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l'Adr^ar*. H est campé au milieu de ses fidèles, sans tente, sans
abri; ses Kounta sont tous sans voile, habillés de sombre et mi-nus ; ils sont potils, fluets et norveuv, mais lour oricinalilé vioiit des leurs figures loiii^iics ol ('niiieiées fjireueînli j ul K's liouclt^s noiros d'nno chovcliiro iH-rissée et ondulée : tous ont des tctrs de ( llirist nègres, des visages ridés et fatigués, des mines fausses et liypocrites.
Demain malin de l)onnc heure, je quitte Tessalit sous la conduite des deux fils de Mokhammed Ferzou. Notre proeliaine étape est In-Xebdor{ rt j'ai fait ce soir mes adieux définitifs au capitaine Cauvin et au lieutenant Lenglumé.
7 mai.
Une ligne droite tracée de Tessatit à Anou-(l)-Hassaoua, mon étape de ce soir, couperait de part en part le massif de Tessalit, infranchissable aux hommes et aux méhara.
Force est donc de contourner toute la montagne par Touest et de décrire un immense arc de cercle à la base de la falaise en coupant près de leur source la multitude de raWnes encaiss(!>cs qui vont former Toued AbanUo, affluent de l*Ir'err'er. soutier, sunisanniK'iit tracé, quitte la vallée de Tessalit en aval de l'oasis et bien qu'il serpent»* sans cesso de ci'èfe en crête, sous le sur[)iond) des à-pics de rorlieis, il n'est ni très pénil>le aux chameliers, ni très difficultueux aux auiuiaux.
Les deux fils de Moklianiined-Ferzou marchent en avant, très simples et poussent quelques méhara cirants qui profilent de toute inattention pour s'écarter du cheuiin. Sans cesse à leur poursuite, les deux jeunes gens errent de droite et de gauche ; il ne m'est guère possible de converser avec eux et d'ailleurs ils semblent toujours intimidés et craintifs.
Depuis plusieurs heures déjà nous allons parmi les roches ensoleillées dont la patine noire s'éclaire et s'illumine, quand j'entends en arrière la grosse voix de Mokhammed-Ferzou luimême ; il interpelle ses fils et la montagne en résonne. De loin, 00 pourrait croire quelque Roland irrité ; mais il s'approche,
(1) Anon : puits en tamachique.
CARNET DE ROUTB
jovial et bourru, et me conte tout de suite qu'il s'en vient véroles p&turages de Toued Afara surveiller le rassemblement des quarante chameaux vendus aux Soudanais. « C'est une t&che difficile, très difficUe » me dit41, et à son air appenré il semblerait qu*il n'ait jamais, en ses fonctions de chef, rencontré pire difficulté.
Mokhammed-Ferzou marche de concert, avec moi, Barca nous suit de très près ; les suivants du chef groupés en arrière du convoi, causent bruyamment.
En avant, par le travers du chemin, un méhariste est arrêté sur une crête et se profile parmi les roches. Aux guinées flottantantes qui le drapent, au grand bouclier pendu à la selle, h la lance surtout, je devine quelque personnage important. Mokhammed-Fensou l'interpelle et l'homme s'en vient au petit trot, range son méhari contre celui du chef et lui serre à plusieurs reprises lii main. C'est un granrl diable, maigre, déjà grisonnant, l'allure très noble et Mokh.unmed-rerzou me le présente « Fenna ! ».
Nous allons sans rien dire. Feima suit silencieux et en moimême jp me réjouis d'avoir enlin comme guide ce chef réputé, Vhonimr de toute conliance, déjà familiarisé avec les Fram-ais par plusieurs contacts avec le colonel Lapcrrine et surtout par son vovage avec M. (îautliier.
Maintenant je romps le silence et Barca dit à Fenna de ma part que j'ai grande joie de le voir, que l'ayaiil fait prévenir je l'attendais avec impatience et que M. Gauttiier m*a beaucoup parlé de lui dans les meilleurs termes.
« Dès que j'ai su que tu me faisais demander, je suis venu, répond Fenna, mais mes campements sont éloignés dans la plaine ; maintenant que je t'ai trouvé je t'accompagnerai peutout ton séjour dans notre pays. »
Peu à peu nous sortons de la montagne; devant nous les plaines de loued Afara se découvrent et bientôt Mokhammed- Ferzou me fait ses adieux; puisque j'ai désormais Fenna, il emmène ses deux fils et de loin, entre les gommiers qui le masquent par instants, je vois encore ses gestes d'adieux.
