LES IPOR AS DR L*ADR**R
Il existe un horpme, nommé Malin ha, de la tribu des Kel- Takerennat (Kel Kssouk) qui jouit du pouvoir de prendre uae poignée de terre et de la transformer en sucre, en argent... « Un jour un de mes parents. Sidi-Akhmed n'avait plus de sucre ; il alla trouver Mahahaet lui donna une gandourah en le priant de lui changer un peu de t^rre en sucre. Sidi Akbmed mit un peu de terre dans sa propre gandourah, et en fit comme une sorte de petit sac qu'il tint à la main ; Mahaha imposa ses mains, récita quelques paroles et cracha délicatement sur Tétoffe enveloppant la terre. Ou ouvrit alors la gandourah : la terre était transformée en sucre ! J*étais présent ainsi que beaucoup d*au> très personnes. Sidi Akbmed but le thé avec ce sucre ; moi je ne voulus point en prendre parce que Mahaha est non pas un saint, mais un sorcier ».
Les Ifor'as prétendent que les génies hantent les anciens emplacemenfs do campements, les cendres des foyers, les lieux où du sa a été répandu. Aussi les tentes ne soiit-clles jamais placées en ct's eiidroils ; le satiL*- des animaux, les cendres des foyei's sont emportés et jetés au Ictiu.
Les «rens instruits enterrent les cheveux et les oncles coupés.
En général, les Touareg ne font pas de soi tilèges avec toutes les horreurs, cervelles, morceaux de doigt, qui sont d'usage constant chez les sorciers du Touat et du Tidikelt.
H 3.^ — Armée at guems
A. — Armes
Les iror'as, bien (pi'étant de caractère doux et pacifique, sont une tribu guerrière parce que les nécessités de leur existence les ont obligés à se défendre souvent et à attaquer parfob. Ils ont le même armement que tous les Touareg en général. Tous portent Fépéc, la lance en fer ou parfois en bois^ le bouclier ; beaucoup ont le poignard de bras, certains le fusil, très peu le pistolet.
Efjée (en tamachèque takoubu). — Tous les Ifor as nobles ou
294 RENSEIGNBHEIITS SCICNTIFIQCES
imr'Ad ont Tépée ; c'est en quelque sorte Teinblème de la virilité et dès que vers 13 ou 14 ans, les jeunes gens ont obtenu de leurs parents le droit de la porter, ils s'en parent avec fierté et ne la quittent pour ainsi dire jamais. Ces épées ont une lame large, longue, tranchante de chaque côté et sans pointe ; la poignée est en croix et rappelle les anciens glaives romains. Les Ifor*as les tiennent sans cesse affilées en les frottant contre des morceaux de fer ou des briquets ; enfermées en un fourreau de cuir, elles sont suspendues «mi liaudoulière par un cordonnet de ^^oton blanc, ou p;u- dos oordoleltt'S rouces tressées. Toutes ces épées sont dans le pcjys depuis une époque reculée ; elles [>asseut de iiiaiii <mi main et leur oi-iu^iue est inconnue. Il v a plusieui's qualités d*; lanirs ; il nVst pas d usaue de les niollro à ré|)i'euve; on les estime à siinpl<* vue. Les î^ravures dillVreut suivant les fabriques; leur idontitication permettra peut-être de préciser les relations commerciales des Touareg au xviu'' siècle et au début du xix''.
La lame la plus estimée des Touareg est la « tezr'ait (fig. 1, 2, â). La trempe en est bonne ; le fer assez noir. On certifie qu'avec une tezr'ait, un homme vigoureux tranche son adversaire de Tépaule au bassin. La valeur marchande de cette épée est d'un jeune chamelon de 4 ans (aqenaflbud) c'est-à-dire de- 120 à 150 francs.
Moins estimée que la tezr'ait, mais fort bonne encore est la taheli (fig. 4 et a) (taheli, nom tamach^que d'un roseau appelé en arabe berdi). II . y a deux espèces de taheli, la taheli tamellouat (taheli blanche) et la tahcH tasel't'afet (laheli noire).
Très voisine et aussi estimée que la taheli est la tabalaq (fig. 6).
