‹ Dactylologie et langage primitif restitués d'après les monumentsChapitre 29 sur 83 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

AMNP

L MNR

DACTYLOLOGIQUES.

Les liquides empruntent leurs manifestations aux quatre doigts de la main se courbant tour à tour vers «^

le pouce.

Le A est le sigle de Aïipo; {chose de peu d'importance); le petit doigt et le pouce se réunissent, en effet, comme pour la chiquenaude.

Si pueritiam denotare vellent, lambda litera, A, veteres utebantur \

C'est le sigle de la futilité.

Une peinture antique reproduite dans la collection Hamilton 2 signale le lambda dactylologique; le personnage du milieu fait de la main droite le sigle de Aaywoç , peureux, lâche, tandis qu'un timide jeune homme, placé du même côté, exécute celui de AavÔavw, se cacher. (Voir notre planche xxxi.)

1 Porta. De Furtivis literarum notis, p. 7.

2 Picturse Etruscorum, t. IV, p. 4, pi. »3.

Le M tire son nom de sa configuration graphique dans le grec prohellénique; il avait d'abord plus de jambages: c'est le sigle de Mo>Xoç, combat furieux, comme les vagues de la mer.

Le M daclylologique , si fréquemment reproduit dans les peintures sacrées du moyen âge et de l'époque byzantine, est l'initiale de Muew, bénir, sacrer.

Le musée du Puy conserve une copie du M dactylologique exprimé sur une peinture du vie siècle, provenant de sa vieille cathédrale : il montre, dans le style roide de ce temps, la protophonie du nom de Moïse, avec la figure peinte et bien caractérisée du prophète.

Le IN a la même origine, et sert de sigle à New, qui montre le va-et-vient nécessaire à sa graphie.

Le rho forme le sigle de Ptv, Puyp;, nez, groin. La dactylologie imite, en effet, ces deux organes.

A peine si les quatre liquides A, M, IN, P commencent autant de mots grecs que la seule labiale II, dont nous avons constaté l'origine naturelle et mimique.

Le Musée national possède, sous le n° 529 (voir notre planche xxxin), un Cupidon auquel ou a assigné la dénomination du Joueur de ballon, sans réfléchir que, pour cet exercice, il n'était besoin ni d'ailes ni de carquois, et qu'en portant les yeux de côté, il se mettait en contradiction avec les exigences du moment. Les mains élevées forment par la droite le M dactylologique de Mapva[/.ai, combattre, tandis qu'avec la gauche il exécute l'A de Aij}>.y\, dard, trait. Le regard du dieu est porté sur le point où doit se placer le spectateur pour apercevoir distinctement les deux sigles qui établissent le

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colloque. Nous répétons ce que déjà nous avons eu l'occasion de déclarer: lorsque l'on rencontre un langage dactylologique correct, il ne saurait être tel par l'effet du hasard; les mains, si elles ne sont plus antiques, ont été restaurées en présence des fragments originaux qui ne permettaient point au réparateur de mettre du sien et de fausser l'expression des doigts.

Nous possédons un mandarin tunquinois, bronze d'un travail surprenant : les deux mains font le M dactylologique de MaieuTixoç, accoucheur; la tête est coiffée de trois petits groupes composés d'autant de femmes portant chacune des jumeaux, signe non équivoque de fécondité.

Un vase étrusque provenant du marquis Santangelo répète ce même sème, dans un colloque qui rappelle Myi&ouuïi et NHcaw. M. Raoul-Rochette en a reproduit le dessin *.

Un des plus beaux bronzes du musée royal de INaples est sans contredit le faune renversé2; la position ex-

1 Monuments inédits d'antiquité; Paris, i833, in-l'ol. , p. 202, fig. 41.

2 Bronzi di Ercolano, t. I, p. 1 5g -161; et le Real Museo Borbonico , Napoli, 1825, in-40, t, II, tavola 21, p. 1, 2; t. III, tavola 28.

La statue de Sardanapale , décrite par Ârislobule dans Athénée, XII, 7, faisait le même sigle.

Tibullo, El., II, 3a, « dimostra esser questo anche il segno che le donne davano a loro amanti la notte per introdurli segretamente in casa. »

Excreat ; et licta dat uiilii signa nota.

Ovidii Epist. xxi.

Signaque dat digttis medio cum pollice juuctis.

Ovidii Fast.,V, 433. '

[En Espagne] la société ne fut pas plus perfectionnée que les arts de la main. Les femmes, presque aussi renfermées qu'en Afrique, compa-

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centrique des doigts a été signalée, mais non expliquée. Le signe exécuté par le faune, avec une physionomie de bonheur et d'entraînement, est le M abrégé de Nuja- <peia, noces, ou de Nu|/.<p£uo[/.at, se marier. La main gauche forme l'O et l'T, sigles de Oap , épouse , et de Yjayiv , hymen. (Voir notre pi. xxxiv.)

Nous possédons un bronze ancien représentant une Tunquinoise de qualité. Celte figure exécute le sigle N de NufAço|/.ai, se marier, et Î'Y de Yteuç, race (à cause de sa).

Les fils de Sosinius, bronzier créions, consacrèrent un monument pour rappeler la justice, la modestie et la vertu de leur père, auquel ils font faire le sigle P de Pao\oç, facile ci vivre, obligeant, etc. Ce beau bas-relief est conservé au musée des antiques du Louvre, sous le n° 224 bis. (Voir notre pi. xxxv.)

Sur le fameux camée de l'apothéose d'Auguste, conservé an cabinet des Antiques à la Bibliothèque nationale, l'empereur fait le sigle P de Paàto;, clément.

