‹ Dactylologie et langage primitif restitués d'après les monumentsChapitre 4 sur 83 · JAPHET · texte numérisé non relu

JAPHET

qui s'étend.

L'antique usage du langage d'action est constaté dans le premier livre de Diodore de Sicile 3 ; il fait connaître la vie des premiers hommes et la variété des dialectes ;

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1 Le Seigneur mit un signe (sigle) sur Caïn, pour qu'il ne fût pas mis à mort. Genèse, ch. iv, vers. i5.

2 Ce nom doit être considéré comme affinité du nom grec £»ina, tant pour la signification que pour la phonie.

3 Diodori Siculi (3i6Xo« itpoiTi), c. 8, p. i4-

wç stuxe suvtaiiavTtov T«ç Xeietç. Aïo xat iravroiouç xe UTcap^ai ^apax-CYipai; Sia^EXTWV , xai Ta irp<OT<x YEV0|AEva <JU(mi[/.aTa tiov a7ravTiov e8vwv ap)(EY0Va YEvssôat.

AD VEBBUM.

Voce autem existente absque significatione , et confuse paulatim protulit verba; et (homines) invicem sibi posuerunt signa uniuscujusque subjectarum rerum : sicque notam fecerunt sibimetipsis omnium rerum elocutionem. Cum autem hujusmodi cœtus fièrent per totum orbem, non omnes eadem utebantur Ioquela, aliis alia connectentibus verba, ut sorte acciderat. Hinc multifariae emerserunt linguse, primitivaeque factse gentium congrégation es.

SENSUS GÂLLICE.

La voix, d'abord insignifiante et confuse, se plia peu à peu à articuler des mots : les hommes s'indiquèrent réciproquement par des signes les objets qui frappaient leurs sens : c'est ainsi qu'ils finirent par former pour leur propre usage un langage exprimant toutes leurs pensées. Comme ces réunions se formèrent en diverses parties du monde, elles ne parlaient pas d'une manière uniforme : chacun adoptant d'autres mots, selon que le hasard les faisait naître. Telle est l'origine de la diversité des langues , et la cause des premières agglomérations des peuples.

Pour indiquer à sa compagne le plus impérieux des besoins, le premier homme eût vainement articulé tous les sons qui, plus tard et dans tous les idiomes possibles, constituèrent le verbe manger; un geste négatif eût prouvé qu'il n'était pas compris; mais approchant instinctivement et par un mouvement alternatif les doigts groupés de la bouche entr 'ouverte, il fut immédiatement entendu : dès lors le langage universel

était trouvé; les besoins et les actions avaient un interprète. Bientôt l'organe de la voix vint se joindre à la mimique; la même articulation, toujours attachée au même geste, devint compréhensible : alors même que le geste manquait, son auxiliaire pouvait suffire. Ainsi le langage parlé arrivait à la suite du langage d'action : l'expérience montra l'insuffisance du geste en certaines circonstances ', et les doigts de l'homme, par leurs combinaisons, furent appelés à y suppléer.

L'auteur du grand miracle de la création pouvait donner à l'homme l'intuition du langage. L'omnipotence du Créateur ne saurait être mise en doute; toutefois on est forcé de reconnaître qu'il eût fallu non-seulement un miracle pour la compréhension de chaque mot par un auditeur, mais encore un miracle pourchaque particule, pour chaque pronom, etc., une série de miracles enfin, d'une utilité très-contestable , puisque le geste naturel pouvait suffire aux besoins si bornés, aux idées si simples des hommes primitifs. Aujourd'hui encore la main n'est-elle pas l'interprète unique entre les peuplades séparées par de grandes distances et restées étrangères à la civilisation, ou aux conventions linguistiques? Le langage de la main est « d'une variation et multiplication à l'envy de la langue 2. »

' Les temps, les lieux et les personnes ne peuvent être exprimés par le langage d'action.

2 Quoy des mains? nous requérons, nous promettons, appelions, congédions, menaçons, prions, supplions, nions, refusons, interrogeons, admirons, nombrons, confessons, repentons, craignons, vergoignons, dou-

La langue patriarcale, uniforme et générale, Erat autem universa terra Iabii unius, et verborum eorumdem *,

donna naissance à la dactylologie, à laquelle elle communiqua sa nature invariable.

