L'onsis (le Kidal
2. L'nn inscription laniaclièqiie dans le roclier. '^. Knines de la ville Sonrai de Kidal,
l'aDB*àB* DU IFOR AS
les fouillis de pierres entassées où se poursuivent, entre les herbes folles, les léianls et les fauvettes à tête blanche. D'ailleurs les restes de villes anciennes ne sont poignants que lorsque les colonnes encore érigées, les murs debout, les statues brisées se dressent comme une invocation dn passé détruit à Tavenir oublieux et indifférent ; à Es-Souk, les traces de ce passé ont subi trop Tiigure dn temps, elles se sont trop désagrégées pour que TAroe voit encore dans les blocs chaotiques, dans les traces arasées au niveau du sol, un appel des populations disparues au souvenir et à la commisération des peuplades actuelles et futures.
Sur les roches qui surplombent la ride de l'oued Es-Souk, je me suis assis un instant, dans le soleil brâlant. La végétation de la vallée masque les débris épars sur les pentes ; au loin se dressent symétriques les dent masses grises des adrar Tachdalt et Uebdan et la mer de l'Adr'ar* aux larges ondulations de roches est entre ces piliers de la passe agitée et houleuse comme par vent d'est.
Ma tente est dressée, près du puits, en plein dans les branches basses d'un < ticbaq » énorme dont les feuilles grincent contre la toile. Dessous, mes Sénégalais ont entassé toutes les pierres écrites qu'ils ont découvert dans leurs investigations de la journée et mon abri s'est transformé soudain en uno galerie de musée provincial. Tout le soir, je copie ou m eHorce de lire les inscriptions, A demi-effacées, qui sont uniformément des prières ou des versets corani(jues.
Au crépuscule lo vent s'est levé ; un courant d'air violent parcourt la lissurc de I oued Ks-Souk et la pourli e ai-ffileuso roupie voile le eiel ef les étoiles. L'asliolahe demeure dressé, inutile, et les sentinelles ont ordre de m éveiller s'il est une accalmie dans le cours de la nuit. Le départ pour demain matin est obligatoire, si je veux être au rendez-vous du iieutenant Vallier, à Kidal, le 2o mai.
24 mai.
A deux heures du matin, j'ai pu commencer les observations à l'astrolabe ; le v»Mit souffle encore et nécessite des abris de couverture autour de l'horizon artiticiel ; plusieurs étoiles passent
CaHÎTET DB ROVtB
sans qu'il me soit possible de les saisir et je m'agace et m^énerve.
Au petit jour, nous partons. J'adresse un dernier adieu à la vieille mosquée ensablée de l'oued Temagelelt et nous allons de crôte en crête» dans le jour naissant, parmi les pierres ^et les dépressions.
L'oued Ebdakan bientôt atteint est un des plus importants collecteurs des eaux méridionales de TAdr'ar' ; la dépression en est yaste, tapissée d* « alloumroous » et le lit en est seulement marqué par quelques fossés étroits aux berges à pic. Le fond de .la Tallée est fait d'argile craquelé, comme si Fean des pluies, au lieu de couler vers le Ulemsi, s'était lentement évaporée dans une cuvette imperméable.
An delà de Toued Ebdakan, les vagues parallèles de pierre reprennent et vionncnt border, plus au sud, la dépressioa de l'oued Ii'arhcr-Sadid.
Le puits d'In-Tedayni, notre étape d'an joiird'liui. est au centre de la vallée, tout prés du lit de l'oiied, dans une p<'tite clairière qu'entourent les « tahouraq > et 1rs " ticliaq ». Le soleil déjà est vertical (juand nous y dressons le camp ; heureusement les feuillages sont très denses et l'ombre, au pied des arbres, est épaisse et fraîche.
Quelques troupeaux de cbèvres boivent aux abreuvoirs ; Fenna s'est accroupi sur le sol, au milieu des pasteurs; il leur conte des nouvelles intéressantes et très longues, car la conversation dure indéfiniment et j'entends par instants, plus élevés que le bêlement des cabris, ses éclats de voix et ses exclamations.
Dès qu*un peu de fralcbeur a réveillé la vallée de Toued Ir*acher>Sadid, je vais sur les sommets de Tadrar Ter'arr'arat, faire un tour d'horizon et voir le soleil se coucher sur les crêtes occidentales. Partout les arêtes rocheuses se croisent^ violettes ou grises; des cônes plus élevés saillent comme des repères et dans la brume du soir, les « adrar » lointains de TachdaTt on Ilebdan, sont voilés et invisibles ; à mes pieds la percée de la vallée s'insinue et le vent fait onduler lentement les touHes épaisses dos prros arhros en houles et frissonner les « aloumuiouz » plus légères et dorées.
iMiinclie XXXIII
i et i. Le lieutenant Vallier ilans l adrar de Dourit (Atlr'ar' des Ifor'as).
