Occupaiiom d un homme marié
Un homme marié de la tribu des Ifor'as s'occupe durant tout le jour, comme les jeunes gens, des soins de ses troupeaux, participe aux conseils, fait ses prières. En principe il ne va plus à rahal ; le soir après la traite des chamelles, il reste dans sa tente avec na femme et ses enfants, puis la nuit étant venue, il prend la repas et s*endort.
P. — Occupaliom dum femme mariée
La femme mariée se lève vers le [»oint du Joui' et sitôt dit sa prière : cette piété des f('mint'> ( (intia^te avec l indillérence des femmes des Kel-Aliat:irai' (pii ne prient jamais et n'ont pas do chapelets sauf les Isakamaren. Après la pi ière même, la leinme récite son chapelet ; puis les esclaves apportent du lait qui est versé devant elle en un très grand pot de terre lequel est alors recouvert d'une natto. Après avoir bu vn peu de ce lait, la
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feiniDe met dans sa bouche du U\\),\c vert du Touat môlé de niprkba f.M'illé appelé « touka •>. Ilclle habitude de mAcher du labac est iuvi'Jérée chez les hommes et les femmes Ifor'as ; tous mordillent une pincée de tabac depuis le matin jusque vers onze houres ; à ce momeiït ils reprennent une deuxième pincée qulls m&chent jusqu'au soir, et qui est la dernière de la jouraée ; quand ils boivent du lait ou mangent, ils mettent le tabac Sur leur oreille et le reprennent ensuite.
Après quelques soins du ménage, la femme .sort, va faire une visite à la tente de son père, où avec ses sœurs ou ses parentes elle raconte les nouvelles, s'amuse à une sorte de jeu de dames où les pions sont des crottes de chameau, et s'informe des événements survenus Si elle a envie de connaître des nouvellea d'absents ou craint quoique avenir fAcheui, elle se dit la bonne aventure au moyen de signes tracés sur le sable en disant à haute voix des versets du Coran. Toutes les femmes et même les enfants savent dire ainsi la bonne aventure qu'on appelle en arabe a gezzana » et en tamacbèqué « ig'eban »,
Vers onze heures réponse rentre à sa tente, prépare le repas de son mari, sert le manger, distribue la nourrîturé aux escla^ ves, envoie les négresses abreuver les jeunes veaux et les jeunes chamelons, puis fait la sieste avec son mari. Au « douhour » (2 h.) elle se lève et fait la prière avec son mari, lui placé devant, elle derrière lui. Elle donne k sa négresse des grains, soitdubechna (mil) soit de l'aouzzaq pour être pilés parles esclaves dans un grand uiorfier et être ensuite transformés en bouillie ou taraoualt en .u abr* ;\sitla) laipielle avec du lail composera le repas de la ramille. des liAtes ef des domestiques. Après ces soins, l'épouse reUuirni' a la lente de son pèi'e, \ joue cne<»reanv dames (en lam. " laniUara n ir errageii ». en arabe <• boukrourou mt a elba i i. S il y a un hôte an cainpemenl de son mari, elle y revient bientôt a\ t'c ses sn'urs. ses cousines et tontes ensemble tiennent coiniiai: nie a l'hôte et s ellorcent de le di>tiaiie. Hientfit le soleil Intnbe et les «'sclaves vont traire les chamelles ; a ce nioinml tunles les jcnnes filles et jeunes femuies relonrnent à letir halulation ; la maîtresse tle la tente reste seule avec l'hùte. Elle fait alors par uue esclave apporter À
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l'emplacement où l'hôte n dépost' ses alfaîrcs (toujours hors de la teote), une natte servant de lit (taousitj, un coussin de cuir formant oreiller ladafor) et une natte qui placée verlicnlomotit doit tenir lieu de paravent (iseber) Au milieu de ces objets l'hdte s'installç ; il reçoit de la taraouatt et du lait pour le repas du soir et mange seul. Ce repns terminé, les jeunes filles jolies viennent et avecla nyaltresse de la tente organisent un ahal pour faire passer à l'hôte une soirée agréable. Ce dernier ne doit montrer aucune marque de fatigue on aucun désir de sommeil ; mais les jeunes femmes savent qu'il doit être fatigué du voyage et elles se retirent de bonne heure. Rn s'en allant elles sont reconduites par l'hôte qui leur offre un peu de tabac.
