‹ D'une rive à l'autre du SaharaChapitre 20 sur 65 · La Kasbah de Bai à Telia. Konicrs · texte numérisé non relu

La Kasbah de Bai à Telia. Konicrs

L*AO&*A]l' ras IfOE*A8

In-Tebdoq, Il mai.

Lejour s'est levé, gris, triste, nuageux ; pour distraire la mélancolie dune matinée sans lumière, je suis parti seul avec Barca^ en exploration dans le cours inféi iour de l oued Tar'iit. Je n ai que ma carabine et Bai ca porte en bandoulière la gourde et l'appareil photographique.

Au delfi du conlhicnt de l'oued Taniciamellet, Toucd Tar'lit coupe en travers une série de rides rocheuses et parallèles. Chaque fissure intermédiaire lui amène du nord et du sud un affluent et À la rencontre de chacune des falaises il creuse une brèche resserrée parmi les pierres.

Le hasard et ma fantaisie m'ont mené dans cette r^on ; et je suis loin d*en avoir regret, car les roches sont couvertes d'inscriptions assez nettes et de dessins très poussée, presque artistiques.

En voici un exemple :

Plus loin Toued Tar*lit décrit une grande sinuosité et pénètre dans les plaines herbeuses ; au passage de Tavani-demière brèche, j*ai quitté la vallée et, escaladant les cailloux et les roches, malgré les lamentations du pauvre Barca qui trouve le terrain trop pénible, j'ai gagné le sommet d'une des rides. De piton en pitoU^ de col en col, j*en suis l'arête rectiligne. Vers le sud, la

vue embrasse la dépression inférieure de Toued, mais la brume

is

178 CAtMrr Bl MUTÉ

d'argile ron^-c est trop dense pour qu ea dessous de son voile, les détails du sol puis<«ent apparaître.

Je débouche lioi^de la montagne, prcsqu'aux sources de Toued Tameiamelict dont je suis maintenant la vallée ; les gommiers, les « ticbaq » et les « tebouraq » s'y mêlent' et font ane frondaison si dense qu'il faut à chaque instant contourner les massifs que Tœil même ne peut percer. Partout encore les chèvres, les moutons, les ânes paissent en liberté; quelques campements épars s*isolent çA et 1&, qu'indiquent au passage les bêlements des jeunes chevreaux.

Au soir le ciel s*est dégagé et le vent, au coucher du soleil, à son tour s*est calmé. L'air est devenu plus frais et plus léger et les étoiles très nettes sointinônt merveilleusement dans le firmament. Dans de telles conditions les observations Isont rapides et fructueuses. '

4f mai.

Nous vouons à poiiie do (}uitter In-Tt'Itdoq, remontant roued lainoianicllet, quand d'un fourré, deux i^azelles déboulent devant moi; à la grande joie des tirailleurs, j'ai la cliance de les abattre l'une et l'autre et le eonvoi s arrête pour permettre le dépècement desdeux victimes Qu'elles sont jolies et gracieuses, ces gazelles fauves et blanches; même mortes, leurs poses sont encore harmonieuses. Et je m'en veux presque du crime com* mis dont l'excuse, s'il en faut une, est la nécessité de donner aux Sénégalais leur ration de viande journalière.

La source de l'oued Tameiamellet et le bassin de l'oned Tabankort ne sont séparés par aucune ligne de crêtes ; les deux vallées communiquent entre elles et la même fissure dans la montagne sert de source aux afQuents divergents. De la zone de partage, la vue s'étend sur tonte la vallée transversale de l'oued Tabankort, depuis les falaises de Tadrar Ter'arfar dont il sourd, Jusqu'au puits de Tabankort repérablede loin A un céne argilenx isolé parmi les herbages.

Ce puits était mon but primitif; le capitaine Pasquier, à l'aller, l'avait déjà touché de telle sorte que pour moi son intérêt n'était que secondaire ; loutefoiii, malgré mes questions, Fenua

L Abu ar' des iroii*AS

m'nssiirait qu'aucun autre point d'cau n'était dans ua voisinage

imin«'(liat.

(h', par liasard , a vaut inlf'iTo^'c Baica sni- Icslaiions de ladrar Teraip'ar, j apjircnds que la sortie de l'oued lalj.'inkorl y est U)ar(|uéc [)ar des abreuvoirs trrs fré(]iienlrs. ni.iinlcnanl tout ppoclies de nous et eorinus «^ous le nom i:t'iu ral de T.iliorl.

De suite. j'al)andonne riliiiéraire antéricurcoieut adopté et je pi(jue droit sur la jrori:e de la nitiiitagnc.

La grandiose muraille de l adrar Ter'arr'ar de loin semble interrompue et l'œil n'y d<^couvre n«d!e brrche et md passage ; mais bientôt un rayon de lumière tillre à travers le» roches ver* ' Ucales et la fissure immense npparalt dans la montagne disjointe par l'eirorl des eaux.

l'rès de l'entrée, j'arrête le convoi et dresse le camp. Tandis que les tirailleurs entravent les méhara, et que Larbi prépare le feu et le cou8*cous. je m'en vais à la recherche des points d'eau, guidé par mon tidtHe Barca. Fenna, lui, chaque fois que la marche à pied est de rigueur, se prétend très vieux et très las*

L oued Tat>8nkort, dès l'enserrement des premiers contreforts rocheux, devient sinueux et sauvage. Tous les arbrisseaux qui Yers l'aval encombraient son cours, ici, ne poussent plus et le lit de sable uni s'appuie directement à deux berges de blocs arides et noirs. Déjà, à la convexité des courbes, quelques trous d*eau, creux de quelques décimètres, s'ouvrent çA et là, parfois très voisins. Ce sont les abreuvoirs de Ibiouaten.

