Lnc jeune lille des Iforas
Jeunes garçons ifor'as de casle noble.
l*ade*ae' des itob'as
les t'iitrobaillements. la poudre rouge pénétre, emplit les yeux, s iiitiltre d;ins la gortre et fait rAler. Toute la nuit, l'ouragan gémit et s'irrite et c'est une musique sublime que j'écoute oppressé tandis que de larges éclairs viennent par instant illuminer l'intérieur même de la tente.
Gouiiiiai), 28 mai .
La t<'nipét(' s'est calmée, mais des sursauts de la nuit, la terre g^arde encore un air compassé et moi-ose ; les arbustes sont rabougris et ratatinés et dans le ciel bleu, encore ceinturé de vapeurs basses, le soleil matinal a des reflets livides. Tout de suite la température est lourde et orageuse.
f enna, mon brave Fenna, me quitte ce matin et s*cn retourne vers ses campements de l'oued Âlioug'. Cette séparation m'attriste plus que je ne saurais dire, car durant tout le voyage de l'Adr'ar', Fenna s'est montré si complaisant et si empressé que je le considère comme un ami très sûr. Mes randonnées do mois de mai, mes promenades vagabondes dans les « oned » ou par. les montagnes, m ont laissé si exquise impression^ qu'il me semble que le départ de Fenna soit la brisure finale de toute une époque désormais passée et dont le souvenir me reste très doux.
J'ai chargé Fenna de porter de suite au P. de Foucauld une longué lettre relative à la fin de mon voyage ; je Tai comblé de cadeaux de toutes sortes, pièces de guinée, voiles de soie et ver* roteries et nous nous sommes serrés cordialement les deux mains. Fenna semble triste ; lentement il monte à méhari et« mon bon vieux Fenna s*en va par la plaine, très grand et majestueux, sans se retourner. Longtemps j'écoute les heurts du bouclier contre les panneaux de la selle et je le suis du regard par delà les rochers.
Barca est demeuré près de moi ; il me regarde étonné : « Pourquoi regretter Fenna ? Les Touareg ont la tète et le cœur vide et Fenna ne pense plus à toi a. Le vieux Barca a-t-il raison? je Tai cru depuis, car Fenna a oublié de porter ma lettre au P. de Foucauld.
Je suis rentré dans ma tente, légèrement soucieun:, puis avec
Vailicr nous sommes nWO.s pat- les rochers et la journée pasM très vite, cflacant la mélancolie et le spleen.
A I hciire du coucher du soleil, la tornade s'élève à nouveau ; elle est moins violente et moins prolongée qu'hier ; mais ce soir encore le ciel est couvert et embrumé et ni les étoiles ni la lune n'apparaissent de la nuit.
caAmuE vu
Ij» pays é»m loullIailiideB
30 inai-« juin 1907
Goiinh«i,S9iiiai.
Tous Bos pMjets de retour vers le Niger ont été modifiés ; VfiUier et moi, avions pensé prendre la route de Samit et pouvoir, prèè des mares, y chasser les éléphants, avant l'arrivée à Gao, IjOs derniers renseignements nous ont appris que les pluies n'ont, dans lo pays des loulUminden, pas encore vivifié les pâturages et rempli les dépressions et force nous est de piquer droit au SPd» par la route directe de Anou-Mellen, In-Ais et Gangaber.'
De Gounhan à Ânou-Blellen, l'étape est de 120 kilomètres sans eau ; avec des Chamba ou des Touareg, ce serait une vraie promenade, sans danger, malgré la température élevée et Tabscnce de piste tracée. Avec les Sénégalais, au contraire, le trajet est alarmant et des dispositions spéciales doivent être prises pour accroître la réserve d'eau et parer à tout accident. Les niéhara des imirs d aillours, sont en assez piètre état ; ils viennent coup sur coup d'accomplir deux reconnaissances pénibles et depuis prrs d*uo an sont en marcbc ininterrompue.
Plus encore (jue <|ui que ce soit, je suis payé pour connaître le danger de ces étapes avec les incliarisles noirs et jamais avec eux je n'all rontc sans appréhension un trajet de [)lusieurs jours sans eau. ioutefois Valiicr est un habitué du pays et toutes les précautions nécessaires sont prises aujourd'hui.
Lq départ est décidé pour ce soir ; si le ciel est claù' et lim'»
224 CABUET DE BOUTE
pide, nous nous mettrons en route dès que j'aurai pu faire les - observations à Tasirolabe ; sinon, nous partirons dès la tombée de la nuit.
Encore une fois nous plions les tentes et préparons les chaînes. y Larbi, toujours paresseux et indolent, laisse Barca et les noirs ficeler les caisses et réparer les b&ts.