Enfin réservée aux imr'ad et gens de peu, la dernière qualité est la mesri ( égyptien) flitr. 7 et 8V
Imikc. — Tous les Ifor'as poi h'ul la lance, à cheval et à méhari. Les lances des nobles, tout eu fer. cerclées et ocnées de cuivre, i'Ccou\ ei les (le peau à r<'m|)lacetîietit où la main les tient, ont une poinh- très mince et harbeh'-e: elh's s"a|)pelleid allar'. Les iïur ad et les gens |»eu hu liuK s oui des lances à manche de bois appelées tard a ; le fer en est beaucoup plus large et n'est pas barbelé ; les tard a ont un talon garni de fer. Les lances des Lfo'
r'as sont, en général, fabriquées au Soudan ; les forgerons du pays sont capables de les réparer, mais non d'en faire de neuves.
Boueiier, — Les boueliers que portent les Ifor^as sont faits quelque fois en peau de girafe et viennent alors de TAlr, plus souvent en peau d'oryx ; ils sont garnis de dessins linéaires en croix et ont à l'intoriciir une poignée métallique rivée ; les forgerons Ifor'as les font entièrement quand ou leur en fournit le cuir.
Lorsqu'ils se déplacent à pied, les Touareg prennent leur lance mais rarenuMit leur Ijouclier ; quand ils montent à méhari ils accroclient toujours le bouclier au dossier de leur selle.
Poignard de bras. — Les poignards de bras sont fabriques par les Ifor'as même au moyen d'épées cassées; la poignée en bois a la forme d'une croix mais est faite d'uue seule pièce; Tétoi en cuir est gami'd'un gros bracelet où les Touareg passent le poignet.
Fusils — Il y avait, il y a quelques années, plusieurs catégories de fusils dans i'Adr'ar* : des fusils h deux coups, à capsule ou à pierre, vieux fusils de chasse européens ; des fusils à un coup, à canon court et à capsule, sorte de mousquetons ; des longs fusils arabes à pierre ; quelques fusils à tir rapide à un coup. Depuis quelque temps un nombre assez important de fusils Gras, modèle 1874, ont été introduits, venant ipar Tintermédiaire de la Grèce, pais de la Turquie) de Tripolilaine où des Âbaggar les achètent au^ Ajjeurs au prix d'un chameau (150 fr.) et les revendent aux Ifor'as au prix de deux chameaux. Dans ce prix est compris une quarantaine de cartouches d'assez mauvaise qualité. Remarque curieuse : les fusils h tir rapide et particulièrement ceux (jui ne sont pas ù répélition sont connus chez les Touareg sous le nom de « (^hassebo », pluriel « Cliassel)oten »> ; il est bizarrodcrolninver jusqucdansTAdrar' cette déformation de noire mot « Chassepot ».
I^isiolets. — Il y a chez les Ifor'as quelques pistolets, soit pistolets arabes, soit pistolets à capsule.
Les Touareg appellent la lance en fer : allar'; la lance en bois : tard'a;le bouclier : ar'er; le poignard : tileq (chez les loulliroinden : gosma) ; le fusil : elbaroud' ; le pistolet : tamar'dart.
LK!» IFOH AS l)E L AUr'ah' 297
B. — Escrime
Les Ifor'as sont, en général, fort liabiles à manier leurs armes ; ils s'exercent d«'>s leur jeune à^e.
Les jeunes garçons, qui n'ont pas encore TAere de prendre le bouclier, et lorsque leurs parants ne les oblifcent pas <i garder lears troupeaux, luttent entre eux avec de petites lattes faites en tiges de merkhst sans boucliers.
Chaque matin, très peu de temps après le lever da soleil, les jeunes hommes sortent de la tente» armés de 1 epée et du bonelier et s'amusent à Tescrime du sabre. Les novices et mal habiles out au lieu d'épée un béton ; jusque vers neuf heures du matin, ils font assaut ou regardent leurs camarades, et reçois vent conseils et leçons des plus expérimentés.
Lorsque les débutants ont acquis au bAton une certaine habileté^ ils prennent Tépée même ; on ne doit frapper qu*avec le plat de la lame pour ne pas abîmer les boucliers et pour rendre moins dangereux un coup maladroit : on ne se sert dn tranchant qu'à la guerre. Certains Ifor'as arrivent à une grande adresse: on en voit couper d'un coup d'une épée affilée le voile du front ou de la bouche de leur adversaire sans entamer la peau. Bref, pendînit toute la matinée ou n entend dons les campements Ifor'as que le cliquetis des épécs ou le bruit des bâtons frappant les hoiicliers.
