LA FRANCS DE
en peu de mots f En dépit du désastre, les forces vives du paysn'étaient nullemenl taries. Relativement courte, la guerre n'avait] point complètement anéanti la vie économique. L'agriculture, l'industrie, le commerce, tout prêts à reprendre leur essokréservaient la possibilité d'enrichissements nouveaux. Y-La' 9ÇCi>usse locale de la Commune n'avait point non plus ébranlé l'ordre social Bien mieux, le bouleversement politique et le changement de régime n'avaient point porté atteinte à l'administration. La formidable machine napoléonienne demeurait intacte et soutenait encore le pays de son armature puissante] L'État se trouvait toutefois atteint, notamment sur deux points : la défaite avait d'abord désorganisé l'armée et démontré aussi la radicale insuffisance du système impérial. La guerre elle-même avait, d'autre part, entraîné à des dépenses énormes pour l'époque et impossibles à soldera l'aide des ressources habituelles : à ce surcroît de charges purement intérieures s'ajoutaient, en outre, les dettes contractées dans le traité de pais et qui, elles aussi, né pourraient être soldées sans efforts spéciaux. Il en allait donc des finances publiques comme de l'armée. Celle-ci comme celles-là étaient dans le désarroi! Or une armée solide et de bonnes finances sont les manifestations essentielles de la force d'un pays. /
Mais ces constatations d'ordre matériel ne sauraient suffire. Pour échapper à toute mesure, les éléments moraux n'en demeurent pas moins des facteurs souvent prépondérants et l'on se ferait dès lors une image insuffisante de la France de cette époque si l'on n'essayait pas de démêler ses sentiments généraux.
La nation souffrait profondément des clauses de la paix. Mais elie ressentait peut-être plus douloureusement encore l'humiliation#de la défaite qui les avaient provoquées.
LTn peu engourdie dans le bien-être et satisfaite de l'ordre qui régnait, la masse du peuple avait vécu jusqu'à l'année terrible dans le souvenir des victoires de Crimée ou d'Italie qui suffisait à entretenir l'illusion de l'invincibilité française. Quant au
libéraux éclairé-, aux opposants plus ou moins avoués qui dénonçaient les fautes de l'empire, diagnostiquaient ses faiblesses et prévoyaient une crise, nul parmi eux n'avait jamais songé que cette crise se pût dénouer comme elle avait fait. Chez tous donc, une sorte de stupeur, quelque chose comme un réveil douloureux après un cauchemar atroce. Certains d'ailleurs ne se réveillaient qu'à moitié. Maints hauts fonctionnaires et grands bourgeois regrettaient d'avoir vu disparaître la féerie impériale après la prospérité gourmée de la monarchie de Juillet et l'effarement causé par la Commune se joignant en eux à la douleur provoquée par les clauses de la paix, ils demeuraient comme effondrés. S'ils entendaient servir encore le pays ce ne pouvait être avec enthousiasme, car doutant de son avenir ils n'avaient plus que d'obscures espérances.
Le plus grand nombre, heureusement, réagissait et alors, suivant les tempéraments ou les milieux, deux sentiments se manifestaient, nullement contradictoires d'ailleurs, mais qu'il importe de distinguer.
Le moins complexe, celui qui s'affirmait chez le plus grand nombre avec la brutalité la plus franche, se résumait dans le refus d'accepter le fait accompli. La partie n'avait pas été loyale, les dés de l'adversaire étaient pipés. Le règlement intervenu n'était dès lors pas jugé valable. Une revanche s'imposait; mais ceux qui la réclamaient ne cherchaient à déterminer ni sa date probable, ni les voies à suivre pour la rendre possible.
C'était précisément de ces voies que se préoccupaient certains esprits plus réfléchis. Déconcertés par l'étendue du désastre, ils estimaient ne pouvoir l'expliquer qu'en lui découvrant des causes compliquées et lointaines. Dès le moment où nous sommes, Taine, par exemple, se mettait à scruter les origines de la France contemporaine pour déterminer le mal profond qui avait provoqué l'abaissement du pays. Mais en ne considérant point les revers subits comme un simple accident, on soulignait leur importance. On laissait entendre que la France n'était pas seulement battue, mais déchue. Et c'est ainsi que des hommes