J*ai moi-même assisté au remplissage des outres et des tonnelets métalliques ; Topération est longue et pénible. Des épenders blancs perchés sur les roches regardent impassibles et parmi les pierres, un singe sautille et s'enfuit au coup de fusil que je lui adresse de trop loin.
La saison des ploies et des tornades est maintenant à son plein ; les ouragans sont devenus journaliers et ce soir encore la tourmente s'élève au coucher du soleil; le de! s'emplit de vapeurs rouges, le vent siffle violemment et comme je prévois que le ciel demeurera voflé, nous avons profité d'une accalmie pour partir dans la nuit.
Le guide est en avant, à pied ; nous suivons de très près et les noif s, en quatre colonnes parallèles, marchent en causant avec bruit. Les tourbillons d'argile nous enveloppent et cachent à la fois les ondulations du sol et les étoiles du firmament. Le guide marche tooyours et sans cesse, à la boussole, nous contrôlons sa direction.
L'air est lourd et embrasé et dès le départ les Sénégalais commencent à entamer leur provision d*eau.
A huit heures, le ciel bru 84 ue ment se découvre ; les étoiles percent entre les nuages et pendant une heure brillent très limpides dans le ciel sombre. Que n'ai-je eu è Gounhan cette éclaircie ?
Puis les In umes à nouveau sont accourues de tous les coins de l'horizon et nous marchons sur le sol nu uhh', parmi les herbag^es qui crissent ot se roni])cnl. sans [)resque (jue chacun puisse voir ses voisins. Le hruit des pas press«''s des hommes et des méhara s entie dans la nuit et fait un bourdonnement continu ijui agace, puis qui endort.
Dans une prairie d' « aUoumniouz ». nous nous sommes arrêtés jusqu'au lever de la lune \ à même les herbages secs
ut PATS DES lOVUIHlNOisil
nous nous étendons à terre dans les burnous pour un repos de quelques heures.
" 30 mai.
Au lever de la lune, nous repartons vers le sud. La clarté blafarde allonge les ombres des touffes de « merkba » et fait miroiter les feuilles minces des gommiers par place entrevus.
Le jour enfin apparaît; les montagnes de TAdr^ar" et les roches patmées de noir ont disparu derrière les horisons septentrionaux. Le pays s*étend tout plat et monotone, mais les herbages s'étalent à Tinfini comme dans une prairie immense, desséchés et ligneux. Les imperceptibles ondulations de sable en sont couverts comme d*un tapis continu et les dépressions largement ouvertes qui sont des lits d* c oued ». Pas une roche, pas une pierre saillante ; le sol est d'argile craquelé, de sable fixé par les plantes et par endroit les latérites riigueuses aux tons brique apparaissent, mais ne dépassent point la surface du désert.
C'est le pays de parcours des Touareg loulliminden, la transition entre TAdr'ar* rocheux et la région des mares limitrophe du Niger. Aux époques quaternaires, cette xone était un Sahara de sable mobile, peuplé de dunes croulantes, sans végétation, sans eau. Un jour les conditions dimatéi icônes furent de fond en comble modifiées : la cause en fut-elle la progression subito du Niger qui, s'étani jusqu'alors insinué vers Taodéni, perça le seuil de Tosaye et s'écoula vers Test, puis vers le sud ? Toujours est-il que le désert peu à peu se couvrit d'une vég-étation poussée par les vents humides et favorisée par des pluies, jusqu'alors inconnues. Le sable se fixa et n'étant [)his entraîné par les ouragans cessa I cpuvre de destruction entreprise contre les masses roclionscs encore dt'hout de TAdr'ar'. Le pays loulliminden compris entre Gounhau et le .Mg^er est un ancien désert reconquis ; l'Adi 'ar' était un désert en formation qui s est iixé à uu stade préliminaire.
Dans ce « Sahel > envalii par les herbages, les eaux ont à la longue tiacé des sillons pen prufontis ; elles s'y étalent en vastes dépressions, y forment des marécages où lors des dcsséche-
méats annaels Y « alloommonz » pousse et verdit et y eréent des chapelets de bas-foads plutôt que des cours d'eau oontînas. Les beaux cheuals de sable unis de TAdr'ar^ ont disparu et le fond de la vallée est parfois sillonné de crevasses étroites et profondes, aux flancs à pie, qui sont le dernier refuge des eaux et qui rendent la traversée des « oued » difficultueuse et souvent .dangereuse.
Dans les gommiers de l'oued Eguerir, nous campons sitôt que • la chaleur est devenue trop pénible ; les » méhara » lâchés man- ,:^rnt peu et se couchenl ; les provisions d'eau diminuent avec une rapidité inquiclante.