La vallée est très large et garnie de pAturagessecs et d'arbustes à peine feuillus. La falaise de l'adrar Tessalit la limite au
l'aor'ar' des ifor'as 169
nord (l'une barrière uniforme et des crêtes lointaines perdues dans la brume paraissent h l'horizon vers le sud.
L'oued Afara lui-môme bientôt se rétrécit ; nous marchons droit au nord et parle lit de la rivière pénétrons à nouveau dans la montui^no. Kntre les bornes rocheuses parallèles et surplombantes, le chenal décrit d'une rive à l'autre des courbes sinueuses et le sable y demeure limpide, à peine ondulé, sans berbage parasite et sans détritus malpropre. Toute la végétation se concentre dans les Ilots et sur les bordures et lÀ, les gommiers aax fleurs jaunes ou blanches, les c tichaq », les « tebouraq » marient leurs feuillages divers et leurs tonalités claires dans la lumière intense.
Le puits d'Hassaoua est sur la berge au centre d'une petite clairière ; e'est un grand trou, très élargi par des éboulements successifs et profond de 7 à 8 mètres. Tout près du point d'eau, des caravaniers arabes sans doute, avaient construit jadis une grande c kasbab » carrée, en pierres, avec des ehambres en couloir, des magasins, une vaste cour centrale. Avec les ans, le fortin est tombé en ruines ; les toitures se sont effondrées, les murs crevassés et crénelés ; mais l'enceinte, demeure, par place fissurée, encore imposante et facilement réparable. Après l'abandon la végétation a pris possession de la rase ; des arbustes épineux ont surgi dans toutes les encosmures, ont écrété les murs, ont poussé sur les ternisses mêmes et l'aspect intérieur de la « kasbah » est celle d'un Paradou très retiré, très silencieux, où seuls les lézards gris et les petites fauvettes noires à téte blanche voisinent et vivent désormais.
En attendant la nuit, je me suis étendu près de l'orifice du puits et Fenna pas du tout timide, me conte par Tintermédiaire de fiarca des bistoires ifor'as et des récits touareg. Quelques pasteurs ont apporté une coupe de lait et dans la kasbab, à Tabri du vent qui croit de minute en minute, Larbi et les tirailleurs ont allumé leurs feux qui jettent des éclaira rougen par-dessus les murs disloqués.
Au-dessus de ma tète le ciel est très pur ; la température est douce, mais dans la trouée de l'oued Afara, Touragan souffle si
CARNKT DK nOlTE
violemment que malgré les abris improvisés les observations astronomiques demeurenl impossibles.
8 mal.
A deux heures (lu matin, lt)ne"lem[).s avant le jour. me suis fait léveiller ; le v<'iil est lomhé, la nuit est très claire et il m'est enfin |H>ssil»lc de travailler jusqu'à L'aube, ù prendre la positiou ustr(Uiomi(]ue du lieu.
L'étape de llassnoua ù lalakak est courte. Un peu en aval du puits« nous bifurquons vers Test par l'oued Asakaka et dès lors nous allons par 1rs vallées étroites garnies d'« aloummouz ou de genêts, par de \h les crêtes rocheuses et arides, jusqu'à la crande cotipure de l'oued Ir'err'er. De Tégougement, où je Favais quitté, l'oued Ir'err'er a filé vers le sud-ouest ; ici il sépare le massif de Tcssalit des derniers contreforts septentrionaux de Tadrar Ter*arr*ar, et son lit, laige de cinq à six cents mètres, à peine garni d'arbustes étiques et de plaques rares d'bcrbages, est bordé de deux crêtes rocheuses, noires et chaotiques. Dans les anfractuosités des pierres, quelques touffes d'« alloummouz i> prennent sous le soleil des tons d*or et, tandis que, vers le pAturage, les mébara se pré( ipitcnt et broutent avidement, je para avec Barca au milieu des éboulis de la falaise orientale où les inscriptions et les dessins rupestres abondent.
Kn un clin d'œil, toutes mes placpies photographiques s'impressionnent d'animaux divers, d'hommes gravés en creux, de letti'es bizaires. ^ïalheureuseun'ut, lieaueoup des caiactèrcs son! ctr.icés, et raies sont les épit^raplies qu il est possible de copier sans ti'op de ( liâm es d'erreur.
