‹ Dactylologie et langage primitif restitués d'après les monumentsChapitre 12 sur 83 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Aussi longtemps que les sèmes dactylologiques n'eurent enfanté les lettres, la graphie ne devait être que représentative : elle se bornait à rappeler le son en reproduisant des objets dont la première articulation vocale était, pour l'oreille, identique et homophone à celui que l'on voulait faire connaître. Telle fut l'origine de l'écriture hiéroglyphique; l'usage s'en prolongea longtemps après la graphie orientale, puisque nous la trouvons dans Alexandrie peu de temps avant notre ère : l'écriture appelée hiératique par pléonasme est l'abrégé de la graphie hiéroglyphique '.

Les noms hiéroglyphiques de Ptolémée et de Cléopâtre, lus pour la première fois par le docteur Young3, ayant servi de base au système qui prévaut encore, il

1 Sylvestre, Paléographie.

2 Aperçu sur les hiéroglyphes d'Egypte, par M. Brown ; Paris, 1827, in-8°, p. 37 (trad. de l'anglais). Les deux petits signes qui accompagnent le dernier sigle de Aéra; sont les sigles de Qov et Tixtw , caractéristiques

du féminin.

ito EGYPTE.

n'est pas hors de propos de faire voir combien leur contexture esl d'accord avec les notions qu'il nous a été donné d'acquérir sur cette matière. (Voir notre pi. v.)

Les Égyptiens, en l'absence de lettres, peignirent les objets dont la protophonie reproduisait l'articulation nécessaire à la prononciation du mot; ils dessinaient des objets matériels, et par le son initial de leurs noms, ils parvenaient à désigner les choses intellectuelles : un procédé moderne tout semblable a dirigé les auteurs des abécédaires de l'enfance.

M. Champollion le Jeune reconnaît ' que les figures hiéroglyphiques servent à la graphie grecque des noms propres, ce qui est exact; mais pour arriver à l'entière découverte de la vérité, il fallait comprendre que les hiéroglyphes s'expriment dans la langue patriarcale, et ne pas s'obstiner, comme on le fait, à donner leur explication à l'aide de la langue copte, née après le christianisme.

La synthèse révèle une langue patriarcale se prêtant aux nombreux dialectes enfantés par les peuples nomades et par leurs pérégrinations vers toutes les latitudes. Ce n'est pas une médiocre découverte que la preuve acquise par les monuments et les faits matériels qu'ils constatent, qu'alors presque toutes les nations de l'antiquité possédaient un lien commun, parlant aux intelligences supérieures de tous les pays, et remplissant, dès le commencement du monde, l'office que la langue latine remplit encore aujourd'hui dans le monde litté-

1 Précis du système hiéroglyphique, t. II, pi. vi.

raire. Les Assyriens, les Indiens, les Égyptiens, les Mexicains, les Grecs, les Romains, et plus tard les chrétiens, tous possédaient la même dactylologie, les mêmes sèmes, exprimant une même linguistique. Les Gaulois, chez lesquels César reconnut soixante-dix patois différents, possédaient, comme tous les peuples, la langue sacerdotale et savante :

« Druides, in omnibus fere publicis negotiis privatisque ra- « tionibus, litteris grsecis usos fuisse. » (Csesar, de Bello gallico, lib. vi. j

La traduction des hiéroglyphes égyptiens, par l'intermédiaire de l'antique langue des Hellènes, pouvait paraître un paradoxe; les monuments archaïques se chargent de produire cette vérité au grand jour, et ce ne fut pas sans surprise que nous vîmes les alphabets hiéroglyphiques * se traduire par des appellations grecques, dont le sigle rappelle la phonie, en l'absence des lettres inconnues encore à l'époque d'Homère, et dont l'usage ne s'établit, chez les seuls savants, que vers la fondation de Rome. (Voir le Tableau de la protophonie à notre planche xxxvm.)

Les dessins graphiques des hiéroglyphes primitivement destinés à la religion, ornèrent bientôt les monuments sacrés et historiques; ces représentations parlaient aux prêtres, aux érudits et aux classes supérieures,

1 Tels que les ont publiés M. Brown, Aperçu sur les hiéroglyphes, Paris, 1817, in-8°, figure après la page 80; et M. Charopollion jeune, Précis du système hiéroglyphique , Paris , 1827, in-8°, Tableau du système, pi. VI.