Plus en amont, la falaise étrangle la rivière : Toued crispé entre deux piliers verticaux, hauts de plus de cent mètres, s'insi* nue sous .leur surplomb et sourdement en rouge la base. Sous son effort séculaire, les blocs peu à peu s'éboulent et se brisent, et de leurs morceaux aux arêtes vives, encombrent le fond de la brèche. Entre les pierres erratiques le chenal de sable s'inter* rompt ou se divise en ruisselets.

La gorge de TahorI certes n*cst point imposante et longue comme les gorges de Takoumbaret ; toutefois l'impression est grandiose et du fond de la dépression le cœur se sent inquiet quand les yeux levés vers la roche nue en mesurent la verticalité que l'onibre presque éternelle accentue élrangcmeut.

Contraste imprévn à la wuvagerie de la natare, les chèvres si fringantes de TAdr'ar*, abondent àTabort ; sur tontes les roches, sur tontes les pentes, il en est de fièrement campées, les nnes tontes blanches, les antres fauves ; elles regardent très confiantes et parfois s*èlancent en bêlant de piédestal en piédestal. Les points où Feau, sons le sable superficiel, affieure, leur sont bien connus ; là elles se groupent en cercle et piaffant de leurs pattes antérieures, elles creusent elles-mêmes des^excavations, k peine profondes comme les deux maîns« mais que Teau cependant emplit aussitôt. Et les jolies bêtes boivent les lèvres fermées pour éviter le sable, en aspirant bruyamment.

Plus eu amont encore, l'oued Tabankort s'iucurve k angle droit ; dès lors les roches se reculent et les flancs de la montagne prennent au-dessus du lit toujours étroit l'aspect de berges abruptes. Au oonlluent d un rentrant de la falaise, un petit lac s'est formé, au flanc d'une marche <le pierre, très lont: et étroit. C'est le rcdir de Titridid ; rarement les chèvres viennent jusque-là, mais les « méhara » montent à ligidid pour s'esbrouer dans l'eau, et s'abreuver à leur aise.

Au delà de Tij2;idid. l'oued Tahanktu t serpente pur i adrar Ter'arr'ar ; il le perce de part en part et ce sont les pluies tombées sur le versant septentrional de l'adrar Dourit qui viep.Dcnt alimenter les réserves de Taliort.

Pour rentrer au camp, j'ai coupé par la falaise : Tescalade en est invraisemblable et périlleuse ; parfois, au milieu des blocs croulants, il me faut m'accrocher des pieds et des mains. Barca se lamente et gémit ! Nous voici sur les crêtes; d'en haut le fond de l'oued Tabankort est masqué par les premières pentes. Vers l'est l( s montagnes s'étendent à l'infini, noires, caillouteuses et chaotiques ; le soleil illumine les versants orientaux et l'ombre portée sépare nettement les plans 'Successif» jusqu'au.x horizons . estompés. \'ei-s l'occident au contraire, la plaine herbeuse s'étend pàle et jaune, coupée par quelques mamelons isolés le sable de la rivière, clair entre ses ceintures d'arbustes, semble une nappe d*eau lumineuse qui serpenterait jusqu'au delà du puits de Tabankort, jusqu'au confluent avec l'oued Tar'lit.

Je me suis assis sur la roche culminante, car l'ascension m*a

L*A]»*Aft' DIS VOH'aS

rompu et la sueur perle sur mon front. Hélas, plu|i que la montée encore la descente est pénible. FA quand après avoir longp* tf'mps cherché les sentes praticables, après mille g^lissades et mille heurts, j'atteins enfin le campement (le mes Sénégalais, j'ai les mains en sang, les jambes meurtrie8,ie corps brisé. Baroa se fail tralneè et pleure lamentablement.

Malgré la fatigue la sieste est courte ; la route désormais pique droit an sud et sans cesse longeant la muraille de l'adrar Ter'arr^ar, vient couper à leur source les torrents qui en découlent. Dans le soleil conehant qui l'illumine^ la falaise trahit tous ses détails, tous ses contreforts, tous ses pitons avancés ; elle slllumine, rougit et flamboie* Par le crépuscule, ses colorations violettes dessinent une bande uniforme que l'ombre gagne lenlement et qui s'estompe dans la brume basse comme faisaient jadis les montagnes si harmonieuses du Ahaggar.

Il est tout à fait nuit quand nous campons dans Voued Maret. Fenna voulait nous entraîner plus loin encore vers des campements qu'il a répérés ; par la nuit la marche est trop pénible et la fatigue de la journée m'arrête. Pendant que seul il s*eii est allé vers les tentes, je me suis étendu dans le sable sans dinar. Quand Fenna rentre au camp ramenant une chèvre et du lait fraîchement trait, je dors si pnofondément qu'il n'ose point m'éveiller.

43 mai.

Toujours droit vers le sud, nous longeons à distance la muraille de l'adrar Ter'arr'ar que la lumière opposée maintient obscure ; vers l'ouest les hauteurs d*Echchell limitent l'horizon et s'illuminent aux premiers rayons du soleil.

L'oued Aderroq, affluent de l'oued Alioug:' est de peu d'importance et seulement marc]ué par une ligne de verdure plus opulente ; mais Fenna sait uno tente à petite distance en aval et s'otlro de m'y mener en quehjues instants de trot. Je n'ai garde de laisser échapper rocrasion : un tirailleur et Larbi vont m'accompagner ; Barra qui sait la route dirigera le convoi jusqu'à ce que nous l'ayons rejoint.

Far l'oued, uous allons ; Feuua marche en tête, li semble ce

192 CAHNKT DR ROUTE

matin tout joyeuY, si tant est qae son bavardage témoigna M galté. A graad renfort de gestes et do cris, il me raconte ses campAgnet et ses expéditions et tient absolument à ce que je touche du doigt le» deux blessures qu'il reçut au combat et dont il porte encore prés des eôtes les cicalHces profondes. Je no doute pas que Fenna, targur et noble, ne soit un brave ; mais lui semble ravi de me Tavoir démontré et en signe de sa parfnite satisfaction, il m'accable de ses plus violentes poignées de main.

