‹ D'une rive à l'autre du SaharaChapitre 19 sur 65 · I.i*s rliôvrcs !\ Taliorl · texte numérisé non relu

I.i*s rliôvrcs !\ Taliorl

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l'aDA'AB* DBS IMA'AS

lage, que Barca énumère avec emphase, il faudrait vraiment n'ôtre point femme pour demeurer impassible ; les voiles obstinément clos s'entr ouvrent, les yeux noirs paraissent, les bouches matines sourient. Elles sont d'ailleurs délicieuses les trois fillettes : Talnée peut avoir quinze ans, la plus jeune douze ; leurs visages clairs, leurs cheveux lisses et leurs mines encore craintives et fascinées sont charmantes. Pourquoi faut-il, hélas, que les jupes soient tachées et les figures mal débarbouillées ?

Le tabac et les étoffes sont fort bienvenus ; mais les aiguilles pins encore les enchantent et de joie toutes trois battent des mains. En remorcienient, la plus jeune nrollVe. dans une cou- ()ell(' de bois, du lait ti'ait à mon intention et que jf bois d'un seul couj) malgré les grains de riz en<-orc adhérents au\ parois. Bah î au désert, le déj^oùt n'est point de mise, et le lait tout frais des chèvre^> (jui, là-has, errent parmi les arbrisseau.x, est si parfumé, si lioconneux, si tentant.

Les jeunes chevreaux, hélants, s'enviennent tourner autour de nous ; ils s'enhardissent jusqu'à frotter leurs cous à nos « ^'-andourah » et leurs clameurs sont si stridentes qu'il faut les enfermer dans les enclos de branchages construits pour eux à i'abrides rayons trop vifs du soleil.

Une dernière distribution de tabac encore, quelques compliments et des adieux et nous refilons au grand trot vers le convoi déjà lointain. De la crête je me retourne ; près de la tente, les trois fillettes sont là debout, immobiles, aUignées par ordre de taille, les bras ballants, comme dépitées.

Nous rejoignons les Sénégalais dans un vaste couloir tout garni d'arbustes verts et de pâturages ; là, les troupeaux de chèvres et de montons abondent. Presque à chaque arbre, prcsijuo à chaque touffe, les jolies bêtes blanches ou fauves se dressent sur les pattes d'arrière, saisissent les branches et les feuilles les plus élevées et les tondent d'un seul coup. Kilos vont de-ci de-li^, dans le sable ou dans h's rochers, mêlant leurs robes claires aux patines sondtres dos pierres ; elles s"esl)ronent, trottent et courent; à notre passage, elles détournent la tète, intriiruécs, puis retom'neut aux fi'ondaisons attia\ antcs, et de leur présence tout loued est anime, et le désert est redevenu vivant et grouillant.

174 CARNET DE BACtK

La Veillée que nous (Irscriidons, bientôt rejoint Idued l'ar lît. Le coulluent en est au pied même d une nouvelle l'alaise veriicnlc, d'origine évidemment volcani(jue, et (jui est In bordure de de l adrar Ter'arr'ar, le plus iniportant massif de l'Adr'ar . Entre lui et ses contrefortH occidentaux, Toued Tar'lit s'est creusé un large sillon sinueux, empli d'uue végélatiou opulente d'herbages et d'arbustes. Là« les eampenicnts des lior'as aiment à se rassembler, sûrs de trouver toujours les puits et les pAtu* rages nécessaires à leurs troupeaux.

La rctiito d'In-Tebdotj désormais suit l'oued Tar'lit. En plein milieu du lit de la rivière, voici Afarag' n'Illi, le champ d'Illi. Le nom pourrait faire croire à des culttircs , il n'en est rien. Afarag' n'IlH est un grand quadrilatère clos d'un mur peu élevé de pierres sèches, avec une seule porte, le tout à demi-ruiné. Chaque face n*a guère plus de 150 mètres de côté. Qu'il ait été terrain de culture ou réduit de défense, Afarag' n'Illi n'a même plus de puits et n'est que le vestige d'une conception ancienne devenue peu évidente de nos jours.

In-Tebdoq enfin apparaît à la sortie de la gorge que Toued Tessilaouen s'est creusé à traver Tadrar Ter'arrar. L'impression du village entrevu au tournant d'une arête est charmante.

Adossées aux contreforts éclairés de l'Adrar, sur la bordure du large Ut de sable propre et uni» quelques touffes de palmiers élevés se dressent au milieu des grands arbres et s'échelonnent le long de la rive dans les jardins enclos de branchages épineux.

Entre les vergers, un acacia immense dresse ses branches ombreuses et les troupeaux de chèvres e^ de bœufs viennent s'abriter sous l'arbre hospitalier en attendant l'eau qu'un puits extérieur fournit en abondance.

Quelques Iforas, mi-nus, y puisent, A la main, avec de larges seaux de peau ; et les chevreaux impatients, les moulons bêlants se pressent autour des abreuiroirs, luttent entre eux et s'esbroticnt. Los appels des pasteurs se croisent tandis qu'ininterrompue et monotone crisse aux oreilles la chanson à deux uotes aiiruOs des puits à bascules d'irrigation.