à l'exclusion du vulgaire, divisé par ses nombreux patois. On gravait sur les obélisques de Mempbis et de Thèbes les hiéroglyphes dans la langue sacrée, celle de Thésée, d'OEdipe, de Ménélas, la plus ancienne que les hommes aient parlée, et prédestinée à devenir celle de Périclès et d'Alexandre.

Les caractères phonétiques exprimés et sous-entendus, suivant les dessins hiéroglyphiques, sont grecs comme l'appellation des objets matériels.

C'est en comparant le petit nombre des noms d'hommes et des noms de lieux, déchiffrés jusqu'à ce jour, ■ malgré l'ignorance du principe, qu'on a pu mettre à la place des figures la lettre représentée par la protophonie, et classer dans un vain ordre alphabétique ces mêmes objets figurés, dont aujourd'hui nous retrouvons l'appellation patriarcale, grâce aux travaux de nos devanciers et à la certitude que donne l'appui des monumenls. Du nombre des objets matériels susceptibles de constituer ces alphabets à toujours incomplets, il résulte que les inscriptions nouvelles montrent sans cesse des sujets nouveaux, dont les appellations demeurent à trouver avant de pouvoir être classés suivant leur protophonie : ainsi, il resterait toujours à expliquer les inscriptions composées avec des images dont les initiales n'auront pas été cataloguées ou alphabétisées, suivant le mode qui semble avoir prévalu.

Insuffisants, nos lexiques grecs ne fournissent que des traductions approximatives; nombre de choses matérielles ne sont point rappelées, ou apparaissent sous une dénomination qui ne caractérise plus l'objet si loin

de,nos souvenirs, de nos usages, et qu'aujourd'hui il est difficile de qualifier avec précision.

Il nous suffit de montrer que la langue sacrée ou hiéroglyphique des Égyptiens n'est autre que la langue patriarcale elle-même; nous nous gardons de suivre les archéologues modernes dans le labyrinthe qu'ils se sont créé, ne s'inquiétant guère s'ils pouvaient attacher le fil au point de départ.

L'incertitude de la valeur des premiers signes phonétiques, variables suivant les temps et les lieux, leur emploi comme sigles, indiquaient sans le fixer un texte qui doit être complété, comme faisaient encore les Romains en inscrivant sur leurs étendards SPQR; sigles à toujours incompris, si nous n'avions appris d'ailleurs qu'ils signifiaient Senatus populusque romanus '. Les savants ont dédaigné des limites aussi simples; ils ont inventé le symbolique , Y emblématique , Y allégorique, le tropique, Y énigmaiique , Y idéographique , etc., ouvrant ainsi un champ incommensurable aux divagations de toutes sortes. Ils appellent ensuite comme auxiliaires, et peut-être à dessein de restreindre le nombre des compétiteurs, les langues arabes, hébraïques, samaritaines, phéniciennes, coptes, etc., une à une, deux à deux, toutes ensemble, sans se soucier le moins du monde des formes hybrides, des excentricités, voire même de la raison.

1 On vient d'écrire que les sigles avaient été inventés pour rendre la science inabordable : cette assertion est incomplète ; les sigles constituèrent le premier mode graphique; il n'est pas étonnant de les voir reparaître lorsqu'on se mit à écrire les langages vulgaires.

Le public, peu initié aux prétentions des archéologues officiels, admettra difficilement ce qui précède. « Dis- « puter à la science ce qui constitue son domaine, il y a «dérision; on lit les hiéroglyphes, et partant plus de « mystère. » Malheureusement il n'en est pas ainsi. Les figures hiéroglyphiques, interprétées par des auteurs postérieurs au christianisme qui ne possédaient plus l'intelligence de l'acrologie, ne sauraient conduire à la solution du problème. La langue exprimée par les inscriptions hiéroglyphiques demeure encore inconnue. Le copte, qu'on s'obstine à y voir contre toute réalité, a rendu vains les efforts des plus patients investigateurs : le copte, dont l'alphabet comme la lexicologie est une corruption et une provenance du grec de l'école d'Alexandrie, ne saurait prendre la place de la langue patriarcale, proclamée par les monuments de presque toute l'antiquité.