L'épouse qui a reçu également une part de tabac, mais plus grosse que celle des autres, rentre alors dans sa tente et s'y endort auprès de son mari.
Q. — Tentes et ustensiles
Les Ifor'as comme tous les Touareg n'ont d'autre habitation que les lentes.
Celles-ci sont généralement faites de peaux de chèvres ou de moutons cousues et teintes en rouge. Elles sont soutenues par une perche centrale appelée « tamankait » et des perches placées sur le p«)urtour et nommées « ag'et ». Ces ag'et tiennent le cuir écarté du sol, à une certaine hauteur; des petits piquets attachés à la tente par des conlelettes et fichés en terre maintiennent Tensemble de l'édifice. Les Ifor'as laissent toujours un espace entre le cuir et h» terre pour 1 iici'ali<m intéi ieui e et pour empêcher le veut ou le soleil de s'introduire par la, on installe des nattes de merkha tressés avec de lils de cuir (iseber), verticalement de façon à former écran. Ces isehei- ont environ un mètre de haut : elles soni de larireur variable (>l servent à ahiiter à la fois du vent, de l'eau et du soleil et à g;arantir le feu et les outies.
On voit aussi dans l'Adr ar' d'autres tentes très petites formées de quatre ou six piquets verticaux d'environ un mètre de longueur sur lesquels des traverses horizontales maintiennent un
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loil en iscbcr. La pRi tic avant ferme une sorte de vérandah ouverte; la partie arrière est organisée en chambre au moyen de cloisons en iseber verticaux. Ces tentes sont toujours extrêmement petites, et pour peu que les herbages soient un pea haut elles disparaissent complètement* ^
Les principaux ustensiles et meubles de la tente sont : des « iseber » ; des nattes servant k s'étendre (taousît) ; un certain nombre de sacs de peau de diverses formes servant A contenir les effets, les grains ; les selles ; les armes ; les hkls de chameaux et d'Ânes; des mortiers en bois de diverses tailles avec leur pildn en même matière ; des marmites en terre faites dans le pays ; des écéelles demi-sphériques ou aplaties de toutes tailles, en bois, les unes servant à traire ou à boire le lait, les autres à manger les taraoualt... ; des cuillers en bois servant k manger la taraoïiaïl, les Ifor'as ne niantrearil jamais avec les doigts ; des seaux ( Il cuif pour puiser de l'eau { <\'j;'i\ ) ; des tiiiches [)oiir couper le bois (toulela); des eulunrioics eu IjoIs (ascjiryel)!) ; dos vans (tisit ; des oiilres à eau, d'auties jxnii' le lait frais, le lait raillé; pai'lois rirn/.ad de la fcunne ou de [)elils taml>our"S ; des couvertures en laine du louât ou en coton, importées de Tombouctou, des couvertures en éloUe rouge très légères (taged'anfoust) ; des peaux de chèvres ou de mou'ons servant de tapis ; une grande auge en cuir portée par un assemblage de bâtons et servant A abreuver les animaux.
11 n'existe pas de pierres à moudre ; tandis que les Kel-Âhaggar possèdent une pierre k moudre dans chaque campement, les Ifor'as ne se servent que de mortiers et de pilons ; ils pilent le grain, mab ne le moulent jamais.
Les Ifor'as installent toujours leurs tentes loin des puits, dans les endroits caches des oued, à l'abri des herbages ou des arbustes. Les européens peuvent passer très près de campements sans se douter de leur présence ; les Ifor^as au contraire ont un sens particulier pour deviner A des indices le voisinage d'installations, pour en découvrir l'emplacement, même la nuit et par 1 obscurité complète. On trouve rarement plusieurs tentes l'une è cAté de l'autre ; elles sont souvent voisines mais presque
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jamais eôte A c6to, sauf dans les cas d'assemblées ou de réunions religieuses, sociales ou politiques.
H. — Lii de famille
A l'intérieur de la tcnto, le lit des Ifnr'as est généralement line natte de niei'kl)?» (taousit) aiialf)pue aux nattes de merkb.i qui servent fie paravent (iseber) mais plus courte. Ceux cjui le peuvent recouvrent la « taousit » d'une couverture tagcd'anfoust.
