‹ Dactylologie et langage primitif restitués d'après les monumentsChapitre 47 sur 83 · CB ™ .2 -5 2 "£ — ™ S · texte numérisé non relu

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27(i MANIFESTATIONS

L'office de la messe ne fut graphie que vers la fin du ive siècle; la dactylologie préexistante indiquait les toniques sigliques, qui commandaient le sens des paroles traditionnelles; les Évangiles (xara, secundum), selon les traditions des Apôtres, ne furent graphiées que postérieurement ; saint Jean, le seul qui écrivit, le fit probablement par le moyen de l'insuffisante écriture siglique, ce qui justifie l'obscurité de son texte.

L'Iconographie chrétienne ', important ouvrage dont nous reconnaissons le mérite, ne pouvait fournir l'explication des paroles manifestées par les personnages s'exprimant dans l'antique langage dactylologique, puisque jusqu'à présent ce langage était à peine soupçonné; nous comblerons celle lacune en donnant les significations les pluj remarquables de la Daclylologie sacrée.

Le but que se proposait le christianisme, en admettant dans ses temples les ornements figurés, était de parler au vulgaire, Plebi Dei; Litterarum ignari1. Le Synode d'Arras3 déclare expressément «illiterati, quod « per scripturam non possunt intueri, hoc per quaedam «pictuise lineamenta contemplantur. » Saint Paulin, au ve siècle, disait «qu'il désirait édifier surtout les « paysans à foi récente, qui ne savaient pas lire 4. » Il

1 Par M. Didron; Paris, Impr. royale, i8ij3, in-4", fig.

2 Ciampini vetera monimenta , p. 49 , pars prima.

3 En ios5. Voir Iconographie chrétienne , Introduction, p. 5.

4 Divi Paulini Epist. Poema XXVI; Carmen IX, v. 541, 5g4; Muratori , Verona , 1736, in-fol. — Voir aussi Rationale divinorum offîciorum Durandi ; Argentine, i486, in-fol. goth. : « Picture et ornamenta in eccle- • sia sunt laicorum lectio et scripture, » lib. I, fol. vit.

était naturel que les prélats fissent représenter par des peintures hagiographiques les signes manuels consacrés et employés journellement par le vulgaire : de là ces nomhreux signes identiques avec ceux de la haute antiquité, et qui nous donnent l'explication des plus anciennes verrières. Il convient de ne pas perdre de vue que les coutumes orientales et le rit grec s'étaient étahlis dans les Gaules avec le christianisme.

Veni Creator Spiritus , Mentes tuorum visita.

Dextrae Dei tu digitus , Sermone ditans guttura Accende lumen sensibus.

Chaklemagne.

La Bénédiction byzantine est le sigle M de Muew; ainsi, dans la Bénédiction d'Abraham, miniature du xe siècle, bible n° 6, à la Bibliothèque nationale, reproduite par l'Iconographie chrétienne, page 55,

Abraham fait le sigle A de Aeojjuxi, avoir besoin, désirer. Le Christ, le M de Mueo», sacrer, initier, bénir (aussi p. 72, 208). l'A de Abraham.

l'E de Epuw , protéger, sauver (2 fois), le A de Apsmo , recueillir.

Page 61, M de Muptoç, infini (2 fois); aussi p. 117.

73, Voyez p. 55.

n3, A de Aavoç, don, présent.

117, Voyez p. 61.

119, I de b]onja, Jehova.

A de Aï)Xo;, manifeste.

E de Eu;, bon.

Page ia5, Il de liait;, enfant.

de Ilpsuêeuio, intercéder i63, II de Uprfibt, brûler,

de Ikôov, logis.

2 de SepaÇw , détruire.

178, M de Mauaw, pétrir.

» 181, M de Mcvio, endurer.

208, , E de EuSo) , dormir.

A de AiSwai, accorder.

M de Muew, sacrer (p. 55).

256, A de Atoacxo), enseigner (p. 291, 307, 333,499).

279, I de Irjaouç, Jésus.

P de PaSiwv, meilleur.

283, E de Exaç, loin de.

0 de Opaw , voir.

291, Voyez p. a56.

3o4, M de MavSavw, apprendre.

307, A de AiSaixw, voy. 256; I de Iïjsou;, voy. 279.

3io, A de Aoxeio, paraître; I, voy. 27g.

328, Y. de Yioç, fils.

329, E de ESva, présent, don.

333, Voyez p. 256.

443, A de Aeixvufju, montrer.

Y de Yyvifc, rationnel.

1 de Ist)(j.i, connaître.

A de XyytXtoa, annoncer.

0 de Oaioc, les choses saintes. ■ 446, I de It]<jouç, Jésus.

1 de Ir,o)ua , Jehova.

I de Upov irveu[/.a, Saint-Esprit.

499, Voyez p. 208.

537, T de Tpiêo), façonner.

A de Auto, délayer.

A de Aeo[/.at, avoir besoin, nécessaire, etc.