Lors(jueles jeunes Ifor'as sont devenus savantsà cette escrime, ils apprennent le maniement de la lance. Cela consiste, non à lancer l arme, mais à bien l'équilibrer en main et à la faire vibrer dans les doigts. Le jet de la lance estasses rare.
Cè n'est qu'après avoir parcouru toutes ces phases de leur instruction guerrîèro, que les ifor'as s'instruisent dans le tir des armes à feu.
Cette longue éducation militaira fait des Ifor'as des gens confiants en eux-mêmes dans le combat et rodoutés de leurs adversairse.
G. — Bezzott
Les Ifor'as ont parmi les Touareg une réputation de bruYoura méritée. Sont-ils plus conragenx que les Abaggar? La réponse
RRNSKIGimiENTS SCIENTIFIQUES
serait malaisée, ear chez les uns comme chez les autres il est des bommps de vali'ur et qui firent leurs preuves; toutefois la fuite est plus honteuse aux yeux des Ifor'as qu'A ceux des Ahagçar. Pour ces derniers fuir n'est qu'une manœuvre ou une ruse. Pour les gens de rÂdr*ar' c*est au contraire toujours une lâcheté, serait-ce même en présence d*nn ennemi plus nombreux et beaucoup mieux armé. Mais vis-à-vis des Arabes de la régrion du NiîTor. la siipériorilé tlos Ifor'as osl iiiconlcstablo et s'ils furent vaincus on ces dcrnii'res années: c'est iL:r;'icc à nos fusils [)i'ètés au\ Kouuta contre lesquels ils ii avaient ^uère que leurs é[)ées ou leurs lances.
l-os jeunes Ifoi- as aininil les rczzon et les «'\p«'Mlilions uiili- * laires qui leur* pei-nicllmt de iiiniilirr Icui' bravoure; là ils prouvent leurs qualités viriles, de là ils raniruent parfois la yloire. et toujours les récits iiérot(|ues qui plus tard, dans les ahal. leur procureront l'aitenlion et l'amour des femmes. Ces rezzou comptent un nom!)re variable de sruerricrs; en général de vingt à cent. Parfois les IlVu'as partent seuls, parfois ils se mêlent à des Ahagg^ar ou k des Taitoq. Us vont le plus souvept vers le Denneg ou l'Air pour razzier les troupeaux, les chameaux ou les esclaves ; mais on ne touche jamais aux femmes libres qui sont toujours respectées et protégées.
• , Lorsqu'il s'agit de venger une oflTense faite à la tribu, ce sont
en général les chefs eux-mêmes qui forment le rezzou, mais il arrive aussi que des jeunes gens audacieux et entreprenants, excités par Tamour du pillage ou de la guerre groupent leurs amis et partent... Nobles et imr'ad vont de pair, chaque noble emmenant ceux de ses gens qu'il juge assez courageux ; . mais rarement les imr'ad partent sans leurs seigneurs. Tons les guer^ riers sont a méhari ; on n'emmène ni bâts, ni piétons ; chaque homme a sa monture.
îiCs plus réputés couduclnii s <le rezzou chez les Ifor'iis sont Saiikhou, uevt'u d'illi, amcnoukal. et Alemlar qui est un peu vieilli acinelleuient.
Au i'«'l(iur les piises sont p.irlaizées c^alcruent entre tous les comhaltanis, noldes et imr'ad. sans distinction. Seul le chef reçoit outre sa part, un objet de prix, soit un, parfois deux tr^s
LES IFOB'aS DB l' ADR ah* 299
beaux nu'liiira, soit q(iol(|iK' l)ol esclave. Aucun atitre prélèvement n'est fait sur l'efisetnMc des prises, ni pour rain«'>n(»ukal. ni même pour le quille. I.e dernier est en princi[)e le elicf du ro/.z()u lui-même, car les routes sont eu générai connues de tout le monde.
