L*ADE*AR* DES IFOR'AS
Bal ayant abandonné sa € kasbah », nomadise dans l'oued Telia, à quelques jours en amont ou en aval de son centre sans s*en éloîgaer jamais davantage.
Barca qui fut un de ses fidèles m*a fait du célèbre marabout un portrait curieux.
« Bal, me conte-t-il, est de petite taille, maigre ; il peut avoir « quarante ans, a une barbe enoore noire et pas de monstacbe. « Il ne mange pas de viande et ne boit pas de lait et ne se nour- « rit que de farines touareg. Même avec ses fidèles, il demeure N constamment voilé, la tété couverte, les mains cachées ; « quand il offre ses doigts à baiser, c est .toujours en les enve> « loppant d*nne étoffe de guinée.
« Bël est très instruit ; sa* bibliothèque est célèbre et il parle « Tarabe, le Umachèque et d'autres langues. Il refuse obsliné- • ment de voir les étrangers, Français, Doui-Menia on autres. M Son influence est considérable sur les Ifor'as et s*étend sur « toutes les tribus touareg, mais il ne s*en sert que pour le bien ' « et la paix. Toujours il déconseille les rezzou et les guerres ; « il a poussé Uoussa-ag-Amastan son élève à faire sa soumis- « sion aux Français et c'est lui Tinstigatcur de la pacification « actuelle du Sahara méridional, i»
Telles sont les propres paroles de Barca an svget de Bat-ould- Sidi-Amer.
En l'absence du marabout Baï. Telia ne pouvait m otlVii' <jn im m«'(liorre intérêt. Force m'est cependant de demeurer ici, car Fenna, pour remplacer le « méhari » toml)é a l'étape d'hier, m'en a fait chercher un dans les campements voisins cl tient à me l'oifrir en cadeau. Dans l'attente, je suis donc immobilisé jusqu'au surlenderuain .
Tout le jour, sans at i èt. les chèvres viennent et se succèdent aux puits. Chaque troupeau à tour de rôle s'approche des abreuvoirs, et parce que ma fcîih' est voisine, chacun des pasteurs se croit obligé de venir m'oilrir en présent qui lqiic houe ou quehpie mouton. A la longue, je me forme un V( litahle troupeau ; mes Sénégalais sont tout ravis de l'anhaiiie et des rip.iilies qu'ils espèrent. A eux cinq, ils dépècent et engloutissent un, deux, trois moutons tout entiers dans le même jour et s'enivrent de viande
900 CàBNIT DB ROtlTB
au point de tituber. Par contre mes pièces de guinée diminuent avec une vélocité inquiétante, car j*ai pris Thabitude que je regrette maintenant, d'offrir dix coudées par tête de bétail, près* que le double de sa valeur.
Le temps tout le jour demeure superbe et d'un calme extrême. A ta nuit, je prépare les observations astronomiques ; les étoiles sont si brillantes et si précises que les tours d'horizon à l'astrolabe sont rapides et parfaits. Par contre l'occultation attendue ne se produit pas et Tétoile que dans la lunette je suis longuement ne fait qu^apputser à la lune. Cet échec mo navre et je m'endors furieux.
Telia> 30 mai.
Je me suis enquis des terrains de ^culture de Telia : Barca me montre parmi les gommiers un unique dattier si perdu que je ne 1 avais même pas aperçu. Au pied, m*a88ure-t-il, s*étend un jardin tout petit, tout petit. Et ce disant il rapproche les deux mains pour me faire voir Texiguité de Tcndos. Je me doute de ce qu'il en peui>élre, étant donné l'enthousiasme ancien de Barca pour les c immenses » cultures de In-Tebdoq.
Durant la matinée, une jeune femme Ifor'as est venue, conduite par Fenna, jusqu'à ma tente. Elle accompagnait tout à l'heure ses troupeaux vers le puits et suivait à califourchon sur un âne, la longue file de ses chèvres. Pendant Tabrenvoir que dirigent les hommes, elle s*accroupit parmi mes caisses et m'observe curieusement. Je lui offire quelques verroteries, des guinées et des étuis de enivre ; eUe ' accepte nullement gênée et remercie de la tête. Elle parait quelque trente ans; ses cheveux sont lisses et propres, ses dents jolies» les yeux noircis brillent singulièrement. Un air de douceur et de candeur est répandu sur tout le visage, etFenna, dont ce doit être encore « comme la fille », la caresse et la cajole sans que ma présence le gêne.