11 c.sl iiulispensabio de ne [»lus pcidre de lr!n[>s pour arriver aii\ pulls d'Anou-Meilcn ; liélas, ce soir encore, la tornade de sable et de pluie est si violente que force nous est, vers cinq beures, de nous calfeutrer sous les tentes en attendant raccalinic. Le guide même ne retrouve plus sa route et nous ne repartirons qu'aux premières étoiles.
31 mai.
Durant des heures et des heures» nous marchons dans la nuit si obscure que les « méhara » buttent aux touffes d'herbages, se heurtent et s*épttisent. Les tirailleurs à pied, sur deux colonnes parallèles, encadrent les chameaux de hà.\ liés en file indienne et le détachement progresse d'une allure pesante et rigide, immense carré à l'aspect de phalange. Les mille bruissements de la marche se fondent en une rumeur monotone et imprécise qu'entrecoupent par instants les aj)pels des gradés on le fracas des charges heurtées et glissées. Personne n'a le * droit de s'attarder en arrière ; après les temps de marcbe prescrits, les boinmcs au commandement montent en selle dans l'invraisemblable cacoplioMie îles burlejuents des bêtes a[)peurées. Au petit joui' (Ic jr'i, I allui'e est lasse et ralentie, car le bienêtre de la teinpeiatuie [)lus frait lie n'a pas, de beaucoup, compense la fatigue doubli'»' [)ar I éta[»e de nuit.
iNous eampotis au\ heures chaudes sous les arbrisseaux de l'oued Ivguérir-Sud ; l ombrc y est légère et peu dense et le sol est couvert df graminées épineuses, à grosses graines, les
Lë PiTS hU lOtUlUlNDim
ff takanait », vrai régal pour les « méh&ra ». Malheureusement l'eau diminue de plus en plus rapidement, tant les Sénégalais abusent de la boisson ; ils sont perpétuellement pendus à leurs
outres.
La plaine herbeuse des loulliminden avec ses touifcs d'arbrisseaux et ses lignes toutes semblables de gommiers et de « tichaq n est d'une monotonie décevante. Les tonalités y sont si unifor* mes, rhorizon y est si limité par des branchages étiques que je regrette presque les beaux <r reg » unis de sable aride, où Toeil parcourt tout rhorizon clair, où la lumière est si pure et si trans' parente. Au voisinage des zones soudanaises, le soleil est gris et terne ; cependant la souffrance de la chaleur est terrible. La figure et le corps sont couverts de sueur que la brise n*assèche pas et la respiration est fourde et activée.
A la tombée du soir, nous campons en une dépression pleijne d' « allouminouz » et de « takanait ». Si la nuit tout entière est favor.ihie ;i hi marche, nous scions à Anou-Melleu (le {)uitS hhtnc) (leniaiii à hi ^)reiiii«M'e heure. Il est Icrnjis; nouihro d'hommes n'a phis d eau et je m'endors ce soir avec la hantise des souii'rauces de luichaïg en 1906.
lef juin.
Pour alteindi-e au petit jour, avant les premières chalcurSf les puits d'Anou-McUen, nous avons cheminé tonte la nuit encore, sans arrêt, snns repos. Le*î hommes soutFrent de la soif et bien que les dernières réserves aient été distribuées, l'ailare en est ralentie. Heureusement la route est connue et sûre, car Toued Ibendeaten où sont les puits traverse de telle sorte toute la région des loulliminden qu'il est impossible de n'en pas couper la vallée.
D'ailleurs, les premières lueurs du jour montrent au>des8us des lignes d'arbustes bas et de gommiers verts, les falaises encore lointaines qui bordent la dépression.
Pour la première fois depuis que nous avons quitté TAdr'ar' des Ifor*as, les pierres et les mamelons rocheux apparaissent à nouveau; mais leur faciès est tout particulier et tout dllFérent. Au iieu des granits et des porphyres, ce sont des calcaires créta*
CABNET DE HOOTB
cés, pétris de fossillcs : huîtres, oursins et coquilles, et les hau« teurs forment une longue bande noKcment reconnaissable qui s'étend extrèmcmeat loin vers l'est vers le uoi*d-oucst.
Vers l'ouesl, les reconnaissances antérieures l'ont coupée à Tahankort, Asselnr'-Mabrouk; elle ne s'étend pas,jns<|ir.'i la route de Taodéni à Tombouctou puisque les randonnées de 1900 ne Vy ont point rencontrée. Par contre elle pousse des iramifications jusqu'au nord de Bamba, particulièrement vers les puits de In-Killa et In-Akaoual où abondent les petites cérithes. Vers Test, la ligne de roches fossilifères s'étend jusqu'à la dépression d'Asigui et au nord du puits de Tiguirirt, lequel est lui-même à 100 kilomètres au nord de Tln-Ekarte. Ainsi cette bande étroite de calcaires fossilifères se développe sur près de 8.000 kilomètres d'étendue, parallèlement au Niger et à 100 ou 120 kilomètres, et va se perdre dans le pays des loulliminden presque à mi-distance d'Agadès à Gao. Les derniers affleurements vers l'ouest, ont été constatés dans cette sorte de vaste mer intérieure qui, au centre du territoire loulliminden, est la jonction des grands oued asséchés de Tafassasset et Âzaouak. .
