‹ D'une rive à l'autre du SaharaChapitre 35 sur 65 · L. — Bijoux · texte numérisé non relu

L. — Bijoux

Les iKjniines nv [)ortL'nt pas d'autres bijoux ou ornements que leurs bracilels et leurs amulettes. Pour ainsi dire aucun ne porte de boucles d'oreilles, Ih ne mettent pas de bague», même eu argent, car s'il arrivait que l'un d'eux put s'en procurer une, il serait certain que quelque femme se ia ferait aussir t6t donner.

Tous les Ifor'as ont un ou deux bracelets qu'ils fixent audessus du eoude : ce ne sont que des objets de luxe qui n*ont aucune utilité. Ces bracelets sont faits soit d*une pierre noire légère qui se taîUe comme du calcaire, soit d'une pierre noire ▼einée de blanc ; la première est trouvée dans TAdr'ar*, la deuxième est importée de TAlr. Fabriqués par les artisans (en tam. ined*, en arabe màUem, voir §5, artisans), ils sont parfois ornés par les femmes d'inscriptions eu lifinar, inscriptions dont les formules sont toujours les mêmes et le sens que la femme compte sur l'amour du propriétaire du bracelet. Ils sonf placés indilTéremmenl à l'un ou l'autre bras. Les artisans fabriquent aussi des bracelets de même forme, mais très communs, en bois de gomnjier, d'élhel ou autre; il n'y a t^uère que les imr'ad, les esclaves et les très jeunes enfants (|ui les portent. Les bracelets sont appelés eu tumachèque « uchbeg' ». l'our les amulettes, voir § 1 , n*' ('.

Les femmes ont comme bijoux des colliers de perles, de ver* roteries, de corail vrai ou faux, tout cela de fabrication européenne très commune. Les femmes très riches portent au cou quelques ornements d'or et des boucles d'oreilles d'argent. Les ' bracelets sont d'usage courant à raison d'un à cliaque bras ; ils sont de matière diU'éreute suivant la fortune, parfois en cuivre, en verroteries cousues sur du cuir (provenant de R'adamès) ou même en argent ; en ce dernier métal ils étaient autrefois

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fort rares; ils sont actaellemeal importés du Touat en asses grand nombre. Aucune femme pour ainsi dire ne porte de braeelels de pied ; mais on voit fréquemment une ou deux bagues en argent. Il n'y a pas de broches* Au collier sont parfois attachés en pendeloques, ou encore aux tresses des cheveux, des coquillages longs .de provenance soudanaise.

M. — Soins de propreté.

Les soins de propreté et d'hygiène ne sont pas compris par les gens de TAdr'ar' comme nous les comprenons, mais les ïfor'as sont beaucoup plus [>ro[)res (jue ne le sont les Touareg en général et les Kcl-Alia^gar en p;ir lirulier.

Ces derniers ne se lavent jamais, même avant les prières, et le ir^?> petit nombre d'entre env qui prie fait les ablutions avec du sable ou une pierre. Non senlenjent ils prétendent que l'eau a été donnée pour boire et non pour se laver, mais ils assurent même que les ablutions h l'eau rendent malade. Personne ne se lave la bouche et les dents. En se peignant, hommes et femmes se mettent du beurre en abondance dans les cheveux qui sont portés Jougs.

Au contraire, quand ils sont en station dans leurs tentes, les ifor'as hommes et femmes, surtout les jeunes, se lavent fréquemment. Toutes les ablutions avant les prières sont alors faites avec de l'eau et ils s'aspergent à toute keuro du jour «c comme des païens i. Fréquemment dans la journée, hommes et femmes se lavent la figure, les mains, les bras, la poitrine, et tous les deux ou trois jours ils se lavent le corps tout entier avec de Teau chaude l'hiver, de l'eau froide Tété, cela sous les tentes à l'abri de nattes placées verticalement.

Le nettoyage des dents se fait avec un*batonnet de boû de « ticbaq » fibreux ; hommes et femmes se frottent les dents avant et après les repas, parfois toute la journée ; aussi deviennentelles blanches « comme du papier ».

Les leLiimes ont les cheveux lissés sur le front, puis tressés en petites nattes ; elles ne les imbibent jamais de beurre ou de graisse, mais seulement d'eau. Les hommes ont la tête rasée ; les

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jeuneft hommes conservent seulement deux grosses tresses qui, psrtànt d'au-dessus des oreilles, tombent jusqu'aux épaules. Les petits garçons jusqu'à l'âge de douze ou treize ans ne portent pas de tresses, mais quatre touffes, une au-dessus de chaque oreille, une au-dessus du front, la quatrième derrière la tête : .oes deux dernières touffes sont rasées quand Tenfant atteint l'âge de puberté et commence à porter le voile ou tameng*out'. Certains jeunes garçons ont cependant, au lieu des quatre touffes, une seule touffe au-dessus d'une oreille, ou une grande touffe au sommet de la tète.

