‹ Dactylologie et langage primitif restitués d'après les monumentsChapitre 3 sur 83 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Dès le principe, l'homme se fit comprendre par le geste, et manifesta sa pensée : il parvint à l'articuler, secondé par l'onomatopée et les conventions phonétiques.

La statuaire, le bronze, le marbre, la céramique, les stèles et les papyrus, richesse des musées, perpétuent ces antiques faits restés à l'état d'arcane, et le texte mosaïque vient leur donner son vénérable appui.

Dieu, pure essence, prit un corps pour façonner l'homme à son image; Adam, doué de tous ses sens, ouvrant les yeux à la lumière, admira les merveilles qui l'environnaient; et la première relation entre la créature et le Créateur s'établit par la reconnaissance. Esclave de ses besoins, la vue, le toucher, l'odorat, déterminaient le choix instantané du premier homme; l'ouïe seule exigeait l'observation : le bruit des vents, le cri des animaux, la valeur de la parole, se percevaient par une intelligence réfléchie : la vue fut le principe de la pensée immédiate, et le langage d'action se présentait à l'esprit d'Adam pour rendre grâces à l'Eternel.

L'hébreu "IDN (amar), employé exclusivement dans les premiers chapitres de la Genèse, signifie faire passer dans l'esprit d'autrui, d'une manière quelconque, ce que l'on veut faire connaître : le ch. II, vers, iô1, s'abstient évidemment d'employer la formule usitée : "IQMS""0T1 , parce que le verbe "Ol (dibber) devait s'y trouver; ce verbe paraît plus tard et ne s'applique, dans l'original , qu'à des faits postérieurs au déluge.

Lorsque, pour la première fois, apparaît le mot parler, ce n'est pas isolément; on le trouve dans la même phrase, suivi du verbe dire, ^3*7, parler; à moins de pléonasme, il équivaut ici, quant au sens, à manifester; ce qui met en évidence les deux modes de transmettre la pensée.

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xai eute Kupio; o ©eoç 7rpo; Nwe Xe^iov. « Et Dieu parla phonétiquement à Noé, pour faire connaître sa pensée 2. »

La conséquence probable de ce précieux verset, c'est que les efforts des hommes pour arriver au langage parlé se prolongèrent durant les dix -sept, siècles qui séparent la création du cataclysme.

De la même racine "IDÏt dérive aussi "HDS* , emori,

1 Les hébraïsants, initiés aux délicatesses de la langue sacrée, établissent, de concert avec Simonis et le célèbre Gésénius, les différences qui caractérisent le primitif amar, dire, d'avec le verbe nominal postdiluvien "0.1, dibber, lé^t», logui, parler. Sur un antique bas-relief égyptien , on lit acrologiquement oôéyyw, pour parler oralement.

2 Voir , texte hébreu, Genèse, ch. vin, v. i5.

littéralement montaiius, montagnard, parce que les premiers hommes au langage d'action descendaient du Caucase. La même racine exprime le moyen mécanique employé à la transmission des idées et les. lieux d'où ces hommes sortaient pour se répandre sur la terre: Moïse n'a rien écrit qui ne fût encore dans la mémoire de ses contemporains, puisqu'il n'était éloigné d'Adam que de quatre ou cinq générations1.

Le langage d'action faisait connaître les choses par l'imitation pantomime de leur forme, et les actes, par la reproduction simulée du mouvement nécessaire à leur accomplissement : la parole secondait le geste par un accord simultané, et s'efforçait de rappeler phonétiquement les contours, l'expression, la similitude onomatopéique des objets, et spécialement leur corrélation.

La désignation des divers animaux faite par Adam se composait d'une mimique spéciale, rappelant soit la forme, l'instinct, l'habitude ou les qualités, enfin la caractéristique de leurs propriétés essentielles.

1 Adam n'a point été personnellement inconnu à Noé, celui-ci ne l'était pas à Abraham, ni ce dernier à Moïse : il n'y avait alors qu'une seule histoire dont les hommes pussent s'entretenir. Voir la Bible, édition Lefèvre, i834, in-8», t. XIII, p. 10.

«Dieu dit que la lumière soit, et la lumière fut. » Gen. , ch. i, v. 3. Dire est ici l'équivalent de vouloir, décider, etc. , puisqu'il n'y avait encore personne à qui parler.

Lorsqu'il est question, dans la Vulgate des premiers livres de la Genèse, de Pocem Domini Dei, le mot hébreu Slp équivaut à sonus , tonitru; c'est dans ces acceptions qu'il faut l'entendre.

Le nom nOTN, Adama, terre, terrestre , pétri d'argile, était d'une indication facile : un simple geste suffisait pour le rappeler.

Les noms antédiluviens appartiennent au langage d'action, qui peut les figurer d'une manière catégorique : Adam appelle sa compagne HWtf (Isscha), féminin de U^tf (isch), homme, en simulant l'être ra-isonnable, accompagné du signe féminin : de même

Num.

Signification.

Nom.

Signification,

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