Les vertus de Maic-Aurèle protégèrent sa statue à travers les siècles; encore debout au milieu du Capitule, le modèle des princes exécute des deux mains le rho de Pao\oç '.

Le chevalier Hamilton nous a transmis la charmante

rant cet esclavage avec la liberté de la France, en étaient plus malheureuses. Cette contrainte avait perfectionné un art ignoré parmi nous, celui de parler avec les doigts : un amant ne s'expliquait pas autrement sous les fenêtres de sa maîtresse , qui ouvrait en ce moment-là ces petites grilles de bois nommées jalousies, tenant lieu de vitres, pour lui répondre dans la même langue. (Voltaire, Essai sur les mœurs, ch. clxxvii, de l'Espagne sous Philippe IV.)

' Réduction de celte statue équestre, en bronze, dans notre collection.

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peinture décorant un lécylbe ou vase à parfums de son cabinet '. L'explication, toute naturelle qu'elle soit, n'a point été soupçonnée: le donataire fait une recommandation par le sigle P de PaOapy^, une goutte ! La personne à laquelle il l'adresse, répond par le sigle T de Tpu, si peu? (Voir notre pi. xxv.)

Une comparaison singulière établit, sans laisser place au cloute, la généralité et la continuité de la langue sacrée dactylologique. L'antique manuscrit de l'Iliade 2 montre, parmi ses peintures, Achille devant un autel allumé: il prie Jupiter en faisant le sigle de Pe£&), sacrifier, qui accompagne l'action elle-même. Un brûleparfums chinois 3, exécuté au commencement de ce siècle, porte deux personnages sculptés en relief: le premier, en face d'un trépied consacré au culte, forme avec précision le même sigle Pê£g>, tandis que le second fait le A de Aevi^a, prière. Mêmes signes dactylologiques à trois mille ans de distance, en des contrées antipodiques!

Si l'on ne peut croire raisonnablement que les Chinois des classes inférieures aient connaissance de la langue patriarcale, les sèmes, dont on fait un usage si fréquent en ce pays, ont été transmis par la tradition, et le plus stationnaire des peuples y attache encore une phonie et un sens concordant avec leur valeur primitive. H est à présumer qu'un Européen, familiarisé avec

■ Recueil des vases antiques; Paris, 1808, 4 vol. in-fol. , t. III, pi. n, * Horaeri Iliados, Rom.e, i835, in-fol., fig. 47- 3 De notre collection.

les signes daclylologiques de Cadmus appliqués à la langue prohellénique, se ferait comprendre avec plus de facilité des habitants lettrés du Céleste empire, que ne saurait le faire le plus avancé des professeurs qui, dans les capitales de l'Europe, ouvrent des cours de langue chinoise.

Une hydrie trouvée à Anzi, et conservée au musée de Berlin, représente l'union de Io , fille du Phénicien Inachus.

Le haut de la peinture montre Aoêw&nç, acrologie de Aaw, jouir; l'Amour fait l'A de Aipew, choisir, et l'O de Oap, épouse: Pan, en offrant sa syrinx, montre son bon vouloir, et fait l'E de Eau, permettre, joint à l'acrologie de Aoë&)&7]<; et de Agitât.

.Union fait de la main droite le sigle E de Eaw, permettre; de la gauche N de No», oui.

Éphèbe, frère de Io, exécute de la gauche le sigle 2 île 27](/.siomxoç, tablettes, <ïY)(ma><iew; (iiëXoç, em<r/)[/.oi;, etc., sur lesquelles il va inscrire l'épithalame; le sigle II de Ilûiew, écrire des vers; le sigle O de Ottirw, s'unir, et l'idole le sigle E de Eau.

Io, le sigle ï de Ypiv, dénouant sa ceinture.

Jupiter, le sigle A de Ayaicat», aimer.

Vénus forme l'A d'Atppo^tr/i.

Les objets qui terminent la scène par le bas forment tous l'acrologie de Aeyw, choisir, et Aaw , jouir :

Aoêoov);, tige, gousse.

A180;, pierre.

Airf°o>v , vase.

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Auyi; , lynx.

Aeipov, lis.

Aaaç, caillou.

Aaaaavov , trépied.

Nous reproduisons (pi. xlix) cette peinture, parce qu'un savant très-distingué, M. Ch. Lenormant, déclare qu'évidemment l'interprétation ne peut en être complétée avec les moyens ordinaires que fournissent les poètes et les mythographes '.

La statuaire antique perpétue à toujours les sigles dactylologiques qu'il n'est plus permis de méconnaître, et les chefs-d'œuvre conservés dans les musées de l'Europe redeviennent parlants pour tous ceux qui voudront les comprendre. Fidèles au sens originel du mot 2'/if/.a, simulacrum, imago, statua, les artistes de la haute antiquité reproduisaient dans leurs ouvrages les sèmes ou sigles rappelant, soit les actions, soit les noms des personnages; ils s'adressaient au public, auquel les arts ont toujours été consacrés, et lui fournissaient ainsi quelque chose de matériel qui flattait les intelligences ingénues des temps primitifs.

Si l'on pouvait concevoir la pensée que les manifestations dactylologiques furent spéciales aux sculpteurs seulement, la plus simple réflexion rétablirait immédiatement la généralité et la popularité du mode primoidial : les papyrus, les parchemins, les produits de la céramique, d'un usage si répandu et si vulgaire, les

1 Elite des monuments céramographiques, p. 53.

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premières monnaies, les mosaïques, les fresques et les verrières ne sauraient être l'œuvre du sculpteur. Tous les artistes s'adressaient au public, et employaient le langage qui devint plus tard celui de l'érudition.

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