Mais si parfois les IHjr'as vont piller les peuplades voisines, il arrive frecjncintncnt aussi cpie par représailles ou poussés j)ai' l'aniourdu hutin, des rezzou étrangers s'abattent sur le pays de l'Adr'ar'. Les princi[ialcs tribus tpii viennent ainsi y razzier soni soit des fractions du Dennei; ou de l'Aïr. soit fies Kounta ou Bérabich, soit même depuis (]uel<|ues années des Ouled-njérii-. Beraber, Doui-Menia, originaires du Talilalet. Ei comme le pays est ouvert en toutes directions, que le massif de ln-Tama(jqoust dans l'Adrar Ter'arr ar est un refu^-e plutôt illusoire, les Ifor'as sont souvent impuissants à se défendre, et ont besoin de s'assurer par le payement d'un tribut le secours des Aha^jfaf et dés Taltoq. Sitôt qu'est aimoncé le voisinage d'un groupe ennemi, des cclaireurs et des vedettes s'embusquent à quelques jours de distance des pftturages et des tentes. £t dès que le rezzou a été aperçu ou qu'on a la certitude de sa présence prochaine, les chefs immédiatement avertis replient en toute hâte les campements avancés (alarme : en t. akouri ; vedette édaireor, tid*a().
L*aménoukal fait frapper le lobol ; par des feux ou des cour^ riers rapides il avertit les. fractions éloignées et autour de lui groupe les combattants. Si l'importance de Tennemi permet Tespoir d'une résistance heureuse, les Ifor'as s'avancent à la rencontre de leurs adversaires, pendant que les troupeaux et les tentes, laissés en arrière, vont se mettre en lieu sùr. Mais s'il apparaît évident que la lutte sera trop inégale et trop faibles les chances de succès, les tribus se dispersent et cherchent leur sauvegarde en s'épui-pillant dans les adrar ignorés. Mais quelle que soit la rapidité de l'invasion, jamais on n'abandonne aux ennemis les femmes et les enfants. Les Ifor'as se dispersent en emmenant leurs familles ou bien attendent avee elles l'ennemi et parfois la mort.
Bécii* de rezzou, — Voici deux récits de rezzou exécutés par
aoo
HBN8EIGNEHENTS SaCHTIFIQVEK
les Kor as. Il en est de plus pathétiques et de plus émouvants; mais des expéditions comme le rezzou des Taltoq en 1907 sont rares, et les récits ci-dessous n'ont que le but de montrer ce que sont les entreprises' pour ainsi dire normale's des Ifor^as. Je Ihiss^la parole à l'informateur.
A. — « J'étais à commencer parmi les tribus Ifnr'as. Ceux dans la tente de qui je me trouvais me dirent : « Viens donc toi aussi ramener des bœufs et des moutons et des méhara, ou bien mourir! > Je leur dis: « Soit, j'irai ». Nous nous réunîmes aux puits de Dourit ; chacun de nous était à méhari et nous avions nos fusils. Et nos provisions ne consistaient qu'en lanières de viande de veau séchée, mêlées à dcsmorceaiix de tikaïuarin (t). Au moment du départ nous nous trojivAmes trente; notre chef fut U'ali-ou-Louini, un Afar'is delà fraction des K'el-Afella. .Nous partln)es droit vers le Sud dans la direction du Fleuve ; et nous cheminions au d^ljut du jour, mais bientôt pour mas(pier notre marche nous n'allAmes plus «juc de nuit et nous nous terrions pendant tout le temps que le soleil était levé. Nous marehAmes ainsi dix étapes et le matin dn onzième jour au lever de TEtoile (Xejma) nous aperçûmes une dizaine de tentes d'Arabes, dlmr'ad d'Ioulliminden et de nègres libérés, toutes groupées en un point qui pouvait èti e encore h quatre jours du Fleuve. Profitant des dernières ombres de la nuit, nous nous approchâmes des tentes, et soudain tous ensemble nous déchaînâmes nos fusils. Nous tirions en Tair pour effrayer seulement et il ne nous fut poiut nécessaire de tirer une seconde fois ! Les ^ns des tentes réveillés en sursaut crurent que tout le Ahaggar était tombé sur eux et dans un affoUement qui nous fit rire, hommes, femmes, enfants se sauvèrent h pied sans rien emporter ni vêtements ni montures. Seules quelques femmes restèrent au milieu des tentes abattues et déchirées : nous ne leur fîmes aucun mat. Nous enlevâmes deux cents bcrufs et dix chameaux laissant tout le reste : moutons, lentes, et contenu des fentes. Itien d'autre ne lui pris et nous partîmes à yrande allure mar< liant nuit et jour pour échapper aux poursuites possibles. Le septième jour nous caai-
(1) Tikamarin : fromige blanc séché et durci.
