Aspccl lie la |>alriieraie il'Iii-Salali
LE TIDIKELT
poîent lur de hautes cannes garnies de cuivre, des groupes bmyants se forment ; plus loin des Ghamha font cercle et dansent en claquant des mains; les noirs plus fous et plus bruyants encore gesticulent et s'invectivent.
Même lorsque nous avous tous quitté le fort pour la popote extérieure, les réjouissances continuent et se ponctuent de décharges bruyantes.
Pendant le repas, les connaissances se font ; il y a lA outre le capitaine Dinaux, chef d'annexé, le lieutenant Canac. le docteur Daullieville, i'inlerpn'te Pozzo di Borgn. (^o deniier participa juilis à la jonction do l'iniiaoïiin en 190i et me fournit les premiers détails sur i'Adr'ur' des Ifor'as que je me suis proposé d'étudier.
Mais la fiirure la plus attachante de notre réunion est sans contredit celle du V. de Foucaukl. Sur sa prière même j'en parlerai peu dans le cours du récit ; niais sa nio<lostie me rend pénible l'ohlii-'ation où je serai de ne pouvoir dire pres(jue à chaque pas la part prépondérante qu'il a eu dans les études faites eu cours de route.
Une grande case avec une cour extérieure pour les mébara> nous a été donnée dans le fort de In-Salah. Nous nous y installons au milieu dea caisses, des « telis » ( 1 ),'des sacoches qui traînent par terre et sur tous les appuis. 11 faut réfectionner les charges trop lourdes, modifier la composition des ballots ; le détordre est inénarrable. Le lit même sert de table et la pire difficulté est de le débarrasser, le soir, des mille objets hétéroclites qui Tencombrent et pour lesquels aucune place n*est disponible.
In-Salah, 16 mars.
DonCj nous sommes à In-Salah ! La première partie de notre grand voyage est effectuée et les facilités que nous avons trouvées comme aussi rexccllente santé durant la route, nous don* nent plus encore d'entrain pour la traversée môme du Sahara.
La réponse du gouverneur général de TAfrique occidentale
(1) Telis : sacs de laine servant au transport des bagages.
7% C&BIIET»DK ROI'fs
nous est aujounl*hui parvenue par express : une troupe de mébaristes soudanais viendrayers nous, jusqu^à Tîmiaouin, pour la fin du mois d*avril.
En conséquence le capitaine Dinauz a préparé ses étapes. Le gros de la reconnaissance qu'il dirige contre les TaTtoq est parti depuis huit jours vers le Aliaggar sous les ordres du lieutenant Sigonney. Après-demain 18 mars, nous nous mettrons nousmêmes en route, accompagnés du P. de Foucauld et de quelques méharistes. Dans une vingtaine de jours nous aurons rejoint le détachemeut avancé vers Endid ou Abalessa. De là nous filerons droit sur le pays des Ifor'as.
(^es dispositions sont appioiivéos par le colonel.
J ai revu aujourtl'liui ma première décoration : la i arentule du Tidikelt! Lors de la pris»- (rin-Salah l'ordre en fut institué par les C(jn(juérants fiuin ais. Ordre ollicieux sans doute mais dont la jolie décoration a cette valeur qu'il faut obligatoirement pour l'avoir, ôtre venu en service aux oasis du Tidikelt.
In-Salah, 17 mars.
Ce matin, tout seul, je suis allé faire une promenade jusqu'au.x villages indigènes. In-Salah est le nom de l'oasis tout entière, comme le Timmi est le nom de l'oasis de Adrar ; un grand nombre de ksour disséminés portent chacun un nom spécial et forment In-Salah.
