I. Le lininil Er
i. La vallée île la Saoura.
H'Aim AV TOVâT par la VAUiE m la SAOïmA
SI
battements de main. Aux clartés des feux les gandourah (1) blanches des danseurs chatoient et s'illuminent et les éclairements partiels précisent et approfondissent les ombres.
Dans la cour du poste, danseurs et musiciens fout cercle, les clairons et les flûtes alternent ou se mêlent ; les chants criards s'exacerbent aux cla<picments des maias et les hommes touiv uoicnt, s'excitent et s'épuisent.
Beni-Abbès, 23 février.
Sitôt le déjeuner, le capitaine Arnaud et moi, accompagnés de nos hôtes, nous descendons par les sentes accrochées au rocher, vers les jardins, la palmeraie et le ksar indigène de Beni- Abhès. L'eau courante, amenée par de longues m séguia » (2) circule dans tontes les plantations, passe en cascade d*un enclos au voisin, emplit les lavoirs, et chante le long des nielles étroites et tortueuses, bordées par des murailles de terre. Durant les heures chaudes, Vombre des dattiers est maigre et la marche si pénible que nous nous hftloos vers le ksar.
Serti dans t'éerin des firondaisons vertes qui viennent caresser les murailles, il parait, sous le resplendissement du soleil qui dore les larges parois lisses des remparts et ombre de violet les recoins et les auvents, quelque bgou fruste de topase et d*amétyste. La seule porte en bois de Tenceinte est étroite et basse ; à peine 8*est elle refermée derrière nous que nous nous trouvons dans une obsenrité telle que nos yeux encore éblouis distinguent mal le long corridor sombre de l'allée centrale. A la lueur d*une bougie, nous avançons cependant ; la ruelle sur toute sa longueur est couverte, sans ouverture sur le dehors ; les portes à claire-voie des demeures y laissent de Tintérieur filtrer quelque clarté palôte et les femmes à notre rencontre se sauvent en poussant des cris. Par places, dans la voûte effritée des fissures se sont ouvertes et de minces rais parallèles de soleil, où les poussières s'animent, découpent des ellipses brillantes sur le mur terni de fumée ou s'irisent au passage des
(1) Cirtmiourah : grande chemise tilanchedes Arahrs.
(i) Segaia : ruisseau d'adduction d'eau dans les palmeraies.
CàUfET DE nOOTl
femmes, des eooleun claires des voiles oa des haick. Toutes les odetirs rances des habitations, les senteurs du bétail, l'infection des détritus emplissent la galerie ; les angles, les détours y retiennent les eflDuves mal-odorantes. Notre curiosité est vite satisfaite et nous pressons le pas, en Ule, vers Textérieur plus pur. A la porte, dans les recoins frais favorables aux siestes et aux travaux légers, des Arabes ml-nus pilent dans des pierres creusées, du charbon pour la préparation de la poudre. Nous sortons... . ; Jamais n*a paru plus douce la clarté à peine tamisée par les dattiers, plus suave le parfum de la terre humide.
A mi-cùtc, avant d'arriver au poste, la boutique du Mzabite s'ouvie larg-cinenl accueillante. L'homme nous a vus de loin et s'avance; comment résister à ses invites pressantes? Kn un clin d'œil, If» lonir r()m[jloir de planches se couvre d étoiles ;\ rayures bleues et loutres, de cordelettes tressées en poils de chèvres, de selles bizarrement ouvragées. Le Mzabite complaisamment les étale et les présente, vante les tons [»asses et fait miroiter les couleurs vives. Il a de tout »m sa boufi(jne : des casseroles d'étain pendues aux poutres du toit et salies de poussièi-e ; des « rçen »{\) de cuivre ; des samovars et des sandales. Au moindre coup d'œil jeté, il décroche les armes ciselées, les burnous blancs ou bruns. Et parce que le Mzabite est si loquace et si empretté, nous achetons de çi et là, pour qu'il n'ait point fait en pure perte, semblable déballage. Déjà nous sommes partis que de la porte l'homme encore appelle à grands cris et étend à ses genoux des tapis oubliés que nous sommes trop loin pour apprécier.
Demain, j'abandonne le cbevsl pour le « méhari »; le capitaine Arnaud préfère ne tenter qu'à Adrar ses premiers essais. A peine ai-Je le temps avant le soir d'ajuster la selle, les sacoches et d'ordonner les bagages pour le chargement matinal du lendemain.
Après le dîner, le lieutenant Cauvin m'a proposé d'aller jusqu'à des campements voisins de « Ghenanma » où peut-être nous aurons chance, si notre marche est silencieuse, de voir
(1) Rçeo : sorte de mers des niélitn.
Digiti,
r&y Coogle