1^ oued se déroule prc!f(|uc rectiligneau milieu des monticules isolés de* roches à peine plus hauts que la vt\i^<Hatîon même de la riviôrn ; jarein^ls, « tcbouraq », «• tichaq »>, p-onimicrs se nirlont et sp pressent et le pAtura^e d'arbustes est léeliemont SUporlx*. Partout les feuilles sont denses et lr«'s vertes à tfl point qu'on se croirait par instHiits dans la zone foreNtiere du Muer.

Mais l»ien cpie nous liAtions l nlinre, auenn campement n'apparaît dans le lit de l'oued ; depuis près d'une lienro nous cheminons ainsi et je commence en moi-même à pester. Fenna marche toujours insouciant. Déjà j'ai décidé qu'après cinq minutes écoulées nous reviendrions vers le convoi, quand enfin une tente apparaît en une petite clairière.

Fenna part au grand trot. Pendatit que nous accroupissons nos méhara, il a prévenu le maître de la tente et celui-ci à pied, mais lance au poing, s'en vient au«devant de moi et me salue. C'est un noble Kel Afella, du nom de Boojeli. Il n*est pins très jeune ; par contre un aimable embonpoint lui vaut une démarche imposante et il s excuse de n'avoir eu le temps, vaquant aux soins de ses troupeaux, d*endosserses gandourah de féte.

Sa lente, comme celles déjà rencontrées, est très petite, basse, faite d'une toiture en peau an-dessus de nattes dressées de champ. Boujcli vit là, parmi son bétail, avec sa femme et ses trois jeunes fils. Lora de mon arrivée, la famille tout entière sans doute se livrait aux soins uiéuat^ers, car les moi ticrs de bois sont demeurés avec leurs pilons, les jarres pleines de lait îfiseut sur le sol à portée des jeunes chicus qui jappent et la marmite rie terre cliantc encore au-dessus du foyer. .Mais à ma Vue, la jeune femme s'est cacliée sous la^teate et, couchée sur

L*AIHI*AH' DBS iroi*ÀS

ane natte à plat ventre, elle s'est de la téte aux pieds enroulée dans des gainées; même Toffre de tabac et le don d'aiguilles ne peuvent la décider à se dévoiler : c'est à ses enfanta que d*une voix étouffée et peareusct elle m'invite à distribuer les cadeaux à elle destinés.

Les trois fils sont, eux aussi, craintifs, mais plus faciles à séduire ; ils ont de sept à dix ans et, an plus profond de la tente, ils se sont accroupis, serrés Tun contre l'autre, en rang de taille. Leur effroi est des plus comiques : malgré mes invites, le plus jeune refuse de s'approcher et de la téte me fait énergiqueroent signe que « non ». L'offre d'un miroir plus peut-être que les paroles de fioujeli ont bientôt raison d'une volonté aussi inflexible, et parce qu'il n'est que le premier pas qui coûte, bientôt les trois mioches sont pendus à mes côtés' et pillent, en étemuant à qui mieux mieux, mon sac de tabac.

Quand je reviens vers les mchara qui ruminent indolemment, Boujeli, ses trois fils et moi, sommes les meilleurs amis du monde : seule la maltresse de la tente demeure irréductible et invisible.

Fenna. au cnmpeiiH'iit de Boujeh, a pris pour lu suifo du voyage, une chamelle de selle et fait ample piovision de pièces de guinées : je n'ai {)U savoir en <]iiel but il voulait désormais traîner avec lui toute une petite fortune.

Nous n'avons rejoint (jue dans Toued Alioug' même le détachement L-uidé [)nv Barca ; mes Sénéiralais s'y sont arrêtés sur un mamelon. Mon absence prolonîr<'e les a fort inquiétés et déjà le sergent noir s'apprêtait à rejiartir en arritMe, à ma recherche. Le hr-ave ne sait ti'itp eomment m'eiigogcr à pins de prudence et tourne dnilement son admonition; il ne semlih- pas du tout convaincu (jue je n'ai coiumi nul danger et m assure ipie désormais il n>e surxcillera malgré moi. Le capitaine l'ascpiier m'a bien averti (pie ce sërgent était exceptionnel, mais vraiment sa fidélité est touchante.

Tous réunis, nous reprenons la marche vers le sud. A quelques centaines de mitres en amf)nt. nous sommes nu puii.s de lu<-Agecb. A ce point l'oued Ali'uig' décrit un coude très net vers l'ouest ; son lit large, uni cl libre, est bordé sur chacune

CAMCT DE BOOTB

des berges d'une zone de cinq ou six cents mètres où la végétation arborescente est superbe, et où Therbe, ralloummouz surtout, pousse drue et serrée. Au delà, jusqu'à Tadiar Ter'arr^ar ou jusqu'aux cinq pitons alignés de Tadrar El-Hamas, s'étend une hamada noire, pierreuse, mais que sillonnent des oued affluents emplis d'arbrisseaux verdoyants.

Ces pâturages font de cette région de Toued Alioug* une sone très fréquentée ; au dire de Penna, des campements sont dans tous les vallons et sa tente, à lui-même, est très proche sur les derniers contreforts des crêtes occidentales.

D'ailleurs, au puits de In-Agech, les troupeaux se succèdent sans interruption ; les bêlements, les appels sont continus, que nous entendons du camp à longueur des beures chaudes.

Pendant l'arrêt, Penna s'est rendu à ses campements ; il est près de trois heures quand il revient enfin et nous partons de suite. Lui serait désireux de camper ce soir au puits de Tasekdem, mais je tiens à pousser jusqu'à Irescher et je fais hâter l'allure.