La kasbah française est bâtie au revers d'une dune, a portée de deux villages. L'un et l'autre sont sans cachet et sans carac» tèrc artistique; depuis Béchar jusqu'ici, il semble qu'un unique modèle ait servi d'étalon pour la construction des cases ; car les arabes sont traditionnalistes non seulement dans leurs idées religieuses, mais dans toutes les manifestations de leur activité. Le seul monument curieux par son excentricité est le tombeau des 70 saints : les $ebahin-Salah I Adossés à la muraille plus hante d'une mosquée, soixante-dix petits enclos entremêlés, grands chacun comme une pierre tombale dressent sur les murettes d'enceinte le hérissement d'une multitude d'ornements phalliques, peints en blanc et inégaux. L ensemble pourrait rappeler le dos hérissé d'un porc-épic ou mieux encore une étrille vul-
IB TIDIKKLT
çaire. La piété musulmane fait de ce lieu le Palladium de ToauB et le serment prêté sur le Sebahîn-Salah vaut en justice indigène.
Le colonel Laperrine et Nieger quittent In-Salah cet aprèsmidi par une route directe ils remontent vers Adrar et pousseront jusqu'à Ksabi au devant du commandant du 19" corps d'armée en tournée d'inspection. Jusqu'au del& de la dépression, nous les accompafsrnons tous et lorsque la séparation est faite, et que la petite troupe disparaît lentement vers le nord-ouest, je reste encore là, les yeux perdus et profondément triste. Voici bientôt un an que j'ai connu le colonel et Niéger à Gattara, près de Taodéni dans des circonstances qui ne s'oublient pas, et qui m'ont permis de considérer le premier comme un ami plutôt que comme un chef, et le second comme un compagnon d'arme atlectionné. Leur bienveillance et leur amabilité, à cette seconde rencontre, m'ont fait les aimer plus encore l'un et l'autre, de telle sorte qu'après cette visite dont je me faisais tant de joie, la séparation maintenant est plus pénible et plus poignante encore.
Lentement je remonte vers le ksar parla palmeraie ; l'oasis est tout ensoleillée et gaie ; les lar^'-es têtes de feuilles bruissent allègrement et marbrent de leur ombre légère le sol lumineux du sentier ; l'eau court le long des enclos avec des frissons et les travailleurs s'appuient sur leurs outils pour nous regarder passer. L'allégresse de la terre ne déride pas mon cœur et ce soir je vais tout cha^rrin et courbé.
A la tombée de la nuit, un courrier de Moussa^ag^Amastan est arrivé au fort, porteur d'une lettre ; c'est un noir, Chernach, ancien esclave promu à la dignité d'homme de confiance. Le capitaine Dinaux l'adjoint aussitôt à notre colonne de demain, car Ghemaçh connaît les routes du Ahaggar, celles aussi qui ne furent jamais suivies par les Européens et qui plus particulièrement nous intéressent.
i8 mm.
Jour de départ ! Dès l'aube les Cbamba chargent les caisses. Les chameaux de bàt ont été accroupis dans la cour ; ils mmi-
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nenl en tournant la tète d'un air inquiet et hurlent au moindre frôlement ; instruits par ralTolemcnt des hommes, ils tentent malgré les entraves de s'échapper, sur trois pattes ou même sur les genoux ; et quand ils s'affalent sur le sol la callosité de leur poitrine résonne sourdement. Les ballots ont été sortis ; les convoyeurs les pèsent & la main pour grouper ensemble les charges égales ; ici la' corde est insuffisante ; là, le bât mal ajusté et la sangle trop courte ; les appels se croisent, les bom« mes se bousculent.
Un à un, les chameaux chargés se lèvent ; Teffort parfois a déplacé les caisses qui balancent de chaque côté et l'animal effrayé ou blessé part au grand trot, se secouant et s^esbrouant; les r.hnmha le cnliucnt par dos cris ou l'arrêtent en se pendant à sa (jiiruo ot ros^orrciil los cordes trop lAcbes.
Euiiii le ronvoi, j>oussé par <lerri»''re, s «'loitrne. A notre tour, a[)ii''s un repas ra[)i(Ie, nous niontnns à tm liara. luiis les officiers tlii poste nous aicMinpaurietit >ur le plateau où loti « foggara » issues du IJaten traeent des alii;iH'inents.