D'ailleurs il est un des chefs de la tribu dont elle fait partie et ce doit-être là un des apanajres de son autorité. La femme n'en semble nullement fActiée ; de suite, avec quelques aiguilles et du fil que j'ai donné, elle recoud les ijandourali déchirées de Fenna ; elle m'otiVe même de faire les réparations de mes burnous que les épines ont mordus au passage*
L*ADB*AK* D» irOR*A8
Le « méhari » attendu n'est point venu ; je trouve qu'il en est aaseEde cette joomée perdue et je laisserai demain Barca à Telia pour attendre son arrivée ; Barca me rejoindra par la suite A ËB-Soak.
Ce soir encore le tem^ est superbe ; l'air est très pur, sans un soafhç de vent, et des montagnes jusqu'alors non voes, an soir, se>déconpentaux*lointains gris. Le crépuscule tombe d'un seul coup : le firmament Tert cendré au xénith, se dégrade en rose et se pert dans une brume légère et dorée. L'obscurité envahit la vallée dont les détails se sont confondus et les troncs fourchus des roniers se dressent en noir absolu dans le clair de l'horizon.* Pour la prière, Fenna se tient debout face A l'orient ; la nuit imprécise ses contours, mais ses draperies blanches font une tache pAle sur les arrières plans très sombres. Debout, très grand, il est là, droit, fier, imnkobile dans le grand calme de la terre ; on croirait qu'il voit Allah foce à faco et son « salam » (1 ) est empli d'une poéne grandiose.
Dans l'obscurité du soir tombant et le silence de la nature, la prière musulmane revêt une dignité émouvante et je n'ai nulle envie de sourire en moi-même aux génuflerions répétées de Fenna.
Sur les « tichaq m dénudés, des corbeaux à collier croassent lugubrement à la lune.
• îl mai.
Barca,' ce matin, demeure k Telia pour y attendre le « méharî » des campements de Fenna; Larbi à Taube, grimpé dans les roniers, a fait provision des gros fruits ligneux qu'il veut rapporter au Touat pour montrer a ses amis ce que produisent les datiiers du Soudan.
Le départ est tardif; nous remontons l'oued Telia bientêt délaissé, puis l'oued Ikeraouat entre ses ressauts de pierres noires.
En avant Tadrar de Tachdalt se dresse très élevé, avec des roches lourdes et épaisses qui rappellent Tadrar Dourit, mais les sommets en sont infiniment plus hautains et plus imposants.
(i) Salaiii : prière arabe.
sot CAHIfET DK AOOTI
Au delà d'une « hamada » de roches épanes, par delà la dépression emplie d' « allonmmous m de Toned Agarak, le sentier sMnsinue entre les parois même de Tadrar de Taehdalt et ses contreforts séparés, faits de cônes de roches à demi-ensablés, ou de dômes isolés.
Dans les blocs épars, j'ai trouvé là une sorte de dolmen natu» rel qui m*est, par le soleil vertical, un abri particulièrement favorable durant l'arrêt du jour. ,
Au moment du départ Barea m*y rejoint ; Tantmal attendu n*est point encore venu et Barca a laissé l'ordre de renvoyer de suite vors Ks-Souk.
Le ciel est brûlant; le sable échaufré réfracte la cbaleur du soleil, et nul vent, nul souffle ne rafralcbit l'air embrasé. Les c< oiiod ») encaissés, se succèdent aux « oued » : ils sont isolés les uns des autres par des contreforts de roclies issus du massif de Tachdaït e( leur végétation est clairsemée et sèche
La montagne de Tachdaït, immense soulèvement volcanique, a bouleversé en se dressant, les plissements antérieures du sol. A son voisinage, les vagues nord^sud de la mer de pierre de l'Adr ar* ont été rompues et rejetées ; mais au fur et à mesure qtt*on s'éloigne du massif perturbateur, les sillons réapparaissent, coupés, brisés d'abord, puis très nets et très profonds.
Dans la plus encaissée de ces rides, l'oued Es»Souk, s'est creusé an chenal que bordent jusqu'aux rochers des zonesd'arbrisseaux opulents selon l'usage de toutes les rivières du pays. Nous y arrivons enfin après avoir franchi les dernières arêtes parallèles. L'aU lure a été tant et tant ralentie par les passages difficiles que durant notre marche vers l'aval, dans le sable meuble, la nuit est tout à fait tombée.
Fenna est parti en avant pour reconnaître le puits d'Es-Souk. A peine au passage puis-je dans robscurité entrevoir des monticules de pierres chaotiques, ou des dalles levées.
