OK.H02.O.K0.T.A
Ils donnent ce sens :
Les larmes versées élèvent au ciel le défunt purifié, absous, triomphant.
Les autres colonnes portent:
Les pleurs font absoudre le suppliant, etc.
Les pleurs obtiennent le pardon aux mortels, etc.
Le mort est couronné par des funérailles trempées de larmes.
Ainsi les canopes, prétendus dieux , et dont l'usage spécial n'a jamais été bien déterminé, montrent qu'ils étaient destinés à recevoir les lacrymatoires, peut-être aussi quelques parties du corps.
La maxime canopéenne se résume en trois mots, et ces trois mots révèlent tout un code de morale sublime; ils seraient dignes de l'Évangile: Se faire regretter. La révélation de cette pensée prouve combien les Égyptiens ont été calomniés en l'absence d'interprètes : on croit toutes choses, alors qu'on ne sait rien. L'intelligence du bien s'élève ici au grandiose des monuments
Images matérielles. Sens intellectuel.
K a9e8pa. K
H (j.at. H HïeiTai.
0 ejieXiov. 0
£ taupo;. 2
O pyavov. O Oupavose.
K aOeSpa. K
0 e|xe),iov. 0
T aivta. T T\rfmi\.
A (t)hyiyik. A Aaxpuuv.
2 oiYY<">- £ SxopntÇojJiEvuv.
Mortuum ducit triumphus in cœlum purificatum , expiatum , qui consecutus est lacrymas sparsas.
OtX0(l£V(i>.
HïeiTai.
Opia|i,ëo;.
Oupavose.
KaOapôevti.
de ce peuple; l'abus ne saurait porter atteinte au principe primordial.
La quadruple inscription renouvelle la preuve du manque de confiance des Égyptiens dans le procédé graphique, et montre leurs efforts réitérés pour parvenir à se faire comprendre. Ces perpétuelles redites doivent être considérées comme des égypticismes.
Nous avons lu de la même manière l'inscription hiéroglyphique inscrite sur un canope gravé dans l'Antiquité expliquée par Montfaucon ' ; le sens ne diffère guère du titre que nous venons d'expliquer.
L'helléniste désireux de reconnaître l'antique langue des Pharaons fera lui-même application de l'acrologie aux hiéroglyphes matériellement protophonétiques : sa raison déterminera mieux que nous ne pourrions le faire le choix entre les traductions fantastiques, et le mode strictement exact et matériel, transmis par les coutumes primitives. Ce mode étant connu et appliqué, on peut prédire de nombreuses et utiles découvertes.
Une révélation encyclopédique ne comporte pas la multiplicité des exemples dans chacune des branches sorties du tronc patriarcal, et nous oblige à en réduire le nombre.
La facilité avec laquelle nous avons pu lire par voie de conséquence quelques inscriptions appartenant à la langue hiéroglyphique des Pharaons, pouvait nous enorgueillir. Connaissant l'infirmité de l'intelligence humaine, dont l'ignorant seul se prétend affranchi, nous remer-
1 Paris, 172a, in-fol., t. II, pi. i33, p. 322, n04-
cions Dieu de la lumière intermittente qu'il a bien voulu
nous dispenser.
Les lettres ont une valeur déterminée par la piotophonie de la langue patriarcale, ce qui ne laisse aucune place à l'arbitraire; la variation des degrés et la pénurie des caractères primitifs, dont le nombre s'accrut avec l'âge, loin de faire obstacle, confirment au contraire le procédé suivi par le temps, en les soumettant aux mêmes conditions que les inscriptions lapidaires, où les caractères exprimés réclament des lettres supplétives. Il ne pouvait en être autrement jusqu'à ce que la graphie véritable, la graphie en toutes lettres, fût enfin pratiquée.
La corrélation entre les dessins et le texte est parfois poussée assez loin : ainsi le cartouche n° 3", chargé de transmettre le nom du souverain avec l'épithète légitime, montre un œil indiquant la surveillance, Isis la puissance, un sceptre le gouvernement; puis un ophidien se repaissant, suivi des vagues en courroux, figure l'éducation appropriée au prince destiné à contenir le flot populaire.
Nous avons déjà dit que, pour l'interprétation des sigles lapidaires, il fallait dans certains cas une lumière prise en dehors du texte. Ici il est évident que les dessinateurs ont cherché les moyens d'aider à la lecture graphique par le choix et la corrélation des objets représentés.
