‹ D'une rive à l'autre du SaharaChapitre 8 sur 65 · LK TOI AT · texte numérisé non relu

LK TOI AT

LTiié et ce soir le colonel n'a pus touché à la dilla opulente du caïd. »

R msfs.

De 'Pioiiririii ;\ Sali, la plainecst silloiméo de « l'oe,e;Hra » dont l'uriLTiiie est au ■< Mateii » à peine peiveptilile dans l'est. L'alignement des tnmuli de déblais partug:e la plaine eu larges avenues parallèles et par places le sol s'est elFondré.

Vers 11 heures du matin, nous arrivons k Sali. C'est une vaste palmeraie circulaire, parsemée de villages et isolée des autres oasis du Touat. Sur la place devant le caravansérail , les herratin et les esclaves donnent en notre honneur les concerts les plus effrénés : ils se sont formés en cercle à la façon des tam-tam soudanais et tandis qu'ils battent les tambours à tour de bras et font sans arrêt résonner les cymbales, deux d*entre eux dansent en frappant des talons, en tournant et en contorsionnant le corps. Le vacarme nous poursuit Jusque dans les pièces rcculébs de notre case et les cris aigus, en trémolo, nous arrachent à la torpeur de la sieste.

A Sali nous abandonnons le Touat pour gagner au delà de cent kilomètres de 'déser(, les premières oasis du Tidikelt. Ce sont là deux étapes pénibles sans eau : pour raccourcir la première et faciliter le départ matinal, nous quittons Sali à 6 heures du soir et nous campons à queltjues kilomètres à Test. Le ree encore est parsemé de fojrg'ara ; l'une d'elles chose curieuse, s'est ensevelie lentement sons r;ivancée proirrossive de la dune, et restée vivante, amène l ean par-dessous la niuntauiio de sal)le. Au delà de l ahri des murs et des d ittiers. le vent souille avec violence et le sable entrainé toui hillunue cl ein,i;lc. En vain je in aliiile li-s veux o\ la lii:iii'e sous les « cheieh » |), le sable s'accroelH' dans lesclieveuv. [>éuètie s<nis les paupières, emplit les narines et cra(jue sous les dents. Les cailloux lins chassés avec force llagelleni les mains et les [)ieds et piipienl comme des aiguilles. La fougue de la tourmente est telle que les

f 1 ) ' :)ioi< Il : Hoiïé légère de gaze dont on s'envelopjie la tète pour s'abriter du soleil cl du itaiile.

52 GABMET DB BOUTE

m é 11 cira môme se détounieiil et derrière leurs épaules abritent leur iùlc cl leur COU.

Vite avec les caisses ontassées, les (ihainba nous consfruisent des «bris ; les selles, les tapis, les sacoches bouchent K s iuterstices et nous Dous étendons pressés contre le rempart, les capuchons ramenés sur la bouche. L'œuvre dirficile est l'allumage du feu et la confection du repas ; mais comment reprocher au cuisinier la soupe qui craque sons les dents et le cous^cous poivré de poussière ? Nous mangeons courbés, face au feu, tenant les plats recouverts, sous Tabri des burnous.

Le bruissement du vent dans les palmes arrive jusqu'à nous, musical, et les lumières de Sali sous les tourbillons de sable disparaissent par intermittence.

C'en est fini des oasis du Touat que de Brînken à Sali nous avons traversés dans leur pins grande longueur.

Ces régions sahariennes semblent atteintes de deux maladies mortelles : l'ensablement et Tassèchement. La première toutefois est sans remède : les dunes poussées par les vents d'est viennent peu à peu combler les dépressions des oasis. Les murailles ne sont que ilos obstacles éphémères, les ksour peu à [)eu sont envahis, les jardins recouverts et des p;ilniiers jadis élancés n'exhibent |)Ius au-(l<>ssus du sol (jue le panache de leurs feuilles. IleuiTuscinciil la menace de rensablenient est encore localisée et s il rst (les villai,a*s et des cultures m<'nacées, il est des ruines cl (1( > lei iaiiis r|ue la dune abiindonne après les avoir recouverts pendant tles siècles. I*ai' suite des circonstances atmosphéri(pies acluelies et peut-étrede la constance plus frrande des vents d'est, le danger de jour en jour s'accroit et s'étend.