L'oued Ibendeaten s'est creusé un lit en plein centre de cette atone de calcaires ; deux puits voisins y ont été forés, Rarous et Anou-Mellen et le guide nous conduit vers Anou-Mellen plus proche de quelques heures.
- Le puits est creusé dans la terre blanche, au milieu même des arbres et des arbrisseaux qui l'entourent et qui sont si denses que le fond de la vallée est une forêt ^ans l'acception véritable du mot.
Les hommes et les méhara se sont pnu-ipités vers les abreuvoirs ; les uns et les autres meurent de soif et il était grandement temps d'attein<lre le l)u( de l'étape.
Le ti-rtu d eau est profond, jxnil-ètre 3.") mètres, et le litjuido vaseux en petite abondance ; les Sénégalais ont pu boire à leur soif, mais il nous faudra pousser demain jus(ju';iux puits de Raruns [lour y trouver 1 eau iiéeessaii aii\ mrliai'a.
Toutefois ce soir, nous nous reposons i\ Anou-Mellen ; (juand les ardeurs du soleil se sont un [jeu calmi es, maljrré Ir temps lourd et brumeux, je vais avec Larbi jusque sur les pentes de
LR PAYK W» IOi:iXIIIINDEK
Tadrar Teralgaioué faire collection de fossilles et de pierres ; la montaçne forme un plateau étroit que les eaux ont littéralement dilué ; leg calcaires fondus se sont répandus sur les pentes bosselant de larges cônes de déjection blancs, oè les pluies ultérieures ont creusé des ravines ramifiées. Les bultres et les oursins pétrissent le sol.
Près du camp, je poursuis en vain parmi les arbrisseaux, un chacal qui s'enfuit à mes coups de feu; chose curieuse, quand au soir les troupeaux de moutons s'en viennent à l'abreuvoir, j'ai n u reconnaître mon gil)i<'r en un j^rand chien roux et eftlanqué qui vient aboyer jusque dans nos tentes.
Les « tal>ouraq et les « tieliîu) » ici sont élevi's et ombreux ; sous leurs branches retombantes s'ouvrent ilos salles de verdure, abris précieux contre le soleil et le vent, abris meilleurs que les tentes contre la chaleur accablante du soir.
Cne éclaircie dans les nuages m'a permis de saisir des étoiles suffisantes aux observations astronomiques; mais bientôt le temps se recouvre et Tair demeure orageux et oppressant.
s joia.
En deux heures de marche, par le fil de l'oued, nous avons été d'Anou-Hellen à Rarous. Le puits est en plein sable, au centre du monticule de déblais que le forage a ramenés A la sur^ face du sol ; la profondeur alteint 37 mètres et le puisage ne peut plus sè faire à la main. *
Dès Tarrivée, pour Fabreuvage des animaux, les équipes s^affkirent au milieil des cris, do va-et-viept et des appels entrecroisés.
Les ^^rands seaux de peau et les cordes en lanière de boMif ont été sortis des sacs et des caisses ; liAtivement les abreuvoirs sont dispos«''s sur les tréteaux de bois. Au camp voisin, les tentes se dressent et les « méhara » déchargés sont poussés vers les arbrisseaux éloignés, d'où le puits n'est plus visible.
Cependant les seaux ont été descendus dans l'orifice béant et les deux « méhara » attelés s'éloignent alternativement de leur pas égal et rythmé, en tirant les cordes sur les poulies
S80 CAnnrr di iu>otk
grinçantes. Les cliamcliers les cvcitcnt sans iiiterriiption de « gloiis-i^loiis » p:ntlm an\ ot rapidos. et. (juand les seaux paraissent, d'un cri plus siridcnl avertisscut les bctcs qui touraeat sur {)lace et reviennent au trot.
Par groupe de dix, les <« muliara boivent ; assoiU'és, ils se bousculent, tendent avec effort leurs longs cous vers l'eau, s'esbrouent en grommelant et secouent leuss lippes pendantes et poilues.
Parfois, des p&turages voisins, quclqoes-ana d'entre eux aperçoivent au puits les apprêts déjÀ vus et, pour devancer leur tour, se précipitent au galop vers les abreuvoirs* Cest Islors, {Airmi les épines, une poursuite échevelée des tirailleurs de garde qui tentent, par de grands cris souvent infructueux, de ramener les fugitifs vers le troupeau plus patient.
