G L ENTENTE CORDIALE
il tenait un tel langage, la reine Victoria était morte, le 3i janvier 1901, et le nouveau roi Edouard VII ne nourrissait certainement pas, à l'égard de la France, les mêmes »cntiment> que sa mère ni les mêmes rancunes que son premier ministre. Il en donna la preuve immédiate en projetant de faire à Paris, dès le début de son règne, une visite officielle qu'une maladie empêcha seule. S'il se consacra tout d'abord au rétablissement de la paix dans l'Afrique du Sud, il est plus que probable que, dès ce même moment, il songeait aussi à améliorer les rapports avec la France. Souverain strictement constitutionnel, il ne pouvait aller à rencontre des vues ou des tendances de son premier ministre, mais rien n'empêche de supposer que son influence fut pour quelque chose dans la cordialité croissante qui se manifestait par des faits positifs. En effet, dèsavril 1902. les deux gouvernements décidaient de régler à l'amiable, en la soumettant à un arbitre, l'affaire de la saisie de bateaux dans la région du Niger et qui restait en suspens depuis sept années. D'un autre côté, l'Angleterre qui, à diverses reprises, avait marqué son mécontentement quant à nos projets sur les oasis du Touat, cessait subitement de protester contre notre occupation. Enfin, et ceci est plus caractéristique encore, lorsqu'en 1901 le gouvernement français avait pris une attitude plus énergique vis-à-vis du gouvernement chérifien, la cour de Fez chercha un appui à Londres et offrit plus ou moins nettement le protectorat du Maroc à la Grande-Bretagne. Cette dernière refusa de s'engager dans cette voie et invita le gouvernement marocain à s'entendre directement avec la France, ce qui facilita la conclusion de notre accord de 1901.
Si donc la question marocaine n'était aucunement résolue, vers l'automne 1902, ses données se précisaient cependant el elle apparaissait de plus en plus nettement comme un des facteurs principaux de la politique française. Celle-ci suivait la voie où elle avait été engagée au lendemain de Fachoda. Les revendications sur l'Egypte virtuellement abandonnées, une compensation était préparée dans l'Ouest du con-
tinent. Pour ce qui est de l'orientation générale, l'alliance russe maintenue mais toute idée d'un rapprochement avec l'Allemagne se trouvant écartée, des amitiés complémeutaires étaient recherchées qui assureraient le rétablissement complet de l'équi libre. Or c'était la question marocaine qui allait fournir l'occasion de l'affirmer : les amitiés souhaitées étaient, en effet, celles des puissances méditerranéennes, au rang desquelles figurait l'Angleterre.