L'assèchement lent des oasis est indubitable ; toutefois il peut être erccacement combattu par l'accroissement du nombre des « toggara » qui vont jusqu'à 10 ou 12 kilomètres puiser sou* terrainement Teau aux pentes du Baten-Tademaït. Toutes les foggara du Touat viennent de l'est, celles de Tiniokten de l'ouest, celle de Tit du noi-d et de l'ouest, celles du Tidikelt et du Gourara de Test. Cependant le véritable remède de l'assèchement semble être la construction de puits artésiens. Les indigènes les connaissaient déjà et aux Ouled-Mabmoud et à Keberten il en

existe jjiofonds île 10 mètres cjii un nettoyairp récciil a juoiid-és foil bien faits et dallés en pierres sèches. Les puits artésiens construits [)ar les Français atteicnent une pi-oFondeur d Une centaine de mètres; l'i'au est venue en abondance à Fogaret-es- Zoua (1901 ), à lu-Salah par quatre piWts, àTit : aux Ouled Mahmoud le débit est resté très faible ; à Akabli, Aougrout (Gournra), Adrar et au Boudha Tiasuccès a été complet ; enfin à In Rbar la nappe d'eau n*a pas encore été atteinte. En résumé les crédils accordés, pour la construction des foggfara et les efforts faits pour le forage de puits artésiens permettront de parer à la diminution du débit des eaiAc, surtout quand un matériel plus puissant ira chercher à grande profondeur la nappe souterraine, dans les régions où elle n*a pas encore été atteinte.

Actuellement, Taccroissement déjà considérable du volume d*eau déversé aux oasis par les foggara nouvelles ou les puits jaillissants, permet d'augurer favorablement de la situation économique des régions sahariennes. Sans doute l'impression première du voyageur est peu favorable, car trop souvent ses regards tombent sur des villages abandonnés ou ruinés ou même sur des ksour habité8,«mais à demi-détruits ; trop souvent aussi, on constate la mort des foggara que les éboulements et l'absence d'entretien privent d'eau plus ou moins totalement. Toutefois un examen plus approfondi permet de se rendre compte (|ue déjà beaucoup de ksour jadis abandonnés ont été reconstruits soit sur leur emplacement, soit à proximité et que |)res(jue toujours l'j'xode et la ruine d'un village ont eu [»i)ur cause des incendies ou des épidémies. l)';Mili'e part la rétection des ioirirara mortes esl diflicilc et danuei-euse et les L;eiis pi'éfèrent souvent construire de iiouNclles canalisations plutôt (jue de réparer les anciennes, ^sour ou foggara iionl plus faciles à créer qu'à rénover.

Nous pourrons donc conclure que la mort apparente des oasis est bien réellement apparente ; non seulement jamais le pays n'a été plus fertile, mais dans les conditions actuelles d'irrigation, il atteint presque son maximum de productivité. 11 ne faut pas croire en effet que les cultures puissent être indéfiniment éten-

