariat d'Etat, puis au ministère des Colonies, l'avait initié à leur maniement, et, notamment, mis très au fait des questions dont il lui fallait s'occuper tout d'abord : je veux, dire les questions africaines.

Faciioda

Au début de l'été de 1898, la partie qui se jouait avec l'Angleterre à propos du Haut-Nil entrait dans la phase décisive : l'armée anglo-égyptienne continuait la reprise méthodique du Soudan et, comme l'absence de nouvelles du Capitaine Marchand n'empêchait point d'admettre qu'il eût atteint son but, une rencontre pouvait se produire d'un jour à l'autre qui déterminerait fatalement le grand débat diplomatique. Le nouveau ministre trouvait en outre, en s'installant au quai d'Orsay, la note allemande dont j'ai signalé la remise en essayant de marquer sa portée et qui, tout en ne visant que les colonies portugaises, se rattachait évidemment au conflit latent entre Paris et Londres.

Touchant la mission Marchand, au point où en étaient le.^ choses, M. Delcasse n'avait qu'à attendre les événements. Par contre u.ie décision immédiate s'imposait au sujet de la note allemande. Mais alors, quelle attitude adopter ? Répondre, ac-

. FaCHODA 22»

cepter la conversation ollerte, conduirait probablement à un accord. Indépendamment des bénéfices spéciaux qu'il procurerait sans doute, il fortifierait notre position vis-à vis de l'Angleterre dans le débat sur le Ml égyptien. Mais peut être enlrainerait-il aussi très loin, beaucoup plus loin que lepacte conclu par Ferry avec Bismarck au temps de la Conférence africaine. Car les circonstances étaient autres. L'Allemagne, dont la prépondérance allait grandissant, se sentait cependant gênée par les rancunes qui persistaient cbez nous depuis 1870. Elle souhaitait très logiquement nous désarmer. Oc elle y parviendrait aisément et sûrement en nous amenant à lier partie avec elle. Profitant sans doute de ses relations souvent très cordiales avec notre alliée la Russie, elle s'eflorcerait donc d'étendre la portée du moindre accord particulier pour le transformer en une entente générale.

Ln tel rapprochement donnerait à la France une sécurité plus grande : avantage appréciable assurément ,mais dont la seule recherche impliquerait des sacrifices cuisants. Et d'abord la renonciation définitive, presque officielle, à toute protestation contre le traité de Francfort. Nulle précaution de forme, nulle subtilité de protocole ne pourraient atténuer ce fait brutal : la France, désavouant son attitude de vingt-cinq ans, ferait presque amende honorable. Par cela même, elle risquerait de se déconsidérer quelque peu. Mais plus encore. Cuillaumell commençait à marquer de son empreinte la politique allemande. Tout en préparant le pèlerinage théâtral qui allait révéler ses visées particulières sur l'Orient, il affirmait, nous l'avons vu, ses ambitions « mondiales ». Tandis qu'il activait la croissance de la flotte de guerre, les compagnies de navigation, dont il devenait le protecteur et l'actionnaire, enserraient le globe d'un réseau constamment plus étroit. Le développement industriel de l'Allemagne devenait aussi chaque jour plus imposant. Dans une coordination de plus en plus complète, les efforts des particuliers et ceux de l'Etat, dirigés par une pensée commune, visaient, dans tous les domaines, dans tous les pays et

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