Une ciise «l'oHirier l'i Atlrar i Tonal
i. \.Q capilriiiie Flye Siiinlc-Mario cl lo* méharisles Cliaiiiha. 3, Dans l'oasis de Taniciilit jirè^i il'A«lrar.
Duraot le rédt de la légende de Tamentit, nous avons gagné les c souk » (1) et les boutiques des artisans. Ce sont des placards en terre, étroits, surélevés, en façade sur la nielle; un guichet bas comme une entrée de tanière mène à Tarrière-boutique obscure. Le placard outre les vendeurs accroupis contient tout un déballage d'objets hétéroclites^ des plats de bois remplis de piments verts et rouges, des morceaux de sel, des théières de fer blanc, des cotonnades bleues, des colliers de verroteries dorées. Plus loin des brodeurs ornent de soies vertes ou blan> ches des cuirs roiig-es ou décorent des bandeaux de tête ou des aimilt'llcs ; une lafic tia iisvorsalo soutient des cuirs ouvrai^ét, nmlticolores, des cciiitmc^s de IciiMiies. des santlales enjolivées, ou des tapis de selle à i^aloiis d a rirent. Devant ces tcnfatif)ns les ksouriens circulent indiil'érents et nonchalants et les marchands h peine nous dévisayrent au passatre.
La réputation de Tainenlit lui vient surtout île ses hijoux d Or ou d'arirent ; mais l'artiste en renom est absent du village aujourd'hui. La visite au forgeron ne calme pas les regrets de l'amateur de curiosités que je suis, car les quelques beaux M rooukala » (2) que j'y découvre sont plus encombrants qu'il ne sied.
Pendant notre absence, Niéger demeuré au camp a fait ranger et servir la « diffa », et les feux pour la nuit flambent magnifiquement et projettent de grandes clartés intermittentes.
7 mars.
Noos partons ft pied, laissant en arrière les Chamba peu familiarisés encore avec le chargement rapide des bagages. Le sentier sans cesse longe la bordure des oasis. Bientôt les rayons du soleil récliBuffent mieux que la marche pénible dans le sable
et sur les méhara nous allons, causant et dévisant, heureux de la clarté du ciel, de la tonalité claire de la palmeraie et de l'ambiancc (\x(|uise de sviupalliie et d'ainiti»'. A proximité du petit u Usar » des Uulid-Bou-Yahia, à demi
(i) Souk : marctiés.
{i) Moukala : aaciens lusiis arab&i à long canon.
CJUUfR DE BOUTE
ruiné, un jardin, enclos d'un mur coupé de brèches, s'étend ombragé de palmiers peu élevés et tout verdoyant d'orge et de fèves. Un ruissclet desséché le traverse en diagonale et le fond en est garni (\o boue craquelée. Drift notre ordonnance et Aiiini ont bientôt fait d'étendre dans les palmes leurs burnous de laine et d'ouvrir Técluseifomiée d'une pierre plate. A terre dans Tombre ainsi faite, un tapis bariolé de Timirooun est à la fois notre table et nos chaises et le bon chien « Caïd « à sa place parmi les convives auprès du ruisseau silencieui dont Teau lentement s^éclaircit.
L'airèt est de courte durée ; dans la clarté lonrde du soleil nous marchons les yeux mi-clos et lourds, la pensée lointaine. Le jeune Mohammed caracole auprès de Niéger, sur un méhari gigantesque et ses jambes trop courtes ne permettent pas à ses pieds d'atteindre le cou de sa monture ; perché comme un singe sur la « rahia » (selle) il lutte de la rêne seule contre les incartades répétées de sa béte, et répond par des : « ouach » (Eh bien, quoi !) aux lazzi des Chamba.
Quelques villages aperçus du plateau où s'allonge le sentier, émergent do distance en distance, de l écran des palmiers laissés sur notre droite : ils dépendent encore du Tamest. Au drUi commence le district do Zaoïiiet-Kounta, patrie présumée du fameux Abidin-el-kounli. t'.et homme ost sans nul doute une des figures les plus curieuses et les plus extiaonlinairos du Sahara et sa vie est un véritable roman d'aventures. Il incarne les (|ualités, mais plus encore les vices des coureurs du désert : l'habileté et la résistance, la foui-berie et la ruse, la cruauté et la ténacité et a. mis ces dons cl ces défauts au service do sa haine des étrangers et des Français eu particulier De la tribu maraboutique des Kounta et marabout lui-même, Si-Abidin-ben-Si-Mobara* med-el-Kounti-ben-Si-Mohammed-ben-Moktar-cl-ltekaï est cousin germain d'Ilammoédi chef des Koimta et de BaY marabout de Telîa (Adr'ar t ; il est le neveu de Si-Mohammed-cl BekaI qui fut le protecteur de Barlh et de Laing. iNé à Zaouiet-Kounta au dire du colonel Laperrinc ou h Moussa-Bango près de Tombouclou, au dire de Ilammoédi, Abidiu fut élevé au Touat et plus tard chassé par les siens comme fauteur de troubles et de
désordres. 1) te réfugia chez une tribu de pillards invétérés, les Onled-Houlat, 8*y maria et participa à tous les pillages et à tous les reasou qui eurent lieu au nord comme au sud du Sahara. Un jour vint cependant où les Ouled-Houlat voulurent s'attaquer aux Konnta ; la voix du sang paria-t elle alors en Âbidin? Voyant ses protestations et ses remontrances vaines le marabout maudit ses anciens compagnons et s'enfuit en proférant les pires menaces A leur é^ard. Pour venger les Kounta lazsiés Abidin réunit une forte « harka » (bande) ; les Ouled- Houlat s*étaient campés dans l'Erg -Chech et surveillaient toutes les routes du sud. Mais Abidin avep ses partisans remonta de l'AdrW vers le Ahaggur, traversa le Mouydir, longea le Touat par la vallée de la Saoura, toucha & Tabelbala et au Tafilalet et vint parle nord surprendre ses ennemis. Ce fut une randonnée épi<|ue dont le renom s'enfla par tout le désert et tjui s.icra Alndiii le pins trrand conducteur d'Iiotumes du Sahara, Les CMiIed-Moulat hattus à Tilenisi-ould-Aïda lurent tous massacrés sauf les feuiuies et les enfants en bas Age, .Vinsi fut iiut!*;intie une fraction célèbre et redoutée parmi les tribus sahariennes !
