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CHAPITRE IV

Le Mosydlr. — lie Ali«ss*^

SO mars «907-46 avril 4907

20 mars.

\[H'rs trois heures de marche, nous arrivons à l'a rôle de Ël4îhonig. Le soulèvement de la haute masse granili(|uc du Mouydir semble avoir rompu vt rfnlressê les strates des terrains sédimentaires* pour former la série de falaises concentriques qui tournent vers la montagne leurs cassures abruptes. Par place Teftort des eaux, prisonnières dans ces sillons successifs, & fendu la maraille interposée ouvrant une brèche qui.de plain-pied, joint les deux dépressions.

Le Fôm-el-6honig, (1) tout plat entre ses deux montants de rochers verticaux, laisse entrevoir comme par une meurtrière, Toued Bota, ligne étroite encombrée de monticules de sables que surmontent des touffSes de merkba et très haute la muraille fantastique du Mouydir, toute sombre dans le ciel très clair et bizarrement découpée en aiguilles thé&trales ou en dents invraisemblables.

Au milieu de la trouée, un puits surmonté d'une kouha en piri l e non crépies s adosse ii l escarpenient. Pendant (jue notre escorte y ahrenve les animaux, je suis monté an milieu des ébonlis jus(prau\ crêtes supi i icui es ; du sommet la vue est superbe: 1' « oued » Mol.i s'incuive en un cinjue clos d'une muraille continue et les saillants du rebord rocheux s'avancent dans la dépression comme fout des caps dans la mer. Cette

(1) F6oie>d^lioaig : la brèctie il'Li-Gliouig.

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falaise est un remarquable gîte fossilifère : certaines strates d'argile ^uge et verte sont pétries de coquilles et par places des enroulements de calcaire font penser à 4l*énormes ammonites.

Sitôt les outres remplies, nous repartons vers les pâturages encore lointains. Les pluies depuis longtemps ont déserté la région et les plantes scchées sont réduites à quelques 'troncs tordus sur le sol aride.

L*approche du soir plutôt que la richesse du pâturage, nous impose Tarrèt au milieu de petits tumuli de sable et d€ touffes de merkba sec. Pour la première fois nous dressons les tentes : dressage d'un instant, car à la nuit les charges doivent être à nouveau ficelées et préparées pour le départ matinal du lendemain.

Cependant Ben>Diab, le sergent indigène de notre détachement, a deviné, avec son flair chamhi, le voisinage de quelques campements. Il est parti h pied, sans mot dire ; hienti'it il ramène trois Kel-.\liai:irar, pasteurs de troupeaux en niig^ratioii et les {irésente au capitaine iJiiiaiix. Après rinlciroiratoire très court faute de nouxclles, et parce que le re[)as du soir taidc plus que d'usai^e. nus trois visiteurs sont priés de chanter pour nous rpielques unes de ces cantates touarègues (jui le soir, dans Ics tentes, dclasseul les lionunes et réjouissent les femmes.

Sans récrimination vaine, ils s'accrou[)issent à terre et piquent devant eu.x leur lance dans le sol ; sur les burnous étendus nous lions sommes assis et les Chandja t'ormeut en arrière un cercle attentif. Un des hommes prélude : la voi.x est aig^relette et lé:rèrcraent étoull'ée par le voile ; les assistants la soutiennent do claquements faibles des doigts. Le rythme tout d'abord est d'une cantilène très lente et très morose, puis il s'accélère et le refrain s'enfle avec des intonations de plain- chant. L accompagnement renforce les seules notes hautes et lorsque le chanteur brusquement s arrête sur une finale nasale, fait vibrer Vu finale comme en pinçant une corde tendue.

Tous reprennent en chœur* les premières pafoles sourdes et dolentes et mènent insensiblement la mélopée traînante jusqu'aux notes algues et piquées de la finale*

LE MOV'TMR KT Le AltAGGÀft

Puis le ehanteor unique reprend son poème et parfois laisse tomber le son d'un seul coup comme par un déclanchement intérieur. Le sentiment est tendre et voluptueux ; un charme réel se dégage et s'insinue comme il convient à un chant d*amour. Sur le groiipe des Touareg, la lyne projette une clarté blafarde qui scintille sur les ornements de cuivre du turban et la cantilène reprend plus intense que les mille bruissements d^herbes froissés qu'amène le vent de la nuit. Les Chamba immobiles écoutent et les chanteurs accroupis demeurent, sans un mouvement des bras, hiératiques. Et je songe qu'avec ce recueillement et dans ce même siletu o les [)eu[)les primitifs du Sahara devaient célébrer leurs divinités, lorsque les piètres devant les tribus respectueuses chantaient les louanires de la lune, dans la nuit calme et sereine, aux temps piéhistoriqucs.