Kn voici quelques-unes que je livre à la .sagacité <lcs chercheurs :
Planche XWIH
Dans l'Adr'ar' des Ifor'as
I. Ruines d'une Kasbah au puits de llassaoua. 2. Un trou d'eau Tahorl.
3, 4 el ii. Les gorges de Tahorl.
l'adb'ar* des ipor'as 171
Do camp de Toued Ir'err'er à Talakak, nous coupons en pleine hamada ; la marche est lente parmi les cailloux et le soir tombe déjà quand enfin nous campons aux puits. Ceux ci sont dans une gorge, là où Toued Talakak sort d'une falaise rectiligne qui se prolonge vers le sud. Au milieu d'un cirque étroit que dominent des pitons rocheux coniques, il y a dix ou quinze trous de quelques mètres de profondeur ; deux de ces trous seuls sont encore «r vivnnts ». Le site ari«le et brrtlc par le soleil, entre les cpôtos <nii i'onsofff'nl, est pittoresque et ne niancjuo pns de eran- (leiii- ; à 1m iiiiil, c'est un \ éi'itjiljlc i-oupc i^oruc somln'C que r«)l(srurit»'' toiniM c des montagnes prive du retlel même du crépuscule ou (le 1 aiiioic.
Sur les l'oclies voisines, les dessins encore iihoudeut : j «mi ai donné autie [)art (jiu'li|ucs spécimens (1) ; ils scnihleut d uu art plus avancé ipie ceux do Toiied Ir'eri 'er. Voici eucoï c une inscription do Talakak :
Comme chaque soir. J'ai dressé l'astrolabe près du puits ; Fenna semble très intéressé, mais ne compreiul nullement comment je peux voir les astres en ne res^ardaiil pas dans leur direction ; la température est chaude et lourde et de petites huées fines passent sans cesse dans le ciel et gênent tellement les observations que j'en remets la suite à une heure plus favorable.
0 mai.
Cette nuit encore, de deux heures à cinq heures du malin, j'observe à l'astrolabe dans le ciel devenu pins limpide. D'ici, le village d'In- l ebdiK] n'est LMièi e ipi à ciu<j heures de tnai i he et le milieu de la roule est jahuiiiè \)av 1 énorme repère du mont l'ouiassi. d'où sourdeut, vers \v nord, les Mflhients de l'ir eii-'er do!it nous recouperons les coni's supéri('ni >. el \ r-rs le sud h's tributaires de l'oued lai'lit. Sur les tlams mêmes de la niontaL'ne, du C(d (pii partai;e h s eaux, la ^ ue embrasse presqu(f i'Adr'ar' tout entier : on croirait voir un énorme champ fraichc-
(1) Voirie (Mrlie £8.
t72 CARRFT DE ROIITB
ment laixiuré dont les mottes de terre fauve seraient les montagnes, et les sillons rectilignes les coupures des grands oued. Le soleil encore bas inonde de clarté les pentes orientales des crêtes, nuance de violet pourpre le revers des dépressions et le fond des vallées, et anime de vie intense les chaînes arides de pierres qu'aucune frondaison ne pare et les falaises monotones et sévères.
Tout près da col, une petite tente d'Ifor*as se dresse dans un repli de terrain, au milieu des « aloummouz » et des g^enAts. J'ai fait signe à Fenna, j\ Barra et à Larl)i de uriu couipag'ner, et, pendant que mes cinq Soudanais filent avec le convoi, je pars d'un temps de trot.
La lente est toute petite et très pauvre ; c'est un simplo toit horizontal, fait de j)eau\ de chèvres et supporté par quatre ou six piquets de bois. Quelques nattes de tiges de « merkba » sont placées verticalement et délimitent une sorte de cbambre si petite qu'il ne semble guère qu'on puisse s'y allonger. Aux pieux sont accrochés les ustensiles d'usage journalier : pilons de l>ois, vases de terre, écuelles ; et le sol nivelé tout autour est parsemé de détritus ou d'objets en désordre.
Seules trois fillettes sont au campement ; à notre approche, elles se sont accroupies sur le sol, serrées l'une contre Tautre, et de leur « ikerchei » (1) de guinée bleue, elles se sont voilées la figure et les m^ains.
A quelque distance, j'ai fait coucher les méhara ; avec Fenna et Barca je m'approche doucement. Nos trois hôtesses forcées semblent de moins en moins rassurées et, malgré les paroles douces de Fenna et les exhortations de Barca, elles s'obstinent à demeurer voilées, accroupies et silencieuses. Aucune prévention frniininc ne doit cependant résister à un peu de diplomatie : (le mon « chech » je m'entoure le visa^^e pour ne pas eirar(UKher de pudeur trop intolérante et je fais apporter par Larbi le tabac en l'cuillos qui fait éternuer dès qu on entr ouvre le sac, la pièce de guinec luisante, des cadeaux, les aifcuilles à coudre, les petits miroirs encadrés de cuivre ! Devant cet éta>
(I) Ikerchei : voile dont les femmes touareg se parent la t6le et la poitrine.
Dans l'Adr ar des Ifor'as