‹ D'une rive à l'autre du SaharaChapitre 33 sur 65 · C. — Education des filles · texte numérisé non relu

C. — Education des filles

Ces petites filles sitôt qu'elles peuvent seules se tenir debout . vont jouer devant les tentes avec leurs- petites camarades du campement, libres ou esclaves. Vers six ou sept ans elles savent déjft lirë et écrire le « tifinar 0 que leur mère leur a enseigné ; elles commencent alors à apprendre et à lire le Coran Pour cela elles vont chez le t'aleb se faire écrire un passage du Coran sur ■ une tablette de bois, puis reviennent aux tentes où les mamans et les sœurs aînées leur font lire et leur enseignent par cœur ce qui est inscrit sur la planchette. Lorsque la fillette sait ces versets par 0(1 ur, elle retourne chez le t'aleb s'en faire écrire d*au- i 1res. Certaines cessent cette élude lorsqu cUes savent un nombre d| versets suftisants pour les prières journalières; d'autres apprennent par cœur le Coran tout entier. Chez les Ifor'as comme chez tous les Touareg en général, les femmes sont au moins aussi instruites, sinon phis, que les hommes; cependant tout en apprenant à lire et à én ire l'arabe elles n'eu apprennent ^ pas le sens et ne le comprennent pas.

Peu & peu la fillette auprès de sa mère s'instruit à faire tout ce

(1) Se voiler le vîMge (eo tamacb ) : eng'ed*.

LES ifoh'as de l'aijh au 309

« que fait cette dernière : couture, travaux du ménage, etc.. Vers

(louzo ou treize ans elle apprend h chanter, h faire des vers (plus rarement à jouer de l'inizad (1), par les leçons maternelles on encore par l'exeraple des sœurs aînées ou des camarades plus âgées.

Lorsque la fillette atteint l'Aee de puberté qui est celui où elle commence î\ jeûner elle clianire de costume : jusque-là, elle n'était revêtue que d'une ou de plusieurs gaudourah, sans jupon et sans rien sur la téte. Dès lors elle va couvrir ses cheveux d'un morceau de cotonnade indigo léger, de un mètre 25 de long sur 75 centimètres de large, appelé chez les Ifor'as « ikerchei » oa quelquefois « aferiouel » ou encore par extension « er'esoui » (ches les Ahaggar on dit « ikerhei »). Cet ikerchei posé sur la téte retombe sur les épaules et le dos, laissant la poitrine, le cou et les bras entièrement 4iéga|(és. Pour marcher la jeune fille referme Tikerchei sur sa poitrine en le croisant ; dans la tente où sont seuls les parents et les enfants, elle laisse pendre ^étoffe et s*assied la gorge découverte. En plus de l'ikerchei, elle porte dès lors un jupon allant de la taille aux pieds et fait, soit de la moitié d*un doukkalldn Touat» soit de peaux de chevreaux ou de gazel^ les cousues ensemble. Ce jupon s'appelle « aseg^bes m.

A partir du moment où la jeune fille prend l'ikerchei qui est pour elle le signe d'un nouveau genre de vie, comme est la " tameng'out' •> pour les hommes, elle commence à aller A l'ahal et à y faire tout ce que font les autres jeunes lilies et les jeunes femmes.

Les jeunes Ifor'as se marient à des Ages variables, soit I année même où elles ont c(unmencé à porter 1' « ikerchei >» soit deux, trois, cinq ans après. En général les femmes des Ifor'as se marient plus jeunes que les femmes des Kel-Ahaggar.

D. — Jouets

Les petits garçons et les jeunes filles jouent tantôt ensemble

et tantôt séparément, mais les parents leur permettent de mêler leurs jeux à leur guise.

(I) liDxad : sorte de violon touir^.

310 U»8n61IEI|I!ITB scmmnQiTEs

Les principaux jeux et jouets des ^jarçons sont :

a) La lutte où les adversaires cbercbeot à se renverser l'on l'autre.

b) Une sorte d'escrime où les épées sont de petites lattes faites en tiges de merkba ; les combattants imitent l'assaut au sabre, mais n'ont pas de boucliers.

e) Jeu de balles où les projectiles sont des coloquintes.

ti) Confection de poupées représentant des hommes, en os, en bois ou en terre cuite. Ces figurines habillées et armées sont mariées avec le cérémonial d*ns8ge, aux poupées représentant des femmes que fabriquent de leur côté les jeunes filles.