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dues et qu'on puisse gajçncr constamment sur la « sebka » (1). En cffpt les jai-dins s'étendent nécessairement sur la pente qui va de l.i (lune iï la selika. Lù est la bonne terre, soit qu'elle soit rapportée, soit <|u'»!llr soit (hîssalée par l irriiiation ; mais en dessous demeure la terre salçe et les cultures ti'op profondes rpii , l'atteicrnent ne peuvent subsister. Si donc le s(d <les jardins est irriuué, l'eau imbibe la terre cultivable et l'incliiiaison élanl suflisante, elle s'écoule et descend au foml de lu sebka où le sel se dépose ; mais s il n'y avait pas de pente, l'eau chargée de sel au contact de la couc lie inférieure au lieu de s'écouler remonterait par capillarité et ferait mourir les cultures. De là, la nécessité de conserver en contre-bas des jardins une sebka, déversoir des eaux salées, et par conséquent l'impossibilité d'étendre indéfiniment aux dépens de la sebka les terrains productifs. Dans la situation économique présente, le recours aux drainages ou à l'épuisement de leau salée par des pompes, ne peut être que d'une réalisation lointaine ; les efforts ne doivent porter que sur Taroélioration du rendement et des procédés de culture.

Bien qu'en général le Touat tout entier soit soumis à ce régime des foggara et des sebka, il est qt^^lques régions où Teau circule souterrainement et où le sous-sol par conséquent n'est point salé. Ainsi dans les districts de Tinerkouk, de Héba, de Taggouzi, de Talmin, Tean est puisée comme dans la Saoura par des puits h bascule ; il existe même tlans ces districts des jardins entertt's, fossés creusés dans le sol jus(|u à 1 liuiuidité et où les cultures n'ont point besoin d ari-osage.

^ous pouvons donc conclure (jue la [uospérité du Tonal, du Goui-ara et du Tidikelt a atteint un épaintuissenient au(jU(d la seule menace est le iliumei" de l'ensablement ; racci-oisM-mcnt du rendement des territoires sabariens ne peut désormais être obtenue que par la création de nouvelles oasis dans les régions de reg actuellement incultes où des puits artésiens auront été forés avec succès.

Au louât, aucune industrie sérieuse n'existe; le pays n'est guère qu'un vaste marcbé d'écbanges commerciaux. Des pistes

(I) Set>ka : dèpresnoo où se décantent les eaux salées.

suivies relient les oasis h toutes les régions peuplées de l est, de l'ouest, du nord et du sud et sur ces routes l'aclivitc fut, à une certaine époque, considérable. Les caravanes chargées de dattes, de tabnc on de heunc suivaient les sentiers de Test, du nord et du sud, tandis que les convois d'esclaves approvisionnaient l«l marchés de l'oued DrftA et du Tafilalet. Dans c*es dernières années, tonte cette activité commerciale se trouvait réduite à néant, tant à cause des pillards qui opéraient sur toutes ces routes qu*à cause des mauvaises dispositions des Tonareg et des Marocains et des entraves mises à la traite sur le Niger. De nos jours, le Tonat est entré dans une période de transition : les besoins des tribus du nord en dattes diminnent de plus en plus et les caravanes d'exportation qui jadis comptèrent dix à qninse mille chameaux, n'en ont plus aujourd'hui que quatre à cinq nrille. Pour parer à cette crise, des efforts sont faits pour la reconstitution dbs troupeaux de chameaux et de moutons que les ksouriens ont abandonné h la suite des pillacres; des débouchés nouveaux pourront aussi être ebercliés vers le sud, dans le Ahagirar, l'Adr'ar'et juscju'au Niger et l'échange des produits des oasis s'opérer d une façon réi;uli»''re contr»' le bétail des Touareg OU les graines des populations nigériennes.

Les oasis méritent encore une mention sj)fciale pour leur formation sociale et leur organisation politique. 11 semble difficile de trouver ailleurs un mélange de races et de nationalités plus complexe. i<e l ouât a peut-être été créée par des jui£s progrès- • sivement chassés de Test et de l'ouest. On montre encore près de Sba le tumnlus où furent ensevelis des juifs massacrés par une invasion arabe et certains ksour tels que Lamar, Tamentit, Hamad, Bourioud comptent encore dans quelques familles des descendants certains des juifs. Des invasions ultérieures de l'est et de l'ouest ont surimplanté des Arabes et des Berbères qui sont appelés des « Znètes » et parlent une langue spéciale le « Zenatîa ». Les ksour des^Znètes sontTimmimoun. Tamentit, les Ouled«Blahmoud, Kaberten.