Le sentier, parallèlement au lit de l'oued Âlioug* se maintient dans la zone boisée qui le borde pour éviter le sable meuble où la marche est ralentie. A hauteur du dAmc de l'adrar Efien, l'oued Alioug' entre dans Ui inontatrnp. Il ne traverse pas, comme l'oued Tabaukort, l'adrar Ter'arr ar de part en part, mais il vient frôler sa falaise méridionale et le sépare de ses contreforts avancés. Telle est la cause pour hnjuelle la berg»' septentrionale de l'oued Aliougr' est eu cette partie de son cours infiniment plus abrupte et plus haute que la berije opposée. La rivière se trouve nettement lesserrée, mais jamais à tel [)oint que sa vallée prenne l'aspect d'une gorge : le lit mémo demeure bordé des deux zones latérales de végétation pressée et ce n'est <ju en quelques défilés très courts que les rochers viennent surplomber le fond de la coupure et sur les deux berges se faire vis-à-vis.

D'In-Aeech à Ir'acber, sans doute parce (pie les pAturagcs sont réputés et particulièrement fréquentés, les puits se succèdent sans interruption. Partout les troupeaux de chèvres ou de bœufs sont nombreux, innis pas tant cependttul que pourrait le faire penser cette proximité des abreuvoirs.

l*adr'ab' des jfo'ras

Il fait encore grand jour quand noua alteignona le pnita de Taaekdem, en face duquel vient se jeter Toued Dosakat. Larbi qui marche en tête bruaquement me revient aflTolé : il a vu parmi les branches un gibier inconnu qu*il s*elforce vainement de me décrire. Baroa lui-même ne comprend qu'imparfaitement; mais Larbi est si pressant à me. faire prendre ma carabine que je dépasse le convoi et file en courant vers Tavant. Brusquement Larbi m*arréte et dans la clairière, en fece, j'assiste au long défilé, les unes à la suite des autres, de tout un troupeau de pintades. Diantre, voilà qui annonce singulièrement le Soudan ! Les premières pintades! Le plaisir de retrouver ce vieux gibier familier ne me fait pas oublier Voccasion qui s'offre d'améliorer mon frugal dîner et je salue d*un cpup de feu les premières pintades.

Maintenant le soir tombe ; nous hAtons encore Talluro dans

l'oued inégalement encaissé. Les puits se succèdent et toujours lu falaise septentrionale se drosse, imposante et majestueuse comme une muraille ininterrompue.

La nuit est tout à fait venue quand nous campons enfin à Ir'acher Smila. Dans l'obscurité, j'aperçois (juelqucs dattiers tout proches et quelques enclos de branches liinitîuit des jardins.

Barca de suite est parti vers les cases des cultivateurs; il revicQt dépité, car tous les « lierratin » ont, de loin, aperçu ma caravane et se sont enfuis dans les ructicrs. Seule une jeune femme est demeurée dans sa hutte.

Pour lui donner confiance, je vais lui rendre visite ; elle est accroupie près tl un trrand feu, toute jeune et les éclats de la flamme illuminent par instants ses j^-rands yeux noirs, ses dents très blanches et ses cheveux lisses. Elle ne parait d'ailleurs qu'.\ peine intimidée et tout de suite répond h mes menus cadeaux par le don d'une chèvre.

Hélas, je n'ai guère le temps de m'attarder auprès d'elle ; vite j*ai dressé l'astrolabe en avant des jardins et j'observe encore quand Fenna vient m'annoncer qu'il a réussi, en parcourant les environs, a grouper les « herratin » enfuis, à les calmer ci à les ramener ft leurs cases.

Puisque mes intentions sont pacifiques, ils viendront m'en-

186 CAINKT DE EODTI

nonce-t-it, demain mutin se préseator à moi et in*ofl^ir leurs présents de bienvenue.

)4 mai.

L' « arrcm » (l'Ir'arhor se compose do doux centres séparés, Ir'acher Smila, lieu de mou canipemeut, et Ir'acher Legaro à t]UQlqucs centaines de mètres en amont. L'un el l'autre sont situés sur la iierge de l'oued Alioug^', au centre d'un cirque de la falaise septentrionale de Tadrar TM>*arr'ar qui là, s'est soulevé plus impoi-tant et plus majestueux encore avec les « kouUia u(l) In-Temcé et Tiu-^ialioren. Pai- contre vers le sud une percée s*ouvre dans les cnutreforts alignés et l'horizon rectiligne se découvre à la fenêtre lointaine d'une dépression herbeuse.

En chacun des deux villafres, quelques touffes de dattiers se dressent, chevolus an sommet de leur tronc incurve ; ils sont la propriété de Ël*Uekaï-ould-UaI*el-k.ounti et produisent annuellement quinze ou vinirt ehitrgcs assez bonnes.

Comme à In-Tebdoq, des enclos de branchages secs limitent des cultures de tabac, d'oignons et de piment et des puits à bascule du même système aussi élèvent de peu de profondeur Teau des irrigations. Autour de deux centres de culture, dans toute la largeur de la vallée, les arbustes se pressent et les villages d*lr'acher sont perdus comme en une clairière de la focét.

De bonne heure le cbef<des « herratin ». suivi de ses gens est venu me voir. Fenna leur sert dintroducteur et leur terreur de la veille est entièrement calmée. De loin, ils ont hier pris mon convoi pour un « renou i» d'Ouled-Djerir et maintenant ils s'excusent de leur fuite en m'offrent deux chèvres.

J'ai décidé de ne repartir aujourd'hui qu'après les heures chaudes. L'itinéraire que j'avais adopté devait me mener à Telia par Dourit, Arli, Rorus. Fenna et fiarca m'assurent que la route de Dourit k Arli, longue de quatre étapes, est très pénible, caillouteuse et sans eau ; vu l'état des méhara de mes Sénégalais, ce serait une grave imprudence que de tenter l'étape à cette époque. Les gens d'Ir'acber, la jeune femme visitée hier

(I) ICoudia : mooiagne en pic, en touareg.

tm

olla-mème, joignent tant et si bien leurs observations h celles de mes gaides qu'en présence d'une impossibilité si universellement certifiée, je décide d'aller directement de Doarit à Telia.