Un feu soudain jailli dans la vallée, nous sert de direction ; Feiitia l'a lui-inènic allumé, et la clarté rouge illunïine la clairière et l« s abreuvoirs, et les « tickaq » nombreux qui bordent de très près la margelle du puits.
Remettant à demain l'installation déiiaitive, j'ai fait dresser
mon lit sous un des arbres; et, en attendant le « cous cous » et les fruits cuits de Larbi. je m'étends sur le sol. L'air est encore chaud et lourd et malgré le soirtombé, des crouttes de sueur perlent sur tout le corps. L'atmosphère semble plus humide et un accablement pèse sur les hommes et sur les animaux.
Aujourd'hui Fenna m'a conté te rcssou des Ouled-Djerir dans TAdr ar* en 1904. « Après le combat de la dune de Bayoukrou, c deux cents d'entre eux, à pied et tirant leurs chameaux, « remontèrent vers le nord par PAdr'ar^ et pillant et rasziant, c arrivèrent à Telia et aux puits de l'adrar Dourit. Environ deux ff cents hommes des Tarat-Mellet, des Kel-Afella et des Idenan, «t surpris, eurent juste lo témps de lever les tentes et de prendre M la fuite devant les envahisseurs. Les Ouled-pjerir pressèrent u leur marche et au matin rejoignirent les Ifor*as. Le combat « s'en.say-en ; les Arabes avaient dos fusils à longue portée; les M Berbrres avaient cinq fusils 187i. Des oou[)S de feu s'écliaTi- '* gèrent de loin et il y eut deu\ tués dans chacun des cain[)s. « (icpendant les Ouled-Djerir, voyant la résistance des Ifor'as, c s'arrêtèrent, tirent demi-tour et bientôt après (juiltèrenf le « pays. Un esclave par la suite s'échappa d'avec eu\. et rap- « porta aux pasteurs de l'Adr ar" cpie si les Uuled-Djerir avaient « cessé la lutte, c'est parce qu'ils manquaient de cartouches ».
iî mai. Ks Souk.
Dès le petit jour^ je me suis éveillé et j'examine Ës*Souk.
Les deux flancs de la ride rocheuse entre lesquels coule l'oued sont très resserrés, hauts d'une trentaine de mètres ; tout le fond la vallée, sauf le lit demeuré libre, est encombré de « tichaq » et de « tabouraq n qui marient leurs feuillages vert sombre et gris. Devant moi, est la petite clairière du puits dont s'ouvre l'orifice au milieu d'un cercle de terre plus noire. Partout des moellons jetés atf hasard et sans ordre ; peut être sur la falaise ces pierres mieux dressées seraient-elles les débris d'un ancien mur?
A première vue, nulle trace imposante, ne vient rompre la monotonie du site ; les corbeaux à collier tournoient très bas, au-dessus de l'ancienne capitale qui jadis s'est élevé là.
2W CiBNET DE BOUTS
Guidé par Fcnna ot Harca, je pars en exploration vers l'amont. A peine suis-je sorti de la limite des arbres que les ruines apparaissent : toute la pente de la ride orientale est couverte de détritus, et de blocs. C'est un fouillis énorme où sons les pierres écroulées, se distinguent encore les premières assises des murailles; les ruelles demeurent encore apparentes, les portes des maisons, les fenêtres se reconnaissent aux linteaux demeurés.
Vers le fond de la Tallée, les raines sont phis informes et plus chaotiques ; mais à mesure qu*ôn s'élève au long des rochers, les murailles dressées se font plus hautes et plus nettes ; les cases supérieures accrochées aux anfractuosités de la ride, ont parfois conservé leurs cloisons eptières et leurs poternes.
Sur près d'un kilomètre, les traces se continuent des demeures anciennes, des raelles et des sentes ; il pouvait y avoir à Es-Souk S à 3.000 habitaiits.
■• Nulle part je n'ai trouvé vestige de murailles d'enceinte ou de fortifications : la ville devait aux époques de sa prospérité ressembler au m ksour » modernes, ùTombouctou par exemple ; les chemins y étaient étroits, coupés de recoins mal odorants et de culs-de-sac où l'ombre des maisons favorisait la sieste aux heures cliaudes. Les cases étaient vastes, sans fenêtre sur la rue, avec une porte unique; toutes les pièces donnaient sur une ou plusieurs cours intérieures dont les plus lointaines étaient sans doute réservées aux femmes et aux enfants.
