‹ D'une guerre à l'autreChapitre 8 sur 56 · LA FRANCE DE · texte numérisé non relu

LA FRANCE DE

Sans être naturellement guidés par un sentiment de ce genre, plusieurs des ministres dont il s'était entouré professaient des opinions politiques très analogues aux siennes. D'autres, admis dans le même Conseil avec des droits égaux, demeuraient adversaires déclarés d'un gouvernement populaire. Et qui voudrait passer la revue des grands services publics arriverait à des constatations pareilles. Peu importent, évidemment, les idées de l'immense armée des sous-ordres qui demeurent desimpies exécutants. Mais il est de très hauts fonctionnaires dont l'attitude et les initiatives engagent le gouvernement. Or, combien parmi eux, ne sont nullement républicains ? Pour nous en tenir aux diplomates dont le rôle ici nous intéresse surtout, voici le vicomte de Gontaut-Biron, désigné pour l'ambassade de Berlin : c'est un royaliste notoire ; royaliste aussi le duc de Broglie, durant quelques semaines ambassadeur à Londres et le comte d'IIar- -court, qui lui succède bientôt, est royaliste pareillement.

Cette discordance anormale entre le régime politique et les opinions de ceux qui le servent s'explique du reste aisément et se pouvait même justifier pour partie : parmi les républicains de marque il se trouvait peu d'hommes de valeur immédiatement aptes aux grands emplois. L'Empire les avait laissés systématiquement à l'écart et ce n'était ni durant la période violemment confuse de la Défense Nationale, ni même, pour les plus âgés, pendant les expériences chaotiques de i848, qu'ils avaient pu s'initier au maniement régulier des affaires. Ils n'y étaient pas préparés non plus par les attaches sociales ou les traditions de famille qui peuvent pallier, au moins pour un temps, l'insuffisance personnelle. Surtout en matière de relations extérieures, leur passé d'opposants ne leur avait permis d'acquérir que ces notions générales et floues, suffisantes pour critiquer congrûment la gestion d'autrui, non pour gérer soi-même.

Mais après avoir loyalement rappelé pourquoi l'intérêt du pays contraignait presque le nouveau régime à donner les postes de confiance à ses adversaires, on doit immédiatement ajouter qu'il ne le regrettait point et ne songeait pas davantage à se cons-

6 LA BÉPCBLIÇUE PROVISOIRE

titucr au plus vite un personnel propre. C'eût été provoquer le-

siwcptibilités el contrarier l<is desseins de ceux qui demeuraient les véritables maîtres — et nous en revenons ainsi au fait essentiel qui domine tous les autres : l'origine du gouvernement d'alors, résultant elle-même de la composition de l'Assemblée el des aspirations impuissantes de sa majorité.

Incapable d'instaurer un régime à son gré. cette majorité entendait au moins n'en organiser aucun autre, croyant se réserver ainsi l'avenir. En attendant l'aboutissement des combinaisons dynastiques qui se développaient dans la coulisse, toutes précautions étaient prises pour manifester clairement que la France ne possédait qu'un gouvernement toléré et strictement provisoire.

Ce gouvernement sans lendemains garantis ni forme précisée avait à sauvegarder les destins d'un pays meurtri et endeuillé.

(Lef trotté de Francfort et les préliminaires de Versailles, — dont il faut toujours combiner les clauses, — avaient arraché à la France deux provinces riches entre toutes, plus riches même qu'on ne le soupçonnait alors, car la prodigieuse valeur minière de la Lorraine et de la Haute-Alsace ne se devait révéler complètement que plus tardVDc même, on ne mesurait pas encore, non plus, les conséquences du fameux article n inscrit dans le Traité et par lequel les deux contractants assuraient réciproquement à leur commerce le traitement de la nation la plus favorisée : suggéré par les plénipotentiaires français en riposte à une exigence allemande, il passait pour plutôt avantageux. Par contre, aucune illusion n'était possible touchant les charges directes imposées par le vainqueur :lçîf/q"milliards à lui verser en trois ans et pour lesquels il gardait en gage le tiers environ du territoire qu'il nous laissait.)

( Occupation militaire, indemnité formidable, perte de deux, provinces, c'étaient là de terribles dommages5- Au moment où la France les subissait, sa situation matérielle se pouvait résumer

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