Les Algériens do capitaine Dinaux doivent être depuis quelques jours déjà aux pâturages de Doorit et je tiens avant tout à les rejoindre; loutefois les gens d'Ir'aeher, cliose invraisemblable, assurent n'avoir nulle connaissance de leur proximité.

Avant le départ, je fais mes adieux à la jeune Ifor'as dlr'acher. Borca m'explique en chemin qu'elle n'ovait nulle raison de s*enfuir avec les hommes, car il est une coutume d'honneur au désert que jamais une femme ne soit molestée ou mal traitée, • même par des razzienn étrangers, d'autre roce ou d'autre tribu,

Klle èstaseroiipie près de sa hutte d'herbes tressées ; à peu de distance, à l'abri de nattes verticales, le foyer pétille et Taire, devant la porté, est jonché des objets mobiliers parmi lesquels jouent les chevreaux.

Le type des femmes Ifor'as vraiment est gracieux et joli ; . sans doute le teint est légèrement jaunâtre, la figure un peu aplatie, les paupières parfois bridées ; mais les yeux sont superbes, les dents éclatantes, les cheveux ont des reflets bleus et le rire franc qui illumine le visage lui donne une expression charmante. Bien que les habitants de l'Adr ar' aient la réputation (le se laver journellement et d'être plus soigneux et plus propres que leurs confrAi'os septentrionaux, les « Ikerchei » malheureusement sont nnssoux, la jiipo de peau emplie de poussière et les bras ItMuts de ce hieu do i;iiin<'P qui est line élés'aDre chez les louîirey. Il est vrai (jue dans TAdr'ar', la poussier»» aririleusf vi«'iit I;h lirr toutes les surfnces humides et maculer les «'toires (jue le sahie, mu contraire, dans les pays du nord, auniit (Volé sans s y attacher.

A deux heures, nous repartons, le convoi siii\anl en file, vers r^mont de 1 oued Alioui:'. La réi;ion au sud <l Ir acher est faite d'une série |)ar;ill<'le (h* riJes rocheuses entre lestpndies s'étendent des di-pccssions orientées dans le sens du méridien. Ou croirait, an louif de l'écuoil de l adrar Ter'an'ar. une niei' do pierres, jadis en fusion et bruscpicmcnt soliditicc, dont les vagues serrées et parallèles seraient demeurées. Au passage de

188 CABNBT DB HOtlTB

chacune de ces vagues, l'oued Alioug' transversal se resserre, puis s'élargit dans les vallonnements interposés qui lui mènent des affluents.

Soudain, A hauteur de rénorme ballon du mont Aliaggan, l'oued Alioug' s'incurve nettement au sud et s'infléchit en une des rides. La vallée alors s'élargit ; le lit de sable se sépare en bras enlaçant des îlots, et, comme plus en aval, les deux berges se couvrent de zones verdoyantes jusque sur les pentes mêmes des deux vagues opposées.

Le centre de culture d'Ararehba est en im de ces Ilots, dont il occupe toute la pointe amont ; il est de menue importance r« arrem » d'Ararehba : il n'y a point de dattiei-s, ni d'arbres. Seuls deux jardins adossés sont séparés par des clôtures épineuses et deux puits à bascule les irriguent. Quelques planches de tabac, dans un coin les airm maçonnées pour le séchage des feuilles, une sorte de tanuière sous un gommier très bas en forment tout linventaire. Les « herratin » m'ont vu venir et se sont enfuis.

Fenna est parti à lenr recherche ; il revient, ayant trouvé sur sa route une tente, aocompagné d*une jeune fille Ifor'as qu'il caresse et qu'il tient par la taille. C'est, me dit-il, une de ses parentes c comme sa fille ». Elle est jeune et jolie et Fenna l'a entraînée vers moi, par Tespoir des cadeaux que je vais lui offrir. Ma présence ne Tintimide aucunement et, avec grâce, elle me remercie des'guinées et des aiguilles et me tend ses mains fines.

Fenna s'en va la reconduire par la nuit tombante ; dans le lit de 1 oued, je les suis longtemps des yeux^ lui très grand et très droit, elle beaucoup plus petite et chattement appuyée contre l'épaule de son parent. Us vont lentement, l'allure un peu amoureuse et les premiers rayons de la lune mettent des reflets dans les cheveux bleus de la jeune fille.

Puis j'ai dressé la lunette d'occultation et l'astrolabe ; j'ai le plaisir de voir disparaître derrière l'écran de la lune la petite étoile brillante que je suis depuis longtemps et, dans l'air attiédi, sous le ciel bientAt devenu sombre, mais tout piqué de points brillants, je m'endors très joyeux de la réussite des observations astronomiques du soir.

IS mai.

D'Ararebba, le sentier de Dourit quitte ù an^le droit Toucd Alioug' et remonte la coupure encaissée de l'oued Ouortegacli qui côtoie vers l'est la bordure de Tadrar Ter arr'ar.

Tout près de sa source, Toued Ouortegach s'infiltre dans une fissure de rochers et forme une gorge étroite que dominent des escarpements abrupts. Des blocs encombrent le lit et la sente très marquée passe de pierre en pierre, de fondrière en fondrière. Un barrage transversal de la roche, comme la marche d'nn escalier géant, soudain coupe le thalweg ; Tescalade est dilfiealtueuse et les Sénégalais soutiennent des mains les caisses que Teffort des chameaux déplace et incline. Alors apparaît le lac. Tout autour, la paroi rocheuse forme un demi-cercle clos où les strates s'incurvent comme une ossature et Feau emplit tout le fond de la cuvette, légèrement verdAtre, et teintée des reflets de la pierre et du ciel. Le ke de Ouortegach peut avoir douze à quinze mètres de long- et six ou sept de large ; Fenna m'assure qu'on n'eti peut trouver le fond, l ue petite plage où la surface de la roche est couverte de débris et "d'herbes permet d'accéder A l'abreuvoir et, comme à Tamada, des pigeons et des tourterelles roucoulent dans la falaise ou mirent dans l'eau leurs envols concentriques.