Si mars.

Nous marchons droit sur la montaL'ne du Mouydir; lorsque l'arC'te en est devenue déj;i si proche qu'elle semble au-dessus de nous se dresser à une hauteur iuvraiseud)lable et que sont devenues visibles les anfractuosités du rocher et les gorges, nous obliquons bnisquement au sud pour longer la bordure des derniers contreforts. Une trouée nouvelle nous fait pénétrer de Toued Botadans un petit aflluent, le Tin-Tekoula. Au milieu de quelques' taches d'herbnges ras qui tapissent la vallée, nous dressons le camp, faute de mieu.\. Au loin la falaise continue du Mouydir tombe brusquement par une dent en surplomb de plus de cent mètres ; de ce point la vue du désert doit être merveilleuse, mais l'heure tardive et Tabsence de guide me forcent à renoncer à Tascension tentante par des chemins inconnus.

Sur les granits, les colorations du soleil couchant sont splendides. Jamais je n'ai vu les blocs se teindre d'un violet aussi pur ; l'atmosphère est si claire que la montagne est féérique avec ses ombres précises qui font saillir toutes les nervures de la structure. Les tons roux et ardoisés se fondent dans une petite vapeur claire oà le soleil incliné met au niveau du sol des reflets d*arc-en-cieî.

ilélas, la limpidité du firmaucut ue dure qu'un instant ; à la

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nuit les petits nuages gris moutonnent et roulent de tous les points de Thorizon et, flocons énormes, s'iDumineat à la lune ou . laissent filtrer par place les rais d'or des étoiles.

J'avaÎH, non sans peine, raccomodé le réticule du théodolite au moyen de couleurs d'aquarelle en gnise de colle ; ce soir, dans le ciel chargé, les étoiles fugitives se riont de mes efforts.

Un des chasseurs chamba pour la première fois, a tiré et tué une gazelle ; c'est un pronostic heureux pour l'avenir et désor" mais j'accroche ma carabine au dossier de la selle.

82 mars

Avant 1 aube et pendant mon sommeil encore, le capitaine Arnaud est parti dans le dédale des contreforts du Mouydir vers une source signalée en pleine montagne, avec Tescorte de la -corvée d'eau qui doit y remplir les outres vides. Lorsque le capitaine Dinaux et moi, nous nous mettons en marche parallèlement à la muraille verticale qui se découpe en sierras, depuis longtemps déjà le petit détachement a disparu derrière les éboulis et les brèches qui en sont comme le glacis avancé. L'oued Tin- Tekoula que nous suivons, serpente dans une dépression garnie de cailloux et coupe par des trouées encaissées les falaises parallèles redressées par le soulèvement du massif granitique. Phis nous pénétrons vers la source de l'oued, plus ces gorges so font profondes et fré(juentes ; les masses rocheuses, bizarrement dcconpées s'irisent dans le soleil do tons gris ardoisés et (les « gour c^^nes lissés d'une argile scliisl<Mivc, ont des tons ronge orangé si chauds qu'on les croirait colores des rayons du soleil couchant. Kiitre ces murailles l'oued coni l sur un fond de sahle, tout uni et toiil [>Iat et par places (juehjues tamaris se dressent, an feuillage si tenu que 1 horizon pÀie les perce comme ferait un brouillard.

. Après la halte très courte, nous continuons |)nr les dcpres* sions qiie nul être n'anime et les gorges vides. Bientùt le capitaine Arnaud nous rejoint : il a dans la montagne môme découvert mille coins pittoresiiues où l'eau suinte h travers les roches et (pie garnit une végétation plus luxuriante d' « acheb » et de <f girgir » odorant.

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Planche XX

I ei 2. Dans les gorges de Takoiiinbarel.

Aspect des roclies du Mouydir.

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