L'idéologie, les symboles, les inductions, ne peuvent être que des appréciations variables, des hypothèses élastiques, des suppositions capricieuses; passer de l'ordre matériel à l'ordre métaphysique, interpréter d'une manière fantasque des signes graphiques, c'est se donner toute latitude aux dépens de la vérité.

L'antiquité ne fit subir aucune altération phonétique aux noms propres.

Les noms servent mal l'interprétation linguistique; ceux de Paris, de Londres, de Napoléon et de O'Connell, ne se traduisent pas, et demeurent presque identiques, à la prononciation près, en passant dans tous les langages. Bien que l'analyse de ces noms fasse connaître

les éléments de leur formation primitive, révèleront-ils dans quelque mille ans la langue dans laquelle ils se trouveront intercalés? Une phrase le dirait, cette phrase reste à trouver, comme la langue des obélisques, dont la généralité devait être plus grande que le latin de nos inscriptions modernes : en employant un dialecte vulgaire, on fût tombé dans la pire des conditions : celle d'être seulement compris par un petit nombre de la. classe infime, s'intéressant aux inscriptions autant qu'à l'histoire qui n'est pas celle de ses besoins immédiats.

Au moyen de la protophonie des objets matériels, les Égyptiens, en l'absence de lettres, parvenaient à exprimer les choses intellectuelles que le dessin était impuissant à faire comprendre.

On a saisi à travers les siècles quelques fragments isolés, sans analogie avec la masse des monuments qui demeure à expliquer, sans lien pour se rattacher, ou pour n'être pas en contradiction avec ce qui subsiste d'objets similaires. Non-seulement on ne sait presque rien , mais on n'est pas même sur la voie de connaissances positives; et lorsque l'on proclame bien haut que tel fait est acquis à la science, il se trouve que cette science n'est pas même soupçonnée; ce qui n'empêche pas la tourbe moutonnière de répéter qu'on lit les hiéroglyphes couramment, et qu'on déchiffrera les écritures cunéiformes sans laisser place au plus léger doute!

La série alphabétique ne s'est établie qu'ensuite de la valeur précise des caractères : nous savons maintenant qu'un alphabet hiéroglyphique complet est impossible,

Ofi EGYPTE.

parce que le nombre des objets composant l'arsenal de

la protopbonie est incommensurable.

Les dénominations systématiques compliquent l'iconographie égyptienne, autrement l'écriture par figures; elle se compose tout simplement du langage d'action représenté par des dessins expressifs, et du langage articulé exprimé par des peintures fictives, dont l'initiale phonétique des objets reproduits compte seule pour la composition du mot, résumé de toutes les protophonétiques. Il devait en être ainsi en l'absence des lettres proprement dites; la phonie du nom des objets matériels dessinés, présente à l'esprit de tous, permettait d'articuler le son initial, sans autre auxiliaire que les adjonctions semblables à celles exigées par les inscriptions lapidaires.

L'habitude des modernes d'interpréter les mots antiques suivant les idées actuelles, et le parti pris à l'avance de soutenir les hypothèses préconçues, donnent la clef de toutes les aberrations.

Les quatre manières d'écrire usitées parmi les Égyptiens, relatées par Clément d'Alexandrie, et sur lesquelles les modernes disputent toujours, sont en réalité, après les avoir mises en concordance avec les monuments antiques existants,

Dénominations antiques.

1" Le démotique, digité en action. épistolographique.

2° Le monumental, rébus dessinés, tropes acrologiques. hiéroglyphique.

3° Le cursif, digité graphique abrégé. hiératique.

4° Le siglique , abrégé mnémonique. symbolique.