Les petites filles confectionnent aussi des figurines qu'elles habillent en femmes ou en petits enfants. On fait des mariages entre les poupées filles et les poupées garçons des jeunes gens. Les fillettes n'ont pas d'autres jouets ; pas non plus de petits inizad.

Fins Agés, 1rs jeunes gens garçons et filles jouent h un jeu en usagp an Tonat et an Tidikclt et (jui consiste à alterner dans des trous du soi des pions faits de crottes de chameau.

Les ponpées I for as sont faites de la façon suivante : on prend un os, propre et blanc, gros comme un crayon et long d'une dizaine de centimètres. Un morceau de bois croisé à mi longueur représente les bras. Une sorte de sac bourré de chiffons figure le corps dénué de jambes. La partie de l'os servant de tôtc est entourée d'anneaux de tils de diverses couleurs entre lesquels apparaît la surface blanche. Led vêtements consistent généralement en un ikerchei ou un tameng'out* placé sur la tète et une gandourah couvrant le corps.

E. — Occuijutwiis journalières (T un jeune homme

Un jeune Afar'is est toujours debout avant le lever du soleil; il fait sa prière matinale, tourné vers TOrient, et dit le chapelet de Sidi Abd-el-Qader el Djilani. le plus répandu. Au lever du soleil

il accompagne ses esclaves jusqu'au lieu où sont les chamelles, les fait lever cl tiairc. Puis <]o retour an campement fixe sur son méhari la rallia et va, s'il y a lieu^ surveiller l'abreuvoir. Si le soin

des troupeaux ou la recherche des bêtes enfuies ne le retiennent pas, il pousse jusqu'aux campements voisins pour s'y distraire avec les jeunes femmes ou assister aux ahal qui peuvent s'y tenir.

Au moment ot\ le jour se partage en deux (midi) il est de retour an campement pour le repas qui sera suivi de la sieste. Au « douhour » (entre une heure et deux heures) le jeune homme se relève et fait encore la prière, puis il retourne yen les tentes voisines ft l'assemblée des hommes où se commentent les nouvelles, se prennent les décisions, se préparent les départs, les changements de pâturage, voir même les expéditions guerrières. Les Jeunes Ifor'as sont, en général, très partisans des rezzou et des pillage*; ; outre l'accroissement de richesse qu'ils comptent en retirer, ils savent que les femmes touarègues

aiment les hommes braves et ils v voient l'occasioD de faire

leurs preuves.

Entre 1' « hasser » et le « mohg-reb » a lieu le retour vers les tentes où l'on reste sans lion faire jns(ju'au coucher du soleil et jus(ju"an rrtour des chamelles (juc les esclaves vont traire.

Alors les jeunes trens prenucnl le repas du soir puis sellent leur plus beau méhari, revêtent leurs plus beaux vêtements et et vont h Pahal. Us y demeurent jusqu'à ce que paraisse 1 étoile du matin ; les convenances exigent qu'on ne le quitte- <|u'à cette heure et il serait indigne d'un homme de paraître y avoir sommeil.

Contrairement à ce qui se passe chez les Ahaggar, les Ifor^as non mariés n'ont pas de concubines ndres ; ce serait un déshonneur pour eux et s'il leur nrrive d'avoir des relations avec des négresses c'est toujours dans le plus grand secret (Voir § S).

, F. — OcciijKit ions journalières d' iinr jeune fillr ou d une fcnune non mariée^ c'est-à'dire divorcée ou veuve.

Le matin de bonne heure la jeune filte chez les Ifor'as se lève, fait seule sa prière et se lave le corps et la figure avec de l'eau (cette habitude de propreté est \ siirnalor, car les femmes touarègues du nord, du Ahaggar en particulier^ ne se lavent jamais).

UK>>KI(i.\F:MKNTS SCJtNTIFlylKS

Puis elle se metdu kohol aux yeux, s'habille, sort et va rejoÎDdra les autres jeunes filles de son âge, qui, parfois sont encore dans leur tente, on qui, parfois, pour causer entre elles, se sont groupées A Tombre de quelque gommier ou de quelque labouraq du voîsinag'e. Tout en se distrayant, elles ne manquent pas de s'assurer s'il passe h proximité quelque guerrier de belle allure, et si elles voient quel(|iie Afar'is aux lirihi's somptueux et au voile mas<jiiaiil le visage, elles se niellent, pour signaler leur présence, à jouer de l'inizad. plus souvent à chanter en battant des mains et en faisant résonner avec les doigts une sorte de tambour improvisé, l^e j)assaut vi(;nt alr)rs vers leur groupe, plante sa lance en terre, ôle ses sandales et s'assied en rabattant son voile sur le visage au point de ne pins voir cpi'au travers de l'étotle. Les salutations d'usage s échangent, les nouvelles se transmettent, la coii\ ersation prend un tour légei' et la plus glande licence de paiole et de geste est autorisée. Les embrassements se font sans que l'homme retire son voile, en mettant simplement les narines l'une contre l'autre ; ce n'est que la nuit seulement que les hommes peuvent se dévoiler la figure.

