‹ Dactylologie et langage primitif restitués d'après les monumentsChapitre 28 sur 83 · T K X 2 (C G H J K CH Q S W X Z · texte numérisé non relu

T K X 2 (C G H J K CH Q S W X Z

Pao\a, douce, facile. Junon se borne à monlrer, par les sigles de Perew {faire la cour, donner la préférence) et de Otto {soupçonner), qu'elle a tout deviné. (Voir notre pi. xxxvi.)

Sur le grand autel des dieux, au musée du Louvre, salle d'Isis, n° 378 (voir notre pi. xxxvu), Vénus offre à Mars sa colombe, en faisant le sigle de Aya-aw, aimer; la main droite fait le sigle de Pe^w, choisir. Junon, de son côté, élit Mercure, dont elle forme l'initiale E de Epfjoiç; Mercure se borne à faire le sigle de Aiàw;, respect.

Le sigle P, répété si fréquemment avec une délicatesse affectée par les dames de l'antiquité, est l'initiale de Peut), faire la cour, donner la préférence , être galante, facile, et de PeÇco, faire, sacrifier, se disposer à l'amour; Paaoto , se dévêtir, se chiffonner.

Caligula souhaitait le bonjour à ses favoris, en leur présentant une main qui exécutait le sigle K, protophonie de Xaipe ■ , le valele des Latins.

Thévenot, conservateur à la Bibliothèque nationale il y a deux siècles, fit don au Cabinet des médailles d'une antique, espèce de jais, destinée à être suspendue au cou des matrones; l'anneau subsiste encore avec quelques débris. M. Baudelot de Dairval en a laissé une bonne gravure2, que nous reproduisons planche xxix. La main exécute le K, protophonie de

1 Sueton. in Calig. , c. 46.

' Baudelot de Dairval , Utilité des voyages; Paris, 1686, in-12, p. 33fi.

DACTYLOLOGIQUES. 209

Kciityi; le croissant intérieur rtavioetâviç signale le gamma de Teivof^ai; ainsi, l'amulette avait pour objet

Kotnr) reivojxai, Union féconde.

Les dames grecques, qui exécutaient le K, s'abstenaient souvent par pudeur de passer le pouce à travers les doigts ; elles se bornaient à montrer les deux premiers doigts écartés des trois autres. Un miroir antique de notre collection porte ce signe gravé sur son revers; le sigle de KaTowTpov est répété à six reprises de cette manière.

On pense généralement que la main laissant passer le pouce entre l'index et le médium est le symbole de la génération. Si ce n'est un symbole, c'est à coup sûr l'image protophonétique d'une grande énergie, sigle de Kuew , Koity], KuoOoç, Kaaoa, Kuo>v, etc.

On trouve dans l'Antiquité expliquée ' un génie consolateur faisant le K de Koipiciç , sommeil, repos.

Une gravure du même ouvrage2 montre un chevalier lançant un coup de pique contre un lion, et formant, de la main qui frappe le sème du pouce passé entre l'index et le médium , le K dactylologique sigle de Kevxew, piquer.

On voit au musée des Antiques du Louvre plusieurs grandes statues de César exécutant, de la main qui tient le glaive, le sigle K de Katcrap.

« Montfaucon, t. I, pi. ce, lig. 8.

2 lbid. , t. IU, p. 33o, fig. 182. Voir notre planche xxviii.

210 rKXï (CGHJKCHQSWXZ)

Nous avons remarqué bon nombre de Dianes antiques portant des traits, des dards, dont la main qui doit frapj per exécute le même sigle K.

En Italie, où le langage du geste est encore traditionnel, le signe ou sigle erotique du pouce fermé1 est journellement reproduit. On trouve bon nombre de mains sigliques, chez tous les antiquaires, en toutes sottes de métaux, en ivoire, corail, etc.