ESafiti» dans le cours des siècles^ des mécontents du Maroc, de Tunisie, de Tripolitaine, se sont mélangés aux populations établies. Toutefois, la fusion de tous ces éléments d'origine dispa-

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rate n'a jamais été complète ; les races différentes se sont groupées par ksour et se soot constituées indépendantes les unes des autres. Pour accentuer leur séparatisme, les villages se sont formés par « Sof i». Ces « Sof » sont des partis politiques sans org'anisation propre, de fondation berbère très reculée, et tels que deux villages du même « Sof » s'assistent et s'entâàident et qu'il suffit qu'un « Sof » soit orienté politiquement dans un sens pour que tous les villages du c Sof » opposé s'orientent à l'inverse. Il existe deux « Sof » celui des «r labmed » et celui des « Soffian » ; traditionnellement chaque village appartient à tel (I Sof » et bien que les villages de « Sof » opposés soient extrémement enchevêtrés, il semble que les labmed aient un type berbère plus accentué et que les Soffian tiennent plus des anciens juife des oasis.

Si les races aux oasis sont mélan^s^ccs, les castes aussi sont nombreuses :'de nos jours on y trouve des « chorfa », descend/mis du prophète ; dos « maraboutin » descendants de s;iiiits vénérés; des « harrar» hommes libres ; des <■> lierralin » (libres en 2' ligne) probablement mélanire <lo libres et de captifs bien (pi'ils se prétendent gens à part n'ayant, ni eux ni leurs aneètres, jamais été esclaves ; enfin des « esclaves ». (]es d<'ii\ dernières castes sont les [)lus nombreuses, niais aussi les inoins brillantes intellectuellement et moralement ; actuellement un élan de révolte les soulève contre les castes supérieures et elles récla- ■ ment un pour cent plus élevé que le dixième des récoltes.

Au point de vue politit^ue, les oasis se divisent en trois annexes ; le Gourara, le Touat et le Tidikelt. Quelles soient rattachées au commandement de Béchar ou dln-Salah ou d' Adrar, ces trois annexes forment socialement et politiquement un tout. Chacune d'elles est divisée en districts — avec un caïd — sousdivisée par Ksar — avec un < kébir ». Le pivot de cette organisation, spéciale aux oasis, est la « «y^o^ * conseil municipal ; tout ksar si petit soit il a une i](|emàA. Les caïd et les « kebar » sont les représentants du pouvoir français auprès des djemAà, lui transmettent les instructions et rendent compte de l'exécution ; mais ils n*ont directement aucune autorité ; c'est la * djemàâ qui dirige, commande et fait appliquer ses décisions

Le TOI'AT 57

d'une façon absolue. Kii cas seulement de nécessité, l'autorité française fait exécuter les ordres de la djemAé, mais sans s*immis' eer aux délibérations.

Les attributions de la djem&& sont très étendues : elle juge à l'exclusion de toUte autre juridiction, toutes les questions relati* ves au ksar, aux eaux, aux foggara, aux mariages, aux héritages. Sicile se déclare incom[)ctente, elle envoie les plaignants devant le eadi, mais c'est elle qui fait exécuter la sentence. Les « kébar • et caïd rendent compta des Jugement» aux chefs d'annexé qui se réservent, bien entendu, ledroit de prononcer en appel, s'il y a lieu ils sont aussi chaînés de collecter TiiApAt auprès des tljcniAA.

(îe i^ouvciiiement do ri'piiblifjno est curieux à étudier et la sa^resse des reprcscntanls li aurais a (Hé de la consorver, [)uis(ju'il a fait ses preuves, eu se déohar.:oant sur lui «le la uniilitudo de détails qui paralyse une administration trop centralisée et trop étendue. .

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CIIAi»lTUE III

' Le Tidlkelt * .

9 mare 1907-SO mars i907

9 mars.