Les demeures des riches s'étendaient près du lit de loued, lÀ où le sol était le plus uni et où les mosquées, étaient le plus voisines. Les pauvres, eux, se contentaient d'accrocher leurs demeures aux flancs des rochers et les dépendances étaient exiguës, les chambres contournées et privées d*air.
Au milieu même du lit de Toued Es-Souk, une petite lie se dressait, face à la moyenne mosquée. Des habitations élégantes s*y étaient construites, des raelles y avaient été tracées ; et pour éviter que l'effort des eaux n'attaquât le pied des murs, tout Tamont de TUe était défendu par un éperon de pierre, vaste demi cercle d'énormes blocs parfaitement joints. Un esealier monumental menait des assises inférieures de l'éperon j^usqu'aux roes supérieures.
l'ahr'aé' dis vob*A8
Voici l'arrangement intérieur d'une des cases de £s-Soiik doat j'ai relevé le plan : (Ëcbelle : â m/m a 1 pas).
Voici d'autre part Taspect de llie de Ës>Souk
Knin** J ti Souk
Les mosquées d'Es-Souk y furent au nombre de trois; les deux plus anciennes ôtaiont construites dans la ville môme ; je les ai appelées la petite et la moyenne mosquée. Quand Es-Souk eiit atteint tout son développement, ces deux temples furent insuffisants ; mais les terrains luantpjant dans la ville pour construire la grande mosquée, on choisit un emplacement dans l'élargissement, au delà de la première ride, du petit oued Temagelelt.
La petite mosquée est en plein milieu des cases, loin de
]*oued, sur le bord à'xm des seotiers de la ville : voiei son plan : (Echelle : S m/m s= 1 pas).
Peiîb Mos^
Je n'y ai pas retrouvé trace des colonnes intérieures. Quelques pierres tombales écrites étaient encore à leur place auprès
des murs.
Lîi moypnno mosquée était bAtic en Ixirduro de l'oued d'Es- Souk. QumIi'o portes très larires donnaient accès sur une vaste terrasse surplombait le lit uni du fleuve. Kn face, se dressaient les constructions de l'Ile. De très vieux « ng ar « à droite et à gauche rciicadraient et le soir, à la tombée de la nuit, la promenade devait être exquise sur le terre-plein domiDant r « oued ».
Voici le plan deia moyenne mosquée : (Ëcb.:8 m/ms=l pas).
Cour
L*4imW 911. im^As
Cette seconde mosquée était déjà beaucoup plus considérable que la petite mosquée. Tandis que l'absence de colonnes intéricures semble prouver que cette dernière était à ciel découvert, celle-là, an contraire, était surmontée d'une toiture et la disposition des piliers carrés la laisse imaginer très analogue aux mosquées de la même époque, actuellement encore existantes à Tombonetou.
La grande mosquée, enfin, se dressait dans une clairière tout à fait extérieure à la ville ; elle en était séparée par la première ride rocheuse orientale et la percée de l'oued affluent Temagelelt permettait d'y accéder sans escalades.
De nos jours, cette mosquée est presque complètement ensablée ; les murs d'enceinte, les colonnes ont disparu ; Tensevelissemriil lent n'a épargné (j ne la lo,i:L;ia du maraliout et 1rs deux pans de niur adjacents. Cette lofftria él;iit rnloiiréc de deux colonnes rondes faites de m<i'llons rcoouveils d'un crépissage. Au-dessus, une voûte de pierre iormail arceau ; encoie existante en 1904, elle était à mon passage etl'ouUrce ; quelques inscriptions arabes se lisent sur les parois.
Je ne parlerai pas dautres monuments d'£s-Souk ; M. (Gauthier en a si^alé quelques-uns encore. La seule particularité curieuse est la présence dans les ruines de nombreux trous de fouille ; ils ont été faits par les femmes ic touareg » qui, lorsque les campements sont voisins, viennent chercher dans le sol de vieilles verroteries ou de menus objets.
Pour mon compte, les seules découvertes faites en creusant furent deux perles, une de verre bleu couleur turquoise et de fabrication européenne, et une autre grossièrement taillée, peut être en cristal de roche.
En plus de la ville même, j*étais encore curieux de visiter .les cimetières ; Dnvcyrier a conté, qu'au dire des indigènes, ils avaient plusieurs jours d'étendue, et il était intéressant de constater leur importance.