Coutre les rochers, uue seule case de paille, puante et eufu^

L âdr'ar* des iroE*As

mée, sert de clenicnic à un iiartani tl'AUaijli, directotir îles t ultures. Il est très virii\, toiirhé et [)res(|ne iin[iof('iit ; les jardins cependant sont si ininiisculcs et si voiNuis (ju'il peut encore les parcourir journellement el uiùnie de sa case les surveiller et les embrasser d'un seul rei;artl.

11 send>le trrs liei- de son «■ arreni » et tient à diiiufi- m personne la visite des jardins. Aj)|)uy('' des deux mains sur son l);\ton, il va d'enclos en enclos et Itarca me répète plus intelligiblement les mots arabes (pt il bredouille. Chacun des champs, clos et séparé, contient quel(|ues toufies de palmiers, quelques arbrisseaux, un puits à bascule et des plates-baudes irriguées par des « seguia » primitives. An mois de mai, la principale culture est celle du tabac; de-ci, d( -là, sout quelques couches d'oiirnons, quelques pieds de piment. Le vieux m'assure que le blé et l'orge poussent à la saison favorable, mais il ne se souvient pas qu'on ait ici exploité le coton ainsi que pourrait lo faire croire le nom d'In-Tebdoq : « lieu des cotouniers ».

Les puits à bascule sont d'un système évidemment importé de la Saoura; mais leur construction, avec des fourches de bois et un levier trop court, est très primitive. Sous l'effort du contrepoids, le seau est seulement soulevé h Vintérieur de la fosse et le jardinier doit en achever à la main le halage.

Les dattiers sont tout au plus au nombre d'une vingtaine de pieds, produisant annuellement deux ou trois charges de qualité inférieure. Ils appartiennent à Illi, aménoukal des Ifor'as.

— J'ai chassé les chèvres et les bœufs accroupis sous le grand acada d'In-Tebdoq et sous les branches, j*ai fait dresser ma tente.

A longueur de jour les troupeaux se succèdent au puits. Les pastéurs ifor'as semblent quelque peu intrigués de ma présence. Barca les rassure et me les amène et j'ai récolté ce soir cinq ou six chèvres qui me sont vendues le double de leur valeur, car les Iforas comme les Arabes ont l'esprit mercantile et consi* dèrent que si Allah a permis aux Européens de venir en

(i) Arreiii : ceatre de culture en langue lamachiqiie

GARMEr DS HOUTE

leur pays^ c'est sans nul doute pour leur unique profit personnel.

^us ma tente^ Fenna, sérieux, examine mes fusils, les retourne et les palpe, met en joue, imite de la yoix la détonation et 8*élance vers des gibiers imaginaires, grand enfont à barbe blanche.

Durant Taprès-midi le temps s'est couvert ; par instants le vent souffle avec violence» projetant des tourbillons de sable et le ciel à la tombée du soir, se voile de nuages épais d'où tombent quelques gouttes largement espacées.

Io*Tebdoq« 10 mai.

Les nuages et le mauvais temps ayant hier empêché les observations astronomiques, je séjourne aigourd*hui à In-Tebdoq. Le ciel cependant demeure couvert et gris ; du matin au soir le vent souffle dans les branches et tout l'amont de l'oued Tessilaouen se cache dans les tourbillons de poussière. Pas un seul instant le soleil ne se montre : le petit c arrem i» d*In-Tebdoq, hier si riant, semble tout mélancolique de Fabsence de Pastre promoteur de joie et marri, écoute la tourmente siffler dans les irommiers et courber le tronc géant des dattiers.

Sur un clAmo do rochers, face au village, j'ai j,'riuipé ce matin en compagnie de IJaica. Tout le pays est empli d'une brume rouge qui Mjas(|ue les tnoutagnes lointaines et d'où sort, pour y retourner, la large «lepression sinueuse de l'oued Tar lit. I.a tourmente niui:it et tn'ap|)orfc de la plaine le bruissement des a! !)res ( t des plantes : dans le ciel sombre, de gros nuages galopent et se poursuivent.

Sous nia tente, je me suis clos herméti(picnient ; j écris, étendu sur mon lit de camp. Tous mes Sénégalais, enveloppés dans leurs einn nlures, se sont accroupis eontre le pied des arbres et piu iiii les elacpu nients de la toile ou le hi uissement des feuilles, j'éeoute. tout lesoir> la petite mélodie aiguc, monotone, des puits à bascule.

Faute d'étoiles eette nuit encore, j'ai dù remettre à aprèsdemaiu matin le départ déliuitif.

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Planche XXX

Dans l'Adr'ar' des Ifor'as

1. In-Tebdoq, im puits à bascule, i. Cultures .1 In-Tebdou. 3. Abreuvoir à un puils dans l'Adr'ar' 4. L'abreuvoir des clièvrcs à Telia, o. Un tebouraq.

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