Do toutr la unit le vent violent n'a point cessé et, vers deux heures (lu ni.itin, nous nous réveillons couv<M ts (i iirit' épnisse couche de sable qui, sur les burnous plissés, fait uu iiuccuil uni. '

Le cald de Sali nous a donné pour guide un chérif (1) dont la noblesse nécessite des égards et qui 8e reogor^e Buruii méhari qui lui fut prêté. Dans l'obscurité encore épaisse, h pied, nous marchons tous quatre, le colonel, le capitaine Arnaud, Niéger et moi, en ligne, drapés dans les burnous pesants qui ralentissent notre marche et le froid de la nuit est tel que nous grelot» tons

Devant nous le désert, s'étend tout plat et le sol est couvert de petits cailloux fins où les pas n'enfoncent qu'à peine. Ët tandis que nos mébara vont à bonne allure, le convoi par derrière suit lentement à la vue, puis à la trace.

Vers dix heures nous nous arrêtons ; le vent de la nuit a rempli l'atmosphère d'une brume de sable et le soleil n*est pénible ni par sa chaleur ni par son éclat. Au loin, à' perte de vue, le désert s*étend sans une tige de merkba, sans une touffe de damrann.

Cependant, couchés sur le sol, nous attendons le convoi qui

(I l Cherif pluriel ehorfii : iodividu qui se prétend issu de la famille du prophète.

LC TIDIKBLT

porto les provisions oi le matériel de table; eu arrière rien ne parait encore. Le rolonel coniinenee à se montrer iiujuiet ; même du sommet de son méhari, Anini ne voit rien, à l'ouest et nous n'avons pour toutes provisions que quelques « kesra » (1) pétries et cuites de la veille et quelques dattes piiées que les Arabes appellent « Sfouf ».

Il est mainlenant deux heures; il n'y a plus à douter, le convoi s'est éclirté de notre piste et nous ayant au moment présent* dépassé, il pousse vers Timokten, notre étape de demain. Notre seule rossonree est de l'y rejoindre. ,

Spartiates par nécessité nous mangeons notre pain seo et repartons h&tivement vers Test. Personne ne dit plus mot : le colonel maugrée tout bas et le jeune Mohammed à la téte basse et Tair piteux ; il n'est pas jusqu'au àon chien « Caïd » qui ne prenne l'allnre mélancolique des pires calamités. ,

La coptrariété cependant n'a point gagné les méharo ; il en est un même, monture d'un chambi de l'escorte, qui folfttre et s'éhaudit à tel point qu'il en rompt sa sangle et projette son Miaitro a [)lat ventre sur le sol. l/liomme en tombant rend un bruit sourd et reste sans mon vciiKMit, les bras en croix, comme assommé. Sans a^^enonillcr leurs bêles, deux anties (^liamba se sont préci[)ités ; ils t;Uent et |)alpent lo corps étendu, et n'ayant trouvé ni contusion ;;rave ni fracture, ils disent à I bomme : « iève-toi. » Kt celui-ci jusqu'alors immobile se lève d'un seul coup et s'ébmce à la poui-suite de sa monture què quelques foulées de galop ont calmée et qui regarde bêtement de ses grands yeux pers.

Une dune haute mais peu large marque la mi-distance de Timokten à Sali et les ksouriens l'ont appelé « el noç » (2). Les étoiles déj^ luisent au ciel lorst[ue nous l'atteignons ; l'atmos* phére pure fait prévoir un. froid très vif et le vent s'est élevé à nouveau, au coucher du soleil.

La dune d' cr El noç i» forme un grand repli semi-circulaire où nous nous blottissons & Tabri de la bourrasque et des tourbillons.

(1) kesra : galclle de farioe cuite sans levain. «

(2) El Doç : lemitiea.