A Ks-Souk, on enfouissait les morts un pe»i dans toutes les directions ; j'ai retrouvé des tombeaux au nord, <V l'est et à l'ouest. Toutefois c'est en amont de l'oned qu étaient le«< cimetières principaux, ih sont »aus doute étcudus, mais ne dépassent
GABinr DE* bouts'
pas les dépendances courantes d'une ville de 2 à 3.000 habitants ayant duré seulement un siècle ou deux.
Les tombes sont surmontées généralement d'une pierre levée et sont contenues daoft des enclos plus ou moins importants , fait de gros blocs formant mur. Parfois, pour les tombes des chefs, un seul cadavre est dans chaque enclos qui est relativement petit ; plus souvent les corps sont alignés dans de vastes cours fermées d'un mur et alors une petite loggia s'élève à une extrémité, pour qu*y soient faites les prières traditionnelles.
Voici l'aspeet de quelques-unes de ces sépultures :
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Ailleurs :
Page 208 his
Planche XXXI
Ruines de Es Souk ancienne capitale Sonraï
i. Aspect ;;énéral des ruines d'Es-Souk.
2, 3 el i. Aspect des ruines d Es-Soiik.
5. Los reste» de la ;;randc mosquée tl Es-Souk. 6. Un pilier de la loggia de la jurande ino'!(|UCC d'Ks-Souk.
L ADR'ae' DBS IVOB^AS
Vi)i( i, inl.itivenient à la ville de Es-Souk, remplacement de ses cimetières principaux ;
Suivi de Barca et de Feiina, j'ai ciré toute la matiiu-e dans les ruines et par les cimetici es ; de tous cAtés les pierres dressées, parfois plates et concaves, parfois érigées comme des pieux, se mêlent aux arbrisseaux, aux touffes de < merkba » qui les enfouissent.
Soudain, sur Tune d'elles, j'aperçois des caractères arabes ; je me précipite, tout heureux déj:^ d'une découverte dont j'espère monts et merveilles ; hélas, je ne décbiffire que quelques versets connus du Coran.
Dès lors je retourne et je palpe toutes les pierres et nombre d'elles, près desquelles je venais de passer indiiférent, me montrent leurs hiéroglyphes fins comme des pattes de mouches. Le temps et les pluies les ont rongés et les pauvres inscriptions trop souvent sont illisibles et à deminiétruites. D'ailleurs, partout où je puis lire, je ne trouve qu'invocations à Allah ou prières.
SIO Càmr M tùxm
Maintenant que je les chei:ctie, les < mektouba basera » (1) m'appa paissent de tous côtés ; partout il en est, de petites^ de Ifrandes, de lourdes et de plates. Sur la rive droite et sur la rive gaucbe, tous les blocs funéraires sont gravés. J'en copie tant et plus ; j*en photographie d'autres. Barea même m'en a déraciné une aux inscriptions plus nettes et je la rapporte au camp ; il m'a semblé y lire une date et un nom et, pour ces deux évocations d'une épcKjue et d'un homme, je la rapporterai dans mes caisses jusqu'en France.
Os découvertes m'ont attardé et par la pleine chalenr, je rentre vers le camp par le lit de l'oued.
Quelques inscriptions arabes sont encore sur les pierres voisines, li'ès eil'acées, presque illisibles :
Le vent peu à peu s'est élevé et le ciel s'est embrumé ; la température cependant demeure très chaude.
Après la sieste, avec quelques tirailleurs, je suis retourné dans les cimetières. A la longue j'ai découvert une tombe bien conservée et j'en fais creuser le sol dans Tespoir d'y découvrir des ossements, des écrits, peut-être des verroteries ou des armes. Mes lioinmcs n'ont ni pelles ni pioches ; ils utilisent les <t coupe-coupe » et le travail est lent est diflicilc. Hicntùt même les ai i:iles en poudre s éhoulent dans le trou déjà foré et je fais almndonner l'n iivre que l'im j)erfeetioii des moyens rend illusoire. J'ai eojK'ndant découvert queiijues hi-indilles d'os et une esquille d'omoplate de chameau, couverte de caractères arahes éei ils à l'encre ; au contact des doigts^ elle s'est eilritée et est tombée en poussière,
.le suis revenu par les ravins parallèles à la'coupure de Toued Es-Souk ; des tombes sont encore isolées là, parmi les cailloux et les roches, et les thalwegs étroits sont abrupts et difficiles ;
(1; IMeklouba liazera : pierres ^ravm.
quelquefois des fissures ont permis aux torrents de rejoindre la rivière et des cùues de déjection se sont formés d'acgile rouge
et de calcaire.