Dès lors Abidin, entouré d'une cour de Kenakat oi'iginaires du Zemmour, nomadisa dans r.Vdr'.u ' ou l'Iiruidi [)articipanl h tous les coups de mains de Sidi ag-Kèr ulji. aménoukal (1) des Taïtoq et de Moussa, aménoukal du Ahaggar. Et durant ses pérégrinations dans les dunes, il ae(]uit la connaissance de tous les puits dont beaucoup maintenant sont ignorés des autres hommes.
1/arrivée des Français par le Niger cl par le Touat eiU le don d'exalter son fanatisme. Il fut Tàme de tous les conflits autour de Tombouctou et mit à prix Ja tète du capitaine Laperrine qui de sa main avait tué un de ses parents, peut-être un de ses fils. Au Ahaggar il fut l'excitateur de toutes les résistances. Cependant quand en 19041e commandant Laperrine atteignit In-Ouzel, il y trouva un émissaire d*Abidin qui venait sonder les intentions françaises; celles«ci étant pacifiques, un des fils du marabout vint offrir au colonel du lait et des présents.
(I) Aménoukal : titre que porte le chef d'une tribu touaiej; et qui corrstpond à sultan ou roi.
60 C\lllfET DE BOITE
En même temps qu'à Mouitsa et à Aziouel, le lieutenant-colonel Laperrine accorda Taman à Abidin. L*aman fat cassé lors du soulèvement du Sokoto auquèl le vieux larron avait pris une part latente. En 1907 il a fait de nouveyes ouvertures de soumission.
Voici le portrait que me fit d'Abidin, mon guide Barca, dans rAdr*ar* : « Il est vieux, tout blanc et très ^nd. Sa corpu- • lence est moyenne. Toujours il porte deux burnous un noir et un rouge et une chéchia à ^land. Il ne voile ni sa figure ni ses mains. Sans cesse sa g-arde de Kcnakat Tentotire ».
Telle est crtie h'zaii»' billioiielte de vieux Itatulit saharien: nos (létaclu'iiH'iits [)liisi(Miis fois fuient siii* le point de l'atteindre, mais il est nn Allali {m»iu les marabouts. S'il ne fut pas originaire de /aoiiict-Kiinula. il y fut tout au inoitjs élevé et sou homme de (■(•iilianre Kl-lladj-Saleni y vit rn perujanenee.
De Zaouiet-Kounta h l'ionririn, notre étape, la distance est faible ; le trajet toutefois est long au milieu des notaWIes et des cymhalicrs venus à la rencontre du colonel. Auprès de nos grands mébara, les petits clicvaux du caïd et <ieK chefs sentlileat minuscules ; effrayés ils se lancent au galop et s'arrêtent net en fléchissant sur les jarrets. Derrière notre ligne, les musiciens noirs et les cymhaliers font rage, sans interruption, tandis que le chef des tambours bondit et saute des pas endiablés. L'arirét au campement est une délivrance ; dans le ksar voisin, longtemps, la nuit résonne encore des chants et des bruite de cymbales.
Et voilà que, pendant notre dîner» alors que la dîfik (i) opulente du catd est exposée sur les tapis, un noir, seul, s'en vient présenter au colonel dans une coupe de bois, un poulet cuit sur le cous-cous et rpiel(|ues dattes séchées. C'est un ancien esclave des Touareg que le Père de Foucauld a racheté à quelque maître inhumain, qu'il a libéré et qui maintenant vit péniblement de son travail au ksar de Tiouririn. En signe de reconnaissance il a tenu h présenter lui-même sa petite dilla personnelle, gros sacrifice pour ses faihies moyens. La [K)lit<"sse exige et l'intention mérite que le présent, pour faible qu'il soit, ne soiul point dédai-
(1) DiOa : repas ollert ea hommage aux tiùtes.