60 CAHNET ROUTE

Anioi a découvert dans ses sacoches un peu de thé et deu% ^ a Kesra » ; il nous reste quelques dattes ; le menu est si réduit

que nous ne nous groupons même pas pour lui faire un honneur ' forcé. Les couvertures aussi sont restées au convoi ; les burnous

de chacun sont repartis entre tous et ce soir personne ne dédai*

gnc leif tapis de sell^ couveKs de poils nrraclics et impré-

g^nés de l'odeur raucc des ehameaux. t a ' , «lO mars.

Auoun (le ucnis n'a {mi dorinir tant lo froid est vif et [x'mu''tr^iil, rt insuffisants nos moyens de défense contre lui. Depuis loni^tenips déjà, transi, j'appelle l'heure du départ <pian/l, à • minuit, le colonel devaneant l'instant lixé, fait selleries inéliai'a. La ni.nelic seule nous réchauffera peut-être, et sans pouvoir ni('im>, faute de bois, prendre le café réconfortant, nous partons à pied^ entortillés dans les lourds hournous qui battent dans les jambes et les mains enfouies sous les tunicpies. La lune, basse déjà sur rUorizon, éclaire d'une lumière indécise qui enfle les aspérités du sol et boursoufle les ombres portées. Nous allons sans mot dire, la figure voilée et les rafales subites du vent nous font tituber par instants.

Bientôt la lune disparaît ; je monte sur « Koudia » ; mais le froid bientôt m'oblige à redescendre et jusqu'au jour levant, j'alterne les marches qui fatiguént et les chevauchées qui gla- . cent.

D'heure en heure maintenant* le colonel fait tirer des coups de feu pour indiquer notre position au convoi, s'il est A portée d'entendre, et sur chaque élévation un homme monte ponr înspecter l'horison.

Vers huit heures, trois détonations sourdes nous arrivent de loin ; tout le monde s'est arrêté. Nos Chamba A tour de rôle tirent à intervalles réguliers ; et chacun prête Toreille aux ripostes k peine perceptibles, mais ésralement espacées Uicntrtt le eonvoi est en vin;, et la jonction s'opère. Vite les caisses sont ouvei'Ies pour nu repas improvisé que la disette de la veille rend nécessaire et les conserves sont tiouvées dcii» lenses. Les montrès astronomiques, hclus, sont arrêtées, mais le remède est à In-Salah!

LE TIDIKKLT 61

Dès lors nous ne faisons même plufi Imite pour le déjeûner de midi et tout d'une traite, vers trois heures, nous arrivons à Timokten. L'oasis est encore dans une dépression et ne se voit qu'À courte distance ; mais soudain la palmeraie se découvre et s'étend à perte de vue jnsqn^à fil-Aoulef ; au nord-est une crête plus élevée la domine, couverte au dire des guides dlnscriptions et de dessins tamachèques.

Les caïd du lieu nous con^pisent jusqu'à la maison des hâtes, jolie et confortable petite case entièrement séparée du village, avec une cour intérieure et des terrasses.

Tandis que notre guide de Sali nous énumère les puits de la réfiriôn de Taodeni nous goûtons de daltes st'cties et de thé, présents du ( hcf de village, ou couchés sur les lapis de laine qui garnissent le sol, nous préparons les lettres pour le courrier du lendemain.

Kn grande pompe cependant, une immense jarre de hois pleine (\o cous-cous a été déposée par terre pour le repas du soir. Tous nous nous étendons en cercle sur le sol. t^hacun de sa cuiller écarte les grains gonflés de la farine et creuse au long du rebord une sorte d'entonnoir pour la « mcrga » (l)et le bouillon qui sont la sauce indispensable.

Au grand plat de hois chacun puise directement « en son trou u et la couleur locale et le cadre ^étisent notre festin à. la mode des primitifs.

' il mars.

Ël-Aonlef n'est qu'à moins de deux heures de marche de Timolcten. Après les douceurs d'un chocolat peu matinal que Niéger a préparé lni*méme, le trajet n'est qu'une promenade dans le soleil tiède, à travers les dattiera clairsemés et parles monticules de sable. La bourrasque de la veille s'est calmée et faîr frais du matin est délicieusement pur et limpide.