Ces amusements léfccrs, conversations, chants, durent jusqu'à l'heure du repas (midi). £n se retirant les hommes disent aux jeunes femmes veuves ou divorcées : « Je reviendrai aupri s de vous celle nuit; ne laissez venir personne d'autre » ; elles leur répondent : « Quand vous viendrez, allez auprès de telle esclave et dites lui de me prévenir que vous êtes là ». Cette façon de faire est d'usage général parmi toutes les femmes qui ne sont plus en puissance de mari. Toutefois elles y mettent une certaine retenue et n'accordent leurs faveurs qu'à des gens d*une discrétion éprouvée. Les jeunes filles, elles, permettent toutes les privautés, si intimes soient elles, sauf cependant la dernière qui est plus rarement accordée et seulement en cas d'afiieclion réciproque. Quant aux femmes mariées elles permettent aussi les plus grandes privautés ; mais il est rare qu'elles commettent l'adultère même dans le cas d'amour réciproque : ce serait pour elles une honle et un déshonneur (J'avoue toute • fois que ce reste de vertu que mes informateurs m'ont assuré

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exister vhoz los femmra mariées et les jeunes filles me semble, étnnt donné I rlat dva mœurs, assez digne de suspicion).

Après ces dislractious du malin, la jeune Klle retourne à sa tente pour prendre son repas et faire la sieste. Au « douhour » . elle sort de nouveau, va retrouver ses compagnes et passe l*après«midi comme elle a passé la matinée. Elle rentre vers le coucher du soleil, à Tbeure do retour des chamelles, boit à ce moment un peu de lait Mns manger : à la tombée de la nuit elle retourne auprès de ses compagnes, s'installe avec elles à qoeU que distance des tentes et organise un « ahal ».

G. — Ahai.

L'ahal pourrait se définir : une assemblée musicale littéraire tBt licencieuse de jeunes gens et de jeunes femmes. Ç*est la grande distraction de tous les Touareg ; les femmes y viennent pour faire de la musique, y chanter des pièces de vers de leur composition, y flirter surtout ; les hommes y content leurs prouesses, cherchent à y briller par leur , intelligence, leur esprit ou la beauté de leurs habits et à séduire le coeur des jeunes filles. Chez les Kel-Abaggnr, les ahal sont journaliers ; souvent ils se tiennent le matin. Taprcs-niidi et la nuit et les jeunes gens ne craiprnent pas de faire de longues étapes h méhari pour y assister. Les Ifor'as aussi aiment l'îiliai. niais en paraissent cppcndant moins ranali(]ur>s ; ils y vont un peu comme une failli lie mondaine dans no»» pays va aux bals, mais ne concentrent [)as loiile leur exislcnee autour de ces distractions.

En priniMpe ne \on( à 1 alial ()ue 1rs femmes non en puissance de mari, jeunes lillrs. veuves, divorrt'-es. et les j<'unes irens non mariés. Toutefois les jeunes hommes mariés tceemment y assistent eneuee. ainsi (jue les jeunes femmes nouvellement épousées (jui s y rendent parfois sans se caelier de leur mari et parfois avec lui ; il ;iirive rpi une jeune femme dans sa tente entend le tamhnin' el les clianis tie l'ahal et dit à son mari : « Lève-toi )». Tous deux eusemhic vont se mêler aux assistants et se conduisent comme s'ils n'étaient pas mariés ; même lors-

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qu'ils oni déjà de jeunes enfants les éponx vont encore parfois & Tabal.

A Tahal da matin les cliants sont rares ; les jeunes gens eau* sent, flirtent, s embrassent.... Quelquefois une femme frappe le tambour en sourdine, les autres accompagnent en battant des mains et les hommes scandent la mesure en faisant en chœur : « Oheu ! oheu I ».

Il se tient sovrent un deuxième ahal Taprès-midi, de 4 heu- ''resà la tombée de la nuit. Il se passe tout à fait comme Fahal du matin et Ton n'y chante pas.

Mais c'est la nuit, après le repas du soir et jusque vers 3 heures du inatiu, que se lient le véritalile ahal. le plus iiouibreux coujme assistance, celui auquel sout présents non seulement les jeunes ffens et les jeunes femmes, mais encore les houi- • mes et les femiues Agés, mais non mariés.