Lks iroR^M DK l*adr'ar'
pions à nouvraii près de Doiirit : le chef du rezzou K'ali-ou- Louini. lecut un chameau et cinq Ixjeufs en plus de sa [)arl ; le reste fui scindé en Ir-ente lots ('*gaiix. J eus le mien (jue j échangeai par la suite contre trois c:iclaves; je raïueutti ces deraiers au Tidikelt où je les vendis. »
R. — « Il y a une dizaine d'années je fis partie d'un rezzou d'ifor'us contre les K*l-Ahnet. J'étais à commercer dans i'Adr'ar. Je me trouvais à la tente de Oubtenna, homme très riche de la tribu des Kel-Afella. Ouheona me dit, et avec lui tous les autres jeunes gens de la tribu : « Viens avec nous en revaoïi eontre les Rel*Ahnet avec qui nous sommes en guerre ». J'étais jeune, audacieux et sans sagesse et je répondis : m Ne le dites à personne, dissimulez ma présence et j*irai avec vous i». Car j'étais en relation avec les Kel-Abnet et en bons termes avec eux. Au lien de réunion choisi dans foued Tesamaq nous nous retrouvâmes 40 méharistes armés de fusils.' Notre troupe passa à In-Ouxel, à Timissao, à In-Hiaon (In Zize), à Alt-Leka puits non permanent de TAbnct où nous tronvAmes un peu d*ean. Nous avions dépassé ce puits d'une journée quand nous aperçûmes au loin les campements des Taïtoq et des Kel Alinet. Mais ceux-ci avaient eu connaissance de notre rezzou et nous vîmes irroupées toutes ensemble les lentes dressées, et dans les pai es les niéhara sellés, les chameaux, les moutons et les chèvres sous la garde des esclaves < ii armes. Il y avait lù beaucoup plus de guerriers que n'en com|)()rlail mitre troupe elle-même; dans ces conditions il nous était impossible d attaquer. Ilapidement nous tournâmes bride et en toute liAte nous fîmes retour au pays Ifor'as sans avoir pu même prendre un pot de beurre. »
D. — Guerres intestines
Comme dans les pays plus civilisés, quelquefois les Ifor'as se font la guerre entre eux ; le motif habituel est une contestation de pâturage, chaque fraction revendiquant pour soi-même tel oued ou telle région. Mais, exemple à méditer, les fractions Ifor'as n'oublient jamais qu'elles sont frères ; les guerriers ne tirent pas de coups de fusil et ne se blessent pas avec le sabre on la
•U)2 liKX8Eir.NK]|RXTé snetiTiPtgrKS
lance. Ils se contentent de se mesurer en une série de combats sin.^'-uliers où chacun cherche à l'eiidi'e et à découper le bouclier de cuir de sod adventaire. Ët c'est le parti qui à la bataille a eu ses boucliers les plus abîmés qui est déclaré le vaiacu et doit céder à l'autre.
Il y a six ans les Kel-Afella et les Kel-TarUit se disputèrent la possession d*an pâturage de Foued Tabankort. Pbur vider le différend soixanle^diz guerriers d^ Kel-Afella donnèrent aux Kel-TarMit rendez-vous an puits de Ouzzein et montèrent à méhari. Mais Taménoukal Illi et son fr^re Leminna s'opposèrent formellement à leur départ et les retinrent. Cependant le neveu d*llli, Saflkhou, entreprenant et fier, échappa avec 25 jeunes Ifor'as à la surveillance de son oncle et, avec eux, se hAla vers le cham|) clos. Les Kel-Tar'lit s étaient levés aussi au noiuijrc de 65, mais sur l'annonce que leni^ adversaires avaient été retenus, ils fiaient repartis chacun chez soi. saut" vin^'t qui, près du puits, avaient dressé les tentes et étaient restés là.
De loin ces viusrt virent arriver SaliUhou cl ses compa^^iions. Ils sautèrent sur leurs boucliers qui pendaient à desagaril) et s'élaucèreut à lu rencontre de h iirs adversaires en criant à pleins poumons : u lou ! iou I iou ! aha mat ti ouen l Safikhou de h ! » (Ion, iou, îou, meurent vos mèt es ! Safikhou, viens ici). Satikbou et ses guerriers s'élancèrent à bas de leurs méhari, mirent bouclier au poing et coururent sus à leurs adversaires en criant eux aussi : « Âba mat ti ouen ! Nek d arer* ! » (Meurent vos mères ! me voici!)