El-Aoulef fut jadis, lors des colonnes des oasis, un des centres de notre occupation, et fut tenu [>ar une importante garnison de tirailleurs algériens. 11 reste de cette époque un grand ioi t

(1) Merga : sorte de bouiilou de viande.

CARNET DE BOLTE

carré dont la porte centrale surmontée de Técasson ^vé : « Kasbah Ravtllon », donne sur une large allée transversale, voâtée, hante comme une nef de cathédrale. Une grande cour enclose d*une petite muraille s'accole à la face méridionale. Visà-vis se prolonge l'alignement des cases à fenêtres mauresques qui furent les popotes, les bureaux, les cercles de la garnison. Peut'étre en souvenir des effectifs de jadis quatre Sahariens et leur caporal européen, gardent le fortin.

Tous les bagages ont été déchargés dans la cour; les ksouriens se pressent et s'interpellent. Des Touareg voilés se tiennent à l'écart et causent à mi-voix entre eux ; le colonel leur a acheté pour nous un dp lour mcliara et lo partaire é({uitalile des (loiiros est sujet à loiiiruos discussions, jcirfois à tlisputes.

ik'pcndant Méger a drja paicoui ii le villaire ; il on revient amenant avee lui un jeune arabe et ni appelle : » \ <nis vouliez un hoy. me senil)lo-t-il ? ( -elui ci s a[)pelle « I^arhi », il fut de la tournée de l iiniaouin en IÎM>4. a l'haliitude du désert et peut-être fera votre alTaire. » Le boy a dix-sept ans, iruère moins : dans ses vêtements blancs son air n'est pas trop emprunté, il sera dévoué s'il plaît ii Allah. In shaii Allah! Kii bien c'est entendu: et c'est ainsi que Larbi, monté sur mon deuxième méhari de selle est promu à la situation de valet de chambre de la mission et de surveillant général des caisses et des animaux.

Le sentier d El-Aoulef à In-Salah traverse le désert de sable, mais est jalonné d'étape en étape d'oasb circulaires, isolées qui sont comme des caravansérails échelonnés. La plaine intermédiaire est aride, sans végétation et si unie qu'elle rappelle la plaine des environs de Brinken ; toutefois, vers le nord, le Baten-Tademalt d'un bleu foncé soulève légèrement l'horizon plus clair. Dans l'étendue uniforme, le moindre vent a libre carrière et prend des allures de tempête; heureusement, vers onze heures, nous campons près d'un ancien puits effondré dont la large margelle circulaire nous abritera des tourbillons de sable. Sur la muraille une couverture est tendue et nous nous asseyons en cercle, les piedh peudant:» duui» l'urilice béaul.

ii mars.

LE ilOlKKLT 63

Bieiit6tiious sommes en vue de « Tit ». La palmeraie se trouve à ro{>po8é du village, masquée par une dune et nous arrivons directement sur les cases basses et à demi-ensablées. Ici le colo* nel nous a proi^is bne surprise : sitôt achevée l'installation pour le soir, nous partons avec lui vers les jardins et vers le puits artésien nouvellement foré. La surprise In voici: dès que nous avons trav«'r.sé le villasre, nous arrivons sur le bord d'une vnste dépression (jui est tni \nc immense [)lein d'eau, d'eau claire et limpide, (jui clapotf à nos pieds et (|ni rétlète à lOpposé les premiers palmiers (pii senihlent y plonffer leurs rarines. Le lac s étale en plein sable [)erniéable et la chine vient y bîtigner ses pontes, hans l'aridité désertitpie, an milieu d'une zone qui se meurt fant»' d'eau, ce lar est dcraisonnablt' 1 l,e colonel sourit de ma surprise ; nons [)récétl;int. il longe la dérivation qui doit sous le village diriger l'eau du lac vers des cultures écartées et nous conduit dans la palmeraie jusqu'au puits artésien. D'une vasque de terre entourée de nattes. Peau bouillonne et jaillit â grand débit et forme en sortant du tube foncé dans le sol comme un énorme champig^non liquide. Mille ruisselets de toutes tailles divisent 1 eau vers les jardins, mais l'énorme trop-plein va droit au lac. Le colonel nous explique qu'au forage l'eau s'élança avec une abondance tellement imprévue qu'on ne put l'écouler tout entière et qu'elle vint alora former an fond de la dépression ce lac artificiel dont le débit du puits entretient le niveau. La napp^ d'eau durera jusqu'à ce que puisse avoir lieu l'irrigation régulière des nouvelles cultures que les Arabes peuvent tenter désormais. «