Ces manières, sauf les dénominations antiques, étaient connues des calligraphes septentrionaux érudits, jusqu'à

l'avènement de la graphie vulgaire. Le monumental orné ou tropique, Qenrep Tpoiciscwç ypaçsTai, consistait en dessins de figures mnémoniques, formant, par les initiales alphabétiques de leurs noms, la composition grammaticale du mot que l'on voulait écrire: Ata twv TrpwTtov

Il est évident qu'au moyen du symbole, de l'allégorie et de l'idéologie, on peut tout interpréter et irouver dans le fantastique des nuages matière à faire briller une prétendue sagacité. La science égyptienne du xixe siècle entraîne ses adeptes à quitter l'ordre naturel, matériel et graphique pour les innombrables spéculations de la métaphysique, et à se lancer dans les espaces imaginaires.

On ne saurait mettre en cloute l'érudition des archéologues de la prétendue science égyptienne; le dernier ouvrage sur cette matière 2 explique mieux que nous ne pourrions le faire l'état de ces problèmes devenus si compliqués, bien qu'ils appartiennent aux premiers âges du monde, c'est-à-dire à ce qu'il y a de plus simple3. Le trop savant auteur termine l'œuvre, confessant son insuffisance, sans être plus indulgent pour ses devanciers, auxquels il refuse l'intelligence vulgaire.

« Ces remarques, si elles n'ont pas tout à fait le cachet « de l'évidence, ont du moins, je crois pouvoir l'espérer,

1 Clément d'Alexandrie.

* Lettre sur l'interprétation des hiéroglyphes, par M. Michelange Lanci ; Paris, 1847, in"8°-

3 Éléments carlovingiens, p. 12.

« celui du sens commun, tandis que plusieurs interprète tations données par les archéologues peu versés dans «la science égyptienne, en sont trop souvent dépour- « vues '. »

Un écrivain du xvie siècle a révèle l'antique manière hiéroglyphique, que nous appelons tropes acrologiques, par la nécessité où nous sommes d'y comprendre le mode employé par les calligraphes wallons, aux ixe et xe siècles :

« Per notas hieroglyphicas, atque per rerum aiiimaliunique « figuras, tacite sermonem exprimi posse 3. «

Suivant cet auteur, le caractère graphique était indiqué par un objet dont le nom commençait par la phonie initiale qui devenait sigle 4 :

« Nominum verborumque primas literas notabant 5. »

Aulu-Gelle, voulant faire comprendre la manière dont Jules César écrivait à ses familiers, désigne les signa ou sigla, qui étaient une seule et même chose, par litterœ sîngulàrîœ sine coagmentis sjllabartim 6.

1 Lettre sur l'interprétation, etc., p. 189.

2 J. B. Porta, de Furtivis literarum notis vulgo de Zif'eris, lib. iv; Neapoli , i563, in-4°, cum figuris.

3 Ibid., p. 28.

4 Ibid.", p. 38.

5 Ibid., p. 4.

6 Voir ci-dessus.

Ainsi, d'après Porta,

Aures signifiait

Barba

Caput

Dentés

Epar

Frons

Guttur

Huraeri

Ilia

Lingua

Manum

Nasus

Oculi

Palatum

Quinque digiti

Renés

Supercilia

Tempora

Venter

L'auteur de cet alphabet, dont nous avons reconnu la sagacité, se trompe en ce sens qu'il emploie des sujets rpje l'on serait porté à croire spéciaux, tandis qu'en réalité chaque lettre pouvait être représentée par tous les objets ayant une phonie initiale commune.

Dans la série protophonétique, le son initial invariable frappe l'oreille d'une manière constante, tandis qu'on sépare sans difficulté les sons variables qui suivent, pour n'en tenir aucun compte.

Le système alphabétique est secondaire quant à l'ordre et aux degrés; on reconnaît toutes les phonies primitives dans le tableau protophonétique égyptien : l'H est

une aspiration', le J consonne une gutlure adoucie, aussi bien que le W; le Q, c'est le K antique, comme l'U est l'Y des Hellènes 2.

Les scribes introduisirent, de siècle en siècle, les degrés et les coutumes ortbographiques prédominantes à leurs époques.

