II. L'ÀSSMJT FINAL
La guerre que la Bulgarie avait décharnée en violant le traité du 3o mai fut courte. L'intervention roumaine, notamment, accéléra la défaite de l'agresseur et, dès le 8 août, le traité de Bucarest rétablissait définitivement la paix. A Londres, d'autre part, la conférence des Ambassadeurs entrevoyait le Ici me de ses travaux. Elle confiait le règlement des questions demeurées pendantes à un certain nombre de commissions spéciales dont le labeur paraissait couronné de quelque succès : la principauté d'Albanie se dégageait des limbes, si bien que les puissances estimaient le moment venu de lui donner un chef qui devait être, comme on sait, le prince de AYied. Il est vrai que des incidents nouveaux surgissaient : l'Allemagne, qui n'était peut-être pas étrangère à la dislocation du bloc balkanique, se sentait atteinte par l'amoindrissement de la Turquie et voulait la galvaniser, d'où, en novembre, l'envoi à Gonslantinople du général Liman von Sanders qui devenait le grand maître de l'armée ottomane. Cette nomination, dont la portée était manifeste, éveilla naturellement les susceptibilités de la Triple Entente ; ses membres protestèrent et des pourparlers s'ensuivirent. La Erance, qui soutenait toujours, et parfois guidait, la Russie, y prit part, en même temps qu'elle intervenait dans tes arrangements relatifs à l'Albanie, après avoir contribué, quelques mois plus tôt, à la conclusion de la paix de Bucarest. La diplomatie française demeurait ainsi très active en Orient où continuaient de s 'enchevêtrer des négociations. Mais celles ci, malgré leurs complications persistantes, perdaient prc-gressÎTBment, au cours du second semestre de 1 913, le caractère qwi,versle défont de l'année, les rendait si graBdeawettt raqœié—
l'assaut final
lanles. Le statut territorial des Balkans désormais iixé, croyait on, et des procédures trouvées pour régler les derniers points litigieux, les nouvelles menées germaniques ou les rainv avérées des Bulgares ne semblaient plus capables de déchaîner brusquement le grand conflit. L'Allemagne, d'ailleurs, montrait plus conciliante. Sur notre demande elle avait, de mois d'août, promulgué des règlement^ de navigation aérienne destinés à mettre tenue aux incidents dont nous nous étions plaints. Lncore qu'elle ne restreignit pas ses préparatifs militaires, elle ne nous attaquait point. Dans l'ensemble donc une détente se produisait. Bien ne prouve que les gouvernants dr la République fussent pleinement tranquilles, car ils possédaient Rapports militaires \enus de Beilin dont le public n'avait point connaissance, usais, les jours p assaut sans amener le cataclysme, l'opinion se rassurait Les {parlementaires français, qui se rencontraient à Berné avec quelques-uns de leurs collègues allemands, recevaient d'eux des assurances très cordiales auxquelles ils attribuaient une sincérité complète, et la croyance se répandait dès lors, chaque jour davantage, que, même si le péril avait été aussi grand que d'aucuns le laissaient entendre, il était désormais bien passé.
Gomme toujours dans un pays aussi nerveux que le notre, à mesure qu'un tel état d'esprit se répandit, puis s'affermit, une réaction intervint. On discuta plus librement encore, on critiqua plus âprement et, jour après jour, au cours de ce même deuxième semestre de 191.'), les considérations de pure politique intérieure reprirent la première place dams les préoccupations Le désir de rénovation, dont la campagne en faveur de la représentation proportionnelle était en indice, et l'élan patriotique qui s'était affirmé à l'élection de m. Poincaré, ne satisfaisaient point tout le monde. Les partis ou, ponrraieux dire, tes coteries qui exploitaient le pouvoir redoutaient de s'*en T©fr déposséder s r la mentalifeé pelitiejue «e modifiait. De $à l'oppositéon persistante à 4a réforme électorale qui «vaèt amené déjà ta cbute étu fflinistew ^riaBNÎ ; 4e Ta arassi l'exposition à la ioi de
trois ans. Les manifestations de ce genre s'accentuèrent d'autant plus et soulevèrentd'autant moins de réprobation que les dangers extérieurs semblaient s'éloigner. Aussi quand le> radicaux-socialistes tintent à Pau, au mois d'octobre, un congres oùdominèrent MM. Caillaux et Malvy, ils se révélèrent hypnotisés parles plus mesquines questions électorales : l'union de tous les éléments sains du pays et la reconstitution morale de celui-ciles gênaient. Ils flétrirent donc l'apaisement et, bien que se déclarant patriotes, proclamèrent leur haine du militarisme, en réclamant le retour au service de deux ans. L'occasion leur vint d'ailleurs bientôt d'entraver l'œuvre que poursuivait le ministère. L'accroissement des forces militaires entraînait des charges auxquelles ne pouvait parer un budget toujours en déficit. Pour trouver sans délai les ressources indispensables, le cabinet Barthou proposa, le i4 novembre, un emprunt. Certaines de ses modalités furent proclamées anti-démocratiques et les adversaires du ministère se lancèrent aussitôt à l'attaque, conduits par M. Caillaux. Oubliant les nécessités de l'heure et ne regardant plus au delà des frontières, la Chambre écouta ses mauvais bergers ; l'une des dispositions essentielles du projet fut repoussée, et, le 2 décembre ]Qi3, M. Barthou devait se retirer.
M. Gaston Doumergue fut alors appelé à former un cabinet. ILs'y réservait les Affaires étrangères et plaçait M. Noulens à la Guerre, M. Monis à la Marine. M. Caillaux aux Finances, et, à l'Intérieur, M. Malvy. Certains de ces choix étaient significatifs. D'autre part, l'approche des élections générales incitant les partis à s'expliquer, une sorte de reclassement s'opérait. On vient de voir que les radicaux avaient pris position, dès le ministère Barthou. Une riposte leur vint au lendemain de l'installation de M. Doumergue. M. Barthou lui-même, assisté de M. Briand et de M. Millerand, fonda la Fédération des Gauches, dont il définit le programme : assainir la politique intérieure par la représentation des minorités, fortifier la défense extérieure par le maintien de la loi de trois ans. Les socialistes à leur tour manifestaient, et, dans leur congrès d'Amiens, fié-