A Rarous, Peau est abondante et très pure ; Tabreuvoir est tôt achevé et dès que nos <c mébara » sont retournés vers les arbustes verts, les pasteurs indigènes reprennent autour dn puits le halage monotone de Teau. Ils oift attelé aux cordes de petits bœufs clairs, impatients, qui tirent par è-coups et qu'il faut maintenir dans la direction en les frappant de l'aiuuillon.
Les moutons <'t les elièvres font cercle et hèlent. Au soir. ()ar les premières oiuhrcs, les troupeaux ieulciiicnt s'en retournent au\ campements, et la haute silhouette des lonliitninden pasteurs se perd dans la lirunie claire ou par les ioaiiclics liasses, tandis (jue viennent jusqu'à nous les bêlements lointains des chèvres désaltérées.
Avant la toi'nade (\\n menace aux horizons orientaux, j'ai pu, dans la chaleur lourde et orageuse, achever sans accident les observations ù l'astrolabe ; k peine ai-je fini que le ciel se couvre et que la tornade, avec ses nuées rouges rpie des éclairs illuminent, se rue par la vallée, stridente et infernale.
Nous nous sommes barricadés dans les tentes reliées par des • cordes aux troncs des gommiers et toute la nuit la musique grandiose de la tourmente s'accompagne du sifflement des branches et du crépitement des gouttes sur les étoffes gonflées par le vent.
Les « méhara » se sont accroupis sous les arbrisseaux et ten-
us Pkn m lODLLIMINDElf
dent les reins à la tempête ; sous les toitures de peau de leurs tentes, les Sénégalais se sont accroapis et dormeat sans air, indifiérents aux lursauls de l'ouragan.
Rarous, 3 juin.
De Rarous à Gao, il n'est plus d'étape dure et les puits sont nombreux dans les < oued » et les mares.
Ai\jourd'hui les « roéhara » et les hommes ont repos ; les Sénégalais, maintenant qu'ils ont l'eau à discrétion, ont repris courage et vigueur ; les animaux, moins énergiques, conservent des allures flapies et soufflent. Les pAturages près de Rarous sont très verts et la balte d'aujourd'hui fera quelque peu oublier les fatigues des marches de nuit précédentes.
Il n'est guère d'occasion d'excursion ou de reconnaissance ; la vallée est très lar^e et les rebords rocheux sont si loin que, par la chaleur <''touiranle di'S lo matin, jo n'ai pas le couras'e de marcher jnsfju'nuv pierres. Les liiiiipeaiix de clièvros .lussi fout trop prrand tumulte parmi les arbres (h' I « oued >< [»oiir cpie lo gibier y soit demeuré. Sous l'abri di'S tentes, l'atmosphère est irrcsjiirabie et le tr-avail suivi demeure im [Miscible.
Au soir, le vent s'est calme'" ; le ciel est limpi<le. Les caisses et les tentes ont été iicciéeb et préparées, et la uuit lente ù veoir est la bienvenue.
Le sable où je m'étends est encore brùhmt ; la chaleur emmagasinée tout le jour s'en diifuse lentement et le sommeil ne vient que très tard, lorsqu'un peu de fraîcheur descend enfin du ciel et pénètre la. terre endormie.
4 juin.
La bordure rocheuse méridionale de Toued Ibendcaten forme une sorte de plateau complètement unique des pentes argileuses, couvertes d'herbes courtes, raccordent au fond de la dépression. Là, les blocs sont coupants, aigus et d'une teinte claire de pierre ponce ; les dalles y sont fissurées et creusées de cavités polies, chaudières de fées en miniature, que seuls l'eau et les courants violents ont pn de la sorte forer et accumuler.
Les roches cependant s'étendent peu ; bientôt l'argile cre-
232 câbnbt db routb
▼assée et les Utérites spongieuses recouvrent les calcaires plus dors comme un manteao superficiel ; les ondulations dn sol sont presque imperceptibles. GaillouteuseSj arides, elles s'étalent largement entre les contre-bas des « oued » oii verdissent des rangées de gommiers ou de c tichaq », au-dessus des « takansit » bistrés.
Le soleil, très chaud dès son lever, égaie mal la monotonie du pays ; les brumes rouges en suspension dans Tair donnent à la lumière des teintes pourpres et les rayons du soleil ne s'irisent plus dans les cailloux, sous les ombrages légers ou sur les tapis des « aloummouz ».
L'oued Intessan, entrainaut la couclie superficielle des terres, s'est creusé dans les calcaires apparus une gorge étroite encombrée de verdure. .\ notre arrivée, brusquement, une girafe s'en enfuit à trois cents mètres devant nous.