Nous nous sommes arrêtés un instant ; mes Soudanais vont se tremper dans le liquide malodorant et les méhara sellés s'éclaboussent et s'esbrouent.

Une petite lézarde de la paroi rocheuse, véritable échelle, permet de sortir de l'oued Ouortegach sans en redescendre le cours; powles hommes, le passage est encore possible, mais les « méhara » hésitent et reculent ; il faut les pousser de la voix et du geste et placer à la main leurs pieds sur les marches naturelles. Les chameaux de charge, bien que les caisses de chaque côté soient soutenues à bras et 'soulevées, buttent, tombent et se blessent ; les sacs sont passés, mais il faut à nouveau décharger les caisses d'instruments et les montres.

Enfin la crête est atteinte ^ le passage par le raccourci a demandé plus de temps et d'efforts qu'un retour vers Tarrière et nous bétons la marche pour regagner les instants perdus.

- cAKiirr bt ftotTM

Au milieu des pierres, adossé aux crêtes plus élevées du nord, le senliertrès marqué s'allon^'-e et serpente : il domine toute la région du sud et Tœil étonné observe toutes les rides parallèles et les crêtes rectîHgnes qui se prolongent jusqu'à rborizon.

Parfois, allant indolemment vers les abreuvoirs, des troupeaux de bœufs roux s en viennent par le sentier, en longues files. Seuls ils gagnent les « redir i» aux heures de la jpurnée où la cjialeur les a altérés.

A la vue de notre caravane, ils s*arr6lçnt et se campent sur leurs pattes écartées, impassibles. C*est à nous de dégager la voie et, quand ils nous ont dépassé au trol, ils se retournent encore et observent.

Bientôt nous ayons atteint la bordure orientale de Tadrar Ter'iur'ar ; au delà d'une lari^^e dépression de sable où les arbustes sonl rares etétiques. la montagne de Dourit se dresse, accrue par le mirage, iiiiposaule.

Ce n'esl plus du tout 1 allure do l'adrur ler'arr'ar: au lieu de la muraille continue, des falaises verticales, l'adrar Dourit étale des roches basse»< (jui ont des aspects de monstres vautrés. On retrouve d'énormes galets arrondis et polis, des surfaces ample* ment incurvées, des dômes surbaissés. La hauteur en est très faible et seule la bordure méridionale s'en redresse avec les trois cornes groupées de l'adrar Akez.

Dans le large couloir qui délimite l'adrar Ter arr'ar et l'adrar Dourit, nous défilons parmi les gommiers très bas et les « aloummoiis » sèehes, vers la pointe septentrionale où sont les puits de Teseng'it.

Ik chaleur est étouibnte ; le soleil presque vertical inonde la terre d*une lumière éclatante qui blesse les yeux et se reflète sur les roches inclinées. Une somnolence lourde nous accable et je laisse mon « méhari » Koudia suivre à son gré les guides déjà lointains.

Après Tarrét très court eif plein soleil, nous reparlons, car les

puits encore sont distants, au dire de Penna.

Près tlu saillaul occidental de l'adrar Dourit. les éelaireurs soudain me signalent plusi(Hirs hommes A pied : h In lorsrnette j'ai vite iistiu^ué lus Chunibii du ca^iilaine Diuaux et déjà dans

In plaine, au mili(Mi des touffes de « mcrkba », je découvi'e les tentes claires et les a méhara » isolés paissant au hasard.

Kn ua clin d'œil je suis an camp : les sous-officiers européens seuls me reçoivent, car Sigonney est depuis le matin parti en exploration et le P. de Foocauld est allé visiter Amdor, un des chefs des Kel-Ahac;iraî'. Le capitaine Dinaut et le gros du «Icfacbçmenty depuis plusieurs jours déjà, s'en sont allés vers Tessalit.

J'ai retrouvé nombre de mes anciens compagnons arabes ; ils s'empressent autour des caisses, aident les Soudanais à décharger les bagages, dressent eux-mêmes la tente. Fenna surtout, encore inconnu, est l'objet de la curiosité généfale, mais il s'enferme en lui-même ; sous mon abri, auprès de Barca et de Larbi, il demeure et semble peu liant.

Sigonney est enfin levenu. Puis- le P. de Foucauld, et nous . poos souhaitons la bienvenue, heçieux de cette nouvelle jonction avant la séparation maintenant définitive.

Tont le soir, nous avons bavardé, dans l'intiroité délicieuse* Le P. de Foucauld a compulsé mes notes et les accroît de mille détails curieux ; à son tour, il me conte les résultats de ses recherches et, Sigonney et moi, nous Técoutons charmés. L'air est très doux^ le silence complet et les feux de bivouac scintillent ali« gnés dans les pierres ; l'impression de cette soirée passée parmi * • les amia est exquise.

* 16 mai.

Tout le jour, je demeure an camp de Tadrar Dourit. Dès le matin j'ai repris mes travaux avec le P. de Foucauld et tous deux noQi interrogeons Fenna pour compléter mon étude des Ifor as. Noua avons ainsi récolté des poésies, des proverbes, des textes que seul le P. pouvait débrouiller et restituer dans leur furme régulière et correcte.

Pour un jour, j'ai mené à nouveau la vie des mois ^roulés. j*ai retrouvé les tapis bariolés, les (llianiha. les cous-cous de blé. De tout ce passé, je jouis délicieusouiput.

