‹ Dactylologie et langage primitif restitués d'après les monumentsChapitre 19 sur 83 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

L'A dactylologique était la manifestation, le sigle naturel de Appw, les deux, A(/.a, ensemble.

Une statuette de'la plus haute antiquité, attribuée aux premiers habitants de l'Italie, «dont l'action reproduite « par des doigts monstrueux ne sauroit être expliquée « que par la connoissance des temps et des circons- « tances, connoissance sans laquelle le chaos ne peut être « débrouillé 1. »

Pour nous, il est évident que ce bronze forme le sigle démesuré de Aitew (supplier), en même temps qu'il fait offrande de l'œuf. Il est à remarquer que, lorsque le sigle est une prière, c'est la main droite qui l'exécute. Le P. Montfaucon a fait graver un bronze presque semblable à celui-ci, toutefois en le défigurant 2.

1 Antiquités étrusques, par le comte de Caylus, t. II, p. 5y, pi. xm, fig. i. Cette statuette est passée au Cabinet des Antiques , à la Bibliolh. nationale (petits bronzes). Voir notre planche vin.

2 Voir l'Antiquité expliquée, pi. cxvm, fig. 4, t. II, p. ago. Un bronze de même espèce se remarque encore dans une des armoires, au musée du Louvre : nous venons d'en acquérir un de même genre.

Il est facile d'apercevoir que généralement les statuettes funéraires en bronze n'ont point été coulées d'un seul jet; le fondeur laissait les bras inachevés, afin de donner à l'acheteur le moyen de faire dire aux mains les sigles à sa convenance ; on fondait séparément l'organe chargé de produire la dactylologie, on le fixait ensuite à l'avant-bras par une soudure dont le nœud est encore apparent. C'est à cette soudure, prompte à s'oxyder, qu'il faut attribuer la grande quantité de statuettes retrouvées veuves de leurs mains.

Les premiers chrétiens orientaux répétaient, dans les cérémonies, les gestes dactylologiques d'antiques traditions; beaucoup de leurs pratiques sont arrivées jusqu'à nous sans altération , bien que complètement incomprises. Ainsi, à l'approche du saint sacrifice, durant le chant de la Préface, le ministre du Seigneur, élevant les bras comme Moïse sur la montagne, fait encore avec les doigts le sigle A. de AITEfi, pour demander à Dieu de répandre sa grâce sur les assistants; peu après il exécute le rho, de PEZÎÎ, sacrifier. (Voir ci-après, ch. xxm, Manifestations sacrées, où nous réunissons les signes dactylo-liturgiques.)

Un vase étrusque de la collection du musée du Louvre rappelle une des plus anciennes pratiques usitées en ce monde de misère : elle montre comment l'indigence implorait la charité avant que la linguistique fût vulgaire, le mendiant forme le sigle de AITEft, demander la faveur divine, protection, permission, et aussi demander l'aumône. La tradition n'en est pas encore effacée : dans nos écoles primaires, les jeunes gens

élèvent la main et le pouce pour solliciter une permission quelconque.

La statue d'Antinous1, si belle sous le seul rapport des formes, devient admirable lorsqu'on saisit la poésie exprimée sur les bonnes copies, par l'allégorie du lierre et par les sèmes dactylologiques. Antinous explique par deux sigles l'abnégation et la tristesse répandues sur sa personne lors du plus grand sacrifice que l'homme puisse faire à l'amitié. A l'instigation des prêtres égyptiens, il se dévoue pour assurer la fortune de l'empereur, et forme de la main droite le rlio de PEZiî, sacrifier; et, de l'autre, l'A de AK2N , la vie: c'est la dactylologie éclairant l'allégorie du lierre qui se brise sur le tronc impérial.

Le plus habile antiquaire du dernier siècle, M. le comte de Caylus2, s'exprime ainsi au sujet d'un bronze d'Apollon qui lui appartenait : « Cette statuette est posée avec « aisance et noblesse, et surtout dune manière conve- « nable à la divinité dont elle est l'image; les doigts de « la maiu droite ont un mouvement affecté qu'on trouve « rarement (souvent) dans les statues antiques (ils for- « ment le sigle A, de Aitoklm), mais ces sortes d'ar- « rangements peuvent n'avoir pas été produits par le « hasard, etc. (La main gauche fait le sigle E de EXkw « ou de Epew.) J'observerai que les anciens ont quelque- « fois arrangé les doigts de leurs figures d'une manière

« L'Antinous des Bains d'Adrien. Voir Monuments antiques du musée Napoléon, par Piroli, Petit-Radel et Piranesi frères; Paris, i8o5, t. III. pi. 39.

2 Recueil d'antiquités , t. II , p. 274 , pi. 77, n° 1.

« significative. Nous en avons un exemple dans le Janus « consacré par Numa , dont parle Pline l'Ancien '. »

« Janus geminus a Numa rege dicatus, qui pacis belli- « queargumento colitur, digitis ita figuratis, «t trecen- « torum sexaginta quinque dierum nota, per signifi- « cationem anni, temporis et sévi se Deum indicarel. « Signa quoque Tuscanica per terras dispersa, quse in « Etruria factitata non est dubiura. Deorum tantum pu- « tarem ea fuisse, ni Metrodorus Scepsius, cui cognomen « a Romani nominis odio inditum est, propter duo « millia statuarum Volsinios expugnatos objiceret. Mite rumque mihi videtur, quum statuarum origo tam vêtus « in Italia sit, lignea potius aut fictilia Deorum simula- « cra in delubris dicata, usque ad deviclamÂsiam, unde « luxuria. Similitudines exprimendi quse prima fuerit « origo, in ea quam plasticen Graeci vocant, dici conve- « nientius erit;etenim prior,quam statuaria,fuit; sedbaec « ad infinitum effloruit mullorum voluminum opère, si « quis plura persequi velit; omnia enim quis possit?»