Sabre en main Safikhou s'avança le premier et marcha contre Elminna le chef des Kel-Tar lit. Le choc fit vibrer les lames et l'assaut fut furieux des deux chefs cherchant à entailler les bou> diers luisants. Mais celui de Safikhou était à peine entamé quand le jeune Kel-Afella d'un coup terrible fendit en deux le bouclier d'Ëlminna du haut en bas, en criant : n Isinen Lalla ! » (Par les Dents de Lalla) !
Les deux gruerriers se retirèrent; deux autres les remplacèrent et tirent assaut à leur tour. Tous culrèreut eu lice. Et les bou-
I) A^'ar sorte <i arbie.
Les ifor'as dk l adb*ar^
cliers des deux partis furent également entamés; toutefois d'un commun accord la victoire fut donnée au parti de Saiikbou en Thonneur du beau coup d epée qu'il avait l'rappé.
Les deux partis alors se ^upèrent, se i éjouirent ensemble de la paix et tons buvaient fraterueJlement le lait dans desjarres de bois quand arrivèrent épuisés cinq envoyés d'Uli pour retenir Safikhou dont on craignait des violences !
Quand la belle LAlla, la fille d*Illi» apprit le grand coup d'épée que son cousin Safikhou avait frappé en son honneur, elle lui dit : « Dorénavant ne m'invo(]ue plus dans des combats livrés entre frères; ne me nomme qu cn présence de l'ennemi et quand tu couperas des tètes! » Mais Safikhou lui répondit: € Ce coup-là 'vaut bien une tète l »
^4. — Bfaladies
Yoi«i (|uel(jties-uues des maladies les plus IVécjuetites de TAdr ar' et pour cei laiues les reuièdes iiuliuèues ein[»lôyés :
Prlitc rcidlf ;«Mi lati). hedi). — Vient par épidémies espacées, elle esl liciui^iie et [leu uieureul de cette maladie.
I{i)iitjfi)h- («Ml taiii. louuieh. — Kiidéini(pie daus le pays mais près pie toujours très béui^no, se guérit sans médicaments après quatre ou cinq jours.
Fièvre (eu taui. taz'z'aq). — Le remède employé consiste à faire brûler de l'encens venu de Tombouctou et de faire des inhalations (encens ; akararon).
Syphilis (en tam. amahar)« Cette maladie est assez peu répandue dans l'Adr'ar' alors qu'elle est au contraire très fréquente au Ahaggar. Le traitement consiste a arracher la téte des boutons ou a gratter les plaies avec un couteau et à saupoudrer ensuite d'un médicament obtenu en pilant le fruit de rétel (en tam. tekonrmest ; en arabe mekerkeba).
Maux (Cyeux (en tam. ahennag'). — Contrairement encore à ce qui est au Ahug^ar, les ophtalmies sont ici peu nombreuses. Pour les combattre on se sert d*un remède appelé « bou sousou » sorte de matière blanchâtre assez semblable à du plâtre et qui
â04 REHSnfiimiBNTS gClKNTIPIQUlS
viendrait de Tomboucton où je n'ai pas pu le trouver sous ce nom. On se sert encore couime médicament de clous de girofe. On enveloppe le hou sousou dans un petit morceau d'étoffe propre, et on le trempe dans l'eau jusqu'à ce qu'il soit amoli et imprégné de liquide : puis on le presse au-dessus de l(v'\\ de manière h y faire tomber quel(|ues gouttes. Quant au clou de girofe, on en fait tomber simplement quelque parcelle dans l'œil.
Rhumatismes (en ta m. tesemd'i ta n ir'esaa [froid des osj). — Très fréqueutsdans le pays des Ifor'as où en ont toutes les personnes Agées : il n'y a pas de remède connu.
Gonhorrèe. (en tam. tesemd'i [le froid]). — Aussi commune chez les Ifor'as que chez les Ahaggar.
Rhume de cerveau (en tam. g'abourou). — Le remède consiste a verser du piment rouge ou du poivre noir dans du lait froid ou chaud, ou encore dans de la taraoualt et à boire cette infusion.