Je me suis précipité à bas de mon « méhari » et, carabine au poing, je m'élance à pied sur ses traces. Que m'importe le soleil et la chaleur accablante ? Au-dessus des branchages lointains, l'animal dresse son cou et veille ; par instant, j'approche presque à portée, mais, comme si quelque instinct l'avertissait à temps, il s'enfuit au petit trot et je distingue par-dessus les frondaisons la tète qui s'incline à chaque foulée.
Après une poursuite opiniâtre et vaine, j'ai dû renoncer.
Au camp, je suis rentré rompu de ma course dans la terre meuble et par les cailloux ; un m tichaq » énorme nous abrite du soleil et nons déjeûnons tous deux, Vallier et moi, qui conte ma mésaventure et mes efforts stériles.
An soir, nous campons encore en pleine brousse, à proximité de In-ATs. Un petit oued de sable encombré de grosses touffes de « merkba » est un lit délicieux et le vent frais du soir siffle au loin dans les branchages, derrière lesquels le puits est masqué.
5 juin.
Au delà do In-Aïs, nous entrons franchement dans la rég-ion des mares. Les « oued » <jiii sillonnent les « re^;" » unis et dont les lignes d ai ltustes coupent le pays comme feraient les l)arrièrcs d'une zone de culture, ne vont plus par des lits prolongés
LE PAT» DKS lOULLIMINIIEN 288
rejoindre raboutissement final du Tilemsi ou du Niger. Ils se perdent dans des dépressions peu creuses qui n'ont aucun débouché et qui sont des cuvettes argileuses baptisées mares. L'eau n'y dépasse jamais quelques pieds de profondeur ; quand elle s^assèche, le sol se craquelle, se fendille et conserve une teinte noire de vase et de boue. U ne faudrait pas croire cependant que ces mares soient partout de vastes étendues libres d'eau ou de limon. Sans doute, presque ttfi^onrs, le fond même de la dépression conserve l'aspect d'un petit lac empli on desséché, mais tout autour les arbres s'étendent très pressés et très hauts. Et ce qui fait la' caractéristique de cette végétation, c'est l'abondance extraordinaire de gros troncs presque morts qui dressent encore vers le ciel leurs branches dépouillées et leura rameaux que surmontent seulement deux ou trois feuilles rabougries. Il semble que d'immenses incendies aient ravagé la forêt, • carbonisant le pied des arbres puissants, réduisant en çendres impalpables les pousses trop frêles. Est-ce là l'œuvre des pasteun nomades, reproduisant ici les feux de brousse des cultivateurs du Niger et brftlant les graminées sèches pour féconder la terre 1 Presque partout, cependant, le fléau dévastateur semble avoir passé depub des années déjà, car des pousses plus jeunes verdoient autour des souches noueuses. Est-ce l'œuvre même des eaux qui, lors de débordements plus violents, ont fait périr les arbres en corrodant leur base ? Jusqu'au Niger, ce faciès de halliers brûlés caractérise les mares. Les pluies n'ont pas encore cette année empli les lagons et amoli les argiles : l'herbe ne verdit point encore dans les bas-fonds.
Les puits de Fes-en-Fes sont forés à m^me l'argile ; Teau y est en petite al)ondance : des troupeau v de chèvres avant nos « méhara s'y sont désaltérés et l'abreuvoir se prolonge tout le jour jusqu'au soir.
Nos tentes sont dressées sous les ombrages des - tirhaq ». La journée est chaude et monotone. Sitôt (lue le soleil s'est al)aissé sur l'horizon, j'emmène Barca vers les ondulations lointaines de la plaine à la ri'cherche des izazelles ou des girafes.
Nous cheiniuons tous deux par les toufles épineuses et les hautes herbes qui se brisent sous i effort des pas, quand soudain,
S84 CABMIT DS BOOTB
loof un gommier perdu sur lo flaoc d'uae duae de sable, Barea signale un troupeau d'aniilopei encore accroupies et somno* lentes.
L'approche est difficile, caries « cobas » ont des voyeurs dont j'aperçois les tètes inquiètes sitôt que je m'avance vers leur refuge. J'ai prescrit à Barca de demeurer en place, immobile pour donner le change et rampant sur les mains, j'exécute par derrière un long détour qui doit m*amener sur la crête de sable, au-dessus même du gibier.
Un instant j'ni cru que mon approrlio j)nsscrail inaperçue ; de tnnd't' PU tdiillV, d'abri on al)i'i, caïahin»» à la main, je p^ravis j>[('S(jue d«'jà le sonnuct d où ma vue va plonq-er sur la pente op[)os«''e. fjuîuid j'entends dans le sable (jui crisse et [)rir les lierl)es froissées, le i;alop cr<^pilant des cohas «'(l'arés. A tonte vitesse je me suis <''lano<' ; les Ix'^tes h coiû cinquante mètres dévalent sur la pente et bondissent par les gommiers et les toutTes, inclinant vers l'arrière leurs cornes et humant l'air avec bruit.