Une expérience de fraîche date nous fait hésiter à
1 Voir notre pi. m.
généraliser ces rapprochements; nous espérons que la sagacité de nos lecteurs aidera cette lumière accessoire à se fixer.
A l'extrémité supérieure du monolithe de Louqsor s'élève le cartouche à la divinité; le langage d'action exprime la reconnaissance de l'homme ", et l'établissement de la religion, source de tout bien2; un triple sigle 3 indique le ciel s'ouvrant 4 pour ceux qui rendent hommage aux choses saintes5, soutiens des choses terrestres. Arrive immédiatement en nombre sacré l'espèce bovine qui traça le premier sillon6; la préséance fut pour le bras qui conduisit la première charrue; le crochet, qui l'attacha 7 devint le sigle de majesté 8 : le génie du mal apparut bientôt, et prit le même nom9. Après les ornements du cartouche se montre l'abeille, image de la monarchie légitime10; puis les conducteurs de ces grands oiseaux voyageurs en groupes cunéiformes " rendant sensible l'inégalité des conditions et l'aris-
I Ai6avoç, sigle de ).t<r<ro[i.at , prier ; puis npoenwvEw, vénérer. » nXivôoç, sigle de Ihrp), source.
3 Oupxvoç , ciel.
4 KXei;, clef.
5 IepaÇ, sigle de tepo? , saint.
6 Bou;, sigle de Bpaëeu;, Juge, arbitre.
7 Oyxoç, crochet.
8 Oyxo; , majesté.
9 O-pioî, orgueil. La charrue donne naissance à l'autorité légitime, l'orgueil se montre in sinistra.
'o MeXiaaa , sigle de Me8wv 2sêaa\u)i, personnage sacré , à côté S de Steço), couronner, et au-dessous la marque du féminin , sigle de nxiis, enfanter.
II iTpouôoi Xepvoi, honorables; SOevto, avoir faculté, aristocratie. Entre les sigles de Newpov , force , et l'O de Oiuvoç, gros oiseau.
tocratie naturelle. Entre ces deux dessins apparaît le nom du souverain lié au principe indispensable à la prospérité comme au bonheur des peuples \
Ce granit presque étemel est destiné à rappeler, aux nations qui ont le malheur de l'oublier, la primordialilé des lois nécessaire à la conservation de la société 2.
Les trois colonnes qui suivent la prière (face vers la Seine, voir notre planche xl) se lisent ainsi :
n^Yri 3
Origine.
Oupavou
KXeic
Ispov
BaciXeuç
Oyxoç
Oç6aX(io; HXtxoç TifAMpoç Moytç.
Aiwv PuTïip Kupou.
Tyipy)Tï); Hv£Xï]î Tiu.a>po; Moyi?.
Nous lisons au plus haut du monolithe (face vers la Seine), sur la colonne verticale presque imperceptible et la plus rapprochée du suppliant :
KaSapicrov SeawUTpiv Suroipa TpocfEa.
Purifiez Sésostris le libérateur et notre nourricier.
1 L'hérédité, simulée par un serpent, élevé en prévision de ses devoirs futurs.
1 Avant les Sésostris, il n'y eut que des rois pasteurs. L'origine du monde apparaît ici dans toute sa candeur, ainsi que l'absurdité d'une préexistence de milliers d'années, inventée pour détruire la chronologie véritable.
i Origine. La religion clef du ciel, appui du peuple (Patri; Xeio), majesté, œil immense et vengeur, éternellement gardien de l'autorité, surveillant continuel, à regret inexorable.
La première colonne, un peu plus élevée, contient la réponse :
Tuyj(avêi Tpi? ÏEpaç Tafjuaç , Nvjtptov Netxou , Tatuv AXOoixevtp Aïijxw :
Il gagne le pardon , le très-illustre administrateur, prévenant la guerre , se glorifiant de rendre le peuple heureux :
BauiXau; TXuxuç.
Doux soutien de ses peuples.
Si l'on demandait pourquoi les figures hiéroglyphiques, rappelant un même objet, varient dans leurs formes, nous répondrions que, craignant de n'être pas compris par la postérité, les Égyptiens changeaient les images destinées à rappeler le son acrologique, espérant qu'un nom n'étant pas saisi, un autre aurait plus de chance; peut-être aussi les différences prosodiques étaient indiquées par la diversité du dessin. Ainsi l'œil entier pouvait signifier Y oméga, tandis que la seule prunelle rappelait Y omicron; de même Yétà, représenté par un personnage assis, devenait une plume lorsqu'il fallait un epsilon, etc.