Quel que soit le nombre des mots qui pourraient s'adapter à chaque sigle, la convenance unique et l'accord exact entre le mot recherché et l'expression spéciale du dessin ne laissent point de place au doute. Ainsi Achille, sacrifiant à Jupiter, exécute de la main gauche le sigle P. Est-il permis de croire avec quelque vraisemblance que ce rho puisse signifier autre chose que Pe&ûj sacrifier1? La certitude est plus complète encore, lorsque l'on voit dans les mêmes circonstances le même sigle se présenter toujours avec la même signification. Le M de Muew, que l'on retrouve invariablement dans la Bénédiction byzantine a, peut-il signifier autre chose que bénir, initier, sacrer3?

La main de l'Apollon du Belvédère, en exécutant le II, donne l'initiale du mot Python1*, comme le même sigle, avec une expression de regret, signifie ailleurs noôoç, repentir5. Ce signe est aussi l'initiale d'un guerrier, alors que Pertinax le manifeste 6. Plus tard , les mains étendues sur la poitrine ou élevées vers le ciel devinrent le geste constant des effigies de la Mère de Dieu. Ce geste rappelle son titre à la vénération, Ilatç {mon Fils!), et sa constante intercession Ilpeiîêeuw , aussi bien que Pro vobis. L'ange de l'Annonciation fait l'A précédé de

1 Homeri Iliados picturae anliqua?, tig. 47.

2 Bénédiction primitive du christianisme apporté dans les Gaules avec le rit grec.

3 Iconographie chrétienne , par M. Didron ; Paris, 1843, in-4°, fig. , p. 55, 61, 7a, 117, 178, i8t, 208, etc.

4 Voir notre pi. xvir.

5 Voir p. 194.

6 Voir notre pi. xx.

l'aspiration X (Xaipe); suivant le rit latin, il exécule simplement l'A de Ave Maria. De même, le Christ au tombeau faisait le sigle de Paëa^w, et suivant le rit latin le R de Resurgam1.

Le D dactylologique reproduit par les figurines couronnant les pilastres aériens de la cathédrale du Puy * signifie Deus, comme le A exécuté par saint Laurent 3 veut dire Aauo, brûler. Ainsi, les nombreux auditeurs représentés dans l'intérieur d'un D capital4 s'inclinent devant le prédicateur, qui manifeste à la piété des fidèles l'initiale du nom de Jésus; ils répondent unanimement par le sigle de Dôminus noster.

La connaissance du sujet, des personnages et des circonstances, conduit à une telle invariabilité d'interprétation, que le doute devient impossible.

On comprend tout ce que l'acrologie vient ajouter de certitude aux lumières si vives du langage des doigts.

L'abandon des traditions patriarcales se consomma vers le xve siècle, sous l'influence des découvertes successives qui vinrent changer la face du glohe. Le navigateur avait un guide, le guerrier s'armait de la foudre, et la pensée se fixait par une propagation instantanée. Pleins de feu pour la renaissance, les esprits étaient entraînés vers un avenir gros de merveilles et d'illusions; le passé, au contraire, s'évanouissait sous le froid linceul de l'oubli. Les monuments de pierre, de bronze,

' Statistique monumentale de Paris, pi. xix, n° 2. ' Voir ci-dessus p. 197.

3 Ivoire de notre collection.

4 Voir notre pi. xnv.

les papyrus, les membranes el le vélin , les fresques et les verrières, témoins et dépositaires des vieilles pratiques vulgaires, frappés de réprobation et de mutisme, ne rencontrent plus désormais d'yeux pour les voir, d'oreilles pour les entendre, d'intelligence pour les interpréter : ainsi , et toujours à de longs intervalles, l'homme, fasciné par l'application nouvelle de découvertes dues le plus souvent au hasard, ne se livre pas moins aux paroxysmes de l'orgueil , et se suicide en dédaignant les bienfaits du passé et l'expérience des siècles.

Nonobstant ce conflit d'éléments délétères, les traditions dactylologiques subsistent toujours, mais purement matérielles; l'intelligence qu'elles ont si longtemps servie, les abandonne; les artistes n'y voient désormais que des formes muettes qu'ils reproduisent par respect pour l'antiquité; les archéologues ne les interrogent plus, et reconnaissent cependant que ces vestiges doivent avoir une signification; les pratiques religieuses, dans leur stricte observance, les conservent avec une exactitude digne d'étonnement ; le rit grec, comme le rit latin, sont riches en répétitions cliirologiques. Aujourd'hui x un journal publie le portrait gravé du néophyte métropolitain de Valachie: la main droite du pontife fait le M dactylologique (Muew). Le rit latin, dans la même circonstance, eût montré trois doigts élevés et deux baissés.

C'est la puissance de la tradition luttant seule contre

■ *8 août 1848, l'Illustration, n° 287, vol. XI.

l'incertitude des innovations. Les illustres peintres de l'ancienne école italienne se complaisaient dans ces mouvements de doigts et de mains, qui paraissent aux modernes une vaine afféterie. Les œuvres de ces grands artistes reproduisent exactement les sèmes des antiques sculptures, des vieilles fresques, des vitraux des premiers chrétiens, et surtout la pantomime traditionnelle du sacerdoce et du peuple.

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