A genou j'ouvre le feu ; mais la course m'a essouflé et larme tremble entre mes mains. Les «i cobas » s'enfuient et bientôt tous, sauf un, disparaissent derrière l'ondulation prochaine, dans un nuage de poudre levé par leur galop.
lin vieux mâle est resté ; une de ses pattes est brisée et s'il a pu se laisser dévaler sur la pente sableuse, l'effort de la montée lui est interdit. Il s'est retourne, et de face me regarde : je m'approche lentement, en décrivant un cercle pour lui barrer la retraite et je m'arrête derrière chaque arbuste.
Je ne suis plus (ju'à cent mètres peut-être; déjà je mets eenou en terre, quand mon adversaire soud;iin s'élance, cornes h.isses, vers moi. Sa vitesse <'st énorme et quehjues instants plus tilt ma position eùl éle ci itiqu*; : mais j'ai lié-jà l'arme à l épaule. ihi premier coup, le cob;> culbute et roule sur l;i tète et vient s'aU'alei- à (pielipies pas; uu second coup à bout portant achève SCS derniers sursauts.
A mes cris Barca est accouru : avec prudence, il maintient les cornes et de son couteau tranche la goi^e du pauvre animal étendu.
LE PATS DIS lOULUMINDEH f85
n est énorme, mon eoba ; couché sur le côté on eroiniit un bœuf au large museau ; ses cornes sont superbes I
Baroa a repéré la place. Je suis rentré au camp tout fier d'annoncer mon eiploit à ValUer et les tirailleurs de suite sont paiv tis pour dépéeer la béte et préparer la peau.
Par le ciel clair, j'ai fait ce soir les dernières observations astronomiques avant l'arrivée à Gao.
6 join.
Dernière étape de, deux jours avant l'arrivée à Gao et au Niger! Plus nous approchons du fleuve, plus la végétation des mimosas deVient dense et serrée ; de grandes dnnes de sable • fixées par les herbes ondulent et se déploient sous le soleil et des bas-fonds boisés s'étendent entre elles, refuges des girafes, des cobas et des oryx.
Dès le départ de Fes-en^Fès, nous nous lançons en chasse, Vallier et moi, an long des flancs de la colonne. Les gaselles abondent ; je poursuis par les latérites deux sanglier:'- qui s'enfuient à toute allure, quand à la sortie d'un rideau d'arbre j aperçois devant moi, paisibles, deux oryx.
Les grandes bêles semblent des chèvres énormes à longs poils blancs ; elles broutent dans los herbages et vont de touffe en touffe. La surprise ej Fémolion m'ont fait trembler et mon coup de carabine est passé trop haut : i\ la détonation, les deux antilopes se sont drossées et d'un seul l)on«l, courliant jns(jtraiix reins leurs Ioniques cornes [)res(jue «Iroiles, elles parlent d'un galop infernal et g-racieux vei's des ahris loiiilauis.
J'ai rejoint la ( (ilonne, navre et Harea clierche en vain à me consfder; un inslant il aj)er('nil à nouvenu une irirafe, niais 1rs trares suivies rjous uicnent ù si grande distance, qu it faut les abandonner pai' pi ikIi iut.
Une dernit'ie dnue de sable borde la plaine inlinie, immense damier vert et rouue où la fon't de gommiers bas .dtcrne avec les elaii ièi-es d'arg'ile. Désormais plus une ondulali(Ui ; les prc;niiers mouvements du sol vers le sud émerirent j'i peim; de la brume du soir et c'est tout près d'eux, lÀ-bas, que coule le Niger !
CAWnST DE RAtITB
Nous avons cheminé jusqu'à la nuit pour profiter de la températare plus fraîche. A la limite des gommiei^ nous formons le carré sai les latérites, en une clairière unie, dont la bordure semble si lointaine qu'on se croirait, dans la nuit, sur la plage d*nne mer qui ronronnerait au lointain sous les efforts des brises attiédies.
7 jain.
A peine avons-nous quitté le camp et allons-nous devisant Vallier et moi en tête de la colonne bruyante, que soudain^
j'aperçois & cent mètres deux girafes, broutant paisiblement parmi les gommiers. Les deux bètcs moucliotocs et 'claires nous reirapdent sans inqui(''fude. Nous nous soninu's préeipitt's à tei ie, ot tandis que les noirs les plus proches se sont accroupis, nous tirons tous douv à la fois. Par hasard Larbi ce malin a conservé ma carabine 92 et je me suis servi de l'express 577. La détonation en est formidable cl l ésonne aux échos : mais hélas quand la fumée s'est éclaircie, j'apereois mes bêtes qui dévalent au loin; quelques coups tirés encore activent leur fuite.