Blessures» — Les blessures d^armes A feu, de sabre ou de lance sont soignées en versant dans la plaie du beurre ou de la graisse fondus et encore chauds. L*orifice est enduit d*une poudre faite de soufre et de kohol pilé, et sitôt que ce médicament a été placé, on approche de la blessure un fer rouge de manière que le soufre brûle dans les chairs. La plaie garnie de graisse est ensuite bandée avec un morceau de cotonnade indigo. L'appareil est laissé sept jours au bout desquels la plaie est découverte A nouveau ; si elle n*est pas alors guérie, le même traitement est repris.
Leslfor^as se servent fréquemment du feu comme remède; ils l'appliquent sous forme de pointes de feu, par petites touches très légères et nombreuses. Ce remède est essayé dans les cas de rhumatisme, mais particulièrement contre la fièvre persntante en applications sur la poitrine et le dos.
Le feu n*eBt appliqué ni pour cautériser les morsures de vipères, ni même pour cicatriser les blessures, sauf en utilisant du soufre comme il a été dit ci dessus; la brûlure seule, au dire des indigènes^ ferait enfler la partie malade.
LES IFORAS DB l'aMI AR 30$
^5. — Vie sociale des Ifor'as
A. Naissance
LonqQ*une femme des Ifor^as est sur le poiat, d accoucher les femmes des tentes Toiaines et ses parentes, ses sœurs, sa mère si elles sont à proximité, passent la nuit auprès d'elle et de temps en temps lui massent légèrement les mains, les bras, les épaules, la poitrine, les flancs ou bien la sonlèvent un peu sur sa couche et la laissent retomber doucement. Au moment de Taccouchement on se hftte de faire boire à la mère du lait très chaud mélangé d'aouzzaq ( I ) ; les convenamies exi-
• geiit qu'aucun homme, même [)ère ou mari, ne soil dans la teale. Sil6t renlaiit né. nue des femmes présentes va de suite
• informer le pére de la jeune mère, son mari et toute la famille ; ceux-ci et les hommes des tentes voisines {)énètrent alors au[)rès de l'accouchée et la félicitent. Tous se réjouissent de la naissance, que ce soit un fils on une lille, car les Ifor'as aiment les filles autant que les lils l)ien que, suivant leur e\()ression mémo, M une fille ne soit pourtant pas un garçon ». A nouveau ou fait boire à la mère du lait très chaud mélangé d'aouziaq, on lui donne à manger de la bouillie (taraoualt) ou de l'alioua sorte de taraoualt très liquide, et on lui remet son enfant afin qu'elle le fasse téter. Si la mère n a pas de lait, le bébé est confié à une autre femme des Ifor'as ou même à une femme des imr'ad, mais l'usage interdit qu*on lui donne le sein d'une négresse. De temps en temps alors on lui fait boire dans un biberon de bois an peu de lait de brebis afin qu'il s'habitue à être allaité par ce moyen s'il advenait que vienne à manquer le lait de la nourrice. Le jour même de la naissance de l'enfant, un grand repas rassemble toute la parenté et les hAtes du voisinage ; on y sert en abondance de la taraoualt, du riz bouilli mêlé de petits morceaux de viande et de beurre, et, si l'enfant est un
1) Aoiuxaq. graine indigèae. Voir articlâ Dourrilore*
3(H> RENSISMNEIIENTS 8GlK!mptQCES
gai'çon, on offre un veau tout entier ; si c'est une fille une brebis ou une chèvre rdtie.
Son nom est donné à Tenfant huit jours après celui de la naissance s'il est issu d'Ifor as proprement dits, et seulement trois jours après si ses parents sont imr*ad. Dans le premier cas, au jour fixé, le père fait venir un t*aleb et le prie de donner le nom de reniant. Le t'aleb prend une clef et un morceau de bois, attache dans sa pensée un nom à chacun do ces deux objets et les envoie tous deux à la mère. Celle-ci, entourée des femmes de sa famille, choisit un des objets qui esl rapporté au t alcb le(jucl aatiuiK C alors à liante voix le uitiu de IVnranf. Le l'aleb n a tenu aucun compte des noms auléricuremeut portés par les ancêtres, et celui (pj'il indique est toujours adopte. Ensuite luimême lécite la « faleli'a » et chacun des assistants dit : « Ad imous, iii cba Allah, embarek, c'est-à-dire : qu'il soit, s'il plaît à Dieu, béni o, et encore : « que sa tente soit remplie, qu'il ne soit pas diminué ». ~ Si reufant est ne chez les Imr'ad, les parents n'ont pas recours à un t'aleb ; mais choisissent un des chefs Ilor as de la région et le chargent de remplir l'office du t'aleb dans le cas précédent. — Après la récitation de la fateb*a et les compliments d'usage un repas de lait et de viande est offert aux assistants : pour un garçon on égorge un ou deux moutons bien gras ; pour une fille un chèvre ou une brebis.