Suivant les modernes, la caractéristique de hArpocrate est un doigt sur la bouche indiquant le silence; la vérité n'apparaît ici qu'à demi : le sigle de Harpocrate est l'A2, attendu que l'on ne tenait pas compte de l'h, qui est une aspiration et non une letlre. Aussi voyons-nous dans les nombreuses et authentiques statues de cette divinité , non pas un doigt isolé , mais bien le pouce joint à l'index , ce qui constitue le sème de la deuxième voyelle.

■ C. Plinii Nat. bist., lib. XXXIV, cap. y. 2 Voir notre planche n° ix.

Le doigt posé sur la bouche, indiquant la clôture des lèvres, est sigle de Epwto, retenir, comprimer; c'était aussi celui de HXto;, soleil, dont Harpocrate était le représentant.

L'autre main montre le poing fermé, sigle O deilpoç1, seconde appellation de ce dieu ; Montfaucon donne quantité de dessins qui rappellent ce sigle.

On voit au jardin des Tuileries, à Paris, vers la grille du Pont-Tournant, près du grand bassin, à la naissance des terrasses, les statues colossales du Nil et du Tibre. L'original antique de cette dernière est conservé au Musée national; mais les sèmes sculptés sur la base sont aujourd'hui presque frustes.

Le premier de ces fleuves fait des deux mains, et avec une dignité remarquable, le sigle A de ÀtYuitToç2, signifiant tout à la fois le nom du fleuve, l'Egypte et les Égyptiens. Les enfants jouant autour de la figure principale, au nombre de seize, indiquent le nombre de mesures nécessaires à la hauteur de ses eaux pour exercer leur heureuse influence: II«tç, acTologie de Htù.a.\ari\, palme, mesure.

Les crocodiles, habitants de ses bords, caractérisent l'antique coutume protophonétique par le sigle A de

1 Antiquité expliquée, t. II, p. 3oo, pi. ia3, n° i. — Caylus, Recueil d'antiquités, t. I , p. 28, pi. 8, n°* 1 et 2.

2 Nom donné au Nil par les livres saints, par Homère et par Diodore de Sicile. Il reçut plus tard des dénominations très-variées, commençant presque toutes par A: Abari , Abauhi , Astapus, Astaboras , Astusapes , Astrabere, JEstus, Aguila , Abaci, etc. Voir Bruzen de la Marlinière, article Nil.

AuToipayoç;, applicable à ce reptile dévorant ses propres enfants; l'hippopotame fournit l'A de A pTta^ pour sa hideuse rapacité; on peut voir aussi l'A de Autov, /leur, lotus, celui de AttiÇiç, retour, propre à la cigogne ibis; l'A du chien Avouëiç , etc.; ce sont autant de sigles acrologiques fournis par l'appellation d'êtres riverains du fleuve. Le Tibre, dont le nom primitif était Albula, témoin Pline et Virgile,

Tiberis antea Tybris appellatus, et prius Albula ': Amisit verum vêtus Albula nomen '.

Malgré ses attributs qu'il porte dans les deux mains, ce fleuve exécute par chacune d'elles le sigle A de son nom primitif hlëouka.. Romulus et Rémus jouent sous les yeux du Dieu ; le premier fait le A de Ae^w , bâtir, édifier.

On remarque, sur la plinthe tournée vers la grille, la constante répétition de l'acrologie d' Albula : un chien se désaltérant, Avouëi;, Ap&to; un bélier, Appvjv; une chèvre, At£; une vache, A<p8ovia; un mouton, Apç, Apoç ; un taureau, Apsviv. Les personnages nautiques sculptés sur la plinthe de derrière font le sigle A de A^ôoç, fardeau; un rameur porte-plan, l'A de Aptëw , changer, remplacer; unéchanson, Apo\o, abreuver; un feutier, Atctw, allumer; un rameur, A-fw, pousser; un homme de trait, Aiscto3, tirer; le limonier, AXeyu, avoir soin. Vers l'extré-

' Pliae, Hist. nat., liv. III, chap. v.

* Virgile, Enéide, liv. VIII, v. 33o.

3 Ce verbe provenant de la langue primitive est d'un usage traditionnel

mité, les deux fleuves font le sigle de Ai-reco , et demandent à Pallas asile pour les solliciteurs AuTO[/.aT<H ; la déesse, élevant l'index, montre le sigle E de Eaw, permettre. Derrière le Capitole, sur son éminence, on voit la truie, AQpooç, fécondité ', vouée au sacrifice. C'est la protophonie hiéroglyphique dans sa simple et saisissante expression.

Les sigles digités exercèrent leur influence, alors du développement de la première langue.

Hermès, Mercure1, exécute d'ordinaire le sigle A de AyY&Xû), annoncer; mais ce sigle appartient en même temps à

Apyupoç,

argent.

A(pEVOÇ ,

richesse.

Apvufxai,

acquérir.

ApTtaÇio,

ravir.

Aivu|/.at,

prendre.

Aipsb),

choisir.

AXiuxto ,

surprendre

A)iXa<r<7io ,

vendre.

AXX«Y|jt.a,

commerce.

A pua?,

rapace. -

A ioXoç ,

intrigant,

AicatEwv ,

trompeur.

Cette remarque est de nature à se généraliser.

parmi les matelots de toutes les nations, pour tirer, lever avec efforts on l'entend chanter en chœur dans tous les ports de mer. 1 Statuette antique, bronze romain de notre collection.

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