‹ D'une rive à l'autre du SaharaChapitre 10 sur 65 · CABNKT DE BOL'TE · texte numérisé non relu

CABNKT DE BOL'TE

vait jadis une importante kasbah (1) qui fut, lors de l'occupation française le centro de la résistance marocaine. Le pacha du In-Rhar était alors un homme énergique qui, à l'annonce de l'arrivée prochaine de nos troujjes fit demander les instructions du sultan du Maroc son suzerain. La réponse de Fez lut courte et nette : « défendez-vous à outrance ». Le malheureux n'avait pour toutes troupes que quel(]ues loqueteux promus à la dignité de gardes du corps; cependant il les arma, groupa autour de lui tous les ksouriens valides et s'enferma dans la kasbah. La défense y fut héroïque, mais contre le canon et les fusils, inutile et courte. Et les Français s'étant emparé de la kasbah forcèrent les habitants d'In-Rhar à la raser de fond en comble. Nous en voyons à peine les ruines informes ; la muraille extérieure a laissé sa trace sur le sol^ et les animaux du village, les poules et les ânes y divaguent en liberté.

A ce combat d'In-Rhar nos pertes furent peu sensibles ; une vingtaine d'hommes tout au plus. Ils sont enterrés dans un petit enclos an milieu de Toasis et sous l'ombrage mémo des dattiers. Une pyramide nouvellement crépie et tonte luisante» quelques tombes plus basses forment le cimetière ; mais son isolement parmi les arbres touffus, le soin qu'on apporte à son entretien, la demi-ombre propice au recueillement et à Tétemel sommeil l'ornent d'un charme tranquille et paisible qui fait plutôt envier que plaindre.

A la case de passage, lorsque nous arrivons, te repas est déjà servi ; nous repartons en plein midi, mais sur le plateau le vent souffle et tempère les ardeurs du soleil.

La région voisine d ln-Salah s'appelle la •« rabah ». la forêt du Tidikelt ! .lainais euphémisme ne fut plus euphémisme ! notre route se développe dans le sable aride, où le veni a libre carrière ; d'ailleuis il ne se fait j)oiiit»' faute d'user ici du magnifique terrain de parcours dont il est le roi ; il y souffle à sa fantaisie, tantôt «le droite, tantôt de tranche, il tourbillonne et se rit des voyageurs infortunés que nous sommes, si mal armés contre lui.

(1) Kaslwh : fort cenUal dans les villages arabes.

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Planche XVI

t. Le ksui iriii-Salali (Tulikell).

i. Ruines dans le villajro in4li;^rne criii-S;ilali.

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Toutefois si le pays êsk maintenant infertile et tout plat, il n*en apparaît pas moins quil fut couvert en un temps lointain d'une flore plus luxuriante: des troncs siliciflés gisent sur le sol, et les racines à demi-ensevelies des végétations anciennes retiennent encore le sable en monticules élevés, que couronnent parfois quelques touffes de « damrann ».

Au nord, la falaise du Baten de Tademalt forme une muraille continuât maintenant nette et précise, et terminée par une dent étrange, énorme bloc aux parois verticales, qui domine la plaine. Nos Chamba se le montrent avec joie et le nomment llang-Méhari ; aux caravanes du .sud il est comme le phare d'In- S^ilah.

Au coucIk'i- du soleil, le vent redouble ; les méliaia i<'ii;iclenl et se retournent refusant d'avanccM-; Ijeureusenieiil une [)elite case qui fut un gite ;\ proximité d'un juiits actuellement eoudilé, est voisine et nous servira de refuge. Elle est si basse et si enfouie sous la dune amoncelée contre ses murs qu'il faut l'œil exercé de nos Sahariens pour la découvrir enfin au creux d'une ondulation légère. Vite nous nous installons ; Drieft, Anini, Mohammed et Larbi s'emploient à boucher les ouvertures avec des burnous, ou à dresser à l'iatérieur le foyer de bois étique. Tout contre la tlamme, nous nous étendons en cercle, à la fois brûlés et transis tant est violent le feu attisé par les rafales et piquant le froid qui pénètre sous les couvertures mêmes.

15 mars.

Pour Tarrivée à In-Salah, longtemps avant le jour, nos Chamba arborent les tenues neuves, les gandourah empesées qui juponnent, les chech (1) blancs. Le froid est vif encore et le vent même s*est à peine calmé durant la nuit.

Nous dépassons un vieux puits que marque un seul dattier, solitaire dans le désert et soudain toute la compagnie des mébaristes du Tidikelt débouche sur la crête qui la masquait et s^avance en ligne au grand trot. L'effet est majestueux de cette large vague qui s'élève ou s*affale an gré des ondulations du sable et

(4) Cbteh : sorte de tulle dont les arabes tftn^iéopptgA la tête.

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que le soleil illumiDe et fait étincelci*. Le capitaÎDé Dinaux et tes officiers se sont joints au colonel ; tous sont en grande lenue, avec le luxe même de ganis blancs ; nos vêtements poussiéreux font piètre figure 4 côté de ces élégances. Autour du groupe des officiers, A méhari, caracolent sar les petits chevaux indigènes les notables des villages de Toasis d'In-Salah : caïd à burnous rouges entourés de leurs serviteurs; notables habillés de vert ou de bleu, avec des passementeries d'or ; simples ksouriens revè* tus d'étoffes claires, tous s'agitent et gesticulent et la clarté adoucit les tonalités vives qui contrastent, et ne blessent pas rœil.

Les M ksour » d'In-Salah, derrière l'écran de la palmeraie s'étagent sur la dune plus haute. Les dattiers s'étendent si loin sur les côtés qu*on n'y aperçoit point la lisière de l'oasis et des

cases pittorcsquement campées s'abritent dans chACun des replis

du sable. Kn avant, la « sehka » (1), sorte d'immense damier on les plannos de terre noire alternent avec les c ristallisations salines tontes Manches, f( ange la ligne des palmiers; la traversée n'en est possible que par un étroit chenal répéré hors ducpiel l'enlisement est fatal, et nous passons l'un derrière l'autre poussant les montures (jui hésitent et tàlenl le sol.

A la sortie de la palmeraie, tous les habitants sont inass<>s et attendent ; d«'sque le colonel apparaît, les coups de feu éclatent ; les noirs font résoimer leurs tambours et leurs cymbales avec des contorsions et des sauts endiablés. Devant l entrée du fort, la musique indigène ébranle l'air et alterne avec les décharges. Les enfants client, les chiens aboient. La cacophonie est à son comble. Vite nous pénétrons sons le porche ; sur la place les Sahariens groupés en cercle dansent en élevant leurs longs fusils de parade et frappent en cadence sur les crosses qui ré SOI ment.

Fuyant la cohue, je monte sur une terrasse et dans la cour, à mes pieds, la fêle se déroule. Toutes les couleurs de i'arc-enciel sont dans les burnous qui se mêlent et se croisent dans un va-et-vient perpétuel ; autour des vieillards influents qui s'ap-

(I) Sebkt : dépression poor U décintalion d«s «ans salines.

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IManche XVII

I. A l'iiilt'i ieiir lie la |i;iliiicrai«' d'hi-Sal.ili. i. Nos animaux <lc sellf cl île h.U «l.iiis la kavliali triii-Salali, .'J. l'ii loiiarcj; Alia^j^ar ù Iii-Sniali.

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