A la tombée de la nuit, je |»ars à pied, avec mes tirailleurs pour les puits de Tcscng it distant de quatre kilomètres. J'em*

192 CARKIT DB RODTE

porte l'astrolabe. Les points d'eau sont situés en un petit oued issu de Tadrar Dourit ; les rochers bas lui font deux berges élevées et deux groupes d'abreuvoirs se répartissent daos le lit. > Je me suis arrêté aux puits les plus aval.

La nuit est sombre et tout à fait silencieuse. Nous revenons au camp très tard, par robscurité complète ; malgré réclairage des lanternes, la marche est pénible et fatigante et je salue avec joie ma tente enfin apparue, sous laquelle Larbi m'a préparé un café brûlant et un repas léger. Sigonney m'attendait encore ; le P. avait, avant de s*étendre sur son Ut de camp, recommandé qu'on réveillât A mon retour et tous trois assis sur le sol nous causons longuement sous les étoiles.

11 mai.

Ayant abandonné le projet d'aller re^onnaltie le puits très oriental d*Arli, je me vois dans la nécessité de prendre la ronto directe de Telia. Avgourdliui, le départ était fixé an grand matin ; déjà les chameaux sont chargés et les méhara sellés, déjà j*ai fait au P. de FoucauM et à Sigonney mes adieux émus quand Fenna, tout piteux comme le renard de la fable, vient m*avertir que sa chamelle de selle, sh «naga » blanche, s est enfuie durant la nuit. Cris et colère ne serviraient de rien et ma seule ressource est de retarder le départ jusqu'au retour de l'animal fug-itif. Fcnna, Barca, plusieurs Chamba partent de suite sur les traces bientôt découvertes et je m'installe à nouveau sous les tentes de mes hôtes, satisfait au fond que le mauvais sort m'ait immobilisé auprès d'eux, plutôt qu'ailleurs.

Il est dix heures et le soleil très haut est brûlant et implacable déjà, quand enfin mes hommes rentrent traînant la cnaga» vagabonde longtemps cherchée.'Qu'importe Theure tardive, je donne de suite le signal du départ.

Encore une fois j'adresse au P. mes remerciements les plus cordiaux et mes souhaits d'heureux retour ; ^gonney m*accompagne à pied quelques instants, puis nous nous séparons, très tristes, en nous donnant rendez-vous à plus tard, mais à quand?

Au delà de l'adrar Dourit que le sentier longe à nouveau.

l'aub'ab' des ifub'as 193

plus voisin des rochers que n'était U route d'arrivée, nous soiA-

nies dans la vaste dépression aride, jalonnée de lignes d'herl)ages, où s étale l'oued Alioug' avant d'entrer par une brèche dans les contreforts méridionaux de l'adrar Ter'arr'ar. Lorsque les pluies abondantes ont g-rossi les affluents issus de toutes directions, ce fond doit être un immense lac, régulateur du tleuve, où les eaux maintenues attendent le droit de s'écouler ii travers la montagne par l'oritice du hariagc naturel. Alors l'adrar Dourit et l'adrar Ti-n-Ibr'oren qui lui fait au sud un pendant plus élevé «t plus abrupt^ sont comme des récifs baignés par une mer calme.

Mais depuis de longs mois la Répression est asséchée ; les herbes ont jauni et les feuUies des gommiers mémés ont des teintes de rouille ; la trace des inondations anciennes n*est plus que dans les gerçures du sol et dans les crevasses de la glaise.

Par delà du bassin de Foued Alioug*, nous entrons à nouveau dans la « hamada » de pierres noires. L*oued Tafaynag vient confluer en 'amont d*Ararebba et son cours est encaissé en une double muraille de roches.

Par les sinuosités d'un petit torrent, au milieu des débris où quelques touflSBS de diinn marquent le thalweg, nous atteignons son lit de sable uni, aux berges embroussaillées. Dans le sol compact et l'argile, quelques trous d'eau ont été creusés, A demi eilondrés. Deux puits seuls, nouvellement forés, ont leur ouverture rétrécie par des pièces de bois et tiennent une eau couverte de moisissures et de plantes vertes.

Ouelques mamelons de larges roches plates se dressent parmi la végétation des rives, isolés dans le fond de la vallée, et séparés des c<*>tes rocheuses parallèles (jui dirigent le cours de Toued. Ils sont garnis d'inscriptions très etfacées, grossières et de dessins primitifs et c'est peut-être de la présence de ces « tifinar' » que les puits de Tafaynaq ont tiré leur dénomi* nation.

Nous avons dressé le camp près des puits ; la nuit tombe très paie dans Fatmosphère chaude et lourde. La proximité d'Aralebba 6te à la position astronomique de Tafaynaq presque toute importance et ma soirée d*hier à Teseng'it m*a lassée. Au

191 OfilIBT Dl ftOOTK

ndilieu des caisses qui forment abri, je m'étends dès le repas achevé et j'écoute auprès des feux claii^ les interminables pala* bres des Sénégalais rangés en cercle, tandis que, se détachant par instants sur le ciel, la silhouette noire de ta sentinelle passe et repasse sur la crête, parmi les roches noyées dans Fombre.

18 mai.

De longues tliéuries de bœufs ont remonté l'oued Tataynaq venant au puits r t les mu^ssemenls rauques, répercutés et enflés, m'ont éveillé longtemps avant le jour. Les bouviers, demi-nus, puisent à la main l'eau dans des seaux de auir et la vtfrsent en giclant dans les abreuvoirs de bois ; les bétes tendent leurs cous épais, heurtent leurs cornes ou foncent dans le cercle pressé. Les appels des hommes, leurs menaces au bétail trop brutal, les beuglementa ininterrompus des taureaux réveillent la vallée encore indécise dans la nuit.

