L*ADR*AR* DES IPOR*AS
Entre les deux murailles qtii s'exhaussent, les gommiers et les « tebooraq i» poussent drus et pressés, et quelques palmiers « doum », les premiers aperçus, dressent au-dessus des frondaisons leur fourches inégales et biiarrement inclinées.
Quelques tentes, toujours du même type, s'abritent çà et U et surveillent les chèvres et les moutons dispersés ; je m*y arrête juste le temps d'interroger les hommes et les enfants et de distribuer quelques menus objets. La chaleui s'accroît très vite et j'ai hAte d'atteindre le but de l'étape avant que le soleil ne soit devenu trop vertical.
Au débouché des rrx hors, l'oued Telia s'étale devant nous. Large, tout encombré de verdure, il forme une vaste dépression transversale, bordée vers le sud par un ressaut de roches noires que surmontent très pàlcs et estompés les dômes elles arêtes lointaines de l'adrar de Tacbdaït.
• Des touffes de palmiers fourchus s'inclinent, ç& et là, au gré des vents, au-dessus des broussailles plus basses ; contre la bordure des rochers opposés, au milieu d'une clairière dénudée, toute claire parmi le vert dégradé des arbustes, la « kasbah » de Telia se dresse, aflfaissée et triste dans la ceinture de ses bastions d'angle et s*allonge sur la pente légèrement inclinée jusqu'aux premières roches de la montagne.
La porte d'entrée de la « kashab » est au milieu de la façade occidentale ; en face un puits profond s'ouvre dans la clairière, et les pasteurs ifor'as, hissant l'eau pour leur bétail qui se presse et se joue autour des abreuvoirs, font crisser les poulies sous les cordes tendues.
Trois grands boutpiets de palmiers fourchus ombrent la surface du sable au nord-ouest de la « kasbah «.Les troncs étranglés à la base s'élanront d'un piédestal de palmes naines et les pointes acérées dos ieuilles inférieures servent de défenses au.\ lézards et aux rats et d'épouvantails aux chèvres et aux gens.
Là j'ai dressé mon abri. Pendant que Larbi achève les rangements et que les Soudanais abreuvent les « méhara », je vais avec Barca jusqu'à la « kasbah » de Baï. C'est un immense rectangle de maçonnerie de pierres, tout entouré d'un étroit fossé et qui peut avoir 180 mètres de long sur 50 de large. Des bas-
lOS OARRET DE IlOCTB
tions carrés arment chacun des saillants, suivant Tarchitecture courante du Sahara. La porte d'entrée est de bois mai équarri et le [)()nt d accrs s est ensahlé par dessous.
Tout aiilour (h^s niuiailles. les clièvros se pouisuivent et hèlent ; clli's saulrnl ius(|u'au fond du (bssé d'enceinte et srinipent sur Ions les r essauts tl«' pieri'e. sur tous les encorbellements du retnpait. Il semble tpie les positions les plus risquées et les plus incommodes les tentent et, tièrciuout accrochées au mur, elles se redressent et |>aradenl.
lîès le [xu tail fianchi, je suis au nulieu d une vaste cour qui s'appuie à la paroi extérieure vers l'est et que bordent des chambres dans tontes les autres orientations. La face nord était réservée aux habitations particulières des marabout prédécesseurs de Bal ; depuis qaece dernier a quitté sa demeure pour les tentes, les plafonds se* sont effondrés, les murs crevassés et les loprements sont de nos jours ruines et inhabitables.
Les deux autres faces sont garnies de magasins qui ouvrent tous sur la cour par des poternes basses. Quelques-uns sont encore emplis de graines ou de peaux ; la plupart sont vides et à demi inutilisables. Un puits intérieur dont l'orifice est recouvert d'une pierre plate est dessécbé et en partie effondré.
La « kasbah » de Telia fut, lors de sa construction, un travail considérable et une défense sérieuse. Actuellement elle estinu^ tilisable et sa remise en état nécessiterait plus de frais qu*ane construction neuve.
Le grand marabout des Ifor as, le kounta Baï, en est le propriétaire négligeant. Ce fut son père, Sidi-Amer qui, ayant acheté au prix de 15 chèvres, aux Tarat-Mellet, le droit de s'établir dans l'oued Telia, fit dresser par les gens que sa réputation de sainteté attirait, celle forteresse qui devait être le centre de sa « laouia i» (1 ).
De fait l'influence religieuse de Telia s'accrut partout le pays. Sidi-Amer. Sidi-Mobammed et Bal les marabouts successifs eurent sur les Ifor'as un ascendant énorme et maintenant encore, rien ne se décide dans les conseils des chefs sans les avis de Bal et sans son assentiment.
(1) Zaouia : confrérie rBligienia.