Le nombre des objets propres à représenter les sigles est illimité; toutefois l'usage affectionnait certains de ces objets que l'on retrouve toujours, tandis que d'autres apparaissent rarement : la comparaison des textes révèle un choix approprié à l'importance et au caractère spécial, et propre à établir une corrélation de convenance entre les objets figurés et la nature de l'inscription : ainsi, le S est représenté par un sceptre dans le cartouche de Sésostris; autre part la même lettre appelle un strigile, et ailleurs une spatule, une spirale, etc.
Ainsi, dès le commencement du monde, les premiers principes furent gravés sur la plus indestructible des pierres :
Amour de l'homme vers son Dieu , amour de Dieu pour la vertu; la bienfaisance appelant l'agriculture, la famille, la légitimité, etc.
L'étude des hiéroglyphes aura désormais l'avantage d'initier aux idées, aux mœurs et aux pratiques de ces peuples primitifs, par la nécessité de placer la qualification propre sous chaque objet matériel , choisi dans tous les états, dans tous les ordres et dans toutes les conditions ; comme aussi de signaler les actes matériels, mine plus féconde qu'on ne saurait l'imaginer d'abord. Lorsque la nomenclature sera autant complète que le permet la multiplicité des objets, et la pratique amènera ce résultat par comparaison et par l'indispensabilité de certains sigles, révélés souvent par leur position: alors toute difficulté s'aplanira, et l'interprétation des hiéroglyphes deviendra plus facile que la lecture des inscriptions antiques, à cause de la simplicité des monuments primitifs.
La dactylologie et la protophonie constituent les deux modes employés par les premiers hommes pour la transmission de la pensée : la dactylologie indiquait immédiatement et seconda d'abord la parole, tandis que la protophonie , employée comme graphie seulement, pouvait se servir du nom des objets en connexion avec l'esprit du texte, sans obvier au grave inconvénient de surcharger la mémoire d'appellations qui ne font pas
partie du sujet, et n'offrent un sens intellectuel que par réflexion, et pour ainsi dire de seconde main.
Quoi qu'il en soit, nous sommes heureux d'avoir vu ces mystères se dévoiler par voie de conséquence, et par l'application logique des coutumes primordiales. Les provenances de la céramique étrusque montrent l'emploi continuel des deux modes combinés; nous regrettons de ne pouvoir ici nous livrer à des développements qui ont un grand attrait. L'antiquité offre des nouveautés de toutes sortes; on répète à grand tort qu'il n'y a plus rien de neuf sous le soleil : interrogez les monuments archaïques sans parti pris d'avance, sans système, et vous verrez à l'improviste une foule de vérités s'élever contre les erreurs consacrées par bon nombre de livres imprimés, jouissant du crédit le plus populaire.
La quantité d'objets antiques sincères, parvenus jusqu'à nous, protégés et abrités par le respect des Égyptiens pour les tombeaux, et l'usage de réunir près du mort le petit mobilier de prédilection, fourniront désormais une immense récolte à l'interprétation positive : le papyrus, le bois, le gypse, la pierre, l'émail, le bronze, les statuettes, scarabées, ophidiens, amulettes, talismans, etc., surchargés d'hiéroglyphes, apprendront plus à la science par le sens direct de leurs inscriptions, par leur véridicité et leur spécialité, que ne peuvent le faire les énormes traités idéologiques modernes écrits en toutes lettres, mais pour toutes sortes d'hypothèses gratuites.
Un bas-relief de notre collection , en marbre d'Egypte, représente deux personnages assis, tendant l'un vers
us EGYPTE.
l'autre deux mains portant deux colombes $a<j<ja, pro-
tophonie de 4>0eyYo[Aai , parler oralement, tandis que les
doigts forment le sigle A de Au&yi, discours : c'est la pro-
lophonie et la dactylologie cédant la place au discours
parlé.
Les sophistes modernes ne reculent devant aucune difficulté; ils admettent, expliquent, démontrent même, avec une imperturbable assurance, ce qui est radicalement impossible, certains de capter l'admiration du grand nombre, appréciateur exclusif du bruit..