Ilienl«M nous mettons ])ied-à-lei i'e ; un {)ru"u'née de main h ceux <jui lestent et des souhaits de i)oune santé ou de l)on v»)yaf;<' ! Maintenant, k Dieu val ! Icti prochains Kuropéens que uouiî verrons viendront du Niger.
Par le désert uni, nous allons ; le P. de Foucauld suit par derrière à pied ; un noir Embarek Taccompagno et pousse les chameaux de bât; notre allure est plus rapide et nous gagnons constamment.
Vers 5 heures nous sommes à proximité du puits de £1 Gouirat; quelques touffes étiques parsèment la plaine où nous formons le camp en carré. A Touest une petite c gara » montagne de rochers gris, se dresse isolée. Dans Tespoir d'y lire quelques inscriptions tamachéques, je pars en exploration, avec Larbi. Du camp la « gara i semblait toute voisine ; après une demi heure de marche j'en gravis enfin les pentes jusqu'au sommet. Un mur carré de pierres sèches y forme comme une petite redoute qui fut autrefois un refuge des caravanes. Quelques inscriptions grossières et presque illisibles sont peintes & la surface des blocs ;
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Planche XVIII
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le faible résultat de mes recherches me fait regretter une promenade si longue.
A mon retour, le camp 8*est installé et les feux tracent en avant des bagages indigènes une enceinte avancée. Dans le sol couvert de petites pierres, les silex taillés abondent : grattoirs, pointes de flèche. Quels hommes eurent pour pays ce désert?
19 mars.
Depuis In-Salah je m'astreins à lever Titinéraire de la route ; tâche ingrate s'il en fut et qui me prive fin plaisir de contempler le désert, de rêver i\ l;i France an halaïu onient syni[)rdhi- (|ne d(> mon méhari, même de converser avec mes c;nn;ir;ules un 1rs indiirénes. l)n malin an soir, buussolc et carnet eu maiii j observe et j inscris sans relAche.
En forçant l'allure aujoiird'hni. nous pourrons atteindre demain l oued lîotiia où sont vers le sud les premiers pàtuiaL;es pour les méhaia : la hanlieuc d In-Salali, si j ose m e.\[)i imer ainsi, est désolée et attiistante, d une uniformité telh? (jue je crois peu d'endroits plus monotones et plus tristes. Heureusement vers 10 heures le sol se mamelonné et notre caravane pénètre dans une Lor^re, lit encaissé d'un oued sec, au centre duquel se trouve la petite pyramide du puits de C.haab-Anesmit. Le trou est d'ailleurs ensablé : la profondeur de Teau y dépasse parait-il une douzaine de mètres (>t les Touareg plutdt que de se donner le mal d'un abreuvoir laborieux préfèrent continuer sans arrêt et d*une seule traite gagner la ville où Feau dans la dépression est à fleur de terre.
1)e tout le jour, le passage auprès du puits de Cbaab-Anesmit est la seule distraction et la seule diversion an vide d'une journée monotone de marche. Un Chambi m*a été affecté pour les soins de ma monture : il a nom Yahia-ben-Ahmcd et est originaire des environs de Laghouat, de Larouat ainsi qu*il prononce. Il est de teint foncé mais le menton décoré d'une barbe naissante d'un beau noir. Yahia tient à faire [)i euvc de son dévouement : il a mis son méhari auprès du mien et de lui-même engage la conversation. Hélas je suis terriblement novice en arabe; mais Yahia ne se rebute pas ; et j'apprends sous ses
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indications des mots que ma tète refuse de retenir et qu'il me serine avec une bonhommie inaltérable.
A o tieures du soir, nous nous arrêtons en plein sable. Tout au loin des lignes de montagnes se laissent deviner dans le bleu du ciel ; l'air est si pur et si léger que la vue s'étend à Tinfini.
Pour la première fois je retrouve les merveilleux couchers du soleil du Sahara ; le del sous les nuages gris est vert, les montagnes tout à l'heure imperceptibles saillent maintenant en violet pourpre et le dernier rayon de soleil ricoche sur les crêtes des ondulations légères du sable et les illumine de vieux rose [lAli, avant la montée de lombre orientale.
Planche XIX