Un autre pîiits artésien avait été foré anté^eurement è celui-ci, dans une autre partie du village ; son débit tout d'abord conridérable, s'est affaibli p< u à [>cu et maintenant il ne fournit qu'à peine quehiues litres inutilisés.

Au retour au village de Tit, un Arabe s'avance vers moi et m'assure m'avoir vu. l'an passé, h Taodéni ; de fait en rappelant mes souvenirs, je trouve de values réminis( ences qui semblent r enchanter et ipii provocjuent de sa part cent poitrnées de main mêlées de salutations et de bissimilali ! l'ondant notre absence, Niéger a l'ail prendre uu village du »ucre» du tiié, de» bougies.

CARN£T DE ROUTK

Sans doute il pi^èpare quelque expédition nocturne et comme il lit mon désir de le suivre dans sa promenade qui sera, je le devine, pittoresque, il m*invite aimablement à raccompagner après le repas jusqu'en une case indigène. Je me figurais si réelle rimpossibilité de pénétrer dans les intérieurs arabes que cette offre m'enchante et que je trépigne d'impatience devant Talion' gement interminable des plats de cous-cous, des poulets cuits dans la graisse, des cliorb.is ( 1 ), du méchoui, des dalles, du miel, du café. Kiiliii nous partons. I^a nuit est très sombre et dans l'intervalle des maisons l'obscurité est totale ; beureusenicnt le but de notre excursion est proche. A une porte en contre-bas et »|ni serait ensablée n'étaient les déblaiements journaliers, N iéiicr fraj)[»e iloucement. Sans doute nous sommes attendus, car nous entrons aussitôt sans enquête. La pièce où nous sommes étroite et fumeuse est éclairée seulement par un feu de quelques brindilles de bois et la clarté vacillante est si faible que les deux extrémités restent obscures. Autour du foyer trois femmes sont accroupies, immobiles et si complètement voilées dans des haicks salis que leurs yeux même ne se voient pas; un petit enfant tout nu, contre la muraille nous jette des regards mauvais. Par terre nous nous asseyons sans mot dire ; puis après un temps, Niéger prononce la salutation arabe de laquelle une des femmes répond par les mêmes mots. La conversation s'est engagée ; sous les haicks relevés les yeux se montrent étonnés, puis les figures se dévoilent. Une des femmes est vieille et ridée et la main qu'elle avance pour attiser la flamme est jaune et parcheminée ; l'autre est une servante, au teint foncé, aux traits lourds et sans grâce; mais la fille de la maison est toute jeune encore, * assez clttire de peau ; le visage est gracieux et les lèvres minces ; les yeux noirs très grands et bleuis seraient beaux n'étaient les paupières bridées et tirées. Niéger maintenant raconte en arabe des hiSioires drôles qui font rire et qui chassent la timidité, mais dont je ne comprends que quelques bribes au passatre. Le bambin lui-même s'est amadoué ; il s assied près île moi et nja lanterne électrique qu'il retourne eu tous sens lui cause un etoone-

. (I) CItortM : sorte du macaroni iudigèM.

I*afçe »i Wz/f Planche XV

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