L'hébreu HSW, sur lequel se fonde le ch. xi, i, signifie labium, lèvre, langage phonétique; il constate seulement la manière uniforme de s'entendre. L'usage de la voix , comme partie intégrante du langage, s'était généralisé; les descendants de Noé, réunis dans la même contrée, avaient- établi entre eux l'uniformité du langage en partie mimique, en partie oral : la confusion date de Babel, ; ;3 {confondre), par le désaccord entre le langage d'action et le langage parlé 2. Ainsi s'établirent les différents dialectes; la dispersion des tribus en fut la conséquence. Le moyen employé par Dieu pour forcer les hommes à se répandre sur toute la terre fut la division de la langue en dialectes 3.

tons, instruisons, commandons, incitons, encourageons, jurons, témoignons, accusons, condamnons, absolvons, injurions, mesprisons, deffions, despitons, flattons, applaudissons, bénissons, humilions, moquons, réconcilions, recommandons , exaltons , festoyons , resjouïssons , complaignons, attristons, desconfortons, désespérons, estonnons, escrions, taisons: et quoy, non ? (Voir Montaigne , Essais, livre II, chap. 12.) — Le muet ne se rend pas moins entendible par les signes de ses deux mains, que celui qui, par un caquet affilé, nous rompt la tête et les oreilles. (Estienne Pasquier, Lettres, liv. VIII, lettre 10.)

' Genèse, xi, 1, 6, etc.

J Les anciens faisaient venir sermo de sero : les expressions, suivant eux, étaient liées par l'organe de la voix.

3 Genèse , xi , 8.

Les hommes restèrent longtemps sous l'empire de l'hétérophoiiie1; de là l'inanité des efforts ayant pour objet la traduction des dialectes exprimés par les signes cunéiformes, les quipos, etc. Le laconisme des sigles et la multiplicité des conventions graphiques rendent l'interprétation de l'ancienne numismatique orientale à toujours controversable.

Il n'y eut d'abord qu'un langage mécanique analogue à celui qu'on emploierait avec les sourds-muets, ou le sauvage dont on ignore l'idiome. Il produisit peu à peu une langue orale, la langue primitive, commune à tous les hommes; elle se particularisa au moyen des signes de doigts qui indiquaient les mots les plus saillants par des sigles en harmonie avec l'exiguïté du vocabulaire primitif, et le laconisme des phrases construites à la manière du langage des nègres ou des trafiquants syriens.

Lorsque Dieu divisa les lèvres, c'est-à-dire le langage phonétique primitif, de nombreux idiomes se formèrent; mais les sages n'abandonnèrent point les signes manuels représentants de la langue primordiale, qui subsista toujours comme norme. Ceci explique comment les signes dactylologiques furent identiques sur tous les points du globe, et à toutes les époques de l'antiquité.

Le langage d'action ayant précédé la dactylologie, les premières manifestations furent prises dans la pantomime naturelle; elles se comprenaient en se produisant,

' Voir Hesiod. Opéra et Dies, vers. 178; Diodor. , B. H. 1, § 8.

et sans conventions préalables; car elles étaient, pour la plupart, figuratives et matérielles. (Voir Planche m, Manifestations.)

p i ilactylologique *-* j représentait :

j Eue, Exet,

un, là, ici.

A[xa, Aptœw,

ensemble.

Ispoç,

sacré (nombre trois).

Oç8aX(jioç,

œil.

Yêpiç,

affront, corne.

IIevte,

cinq.

AlXT),

équerre, justice.

TejjiVfc),

couper.

TuaXov,

creux de la main.

KoiTT),

union.

Sireipa,

spirale.

Avipoç,

bagatelle, chiquenaude,

MojXoç,

combat tumultueux , comme les vagues.

New,

aller, revenir.

Piv, Puyx°?,

nez, groin.

Ces signes-images, en frappant l'intelligence, assuraient un souvenir prompt et facile. Le langage d'action fournit les éléments de la dactylologie , et sans doute la dénomination des premiers signes; nous verrons bientôt les lettres prendre leur nom dans la protophonie des objets qu'elles étaient chargées de rappeler le plus fréquemment.

Les noms des premiers signes représentés par les doigts, identiques avec les premiers nombres, étaient tout ce qu'il pouvait y avoir de plus simple parmi les hommes,

et par conséquent de plus primitif. Jéhovah parle à son peuple par l'enlacement de ses doigts. Jamais, dans les livres saints, on ne rencontre le nom d'une seule lettre d'un alphabet quelconque; et lorsqu'il s'agit de spécifier le représentant de la pensée, c'est toujours l'équivalent du mot signe, marque, etc.

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