Un petit nombré de personnes mariées très riches ont un lit véritable appelé « tadabout », où reposent Tépoax et Tépouse. Le tadaboul se compose de quatre piquets verticaux, parfois ornés d'entrelacs, formant rectangle. Deux traverses horisontalcs réunissent les piquets formant les petits cAtéaet quatre perclies longitudinales reposant sur ces traverses. Par-dessus sont placées une natte et des étoffes épaisses. On se sert de ces tadabout pour avoir plus frais en été; mais surtout parce que c'est regardé comme un objet de grand luxe : seuls les grands per^ sonnages Ifor'as ont des tadabout, IIH Taménoukalf AlemUr*, Sidi Akhmed.
Comme oreillers les Ifor'as utilisent un long coussin en peau (adafor) servant à la fois aux deux époux ; ce sont les femmes des artisans (ined', en arabe màUem) qui se chargent de leur fabrication.
S. — Nègres et négresses
Les Ifor'as nobles possédaient un assez çrand nombre d cs- < lav(>s (pii étaient tons des noirs ; ils on avaient autant (|ue les Kel-Alia^r^ai'. Ces escbives provenaient suit de razzia, soit d'arlialsau Niger, soit des entants nés dans le pays de nègres el de iiétrresses esclaves, (ibez les Kel-.\liaggar au contraire pirsijiic t(nis les esclaves provenaient de razzia, aucun d'acbal el 1res ()eu étaient nés tlaiis le désert. C'est que les Ifor'as mariaient entre eux les esclaves des deux sexes tandis que les Touareg du Nord les laissaient sans mariage et sans famille, dans une
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promiscuité complète entre hommes et Femmes, dans la niônie liberté qae les animaux qu'ils étalent chargés de garder. Delà vient que les esclaros des Tnuareg: du Nord ont eu très peu d*enfants parée que la plupart de ceut-ci furent tués an moment de leur naissance par les jeunes négresses ; ceux qui vécurent ne savaient généralement pas quel était leur père.
Les iror*as en général étaient bons pour leurs esclaves ; ils les traitaient comme leurs enfants, les nourrissaient largement et les vétissaient chacun selon ses moyens : on en voyait cependant de peu ou mal vélus, mais c'est qu'alors les maîtres eus-mémes ne l'étaient guère mieui. Les enfants nés d'esclaves appartenant aux Ifor'as n*étaîent jamais vendus par des Touareg qui se respectent ; il eûi fallu pour le faire être sans conscience et sans respect humain.
Les jcunr's hommes des Kel-Aliagfrar et des l'aïtocj ont presque toujours, s'ils sont riches, une ou plusieurs né^^resses concubines et cela à la connaissance de tout le monde. .Ainsi Moussa-ag-Amasfan amonoukal des Kel-Ahat;f,'ar et Sidi-ag- Keradji amenoukal dos Taïlocj en ont chacun six ou sept. lien est tout autrement diez les Ifor as où le lait li'avoir une négresse comme concubine, même si l'Iioinine n'est pas marié, serait regardé comme une chose dégradante. Par suite il n'y a jamais d'enfant de négresse qui soit considéré comme ayant un Afar'is pour père : s'il en existait réellement dans ce cas il n*aurait aucun des droits des Ifor'as et serait malgré tout réputé fils de nègre et de .négresse.
Lorsque dans TAdr'ar' une négresse non mariée devenait enceinte, ses maîtres la chassaient pour mauvaise conduite, avant ses couches, en lui disant : « Tu es libre, va où tu voudras ; nous ne voulons plus te voir. » llhez les \baggar au contraire, quand nne esclave non mariée, comme elles l'étaient pour ainsi dire toutes, présentait des signes de grossesse, elle était gardée dans la tente de ses maîtres pour qu'elle ne puisse pas tuer son enfant, mieux traitée et mieux nourrie ; pendant Tallaitetement elle recevait double part de nourriture, car les Kel-Ahaggar se réjouissaient de la naissance d'un futur esclave comme de celle d'un agneau.
Les Ifor'as aflEhmchissaieot fréquemment leurs esclaves; c'était là une action regardée comme pieuse et la conséquence fréquente de vœux faits en cas de maladie ou en péril de mort durant un rexsou ou un voyage lointain. Beaucoup de ces affranchis restent dans le pays, soit qu'ils servent leurs anciens maîtres moyennant une rétribution, soit qu*ils se louent & d*autres pour la garde des troupeaux* ou "l'eseorte des caravanes. Certains retournent dans leur pays d'origine ; d'autres enfin s'établissent dans un des centres de culture de TAdr'ar'.