Toutes proportions gardées, ces ahal du soir sont de véritables salons de précieuses. La plus grande licence de gestes y est admise, mais la plus grande correction et la phis belle élégance de parole et de pensée y est seule de bon ton. Non seulement les Ifor'as récitent des vers de leur composition, dont les mots sontr enipruntés à la langue poétique qui a ses termes et ses expressions propres ; mais même les simples propos de la conversation doivent être tournés de certaine manière et exprimés en termes spéciaux d*usage à Tabnl. mais différents des expressions conrantes. Et parce qu*à l'assemblée de nuit viennent des gens Agés, sont proscrites toutes paroles tant soi peu grossières : le raffinement de la conversation et des idées est de règle.

Donc, le soir, après le repas, les jeunes gens des campe* ments voisins sellent leur méhari.et viennent à la réunion ; ils font traire du laît^ en offrent aux jeunes femmes présentes et en boivent avec elles (ce qui n*a rien d'inconvenant). Un des hommes présents sort alors du tabac, le mêle de <« tonka » et charge une jeune femme de le distribuer aux assistants; chaque homme et chaque femme eu reçoit une pincée et la met dans sa bouche.

L'ahiii pr(q)rement dit commence ensuite : les Ifor as ne s'accompagnent que peu de r « imzad », ils se contentent defrap-

LES ifor'a8 de l'ad&'ar* SI 5

per rar an petit tambour. Un homme qui fuiit des poénet on a

composé lin poème se lève et chante. Il chante d'abord un vers ^

et tous les assistants le reprennent ensemble, chaque vers chaulé étant ainsi rcpi is par tout le inoiulo ; comme accompagnement une femme fait doucement avec la main résonner le tambour tandis que les autres femmes frappent la mesu: e dans leur main en balançant le haut du corps. Ce sont tantôt les hommes et tantôt les femmes qui chantent, soil un à un, soit plusieurs ensemble.

Le principal air sur Iccpiel les Ifor'as chantent des poésies est connu sous le nom «le « Nek oiir ammouder' » f je n'ai pas fait ma prière), premiers mots d'une poésie très connue, mais très licencieuse.

Les « ahal » du matin ou de l'après midi prennent fin de la façon suivante : la plus Agée des femmes dit au plus âgé des hommes : » Il serait temps d'aller manger ! ». L'homme inter> pellé se lève et tous les autres sortent avec lui

La nuit c'est le plus âgé des hommes qui sans rien dire se lève quand il juge le moment opportun et il est suivi dç tous les assistants qui se retirent aussitAt.

L'ahiil se tient le plus souvent en plein air auprès des campements ; cependant il a lieu quchpiefois aussi auprès des puits quand la surveillance des abreuvoirs oblige les jeunes femmes à y séjourner.

H. — Beauté des femmes

Yoiei' quelles seraient aux yeux des Ifor'as les qualités physiques d*une jolie femme : pôar être réputée telle, elle devrait avoir la peau blanche et rosée, les cheveux lisses et tombant josqu*à la ceinture, les dents blanches et légèrement écartées les unes des autres, les yeux très noirs et très grands, le nés droit et fin, la figure ovale et non point ronde, les mains un peu longues et très effilées.

La taille doit être plutôt grande; mais ce qui dépare cet ensemble qui serait, somme tonte, assez agréable, c'est que les Ifor'as atmeot les femmes dotées* d*an fort embonpoint et la

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j?raisso (ju ime iioiin ilure appi opt ii e développe parfois grotes- I quenient, vient détruire reiisemble harniouieux des qualités ci-dessus énuniérces.

Vax réalité toutes les femmes des Ifor as ont les yeux foncés et les rlicvoux noii-s, souvent léirt-reincnt ondulés. Heaucoup sont très blanches de peau, parlicuiiéi'enient celles que leur situation de fortune permet de se maintenir à l'ahri du soleil : d'autres cependant sont assez bnuies l']n général aussi elles sont plutôt grandes, ont le cou un pou Innir : I rnscmble est agréable, gracieux, et il n'est pas rare de voir de fort jolis traits.

Malheureusemeut l'embonpoint étant très prisé, toute les jeunes filles riches suivent vors douze ou quinze ans un régime spécial qui, par nourriture et repos, les transforme en épouvao- • tails. Toutefois lesjeunes filles jusque vers douze ou quîuse ans et les femmes pauvres, obligées au travail, conserveat leur sveltesse et leur élégance.

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