Les Ifor* as se rasent au couteau tous les poils du corps : pour cela ils pincent les poils ou les cheveux entre deux lames et les coupent comme avec un ciseau. Ce sont d'ordinaire les femmes qui rasent la téte des hommes ; cependant ceux-ci savent aussi raser et le font quand les femmes sont absentes.

Tous les Ifôr'as se rasent la moustache et la partie de la barbe qui est proehe du cou ; ils taillent la partie qui est en avant du menton de manière h la laisser plus ou moins longue : les jeunes la portent courte, les vieux un peu plus longue. Cette façon de se raser la moustache et de conserver la barbe donnerait aux hommes un air siniriilu'r; mais on n"a jamais pour ainsi dire l'occasion de voir celte particularité toujours mas(]uéc par le voile. Il faut Mvv trt's familier avec un Touareg pour qu'il consente à montrer son vis;ige.

Les femmes des Ifor'as ne se teimient jamais la ligure : elles ne se mettent pas de noir sur les sourcils, pas de points noirs ou rouges sur le visage, ni à [)lus forte raison une couche d'ocre rouge pour se garantir du soleil, comme le font les femmes du Ahaggar. En fait de f;ii<l, elles n'utilisent que du kohol dont elles s'ombrent les [)aiipi»'res et du lionne dont elles se teignent seulement l'intérieur des malus et le dessus des ongles.

N. — Mariage.

'Voici ce que m'a dit l'informateur.

« Si tu veux te marier et que tu ne connaisses personne dans le campement» ta vaa trouver nn homme et tù lui dis : « Mon

ftENSRIOltnlRNtli SCinmFIQOES

cher, moi je ne te ronnais p.qs et toi fu no m<' connais pas ; je voudrais que nous fassions connaissance et (jue nous devenions amis »). L homme te répond : '< Volontiers, au nom de Dieu ; tout ce cjuc tu désireras est chose faite ; ce que tu ne sais pas, je te l'appremh'ai ». Tu lui dis : « Je voudrais me marier ; t&che de m avoir une telle que tu vois U-bas; si tu peux me • l'avoir, dis-le moi ; si fu ne peux pas me Ta voir, dis-le moi ! «.

(' Si la femme désignée a déj;\ été mariée, rintermédiaire va la trouver la première et lui demande si elle veut de toi pour mari. Si elle répond •< non », la question est réi,^Iée. Si elle dit « oui N, elle ajoute en même temps : *> Allez faire la demande à mes parents (dans le cas où ceux-ci sont morts la demande serait faite au frère aîné, à l'oncle, à la grand-mère) D'ailleurs je suis libre ; s*ils ne veulent pas m'accorder, je me donnerai malgré eux ». Car la femme qui a déjà été mariée est maîtresse d'ellemême. »

c Si la femme indiquée n'a pas encore été mariée, l'intermédiaire va d'abord trouver son père et sa mAre et leur demande leur fille pour toi. Si tu es suffisamment connn, la réponse est rendue tout de suite ; autrement les parents demandent un jour de délai et répondent le lendemain. Celte réponse est donnée sans que la jeune fille soit consultée ; celle-ci, bon gré, mal gré, épouse cehii qu'acceptent les parents ».

« On ne demande jamais soi-même une jeune fille en mariage, pas plus quon n'envoie le premier venu faire la demande ; on choisit pour cet office un personnage considéré, marabout ou important chef de campement ».

^ Les Ifor'as contractent ainsi des mariages entre eux, ou bien avec des Kel-Essouk ; plus rarement avec des arabes du Touat ou <lu lidikell ou des hords du Nisrer ; très rarement avec des Ahafrj^ar ou des l aïtoq; mais il n'y a jamais de uiariaf^es entre ( nobles et imr'ad d'aucune trihu.

Imi se mariant les Ifor'as recherchent surtout une jolie femme. Parmi celles-ci, ils deujandent en seconile lii;iie, (ju elle soit d'aussi errande faniille (pie possible ; peu inq)orte <)u'elle soit riche ou non. Les jeunes lilles qui n oui pas encore été mar iées seul préférésii ; cepeudaut la beauté lail laciiemtiut passer sur

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cinq ou nx mariageB antérieurs. Le fait pour une jeune fille d*a?oir beaucoup fréquenté l'ahal ne la fera pus moins rechercher, car toutes jeunes filles fréquentent Tahal et y permettent bien des privautés ; on sait toutefois qo*eUes restent généralement jeunes filles. Ce n'est qu'après avoir été répudiées que les femmes des I for as se permeltenl des libertés plus g^randes et eucore seulemeut avec des hommes duut la discrétiou est assurée.