La triple inscription de Rosette n'est point une version trilingue: c'est tout simplement une triple transcription du seul texte prohellénique en trois graphies différentes : hiéroglyphique, démotique et classique; c'était le moyen de s'adresser au prêtre, au vulgaire, puis aux lettrés de l'école d'Alexandrie. Lorsque le texte hiéroglyphique pourra fournir les sigles grecs, on aura toute facilité pour comprendre le démotique, qui ne saurait différer essentiellement du grec classique delà troisième graphie, tracée de gauche à droite. Il est à regretter que la portion supérieure du texte hiéroglyphique, où réside la pensée première, soit détruite, ainsi que la partie de droite qui composait le commencement du texte. L'inutilité des efforts pour obtenir une traduction rationnelle ne peut surprendre, puisqu'on s'est obstiné à y voir un texte en langue copte.
Les égyptologues se réuniraient vainement pour étouffer la vérité; leurs nombreuses voix viendraient expirer au pied des monuments archaïques, qui, debout, innombrables, manifestes, convaincants, se montrent
à tout ce qui ne ferme pas les yeux : ils parleront dans l'avenir, comme ils parlent aujourd'hui. Si leur nombre était insuffisant, il s'accroîtrait chaque jour de tout ce que l'amour de l'antiquité peut faire sortir du sein de la terre, désormais révélatrice.
Nous possédons la statuette égyptienne en bronze d'une nouvelle accouchée; elle porte sur la tête l'O de Ouffta, vie, âme, existence {donnée)', ce sigle entouré de deux cornes, Kepare, forme la protophonie de Kuew, engendrer: la femme exécute des deux mains le sigle dactylologique de A«^i>.yi , féconde , dont elle semble s'enorgueillir *.
On aperçoit au plus haut de l'obélisque, vers l'angle de droite, un O accompagné de la double B^eMa2, si fréquente dans l'iconologie égyptienne 3; le premier est sigle de Oucia et de Oiyop.ai, rendre l'âme; la seconde, protophonie de Bio;, vie; les ailes, IÏTepco,- fournissent l'acrologie de IIeT0(«u, s'envoler.
La tradition nous a conservé celte figure, qu'on rencontre sur les grands monuments de nos cimetières. On a cru au symbole, lorsqu'en effet c*est la réunion de deux signes appropriés: des cornes naissantes, quand il s'agit d'entrer dans la vie; des ailes, alors qu'il faut retourner vers le Créateur.
Les deux yeux , 0<p9a>.u.w , dessinés en tête de bon nombre de stèles, forment la protophonie de O'jcta; ils sont en effet le miroir de la vie, de l'existence, et
' Les antiquaires y voient Isis et son fils Orus.
2 Plus anciennement IlT£>Xa, sigle de ntepov. Anima carnis in sanguine est: Lévit. XVII, n et \\.
3 Description de l'Egypte, passim.
remplacent ou accompagnent le cercle psychologique.
Les distinctions analogues paraissent nombreuses; ainsi les êtres alors vivants portaient parfois des fleurs sur la tête, AvOyi , sigle de AaÇw, respirer, exister, fleurir.
Horapollon florissait sous Théodose. Il en est de cet auteur comme de Sanchoniathon; leurs œuvres, répandues par la tradition en langage vulgaire ou en sigles ', ont été graphiées en grec postérieurement. La majeure partie des traductions hiéroglyphiques de Horapollon sont des équivalents du mot acrologique, inspirés par le sens et non par la lettre, qui conserve l'avantage de l'exactitude et de la spécialité. Alors que l'auteur n'a signalé que des à peu près plus ou moins d'accord avec la protophonie qu'on ne connaissait plus, le mot prohellénique traduit en latin cessait d'avoir une même protophonie. Aussi les traductions ou explications semblent dès lors ne se rattacher à rien, si ce n'est à une analogie controversable.
Notre auteur est plus heureux lorsqu'il parle de la phonie et de la dactylologie primitive.
To Xe-ysiv <Tï]|jt.aivovT£i;, y\<)i(j<saM xoei J(£lPa uitoxaTio Ypacpouui, rr\ [A£v y^wtov) Ta upioTEia tou Xoyou (pepeiv 8eSu>X0Teç, t»i Se ytipi, <oî Ta tt)ç ykiaa<n)i; 6ouXï)[AaTa Suvouuï), Ta SeuTEpa '.
• Serraonem innuentes, linguam , subtusque manum pingunt : linguœ quidem primas in loquendo ascribentes; manui vero, ut quae lingua? placita exequatur, secundas partes.
1 Peut-être même , en copte , pour Horapollon , i\' siècle.
2 Hori Apollinis niliaci hieroglyphica , lib. I, § 17.