‹ D'une rive à l'autre du SaharaChapitre 9 sur 65 · I. Le Ksar de Tiiiiokleii · texte numérisé non relu

I. Le Ksar de Tiiiiokleii

1. Réjouissances do nôtres au passaj^e tlu liculenaiil coloiiel Lajiernnc. 3. Le lac arliticicl do Tit cl lo jeune Larbi cuisinier de la .Mission.

LE TIOUELT

ment riirlé de beaucoup de crainte. Dans la pièce voisine, l'eau bout <laus la théière. Nous devons les premiers faire honneur aux provisions que nous avons envoyées en cadeau et les trois tasses successives de thé, bues à grandes aspirations, font partie du cérémonial aucpiel par avance nous nous sommes soumis. Cependant iNiég-er a pris la parole « Conte-nous, dit-il à la plus vieille femme, une histoire de ton pays, une légende qni nous distraie et qui plaise à mon camarade qui aime les légendes. » — Hélaii. l'invitation semble fort déplaisante et la vieille fig-ure s'assombrit tandis que les rides plus saillantes portent sur le front des ombres allongées et transversales. Niéger insiste ; enfin la vieille se décide : — « Connais-tu rhiskoire de Kerratel-Aooda, la trace de la jument? — Conte-là. — As-tu pris parfois de jour le sentier de Til à Akabli ? Oui ; sûrement alors to auras remarqué sur le bord du chemin les traces d'un gigantesque cheval qui serait passé là au grand galop, au tel galop que chaque foulée a peut-être six mètres ou plus. Il y a de cela fortMongtemps, un notable de Tit s*en revenait d* Akabli et ses affaires y avaient reçu solution favorable car il portait avec lui des richesses cachées. Pendant les heures de la forte chaleur, il s*arr6ta parmi les arbustes dont les troncs A cette époque étaient beaucoup plus puissants qu'aujourd'hui et liant aux pattes de sa jument des entraves de fer, il Fabandonna an p&turage et luimême s'endormit. Soudain des Gbenanma pillards qui de loin surveillaient le voyageur s'élancèrent sur lui, pour lui arracher ses trésors. 1/homme réveillé à temps par les liennissernonts de sa béte n'eut ((ue le loisir de sauter îi califourchon ; la jument toujours entravée se lanra en bondissant dans la direction de Tit et les bonds (ju'Allah lui [icrmit de faire maluré ses cliahies furent tels qu'elle y parvint avant <juc les (ihenanma aient [»u la r ejoindre, ('/est cett«- jimient dont les sabots ont creusé les traces que tu as vues sur le rebord du chemin. -Mlah qui tit ce miracle en faveur d'un saint homme a tenu a ce tjue le souvenir n'en soit jamais perdu dans la mémoire des hommes; depuis, quiconque pauvre et sans ressources partant de Tit s'en va vers Akabli y reçoit mystérieusement à son arrivée un plat de cous-cous, s'il

a eu soin, en route, de creuser et de nettoyer les traces de la

6Ô CAUNET DE ROUTE

jument sacrée. Toujours les miséreux font ainsi et cependant c'est ]a volonté d'Allah qui fait subsister ces marques puisqu'elles sont en un terrain sai)lonneiix et éventé. Telle est l'histoire de Kerrat-el-Aouda. Es-tu satisfait? >»

L'histoire est achevée, l'heure est tardive. Nous nous sommes levés ponr partir. Les mines olFarouchées réapparaissent un peu et je sens, en les serrant, les mains fines qui tremblent entre mes doigts.

Tandis que nous revenons tous deu.x, Niéger m'explique que cet intérieur très modeste est celui d'une veave et de sa fille, cette dernière nouvellement répudiée par son itaari. C'est parce qu'il n*y a pas d'homme'dans la maison que nous avons pu être reçus par les femmes; cependant pour les Arabes du village et même pour notre escorte, notre visite doit demeurer un secret.

18 mats.

Au jour, le vent d*est à nouveau fait rsge-; les tourbillons de sable masquent le chemin. Il faut se cramponner sur les selles, la figure couverte, les burnous clos, les rênes accrochées au pommeau.

A mi-distance de Tit à In-Rhar, les escortes des convois de jadis ont élevé, près d*ttn puits maintenant détruit, un petit abri de terre, sans portes, ni fenêtres. Nous nous installons lA, ponr Tarrét ; et les Chamba bouchent les ouvertures de burnous et

d'étoffes que soutiennent les baïonnettes. Malgré leurs efforts, ta flambée allumée dans l'intérieur tourbillonne, et les assiettes se saupoudrent de sable fin.

La [)etitc oasis de Aïn-Schirch, vue de loin, déjà faisait espérer In-Hhar; nous n'y trouvons que le caïd Haba, venu h cheval au devant du colonel, il earacoic à noire rencontre. C'est un homme d'un certain Aire fléjA, (pii respire l'énci^^ne et \v courage ; il porte lièreinent la croix gagnée au contre-rezzou Cottenest et jouit d'une réputation de fermeté extrême.

A trois heures nous atteignons une crête légère, d'où l'otsis d'In-Rhar tout entière se ilé\oil<^ en contre-bas. C'est une immense palmeraie qui emplit toute la dépression ; des petits villages fermés, séparés les uns des autres, se campent sur la

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tB TtonceLt

bordure des arbres et toute blanebe, une petite uouia (1) s'isole au sud dans ua bouquet de dattiers. Au del& dln-Rhar, les dunes appuyées à Toasis montent dans l'horizon et s*estompent lentement dans Tair ensablé à tel point qu'on ne distingue où la dune finit et où le ciel commence.

Lorsque le but se voit au loin, la marche pour Tatteindre, dans le désert plat, est interminable ; tandis que nous allons notre escorte se grossit des ksouriens curieux, des musiciens noirs et des cymbaliers qui font rage de clameurs et de bruit, des ché* rif (2) à cheval qui pavanent au galop raccourci de leurs petites montures.

La case des voyageurs est fort grande et magnifiquement tendue de tapis bariolés aux tons chauds ; l'herbe et l'orge des

méhara y sont préparés à l'avance.

Tandis que mes compagnons sont allés visiter les travaux dos puits arlésicns, je suis resté au caravansérail réservant à la matinée de demain, la visite aux ksour, (îi)iu champ de halaillc do 1900 et au cimetière où furent enterres nos morts de ce combat.

44 man.

En pleine nuit le courrier venant de France est arrivé à In-Rhar; c'en est fait du sommeil ; en un clin d'a-il notre dot loir est transformé en cahincl do lecture avec l'éclair-aire sommaire de «pu'hjues l>oui.nes fumeuses. Les n<»uv('llcs (jiii luius arrivent datent de bientôt un mois; elles nous ramènent dans le passé vers des souvenirs que la griserie du voyag^e estompait lentement et qui semblent lointains, lointains. Les lelttes sont lues et reluei», les journaux dépouillés, les nouvelles sensationnelles se croiiettt et dans révocation de la France le Grand Sahara, est presque oublié.

Quand nous sortons, le colonel et moi, le jour est déjà grand levé ; le ksar est animé et bruyant et des Touareg du sud y palabrent interminablement pour leurs achats de dattes ou leurs échanges de bétail. Sur la bordure occidentale du village, s'éle*

(1) Zîioiiia : mnfrcrii' ou mona«itèro.

(2) Clierif pluriel cliorfa : desceiiduiili» du iiropJièlc.

(3) Ksar plariel ksour : village fortiAé.

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