Digitizc
L*ADR*AE* DBS tm'A8
A midi, par la pleine chaleur, noaa arrivons à Kidal. De l'oUed Talhoas, affluent de rir*acher*Sadid, nous avons gagné an travers de la « bamada » de roches éparses, le bassin de
Toned Kidal. La zone de partage des eaux conserve des traces fréquentes d'anciennes constructions cyclopéennes dont la destination n'est plus nettement npiiarente. Ktaienl-elles des aluis pour les troupeaux et les raia vaniers. ces enceintes rectangulaires et carrées partaiiécs e!i deux ou (jualre pièces? Ktait-il une fortification ce luur circulaire fait de blocs énormes non é(juarris. qui hnrre caiièreineut la vallée et n'est percé que d'une seule poterne ?
Sur toutes les élévations et particulièrement sur les mamelons de l'oued Sehboraq, des « hasinas » (rallure très vieille et d'une forme nouvelle, gisent, nettement visible dans largile du sol. Oq croirait d'immenses fers à cheval clos par une murette et protégés en avant des cornes par un rempart de blocs plus grossiers.
Autrefois Kidal, comme £s-Souk, était une ville sonrat ; son importance était très inférieure et les ruines actuelles en sont peu étendues. Toutefois les deux cités étaient contemporaines :
la seule mosquée de Kidal avec ses trois rangées de colonnes intérieures, les tombes circulaires nombreuses, sont de construction et de ty[)e aiialoijue.
De nos jours l'oasis de Kidal ne consiste plus (|u'en (juehjues toutl'es de palmiers (]ui bordent le lit de 1' a oued » et en d<'ux ou trois trroupes de puits répai tis sur un kilomètre peut élrc, au milieu des arbrisseaux déchiquetés, dans la coupure, entre des crêtes de roches sombres.
Dès les puits les plus amont, j'interroge quelques bouviers sur la présence À Kidal du détachement soudanais du lieutenant Yallier, — « I^s tirailleurs sont repartis pour le Niger »,
216 GABIIET DE BOVTE
C«la, j'en doute : un seul fait semble certain, c'est que le lieu- * tenant Vallier s'est éloigné de Kidal pour trouver des pAturafres. En attendant d'autres reuseignoments, je vais toujoui*s camper ici, aujourd luii. Feniui iiKlique, prt's des trous d'eau méridionaux, un emplacement favorable au camp.
Quelque^ belles touffes de roniers fourchus se dressent, sous lesquels j'installe ma tente; les tôles feuillues très hautes sur les troncs flexibles portent une ombre propice qui se déplace au èaprice du vent. Une li^ne étroite d'arbrisseaux me sépare du chenal de sable uni de loued Kidal ; entre les branches j'entrevois, allant vers l'eau, la longue théorie sans cesse renouvelée des bœufs indolents, on des chèvres, ou des moutons effarés, fee soleil éblouissant met des reflets d'or aux robes fauves des taureaux et les jeunes chevreaux se roulent en bêlant dans le sable d*où sort un papillottement qui indécise toutes choses.
Les puits sont tout près, sous le surplomb de la berge opposée ; les pasteurs demi-nus y puisent à grand eifort l'eau pour le bétail et s*excitent eux-mêmes de m ouch j» cadencés. Des femmes, poussant les bourriquots gris à croix noire, viennent remplir les outres, puis elles s'en retournent vers les campements de » la plaine, assises à califourchon sur Tarrière-train des bêtes qui
trottinent à pas menu ; une branche tenue en main les abrite du soleil et les deux outres humides oscillent par saccade k chaque pas. Dans les branches des dattiera les corbeaux à colliers croassent et se ponnuivent.
Je me suis étendu sur mon lit de camp et je somnole, quand le bruit d'un galop furibond me n'-vcillc Un cavalier touareg, tout vêtu de bleu, s'avance à bride abatliic ; prcs do ma fente il saute lourdement à terre et .s'en vient vers moi tenant une lettre en main.
Voici enfin des nouvelles ! I.u missive est du capitaine l*asquier; le rendez-vous de Kidal est reporté ù Gounlian ii (juarante Uiloinrh es plus k l'ouest et c'est eu ce point que Vallier doit m attendre.
Mon porteur de message est un gros homme, à large et bonne figure ; il tient en main sa lance et son petit cheval blanc porte
L*AOR*AE* VU irom*Ait
une selle à baat pommeaa tout giinii d'étain découpé et de cuirs rouges et bleus.