Par l'aval de Touefl Tafaynaq, le départ est matinal. Le sentier délaisse le lit même où le sable est trop meuble ; il serpente sur les berges caillouteuses parmi les « iraq » (1) bas d*où 8*envolent* en criant des bibous et bientôt gravit les crêtes. La • « hamada » est pierreuse et mauvaise ; les rides rocheuses parallèles, les vagues de pierres déjà reconnues sur la bordure méridionale de l'adrar Ter arr'ar se prolongent à l inlini et les petits « oued » garnis d' « allounimouz » passent de l'est à l'ouest, (l'une dépression vers la dépression suivante, par des brèches et des fissures. Plus (pie jamais le pays à l'allure d'une mer subitement pétriliée et le stmimet des vagues (pii se succèdent ù 1 inlini garde encore les remous de pierre noire, récume de quartz blanc çt les embruns de poudre soulevée par les venta. '

L'oued Dosakat, plus important et plus puissant, seul a pu niveler la surface houleuse et s'est tracé parmi les lames, à la longue usées, une large dépression tapissée d'argile ; le sillage des derniers courants s*y est gravé par les lignes d'herbages élancés et d*airbustes encore verte. Par place, l'oued a dégagé

(1} Iraq : arbuste saharien.

L^âOm'AB* DES IF0ft*A8

ion lit et de haute gommior^s'incliDent au-dessus de ses berces; ailleurs il s^infiltre dans les c alloummoux > sèches et les arbus* tes s*étendent en forêt irrégulière, ramifiée au hasard. Vers Tamont de Toued Dosakat, les collines forment un cercle clos, embrumé, où les trouées et les brèches se détachent en plus clair. Au loin se dressent les ballons de Tadrar Icboualen.

Pour profiter du pâturage suffisant, nous nous sommes arrêtés au-delà de la dépression, à la bordure de la « bamada », près des « alloummotiz » tentatrices où les c méliara » sont lâchés. Kenna m'assure io puits de Oukeneq sufiisamment voUiii pour que rai'i'èt puisse être ici pr()loni;é.

Dès le départ, nous rentrons à nouveau dans les aliu^nenients de roches. Kn pierre, le l)ays rappelle ce qu'était, en sable, la région d'inichaïg il) et les arêtes sont coinme des duucs^ aussi serrées, aussi inextricables.

Par l'aval de l'oued Tibingen, le sentier atteint enfin la percée de l oucd Oukeneq. Dans cette zone où les niouvcmcnis du sol hont orientés nord sud et où les rivières coulent toutes de Test vers l'ouest, l'aspect des n oued » est partout analogue : toujours le lit est très nettement tracé entre des bei^s à pic ; au passage des vagues rocheuses, il se resserre, la végétation des rives disparaît et souvent des trous d'eau sont creusés sous le surplomb des falaises ; entre ces arêtea, au contraire, l'oued s'étend, se divise parfois en plusieurs bras et des torrents venus du nord et du sud élargissent démesurément la bande de « tichaq », de gommiers et d'herbages qui en bordent le lit. Yues d\ine crête dominante, les sones de végétation s'enfilent comme les grains d'un chapelêt sur le cours de Toued.

Les c tilmas » deTagenout marquent la brèche dans Tadrar Tagenout. Au delà l'oued Oukeneq encore s'élargit et se rétrécit ; il serpente dans les coupures ou glisse entre les roches. Lu nuit tombe dej;i (jiiaiid nous campons au puits d UuUen«'(j.

Au crépuscule, k's pintades sont venues, de touffe en touffe, d'arbuste en arbuste, jusqu'auprès des puits pour se désaltérer

(I) Voir : Bulletin de ta Sodéli de Qéograpkxe : de Tomirattctoa à Taode- Di, 10 Uécembrc ItMM.

X i9$ CUUICT DE BOUTE

aux flaques d'eau demeurées après l'abreuvoir du bétail. La présence des hommes et des « méhara » les inquiète un peu et des buissons les plus proches, elles se précipitent très vite vers Teau, boivent et s'enfuient Des bandes d'oiseaux de nuit voltigent d*arbre en arbre et les cris des bêtes, les conversations des sénégalais bruyants, les mugissements des < méhara » emplissent toute la vallée d'une animation intense qui cesse d un seul coup quand éclate la détonation répercutée de la carabine. Un instant, le silence imposant n'est rompu >>ous les branches que par les soubresauts des pintades blessées.

En arrière, un des tirailleurs s'en vient à j»ied, portant sur son dos sa selle et ses sacoches. Son « méhari » s'est afl'alc dans les pierres, épuisé, et ne s cst plus relevé. Les races de chameaux du Nitrer s'usent plus vite et résistent moins que les animaux du nord : à Timiaouin déjà, plu.sieurs de mes bétes étaient grandement fatiguées, mais notre voyage à petites étapes, dans TAdr ar et les pâturages plus opulents les ont remis et maintenant ils sont plus robustes et plus gras. Les « méhara » du Niger, par contre, baissent sans interruption et n'ont nul* lement profité des herbages et des arbrisseaux du pays.

Demain matin nous serons à Telia ; je remets, A ce point, les observations astronomiques pour éviter des déterminations plus rapprochées qu'il n'est utile.

19 mai.

Au puits de Oukeneq, le sentier de Telia abandonne Toued transversal et s'infléchit au long d'un de ces innombrables alignements rocheux, à la bordure d*une des vagues de pierre.

11 la suit ainsi jusqu^à ce que l'oued Teralguioué, affluent de Toued Telta, Tait emportée et arasée.

Fenna, toujours curieux des tentes et des gens, m'a quitté pour allor visiter quelques pasteurs umis dont les troupeaux sont épars dans les « alloumouz » de l'oued ; liarca en son absence dirige la marclie et la caravane pénètre dans la vallée d'un affluent, qui s'enfonce dans les roches pour que son lit incliné joigne sans cascades la source où se irroupent les eaux supérieures du plateau au contluent qui les rejette dans la coupure profonde de l'oued Telia.

Page 1