Les Touareg de l'AdKar* nourrissent et soignent leurs vîêux esclaves des doux sexes devenus incapables de travail, avec autiint flo sollicitude que s'ils étaient jeunes, ils les enlpetiennent jusqu il leur ni<ii t. C/cst une nouvelle dlH'crence avec les Kel- AhasTgar (jui liln''rent leurs esclaves devenus vieux, les laissant sans moyen d existence îi uiw. épo(|iie où ils ne [>euvent plus gajLrnev leur vit; , aussi le Abagg;ar est-il rempli de vieux uoirs niour.'int de faim.
Dans l'Adi'ar", la valeur d'un esclave luAlo de vinirt ans était d'environ t(>0 mètres de guinée (en lam tchouokkit, en arabe cliegga i. Une négresse du même âge valait le même prix. Un petit négrillon ou une p«>tite négresse de cinq h sept ans valait 80 métrés de cbegga, mais la vente en était très rare.
T. — Nourriture
Tous les l ouarcg sont très sobres : ils se contentent presque toujours de lait et de farine de graminées indigènes ; non qu'ils méprisent la viande, mais parce que le bétail est pour eux une richesse qu'ils ne sacrifient quVn certaines fêtes.
Dans TAdr ar\ le matin, au lever du soleil et aussitôt apW'S la prière, une servante met dans le lait une pierre chauffée, et été comme hiver les Ifor as débutent par celte boisson tiède. Vers onxe heures ou midi, est pris un repas composé de lait caillé mêlé d'aoussaq. Vers dix heures du soir a lieu un nouveau repas composé d'une bouillie ou taraouaft faite de becbna ou d'aoussaq et de lait frais. Les enfants encore jeunes, surtout les
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petites filles, boivent en outre du lait deux ou trois fois par jour* surtout au coucher du soleil, à riioure de la traite. « , Tous les jeudi soir, chaque Afar'is, borome, femme ou enfant donne un peu«de sa portion de lait aux pauvres à titre d'aumône pieuse.
Le foûd de la nourriture des Ifor'as est le lait, frais ou aigre ou même caillé, ai pnovenant de chamelle, de vache ou de brebis.
Les grains dont Tusage est le plus courant dans PAdr^ai' sont : • le bechna ou mil provenant du Niger on de l'Air ; ^ l'aouzzaq, graine d'une gramînée appelée vulgairement cramcram (peut-être Pennisetnm distiebum) qui pousse A l'état sauvage.
Les graines suivantes sont encore utilisées mais eu moins
grande (jtiantité :
le ri/. ini|)oi te du Nigei- ;
I^e tachit. |)otile i;ri<ine analogue a la graiur ilu ilrinn : I/ahetrir . graine louge gi'osse comme les grains tie maïs ; la tamcssalt^ très petite graine semblable à des pépins de ligue ;
l'isibcu. graine très blanche grosse comme la graine de mcrkba ;
rag'erouf, graine très dure à piler, garnie de piquants, de la taille d'un grain de riz.
Ces cinq dernières plantes poussent ii l'état sauvage dans TAdr'ar' : elle se mangent toutes en bouillie (laraoualt) ; Taouz- ZR(] et l'ng'erour seuls se prennent soit en bouillie, soit crus, pilés et mélangés au lait caillé.
Lesiror'as ne font pas de beurre; ils font cailler le lait et font des fromages avec le lait frais, mais non avec le lait aigri ; •les Kel-Ahaggar au coniraire iont beaucoup de beurre (oudi), des fromages de lait frais (takammarl) et des fromages de lait aigri (aouUous).
L'usage chez les Ifor as veut que le mari et Fépouse mangent ensemble ; les enfants en bas Age mangent h part. Lorsque rhommeest devenu vieux et qu'il n'a pas d'enfants, il continue A prendre ses repas en compagnie de sa femme ; mais s'il a des
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enfants, il mange seul, tandis que les garçons et filles, quelque soit leur Age, mangent avec leur mère. S'il y a un hôte, et que cet hAte soil un proche parent ou un ami intime et qu on l'ait à ce litre autorisé à déposer ses affiiires à l'intérieur de la tente, le maître ne mange pas avec lui, mais la femme ou à son défaut un fils déjà grand prend le repas en sa compagnie. Si l'hôte est un étranger qui a déposé ses vêtements hors de la tente, il mange toujours seul.