Fenna s'est avancé vers rhomme et lui donne l'aceolade, puis il me le présente: Alemlar*-ouan-Sidi, chef des Ifor'as Ifei^u* messen. Mokhammed Fenou m'avait déjà cité ce nom.
Alemlar* s'est assis sous ma tente: « les Soudanais, me dit-il, ont campé ici, il y a quinze jours déjà, puis les capitaines sont repartis vers le sud. M<li, je donnerai demain un guide pour te mener à Gounhan ».
Un guide ne m*est pas indispensable puisque Fenna est avec moi et eônnalt les sentiers ; d'ailleurs, pour laisser reposer les méhara, j*ai décidé de séjourner demain à Kidal.
Alemlar -ouan-Sidi est reparti vers ses tentes ; il reviendra demain et m*amènera son jeune fik Daoud.
C'est Allah sans doute qui m'a inspiré quand j*ai fixé le départ à après demain seulement ; dès qu'Alemlar' s*est éloigné, la tour* mente de vent s'élève et toute la soirée un voile de poudre rouge enveloppe la terre et le del et dans la nuit masque les crêtes voisines et les étoiles. Les roniers sifflent lamentablement et entrechoquent avec bruit leurs feuilles sèches. Dans ma tente close, Fenna s'est réfugié et me raconte les nouvelles de Kidal :
« Sais-tu, me dit-il, qu'Alemlar"-ouan-Sidi est marié et que sa femme est avec Lalla-ouIt-Illi, une des plus belles et des plus célèbres parmi les Ifor'as... »
Kidal. M mai.
Alcmlar'-ouan-Sidi et son lils Daoud sont arrivés de grand matin.
Daoud a dix nu onze ans; il est tntp jeune encore pour porler le voilo, mais il ceint utie !,Tan<le «-pée <jui lui bat dans les jambes et menar*' de le l'aire elioii- ; il en est très lier et ne veut [)as la quitter. (7est haoud qui monte aujourd'hui le elieval blanc d"a[»jiarat et ({ui enfourehe la selle ornée d étain et de cuir; Alemlar' s'est contenté d un cheval maijLrre et cagneux et d'une selle ra[)iécée. Daoud commande et tout le monde obéit, même Alemlar'-ouan-Sidi.
CAtl.^ET DE ROLTE
D ailleups Daoud est rharnï.int ; il a une jolie tête ronde qu'illuiiiiiicnt dos yeux [x tillaiits et piofoiids ; ses lèvres enlr'ouveptes laissent voii- ses (lents blanches cl s,i t«* te rasée est surmontée d'un l(Mi|)et do longs cheveux lins que le vent fait voltiger comme nn [iMiiaciie.
Daond ne connaît pas la tinudUé ou la irène ; de Ini-mCMue il est venu me dite bonjour et s'est assis dans le sable près de moi. Alemlar , Fcnna, Harca, dehouts. font cercle autour et l'écoutcnt. Daoud tout de suite veut voir les fusils et les revolvers ; Daoud veuf essayer son adresse et Daoud du premier cbup de carabine, atteint la cible.
Devant ce résultat, Alemlar'-ouan-Sidi se pâme et presse Daottd dans ses bras.
Le mioche est vraiment iiltelHgent et curieux d'apprendl« ; toute la matinée il est auprès de moi ; il m*accDmpagne dans mes promenades et me (|uesHonne sans cesse sur ce qu*il voit^ sur les noirs, sur le Niger, sur Tombouctou. Je Tai pris en affection et J'ai plaisir à lui répondre.
Alemlar^-ouan-Sidi et Daoud s'en sont allés vers leurs tentes. Alenilal^ a péniblement enfourché son coursier étique et part au petit trot ; Daoud a sauté d'un seul coup sur son cheval blanc et de pied ferme s'est élancé au triple pilop; nu nuage de poussière l'a ('iivelo[)pé dans le(jnel il est disparu.
Haremcnt j ai vu nn caniin de cet Age plus déluré et plus comique ; je ^-^arderai le souvenir du jeune Daoud.
(ic soir le temps est beau et calme; les « djerid » des dattiers penilent insensibles an loni; des li^es et une chaleur lourde monte du S(d. Dans le silence infini de la nature, quelques abois lointains de chacals font frissonner et surprennent, et la lune jette sur le sable clair et livide de grandes ombres immobiles.
27 mal.
Dès raut>e, nous partons pour (lounhan... Fenna m'a dissuadé, à cause de soi-disantes difficultés de route, de partir de nuit ; et j'ai bénévolement acquiescé, ignorant qu6 Fenna, cette fois encore, avait laissé fuir son f méhari > et qu*il cheNshidt
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IMnnclic XXXIV
Types d'Ifor'as