‹ D'une guerre à l'autreChapitre 7 sur 56 · LA FRANCK DE · texte numérisé non relu

LA FRANCK DE

blicains étaient au moins d'accord sur le principe d'un régime, / 3es royalistes demeuraient divisés par un antagonisme irréduclible/ La moitié environ, partisans du droit divin, tenaient pour le comte de Chambord, chef de la branche ainée des Bourbon. Les autres, sectateurs de la monarchie populaire, se groupaient autour du comte de Paris, chef de la branche cadette. Or, les « quasi-légitimistes », comme avaient dit jadis les doctrinaires juchés sur leurs cravates, n'étaient nullement disposés à répudier leur adverbe pour se rallier auv légitimiste* tout court, tandis que ceux-ci n'admettaient pas da\antage d'abjurer leurs principes pour pactiser avec la Révolution. Dans ces conditions, les deux groupes monarchistes demeuraient également incapables de restaurer immédiatement l'une ou l'autre des monarchies.

Possédant de concert la majorité, ils pouvaient cependant empêcher toute solution contraire à leurs vues. Ils en profitèrent pour gagner du temps, afin de permettre à des combinaisons de famille de réaliser entre eux une « union » ou une « fusion ». Leurs efforts négatifs aboutirent ainsi à un régime de fait, ressemblant, par plus d'un trait, à celui sous lequel la France vivait depuis cinq moisjjPmir remplacer le gouvernement de la Défense Nationale, à qui la (in des hostilités otaitsa raisond'être, et qui, d'ailleurs, résignait son mandatJrAsfe^mblée se contenta le choisir un homme dont le passé monarchique et l'opposition libérale à l'Empire rassuraient les divers partis, tandis que son prestige personnel et sa profonde connaissance des affaires lui conféraient un ascendant hors de pair. (ïhiers fut nommé, le 17 février, chef du Pouvoir exécutif. Jun^aj ou ta qu'il constituerait un ministère et gouvernerait sous le contrôle de l'Assemblée, mais on s'en tint là. Son autorité ne fut aucunement définie et nul terme fixé à son mandat. J

C'est ce gouvernement, improvisé au lendemain de l'armistice, que nous retrouvons intact, après la signature de la paix, n'ayant subi dans l'intervalle aucune retouche d'aucune sorte. [ En le considérant, plusieurs* constatations s'imposent. Et

d'abord, l'Assemblée n'a pas organisé un système politique coordonné : à l'origine, elle a voulu confier et elle prétend toujours conserver le pouvoir à un homme déterminé. En droit donc, l'autorité de celui-ci e^ immense, et se trouve encore accrue, en fait, par ^a supériorité propre. \Â France s'est, sans conteste possible, placée sous le gouvernement personnel de Thiers que l'on qualifierait dès lors légitimement de dictateup, n'était la restriction introduite pour réserver, sans le limiter, le u contrôle » de l'Assemblée. Or, quand une Assemblée élue maintient sa toute puissance en face d'un chef, politiquement issu d'elle et dont le mandat demeure révocable, quelle que soit la confiance qu'elle témoigne à son chef, elle instaure un régime dès longtemps connu. Et le fait était évident à tel point qu'après avoir simplement admis la chose, force fut bientôt d'accepter aussi le nom. A la suite d'incidents parlementaires inutiles à rappeler, Thiers devait voir modifier son titre dès lé3i août 1871 : «•4e chef du Pouvoir exécutif » devint alors officiellement le « Président de la République A.

Mais le changement de vocanle ne modifiait en rien la situation foncière. Après, le régime offrait encore les singularités qu'il présentait avant. Par un phénomène sans précédents, je crois, dans notre histoire, il devait fonctionner de façon tout empirique, sans rien qui ressemblât à une constitution. Circonstance non moins exceptionnelle, son avènement n'impliquait pas l'avènement d'un parti dont les chefs s'installaient aux affaires en groupant des collaborateurs de leur opinion. Cette république embryonnaire n'était ni dirigée, ni représentée, ni même administrée par des républicains.

Républicain, Thiers l'était devenu sans doute, mais à coup sûr moins par conviction profonde que par résignation ou nécessité, et, comme son admirable dévouement à la chose publique n'allait pas jusqu'à le rendre plus modeste qu'il n'avait jamais été, on peut même, sans offenser sa mémoire, le supposer attaché surtout à la combinaison qui assurait sa prééminence personnelle, jugée par lai indispensable au salut du pays.

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