C. — Amulette
Les amulettes sont d'un usage constant chez tputes les populations mabométanes ; les Touareg en font une véritable débauche : sur la poitrine ils en ont de véritables paquets de vingt on trente centimètres d'épaisseur.
Ce sont surtout les hommes, Âhaggar et Ifor*as, qui portent les amulettes; les femmes en ont peu. Mais l'amour en est pousse à tel point chez les gens de l'Adr'ar' qu'ils en portent m(îmc qui ne conlienneut aucun écrit.
D'une faron générale cependant, quand un homme désiip une amulette il se fait écrire par un marabout Kel-Essouk un papier destiné k produire l'clfel demandé et contenant quelques versets du Coran.
Ceci fait, le papier est remis à on artisan (en arabe m&llem, en tamachèque ined') pour qu'il soit enclos dans un étui de métal, argent, cuivre, fer-blanc, ou à la femme d'un artisan si l'étui doit être cousu en cuir, ou en peau.
Les amulettes sont portées sur la poitrine en gros paquet de. 90 ou 80 sachets suspendus au cou, on encore au bras, à la ceinture, au turban.
Les petits enCBtnts, parfois même les chameau.x, en sont eux aussi dotés.
Les amulettes s'appelleut en tamachèque tiraout, pluriel tira (écrit).
RKNSKHiNKHKNTK SCISNTlPlQUI»
D. — Pèlerinage à la Mecque
Il n'y a qoe très peu, peut-être même pas d'Ifor as qui aient fait le pèlerinage & la Mecque. Au temps jadis on en cite quelques-uns qui passèrent par le Ahaggar^R'at^R'adamès et Tripoli.
E. — Aumônes et repas pieux
11 est d* usage que chaque jeudi soir, chaque Afar'iSf homme, femme ou enfant fasse une aumône qui consiste le plus souvent en nourriture. Même les pauvres et les enfants qui ne possèdent
[>i t N(jiic rien donnent \m |ti ii de leur repas du soir. fVordinaire cette îUiraAne n'est pas faite à des inarahouts, mais à n impor te quel pink^^re du voisinage, à un anir id, à un esclave dénué de tout.
F. — Consultation aux Morts
La prédiction de l'avenir qui a préoccupé toutes les races, revêt chez les Touareg la forme de consultation aux Morts.
Loi^squ'on est inquiet d'uu absent, lorsqu'un rezzou parti depuis longtemps n'est pas de retour à l'époque présumée et qu'on est sans nouvelles de lui et dans l'inquiétude ; lorsqu'on projette une expédition, une entreprise quelconque et qu'on désire savoir si le résultat en sera heureux, ou dans tout autre circonstance de ce genre, on fait une incantation auprès d'un de ces tombeaux ante-islamiques appelés « adebni », très nombreux dans TAhaggar, l'Ahnet et l'Adr'ar', et où sont enterrés les hommes d'une race inconnue aux Touareg et qu'ils appellent «r Izabbaren ».
Chez les Ifor'as, voici comment a lieu cette cérémonie :
Une des femmes les plus vieilles et les plus pieuses du campement, une de celles qui passent tout !<• jour en prière, se lave le corps d'eau claire, se revèl d habits cutièremeul neufs et se pare de tous ses bijouK.
Ai e()m(»aL:née de la pln[)art des hommes ot dos femmes du voisinage, elle se rend versi iiiidi à 1 uu de ces tombeaux ante-
islamiques. Là, elle place à côté d'elle en la dressant toute droite, une sorte de figurine, de ijoupée, hatite d'envimn trente centimètres et représentant une jeune fille, habillée de petits morceaux d'étoffés neuves de la forme des vêtements d'une jeune femme, et parée aussi des bijoux habituels aux femmes. Ceci fait, les assistants couvrent la vieille femme et la poupée de cinq ou six doukkali épais de manière que règne une obscurité complète. La vieille femme alors s'assoupit : au bout de quelques instants, elle enliMul la p<)U[)ée parler au\ a bleuis et les absents lui répondre. A la lin du dialoiiue, si la nouvelle a été heureuse, l.i poupée fait entendre ce siltietnent particulier qui pour les femmes est sig^ne de grande joie ; si, au contraire, la nouvelle est mauvaise, la poupée ne siffle point. Au bout d'un certain temps, l'assistiincc qui s'était retirée h une centaine de mètres, revient à ra[>pel de la vieille femme, qui sort tout eu sueur et raconte ce qu'elle a entendu;
Abd-el-Kader, un de mes iruides. m'a raconté ceci : « J'ai en personne, assisté une fois a une cnnsullalion chez les Ifor'as ; il s'agissait d'un rezzou parti depuis lontrlemps pour l'.Xïr, dont on était sans nouvelles et fort inquiet. La vieille annonça la mort d'un membre du re/zou et le retour des autres, dépouillés mais vivants, pour le jour même ou le lendemain. Cela arriva comme la femme l'avait prédit ».