Le t*aleb ou le chef des Ifor'as, qui a donné à Teufant son nom, continue plus tard à s'intéresser à lui ; il va le voir d'époque en époque et everce sur lui une sorte de protection affectueuse. Si Tenfant est un garçon, c'est de lui qu'il recevra sa prcinière épée. ou son premier bouclier ou sa première selle, il veiilurail aussi à uue liile mais ue lui donnerait aucun cadeau.
L'enfant appelle ordinairement celui dont il a reçu son nom : « abl)a » (mon pèrej ou << amr'arin >• (mon seigneur), mot (jui s'emploie aussi en parlant au père. 11 est a[)[)elé par celui qui lui donna un nom : « abarad' in » : mou enfant.
La femme noble des ifor'as est sensée guérie et commence à sortir douze jours après la naissance de son enfant ; huit jours après si elle est d'origine amrld.
m IFORAS DE L AUtAB^
Voici tjnelqucs uoms tréquenls dans 1 Adr'ar' :
Hommes
Femmes
Mokhamined.
Akh^ed.
Hali.
Sîd Kiiamed. Tioub.
un.
Ezzoliera.
Fad'imata.
Zeltiabou.
Erkhlmata%
Sammou.
Lalla.
Feanâ.
Hetnmettal.
LeoUnna.
B. — Educatùm des garçons
Tant que TenfaDt est petit et allaité par sa mère ou par une autre femme libre^ il reste dans la tente sous la surveillance d*nne eselave de confiance. Dès qu'il peut marcher, il joucsur Faire qui entoure le campement avec les autres enfants du même ige des tentes voisines, libres ou esclaves. Vers sii ou sept ans le jeuue grarçou apprend h monter à méhari et accompagne les troupeaux qui vont boire aux puils. Si ses piiieiits sont pauvres il va dès lors au pAtura^je avec le bétail et garde les moutons, les • clièvres ou les chamelles. Mais s'il est d'uiu' famille assez riche pouravoir des esclaves ou desimr'ad comme pasteurs, il ne mène paître qu'exceptionnellement et quand les heiiJiers sont occupés ailleurs, les jeunes chamelons qui restent ii demeure au voisinage des campements. A cet à.ge déjà les garçons ont quelques notions de l'écriture touarègue appelée « titinar » qui leur est enseignée par leur mère. Ils commencent aussi à fréquenfer récole, à apprendre à lire le Coran, à le chanter et à écrire les caractères arabes; mais ils ne savent pas la langue arabe. Nous f avons vu qu'il y avait dans les campements des marabout Kel- Essouk chaînés de cette instruction ; si, comme cela arrive parfois actuellement, le t*aleb faisait défaut c'est de son père ou de sa mère que Tenfant apprendrait ses prières et le Coran. D'une fiiçon générale cette instruction est plus répandue chez les Ifo-
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r'as que chez les autres tribus touarègues ; toutefois c'est parmi les Ifor'as du Nord, les Kel-Afella en particulier qu'on trouve le plus d*honinies instruits.
Dès que le jeune garçon a atteint Tàge de puberté il commence à jeûner et à porter la « taroeag'our » (1) ou v^ilc de visage*; dès lors il apprend à manier le bouclier, Tépéc, puis la lance ; dés lors il commence k fréquenter l'ahal. Deux ou trois ans plus tard niors (ju'il est déjà habile au maniement des armes blanches il a[)pren(l à tirer au fusil. Il est apte maintenant à partir en rezzou où il fera preuve qu'il est un homme.
Quelque àg^e (jii'aient les çareons ils oh«Hssent à leur père et à leur mère, sont défér ents et lespectueux envers eux : ces qualités les ditlerencient des jeunes gens des Kel-Ahaggar qui sont plus indépendants et n'eu font^^uère qu'à leur téte.