^iTune ni l'autre u ont été blessées; à quelques centaines de mMres, elles se sontarrétécs dans les arbres, mais réveil leur est donné, et, à nos moindres tentatives d'approche, elles s'enfuient à nouveau. Fin vain je m'acharne & la poursuite et par deux fois les relève dans les dépressions touffues. Force m'est encore de revenir bredonille vers le camp visible de loin.
Quelques mamelons isolés sont apparus ce soir, mais notre route s'en écarte et file par la plaine qu'encombrent les rideaux d'arbrisseaux ; il devient impossible de distinguer la direction générale et le guide décrit de nombreux crochets que décèle la boussole. '
Nous marchons jusqu'à la nuit pour gagner le puitS'de Afella- Oulaouan. Sans cesse, au dire du guide, nous devons l'atteindre derrière les premières ondulations, derrière les premiers arbres, et toujours il faut pousser plus loin encore. En fin de compte
Vallier s'est lassé et dans la nuit couverte où le vent souffle violemment, en pleine latérite, nous campons, pour la dernière fois, dans le Sahara !
LE PATS DES lOULUHlNDEN
8 juin.
D'Afella^Oulaouan nous sommes partis de grand matin pour gagner Gangaber, résidence habituelle des « méhara » de Gao.
Le joor est à peine levé quand nous arrivons aux mares desséchées et crevassées, au milieu de la forêt des troncs calcinés et des € tebouraq » verts.
Ici la reconnaissance du détachement de Gao est achevée : les caisses et les bagages déchargés demeurent en un camp temporaire et les bétes sont de suite expédiées au pAturage permanent.
L'organisation des escouades de garde et du service a demandé plusieurs heures. Heureusement le ciel est couvert et le vent souffle entraînant des tourbillons de sable ; nous pourrons, malgré les heures chaudes, partir de bonne heure pour Gao avec une escorte légère!
Què j'ai hAte de revoir enfin le Niger et sa vallée ! Vallier depuis longtemps m'a montré la haute dune de Koyama, au pied de laquelle passe le fleuve et de toutes les crêtes, je m'efforce de voir le filet d'eau, et le poste, et la vieille cité de Gao.
Lé minaret épais et garni de pieux, construit par les « Askia » déjà saille de la verdure basse «t de la plaine de sable ; déjà le poste même des Européens, avec ses longs murs de terre, son échauguette de garde et ses dépendances nombreuses apparaît gur la dune.
Le Niger le dernier se dévoile. A le contempl<M' mes yeux ne peuvent se lasser. Le voilà donc le e:rand fleuve depuis tant de jours notre rêve ! Au milieu des roseaux et des îles éparses, le mince filet d eau claire serpente, lumineux, dans l airgris. Quelques piroij-nes à demi-tirées sur la rive lèvent leurs proues noires vers le ciel et les ;^nes s'ébattent dans les houes de la heri^e. Au loin des vols d'oiseaux Mânes fi-ôleiit l'eau de Jeurs ailes et leur ctiaine par instant s'étire et se projette au-dessus des dunes de la côte opposée.
A la porte du [)oste, dans l allée des pylônes surmontés <le crAnes d'cleplianls, nous mettons pied a terre. Le capitaine l*as- «pucr, arrivé depuis dix jours, nous serre les mains et nous souhaite la bienvenue eu ses domaines.
CABIOET DS ROimt
Gao ! Me voici enfin à ce but si loiataia de mon vayage transsaharieai C'en estiini du désert» du graod Sahara si prenant, des longues randonnées harraMSntes, mnis si délicieuses. Combien cependant je le regrette, mon Sahara !
Le bon c méhari» « Koudia» couché dans s.i ble me regarde avec des yeux pensifs. 11 a compris qu aujourd'hui quelque chose se passait d'inaccoutumé et je le caresse longuement! Brave b£te fidèle, je suis tout triste de la quitter, et je la suis du regard longtemps tandis que les hommes de garde l'entraînent aux p&turages, par delà les dunes.
Une grande case m'a été réservée dans le poste ; j*y entasse mes bagages* Larbi et Barca s'installeront au village indigène.
Avec sa bonne grâce eoutumière, le capitaine Pasquier accompagné du lieutenant Marty, son second, me.fait visiter les constructions et les dépendances. Tout en allant, il me conte son retour par Dourit, Kidal, Anou-Mellen et Kerchouel, et le départ du capitaine Arnaud, vers l'aval du Niger, en pirogue...
La nuit est bientôt venue. Un festin dans la popote spacieuse fêtera notre réunion à tons^ au poste de Gao, et le soir, en nous promenant aux étoiles sur la rive du Niger, je repasse tout mon voyage désormais achevé et j*entreVois maintenant le retour prochain vers la France encore lointaine.