G. — Superitiiions
' Dans TAdr'ar , les superstitions sont nombreuses ; en voici qnelqui'S-uues qui montreront Tétat d'esprit des ifor'as sur cette question :
Lorsqu'un homme meurt de mort violente, il fait durant les nuits» entendre de grands cris et des gémissements ; beaucoup de gem cnignent de passer la nuit à proximité de son tombeau, non qu'il arrive du mal à ceux qui se couchent dans ce voisi- • nage, mais à cause des clameurs effrayantes qu'on y entend.
Il y a dans le pays des Ifor'as beaucoup de génies (en arabe djinn, en tamachèque elchin). On ne dit pas qu'ils habitent plus particulièrement certaines régions que d'autres, toutefois ecv-
âf)à • RRNSKIinKMKVrS SGIBNTIPIQUIiS
tains Arbres sont nn de leurs refuses de prédilection. Tel^est Tarbre appelé « a^^ar « à l'ombre daqoel les Touareg ne se couchent guère sans avoir dit : « Au nom de Dieu, clément et misé* ricordieux » et sans avoir blessé l'écorce à coup de pierre, de bâton ou de couteau pour en chasser le djinn. « Cependant, m*a dit un informateur, je m'y suis couché sans prier et sans fnipper l'écorce, hier encore ; j'y ai coupé du bois pour cuire mes aliments et il ne m*est jamais arrivé aucun mal ». La présence des gt'nics s(? fait surtout remarquer en ce qu'ils pén«^trent dans le corps des hommes ou des femmes, qu'ils l ondcnt alors comme fous. On s'assure que la cause de la folio est bien la présence d'un génie en apportant un livre particulier, écrit en arai)e, et contenant la liste de toutes les maladies : lorstjue le malade ou son représentant pose son doigt sur la liste, le doigt tombe toujours sur la maladie dont souU'rc le malade ; et si l'indication certifie la présence du génie, le possédé est traité par Tapplicacation d'amulettes et perdes fumigations d'encens.
Les rêves ont aussi des significations : ainsi quand an Âfar'is rêve qu'il est mort, c'est une assurance qu'il jouira, au contraire, d'une longue existence.
J'ai entendu dire qufil n'y avait pas de sorciers parmi les Ifor'as mêmes ; mais cbes les Kel^Essouk et parmi les Arabes de passage, il y a souvent des faiseurs de sortîtes et des prestidi* gitateurs. Les sortilèges sont, en général, des écrits ; les uns, tracés sur un papier doivent être portés sur les personnes : d'antres, également sur papier, doivent seulement toucher telle et telle personne pour produire leur effet. Certains sortilèges sont écrits, sur un vase où l'on verse de l'eau on du lait ; l'encre se dissout dans le liquide que Ton fait boire aux gens qu'on désire envoûter. Ces sortilèges ont pour but de se faire aimer, de faire haïr un concurrent, de produire un mal quelconque ou de protéger d'un danger.
« Si je suis dans un pajsoii il y a des lions etijuo le soir venu, un de m«'s animaux soit égaré ou resté seul au jiàluiage, je vais trouver un taleb et je lui dis : « Lis-moi quebpie chose pour K (jue le lion ne mantre pas mon méhari ». !.<• taleb lit quelques parolqs el le lion ne touchera pas à moa aaimaL »