La barbarie, la férocité excluent l'aménité du langage 2 ; les sons rudes constituent l'apanage de la brute, de l'homme grossier, errant, du guerrier et du chasseur : l'euphonie, au contraire, accompagne la vie de société, la douce civilisation. Le naturel sauvage des premiers habitants du Caucase, aux climats si divers, enfanta une phonie essentiellement gutturale; l'Arabe nomade, le Persan belliqueux, comme les brigands sarmates et talares, parlaient de la gorge, plus encore en conséquence de la rudesse de leurs mœurs, qu'ensuite des influences climatériques, toujours vaincues par le naturel farouche.

Suivant les différentes phases de la civilisation, la phonie, d'abord sauvage, dut passer du guttural au grave, du grave au doux, et du doux à l'harmonieux.

Notre alphabet, composé de vingt-cinq lettres, compte parmi elles jusqu'à onze gutturales modifiées par l'adoucissement progressif.

' La main gauche était dédiée à Vénus; les influences lunaires appartenaient à Lucine.

» Le philosophe de Genève a écrit : « Un violent exercice étouffe les - sentiments tendres. >• Rousseau , Emile, liv. IV.

DACTYLOLOGIQUES. 2 1 1

Le Recueil des vases grecs du chevalier Harailton ' reproduit une charmante peinture antique. Les gens de Minos cherchent à soustraire au sacrifice promis par leur maître le superhe taureau, don de Neptune : un sacrificateur ordonne, par le sigle S, que l'animal soit immédiatement égorgé : 2<pa£w, égorger. Tous les serviteurs font l'O de Oi)£ou.ai, partir, s'en aller.

Un vase étrusque de cette helle collection 2 a donné le change à son illustre possesseur. Pan, principe de la fécondité, et la syrinx à la main , est ahordé par deux jeunes filles qui manifestent le désir de se livrer à l'amour. Le dieu paraît refuser son autorisation en retirant la syrinx; toutes deux exécutent le sigle A, de AtTew, demander, implorer. Deux satyres qui les suivent font connaître l'objet de leur convoitise par le signe guttural qui correspond au T ou au R démotique 3, c'est le sigle de Tswata, engendrer, ou de Kua>. Le sigle dactylologique, tourné de haut en bas, forme le cunnus des Latins K

Passerus, dans ses Picturœ Etruscorum5, a conservé

1 Recueil des vases étrusques du cabinet du chevalier Hamilton ; Paris, 4 vol. iu-fol., i833, t. It, p. 19. Voir notre pi. xxx. 1 Ibid. , 1. 1, p. 3, pi. 27, el notre pi. xxiv.

3 Voir Aperçu sur les hiéroglyphes, par Brown, à la planche.

4 D'où le nom obscène. Les Gallo-Belges n'écrivaient pas, mais employaient les caractères grecs comme sigles seulement; les pariétaires éhontés de toutes les époques salissaient de phallus les murailles sur la voie publique. Ces contours grossiers ressemblaient au caractère graphique minuscule des Hellènes, appelé aujourd'hui ë^a, et vira par les anciens; de là l'autre appellation obscène française, dont on n'a point soupçonné l'origine.

5 Roms, 1775, in-fol. , 1. 1, p. 17, tab. mil Notre pi. l.

212 r K X 2 (C G H J K GH Q S W X Z) DACTYL. le sigle S. Ulysse interroge Agamemnon sur le sort d'Ipbigénie ; celui-ci répond par le sigle fatal S, de 2<paÇoj, {'gorge/; sacrifier!

Suivant Dictys de Crète, « Ulysses falsas litteras tan- « quant ab Agamemnone missas,ad Clytaemnestram dece fert. » Il faut entendre, par falsas lifteras, falsas biglas.

On ne doit pas perdre de vue que jusqu'à l'établissement des postes, si récent d'ailleurs, les lettres missives étaient portées à leur destination par des messagers particuliers et spéciaux, qui pouvaient donner des explications sur le sens des sigles, tant que ce genre d'écriture fut. employé.

Page 1