La lumière émanée du monument linguistique de Charlemagne ne permet plus de suivre les philologues modernes dans leurs aberrations. Privés du point de départ et d'unité, ils accumulent des phrases spécieusement savantes, en réalité sans valeur; ils fabriquent un labyrinthe sans issue, de telle sorte que la vérité serait condamnée à n'en sortir jamais, si l'antiquité tout entière ne venait apporter les preuves matérielles du langage d'action, de la dactylologie, et des signes primitifs qui se fixèrent sur la matière.

Un auteur récent 3, malgré son savoir et peut-être à cause de«ce savoir, ne peitt sortir des complications inextricables qu'il reproche à ses devanciers; il voit une langue sacerdotale, mais il fait de vains efforts pour la reconstruire. Porphyre l'appelait la langue des pères; Jamblique, la langue des philosophes; Isaïe, la langue des érudits, et Homère, la langue des dieux4. C'est la langue sacrée ou hiéroglyphique 5.

■ C'est l'esprit rude des Grecs, œuvre des copistes.

2 Cette voyelle devenait consonne, par l'adjonction du digamma colique. Oivoç , Utvo; , Foivo; , Vinum. — Ulyssingue , Flessingue , etc.

3 M. de Brière, Essai sur le symbolisme antique d'Orient; Paris, 1847, in-8\

i Son tableau, p. i3, 14 et i5.

5 George le Syncelle, Manélhon, Diodore, Jamblique, Lucien, etc.

EGYPTE. loi

Cet écrivain ne voit pas que les symboles appartiennent nécessairement à un état social secondaire; le premier culte du premier homme était l'expression simple et naïve de l'adoration.

La langue patriarcale ■ constituait la primitive langue sacrée, flexible par essence, influencée par les climats, et universelle comme l'ensemble des régions. Le symbole, que l'auteur confond tour à tour avec l'allégorie, l'emblème, l'allusion-, la métaphore, etc.2, n'est ici et au propre que le sigle dactylologique, conventionnel d'abord, et littéraire ensuite. Toutefois l'écrivain pose nettement le principe des nombreuses erreurs commises en archéologie : L'intelligence des auteurs ne lient pas uniquement à la connaissance de la langue qu'ils emploient, « elle dépend de la connaissance de la matière : « l'helléniste le plus éclairé rend mal un passage, lors- « qu'il ne sait pas d'avance ce qu'il doit y trouver3. »

2u[/.ëo^ov, convention, signe, marque, caractère hiéroglyphique4, est un de ces mots à valeurs multiples, merveilleux pour les interprétations hasardées, mais impuissant à rien résoudre, si l'on ne saisit sa valeur précise et spéciale par une lumière puisée ailleurs; comme Imiysix 5, qui, dans le sens général, signifie éléments, tandis que, dans l'espèce, il équivaut \paxillus,

' norcpia 9ov?j. Porphyre.

2 Pages 28, '34, 42> 44 > elc-

3 Page a.

4 Conjecture, allégorie , allusion , emblème, métaphore ; primitivement <ruv poAXw, plutôt ffuv fio\j).co.

5 Nous donnons un texte de ce genre d'écriture primitive. (PI. 11.)

steoho1, stock*, pal, bâton, chevillelle, première imitalion graphique des signes digités.

Avons-nous besoin de répéter que Charlemagne nous avait initié à l'intelligence du fameux passage de Clément d'Alexandrie, dans le Problème linguistique universel 3,

Ai« to)v 7tpo)To>v Zxoiyeiwv KuptoXoYtxr).

Langage patriarcal formulé par les chevillettes initiales 4.

Les erreurs prennent leur source dans l'exiguïté du vocabulaire antique et dans la diversité des acceptions. Une énigme est bientôt devinée, alors qu'un seul mot en peut donner la solution; tandis qu'un texte vague, où plusieurs expressions remplissent des conditions élastiques et indéterminées, fait naître une indécision qui permet rarement d'atteindre le but. Si l'énigme n'eût pas existé , le sens évident aujourd'hui n'eût jamais prêté aux divagations; l'explication est réservée à celui qui peut saisir cette lumière venue d'ailleurs, et qui, à l'improviste, rend tout évident.

