‹ Dactylologie et langage primitif restitués d'après les monumentsChapitre 18 sur 83 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

L'E dactylologique était le sigle naturel de E12 (un), EKEI (là, ici); il est probable qu'un de ces mots servit à sa dénomination.

La main fermée, ayant le pouce ou l'index proéminent, formait le iod des Samaritains, E ou I, ordinairement H ', appelé encore par les Hellènes itcc. Il est évident que le sème démotique n'est que la représentation graphique du geste digité.

Une autre raison peut-être fit, dès le principe, donner à la lettre E la primauté parmi les voyelles. Les premières fonctions de l'espèce humaine furent manger, marcher; E^co, Ew; edo, eo; et le lieu préparé par le Créateur pour recevoir le premier homme s'appelait \7$, Éden, équivalant à Proventus, Ubertas. De la même

1 Voir la stèle égypto-phénicienne gravée planche liv ci-après : Osiris fait le sigle de H8v;, doux , débonnaire.

racine, en arabe, se forme un adjectif qui signifie velox, celer, properans.

Les verbes primordiaux et identiques grecs et latins E£w, Ew, edo, eo, résument les premières fonctions des hommes, comme eden, eten, essen, (G)aen, gon, goe, dans les langues septentrionales, signifient manger, marcher, d'où l'on serait porté à conclure que Eden était ainsi appelé parce que l'on pouvait y manger, y marcher sans danger.

La phonie des mots primitifs contractait un rapport marqué avec le mouvement du geste qui lui donnait naissance.

Les voyelles hébraïques se suppléant les unes les autres, on ne saurait les trouver rangées dans un ordre numérique constant; les signes de Cadmus avaient cette versatilité, et par conséquent cet inconvénient. Il devait en être ainsi; les consonnes ne peuvent se faire entendre sans l'adjonction des vocales; de là l'antique usage de la suppression des voyelles, parce que la voix les prononçait forcément.

Les chiffres romains ne sont que des sigles : C = Centum, comme M = Mille; tandis que V et L forment le sigle de quinque, quinquaginta; le X se compose de deux V, l'un dessus et l'autre renversé; les unités dactylologiques sont comme les entailles employées par les gens privés d'instruction.

Dès le principe, les conventions numériques, au delà de trois, étaient plus versatiles encore que les signes-lettres. Les lettres ne pouvaient offrir à la numération une fixité qu'elles ne possédaient pas même sous le rapport

phonétique : de là les anomalies dans les supputations chronologiques des plus anciennes nations; anomalies devenues un texte inépuisable de controverse et de scepticisme.

La versatilité des voyelles subsiste encore dans les idiomes dérivés immédiatement de la langue patriarcale; leurs verbes, essentiellement hétérophones, changent de vocales dans leurs différents modes : tels sont l'hébreu, le grec, le théotisque, l'allemand, le belgo-batave, etc. C'est la preuve du plus haut archaïsme.

L'analyse montre les jargons primitifs aux prises avec les hiatus; les patois, en se formant, se chargèrent de toniques, et l'euphonie se modula graduellement et par contraction; les Hébreux donnèrent l'exemple de l'emploi des toniques, en ajoutant l'iod avant les affixes, sans que cette lettre appartînt ni au nom ni au pronom *.

Chez les nations modernes, et surtout en Italie, chaque cité importante possède la langue du beau monde et le patois du vulgaire.

Descendue du Caucase, la langue d'où est issue celle des Hellènes resta seule l'interprète du langage d'action; dans ses pérégrinations, elle se divisa en nombreux dialectes.

Les variétés phonétiques des dialectes d'Homère faisaient les délices de ses compatriotes.

Hérodote rapporte que Phémius, père adoptif d'Homère, était, à Smyrne, maître d'école et de musique*; il

1 Audran , Grammaire hébraïque; Paris, i8o5, in-fol. obi., tabl.vi. 1 On a mis en doute l'authenticité de l'ouvrage qui seul fournit d'intéressants détails biographiques sur Homère : le scepticisme peut tout ren-

ne pouvait enseigner la graphie jusqu'alors inconnue; le prince des poètes fut instituteur musicien; l'instruction ne se séparait pas de la musique, fille de la mémoire ".

Au musée degli Studj , à Naples2, se trouve la figure de bronze représentant un Silène gesticulateur, aux index disproportionnés, comme les doigts de la figure étrusque reproduite pi. vm.

Ces index forment ici le sigle E de Éwco, manifesto, fari manu, manifester, gesticuler, dans le sens établi page 37.

Nous pensons que cette statuette représente Glaucus deCaryste, mentionné par Pausanias, <jjua[/.axouvToç £e 0 avopiaç xape^erai cyjnpx, oxt 0 rXauxoç nv eiuTYi^eioTaxo; t<ov xaf' auxov ^eipovofr/iaai toçukw; 3.

L'exagération de l'organe qui compte seul dactylologiquement était le moyen d'appeler sur le sigle une attention particulière; de même les modernes soulignent des mots, dans le dessein de fixer la pensée sur leur valeur relative.

Le peuple le plus stationnaire et le plus traditionnel, les Chinois, répète ce double signe en y attachant le même sens; les magots anciens et modernes affectent

verser alors qu'on ne marche pas à la manière du vieil Arabe , placer le bâton avant le pied.

1 Eulerpe-Mnémosynide.

2 Real Museo Borbonico; Napoli, i8a5, in-40, t. VII, tab. xxx.

3 Pausanias, liv. VI, ch. x, édition de Clavier; Paris, 1820, in-8", t. III, p. 295. « Il est représenté sous la forme d'un maître d'exercice, parce que c'était l'homme de son temps qui avait la main la plus propre à toutes sortes de mouvements. »

des doigts parlants, et Ja graphie du Céleste-Empire demeure insuffisante et incompréhensible tant que le geste et les diverses intonations vocales ne viennent' prêter leur assistance.

Le Musée des Antiques, au Louvre, conserve un basrelief en marbre de Paros, sous le n° 259, représentant la naissance de Bacchus. Jupiter et la nourrice saluent le nouveau-né du sigle E, initiale de Evoex\ C'est l'imposition du nom donné à Bacchus; comme nous avons vu pour la naissance de Minerve % on remarque le même sigle signifiant ErEIPÎl (se régénérer, ressusciter), dans les touchants adieux reproduits par Inghirami3.

La volonté divine, signalée par cette locution, le doigt de Dieu 4 , s'explique par le doigt élevé, sigle dactylologique de E6=Xw, /e veux, Etcoç, commandement, arrêt, ordre.

Suivant Horus Apollo : Avôpcoivou ffTo^apv àïftoi Aax-nAoç, le doigt de l'homme indique la bouche ; le doigt élevé est sigle de E&w, EcSw, manger5.

' A merveille, mon fils, Euav, Eme, Evioç. Encycl. des gens du monde, t. II , ae part. , p. 659 , col. 1. Voir notre planche vu.

2 Éléments carlovingiens, p. 36o, fig. dern.

3 Peintures antiques, t. VI, sect. vi, tab. a, 3.

4 En Egypte, au temps des Pharaons. Voir Exode, VIII, i5.

5 Horus Apollo, de Sacrarum apud jEgyptios insculptarum litterarum interpretatione, lib. II, c. 6. Ito(i«x°? pour lTO|xa.

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