Eu se mariant tout liominc doit donner iiuc tlol à son j'-ponso. Pour les ifor'as proprement dits (iioblesi cette dot est prcscjiio toujours la nièrne, à savoir : deux ou trois cliamelons de deux ans, un doukUali du Touat, une paire de saudales de ÏAïc (tamba-tamba ou tiselebbatin). La jeune de fille de son côté apporte habituellement en mnriage deux ou trois chamelles, nue négresse, nno <-Muvei-(ure de laine rouge proTenant du Gourara et appelée eu iamacbèque <c taged'anfoust, » en arabe « ienfessa », une tente neuve, des nattes.

Après que les parents ont accordé la jeune fille, le jeune homme fixe lui-même à son.x;hoix la date du mariage qui peut avoir lieu le jour même, ou deux on trois jours après ou même plus tard.

Le jour du mariage, vers sept heures du matin, toutes les femmes du voisinage s'assemblent et font résonner trois tambours qu'elles ont apportés ; elles sont toutes revêtues de leurs plus beaux habits. A ce moment les hommes qui eux aussi ont endossé les vêtements de parade montent sur les méhara ornés de riches harnachements et commencent la fantasia (en tam. iloug'an). Les mcharistes par groupe de trois passent et repassent au petit trot devant les groupes de femmes de façon à l'aire admirer leur monture et leurs vêtements. 11 n'est pas tire de coups de fusils et il n'y a pas de eoiuses rapides. Le fiancé [)endant ce temps, revêtu d habits magnifiques, est assis par terre au milieu des vieillards, à queUpie distance des leriiines et regarde la fantasia. La fiancée en liai)its de lète, reste sons sa lente avec sa mère et deux on trois leinines Agées de ses proches parentes, grand'mère ou tantes. La fantasia se termine vers midi.

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A ce moment, les imr'ad et les esclaves égorgent soit unie cbainelle, soit deux bœurs, soit un bœuf et qaatre ou cinq moutons et préparent pour l'assistance uo repas composé de viande, de lait et de taraonall. C'est le père de la fiancée qui fait les frais du repas. Pendant qu'on prépare les mets, les jeunes gens qui ont pris part à la fantasia descendent de mébari, s^ mêlent au groupe des jeunes femmes et causent avec elles ; mais le fiancé reste au milieu des vieftiards et la fiancée dans sa tente.

Le festin étant prêt, tous les jeunes gens, jeunes femmes, les hommes Agés, un marabout, convoqués pour la circonstance en prennent leur part et les agapes durent jusque vers quatre bfîures. Le fiancé seul n'en a pas sa part tandis que la fiancée est servie sous sa tente.

Vers quatre beures, en présence des hommes seuls, le fiancé dit au marabout présent, lequel est habituellement de la tribu des Kel-ËBsouk : « Tu es mon représentant ; demande de ma part cette fille k son père. » Le père de la fiancée dit à un des chefs de tente du voisinage : « Moi, de mon côté, je te prends pour mon représentant ». Le marabout représentant du fiancé (lit au représentant du futur beau-père : « Je te demande une telle pour un tel, lils d'un tel ». — « Je le la donne en inaiintre licite pour cette vie et pour l'autre, selon I>ieu cl la loi du l*ro- [ilièle ; tu entieiJis avec le l>icn, tu sortiras avec le Itien », iT/est-à-dire tu ne lui feras (jiie du hien, tu te couduii'as bien HNcc elle). — Le niaïahoul alors piie un peu eu silence, puis récite à haute voix la laleira que recitent avec lui tous les hommes assistants, et tout le monde rentre dans les tentes jus-r (ju'à la tombée de la nuit.

I^e soleil étant couché, les femmes se rasseniblent à nouveau, et cinq ou six d'entre elles dressent la tente du nouveau ménage à dix ou vingt mètres de celle des parents de la fiancée. Les jeunes gens viennent en regarder la construction, mais les vieillards et les futurs époux restent chez eux. Les leinines façonnent d'abord sur remplacement choisi une sni te de tertre en sable de 2o k 30 centimètres de hauteur, qui doit servir de Ut nuptial (en tam. adebni). Lorsque plus tard le campement sera changé

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on ne détraira pas J'adebni qui restera 1& toujours.^ Ensuite a lieu le montage de la tente proprement dite qui doit être neuve et en peau bien rouge.

La tente étant installée, le fiancé y rentre en compagnie du marabout qui préside au mariage et de deux camaradetfde son Age. Pendant ce temps trois femmes Âgées et deux ou trois jeunes vont chercher hi fiancée et toutes les autres femmes do canipeincnt laisaiif ( (u lr^e par deriirre, l aiiu nent dans la nouvelle tente. Le niaraltonl récite encore (juelquc.s piièrcs, puis tout le monde se relire, laissant à eux-mêmes les jeuaes époux. Le mariage est terminé.

Le lendemain les jennes éjioux vont, viennent et mëuent la vie commune comme si de rien n'était.

Les Ifoi'as ne cherchent pas à se marier dans leur propre famille ; ils choisissent qui leur plaît. L'âge général de mariage pour les hommes est de 25 &'30 ans.

Chez tous les Touareg et les Ifor'as en particulier la monogamie est absolue.

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