L'érudit désireux d'expliquer l'antiquité, et persistant à interpréter les idiomes orientaux par les vestiges que nous ont laissés des congénères postérieurs sur lesquels nous possédons quelques données, est-il plus raisonnable que s'il prétendait retrouver la langue des inscrip-

■ Schiller, Glossarium, t. III, p. 762.

2 Des Allemands; subsistant pour nous dans stock-holm , stock-fish, et en français, dans estoc, estocade, d'estoc et de taille, etc.

3 Éléments carlovingiens, p. 14.

4 Initiales, caractères sigliques, acrologiques.

tions modernes, toujours latine, toujours la nièine à Londres, à Naples, à Stockholm, comme à Madrid, parle moyen des langages contemporains des paysans ou des ouvriers d'Angleterre, d'Italie, de Suède ou d'Espagne?

Malgré la complète absence de monuments coptes antérieurs au 111e siècle après J. C, les égyptologues s'obstinen t à donner au récent idiome vulgaire de Thèbes une antiquité des plus reculées, et prétendent par son moyen interpréter les monuments qui remontent aux Pharaons. Un point de départ fallacieux explique la stérilité des efforts tentés dans cette voie. La dactylologie, établie dès le commencement des choses, attestée par les livres saints, proclamée par les myriades de monuments appartenant à tous les âges, prouve qu'elle fut la langue primitive, celle qui servait aux inscriptions de tous les peuples, mais accessible seulement aux sages et aux érudits, comme aujourd'hui la langue de Rome, sculptée pour les inscriptions du monde civilisé: à l'accord des procédés de la haute antiquité vient se joindre l'expérience des faits, pour la solution de tout ce qui était resté à l'étal de problème.

Le texte d'Apulée autorise à considérer les hiéroglyphes comme une écriture en sigles; d'où il suit que, pour la comprendre lorsque toutes les lettres ne sont pas exprimées, il faut suppléer ce qui manque.

En l'absence des lettres, les hiéroglyphes employaient la prolophonie; un objet physique ou un acte matériel fournissait le sigle qui caractérisait l'expression intellectuelle que la peinture ne pouvait faire connaître.

L'étude des hiéroglyphes a, durant des siècles, lassé les efforts de l'intelligence, et passe aujourd'hui encore pour le dernier terme de la science, ce qui prouve surabondamment la défectuosité des systèmes.

En réalité, les hiéroglyphes, rédigés dans la langue sacrée et patriarcale, sont soumis aux antiques principes dont nous sommes le moderne rénovateur. Un papyrus de notre collection, renfermant une prière, vient de nous révéler le procédé de l'antiquité; nous en donnons un fac-similé, pi. xxxix.

Pour parvenir à l'explication des hiéroglyphes, la difficulté consiste à connaître avec exactitude le nom grec des objets représentés; puis, par l'application du procédé acrologique, on voit arriver la phrase que l'articulation des sigles concourt à exprimer. Dès le principe, et en général, un sigle suffisait pour l'indication de chaque mot; ensuite, chaque syllabe eut son sigle; puis les voyelles, si variables, entrèrent dans la composition, et bientôt toutes les consonnes furent graphiées. Dès ce moment, l'écriture cessa d'être énigmatique.

Après les immenses travaux des égyptologues, nous aurions hésité à faire l'application de la protophonie combinée à la langue patriarcale, si nous n'avions été convaincu que les pratiques de l'Egypte devaient se rattacher aux grandes lois primitives.

La traduction des hiéroglyphes de l'obélisque transporté de Thèbes à Paris est ingénue comme l'enfance; la nature du langage siglique cause seule quelque obstacle, inhérent aux inscriptions lapidaires comme à la numismatique; il convient d'avoir égard à l'introduction

successive des lettres supplémentaires, aux seize primitives de Cadmus, et à l'emploi capricieux qu'en firent les scribes.

Les cartouches répétés à quarante reprises sur le monolithe de Louqsor doivent renfermer le trait dominant des inscriptions, proclamer l'idée mère qui a provoqué l'érection du monument, et fixer ainsi les notions chronologiques et historiques.