Vn de mes Soudanais m'a trouvé une roche convorte de petites cristallisations d'un voi t ti-ansparent superbe ; de la sorte j'ai déjA vu de petits cristaux de roelie blancs dont les pointes se font vis-à>vis dans OU étroit tilon. Mais l'échantillon d'Ës- Souk est d'une eouleur si translucide et si profonde que me vient tout de suite le souvenir des Eméraudes garamantiques autrefois célèbres et réputées. Dans la paume ouverte de la main de mon noir, j'ai placé le caillou en recommandant une attention toute spéciale.
Je suis arrivé sous ma tente ; j'appelle mon porteur de pierre. L'air quelque peu géné, il me présente un morceau de granit noir, quelconque et sans intérêt.
— « Qn*as-tn fait du caillou que je t'ai remis ? » — c Voilà, mon lieutenant ; je l'ai perdu, alors j'en ai ramassé un autre. »
J'ai bien envoyé rechercher mon caiUon vert, mais la nuit est venue et je suis sûr qu'au lieu de scruter le sol, mon Sénégalais s'est accroupi sous quelque arbre, ne comprenant pas en sa tête pourquoi je différencie un caillou d'un autre caillou.
Au coucher du soleil, le vent est devenu si violent que des nuages gris pasaent avec rapidité dans le ciel et viennent tout instant masquer les étoiles. L'astrolabe veste dressé près du puits et, du soir au matin, il n'est pas une accalmie suffisante pour des observations précises.
IjC f méhari s de Fenna est arrivé pendant la nuit et je Taffeete de suite au tirailleur démonté qui le conservera jusqu à la jonction avec Vallier, on même jusqu'à Gao*
Ks-Souk, S3 mat.
Es*Souk, en traduction française : le marché, était le centre de toute une région relativement fertile, où les villes et les magasins de l'empire sonraï de Gao s'étaient groupés, formant comme une sorte de colonie avancée.
La partie sud-est de rAdr'ar', à l'époque des» Askia i» (1), for-
(1) Askia: nom do la dynastie dos plus illuslres chefs dt l'empire Sonral de ti^o.
218 GàRNET DE BOVTB
niait un tout, et de cette prospérité ne subsistent que des ruines informes. Leur abondance même prouve le développement qu'avait pris ce pays de nos jours déchu.
n y a des ruines sonral à Ks-Souk, à Kidal, à Sendematt, à Gounhan ; la tradition rapporte qu'il exisUiit des centres peuplés à Telohest (?), Zeladar(?), Chouchou, In-Tebdoq, Ir'acher, Tessalit, Guensis, dans l'oued Ir'aoher Sadid, etc.
C'est qu'autrefois les Sonral se répandirent jusqu'au Touat, jusqu'à TAlr et même dans le Trarza ; ils allèrent à Taodéoi, à Oualata, dans le sud marocain. Leurs carayanes parcouraient toutes les routes du désert, menant vers le nord les esclaves et les grains, en rapportant le sel et les objets manufacturés. Or, l'Adr'ar' se trouve placé au croisement de toutes les routes qui, venues de Tiao, capitale, s'y divergent vers le Tafilalet, vers Agadès, llliat et In-Salah. Plus encore, il est le caravansérail avancé de toutes ces pistes, Tendroif on l'on se concentre, où I on se prépare aux interminables traversées de Taneznmft ou de dunes arides. C est la zone fertile où tous les voyageui's venus de l'est, de l'ouest et du nord se rejoignent pour reposer les animaux, pour reprendre force après les voyages pénibles dans les reg infinis sans végétation.
C'est ce qui explique le peuplement de TAdr'ar' par des sédentaires. Aux siècles passés, Ks-Souk et les villes sonraT y étaient des auberges au croisement de routes importantes et les commerçants de Gao y avaient des succursales pour y acheter à l'arrivée des importations du nord.
Avec Fenna, j'ai repris aujourd'hui mes recherches à Es- Souk. Mes tirailleurs se sont dispersés par les ruines, les uns fouillant les cases, les autres copiant les inscriptions, d autres cherchant des pierres gravées.
Le pays est vide de nomades ; pas un troupeau n'est venu s'abreuver au puits ou profiter des arbres verts et des herbage s de l'oued Es-Souk. Seuls les corbeaux vont et viennent, hôtes coutumiers des ruines.
Mais l'aspect général n'est nullement triste. Le soleil est trop lumineijv et trop cliatovaut sur les roches noires et sur les leuiiles claires ; l air trop pur ; aucune mélancolie u erre dans
Pape 21 i his
Planche XXXIl