Ce cartouche important, dont nous offrons les quatre variantes, a été traduit idéologiquement par cette phrase :

«Soleil bienfaisant ou gracieux, soleil gardien de la vérité, « approuvé par Phré (le soleil) * ! »

Fidèle à notre plan, nous n'entamerons aucune controverse; la seule application des coutumes primitives nous fait lire graphiquement sur le même espace et dans la langue des patriarches l'illustre nom Sésostris, resplendissant aux places d'honneur sur les quatre faces du monolithe, accompagné des épithètes : Clément, victorieux, roi légitime*, débonnaire, heureux et affable. (Voyez notre planche xn.)

Les personnages assis, produisant le sigle H de ïtyai, portent sur la tête le sigle de leur nom particulier, un

1 Voir l'obélisque de Louqsor, transporté à Paris, Notice et Interprétation; Paris, Firmin Didot, i833, in-8°, p. 66, 68, 6g.

3 Est-ce le génie de la prescience qui naguère entraîna quelques hommes à inaugurer une constitution républicaine éphémère , au pied de cet obélisque proclamant depuis tant de siècles, de toute sa hauteur et à dix-sept reprises différentes, le bienfait de l'hérédité monarchique?

O à Osiris (cart. n, mi), une plume pour Isis (l'iota, cart. i, m), et deux plumes sur Anubis (cart. iv). Ces accessoires parlants fournissent la preuve que le mode dactylologique était en usage chez les Égyptiens comme chez les autres peuples.

La première ligne, sous les cartouches royaux, se traduit ainsi, en commençant par la droite :

Figures matérielles.

k f f kv A . +

Teyoç, toit,

KXstç, clef,

Dénominations.

KXeiç , Tctivta , clef, ver,

TVyiyïiç, couperet ,

TeÔjjloç, ' règle.

Teyo; , toit,

KXeiç,

clef.

Protophonie.

Sens intellectuel.

TeOpio; Kotpavo;, Katvo; Tcpaç, TXï)u.wv Tijjuopo;, Aat(jt.(ov Koojjtou, légitime souverain , nouveau prodige, hardi vengeur, fortune du monde.

La face (ouest à Thèbes) tournée vers la Seine à Paris porte une variante, qui consiste, pour les figures matérielles, en Taivia, Tu^y/iç, Te8[/.o;, KXeiç,Teyo;, 2Tau.viciv, OipôaXpç, Te8[Ao;, qui fournissent les sigles T. T. T.K. T. 2 O T., donnant le sens intellectuel Tspaç , TXyijawv Ti^copoç, Koipavo; Teâpoç 2E2Î22TPI2 , c'est-à-dire prodige, hardi vengeur, (lé) roi légitime Sésostris *.

1 Plusieurs obélisques portent le cartouche de Sésostris III (voy. Inter-

Les hiéroglyphes placés ordinairement au-dessus des cartouches royaux annoncent la qualité de la personne dont le nom se trouve inscrit :

Objets matériels.

Sà^F^ T^

Dénominations.

OcpôaXfxoç, Sxpouôoç, 2xoXo^, MeXissa ',

œil , oiseau , javelot , abeille.

• Protophonie.

Sens intellectuel.

O 2ê[avo; , 2e6a<7|/.ioi; MeStov,

Traduction.

l'honorable, prince sacre.

La fréquente répétition du même cartouche montre combien les Egyptiens étaient convaincus de la difficulté de faire passer à la postérité le nom des souverains en présence d'une phonie dont le son était l'unique représentant.

Bien que chaque objet matériel exprimât toujours le même sigle, cet objet n'est pas constamment représenté d'une manière uniforme; il varie dans ses ornements et parfois dans sa contexture.

pietatio obeliscorum Urbis; Romœ, 1842, ï vol. in-fol., tab. II, III, VII). La valeur des explications est facile à apprécier.... l'auteur ignorait en quelle langue sont rédigés les textes hiéroglyphiques.

1 L'abeille reine , type naturel de la monarchie , caractérisait les princes régnants.

La ligne hiéroglyphique inscrite dans la courbe d'un serpent à deux têtes, au centre du fac-similé d'un papyrus qui remonte à 335o ans, représenté planche ire, doit se lire de la manière suivante, en commençant par la droite vers la gauche :

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