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et l'harmonie; au Septentrion, la psalmodie indispensable à la mnémonique et le rhythme approprié aux marches militaires. Le bâton du jongleur, la ritournelle du rebec, ou le retentissement du cor, suffisaient aux dures oreilles septentrionales; le christianisme commença leur éducation musicale, en répétant dans les cérémonies religieuses les chants ambroisiens, puis les chants grégoriens que nous entendons encore aujourd'hui.
La musique se développa comme sa sœur la poésie : auxiliaires toutes deux de la mnémonique, la mélodie comme la mélopée, dépourvues de mesure, n'accusent d'abord qu'un rhythme, une quantité :
Prosa est producta oratio a lege metri resoluta '.
La prose latine, seu séquentiel2, comme nos assonances septentrionales, ne devint vulgaire que par la cadence et le retour périodique des mêmes sons 3. La mesure en musique arriva tardivement ; elle était encore imparfaite au temps de Gui d'Arezzo ( vers l'an iooo).
1 Ysidorus. Durandi, lib. IV, fol. 67 v°, col. 2.
1 Durandi, Ralionale divinorum officiorum, Argentine, i586, in-fol., lib. IV, fol. 67, col. 2.
3 Le chaut des premiers chrétiens fut celui des Hébreux. Au ive siècle, saint Ambroise rendit vulgaires quatre modes de la musique grecque : on lui attribue le Te Deum. Deux siècles plus tard, saint Grégoire le Grand compose son Antiphonaire , que Charlemagne popularise au Nord. Sous les ducs de Bourgogne, le contre-point accompagne le chant par l'harmonie, et crée un art nouveau.
Elle forma le pied du vers musical r, et s'établit au Nord à l'époque où le vers français prit une mesure régulière et normale (xve siècle).
La prose simple, sans l'auxiliaire obligé de l'écriture, était intransmissible d'âge en âge : de là l'impossibilité de rencontrer une prose vulgaire antique. La prose métrique, celle de la liturgie au contraire, par sa contexture, par son lit de Procuste, ses quantités déterminées et ses assonances, parlait à la mémoire, forçait l'esprit à la réminiscence, et devenait ainsi traditionnelle.
Voltaire signale les services rendus par le père Buffier, dans sa Mémoire artificielle; il ajoute: «Elle est « d'un grand secours pour ceux qui veulent avoir les te principaux faits de l'histoire toujours présents à l'es- «prit; il a fait servir les vers (je ne dis pas la poésie) «à leur premier usage, qui était d'imprimer dans la « mémoire des hommes les événements dont on voulait « garder le souvenir a. »
Ces causes donnèrent à notre histoire les chansons pour interprète.
Les prestiges de l'imagination et l'entraînement des passions dominaient au Midi; le Nord restait condensé dans les froids calculs de la raison, le positif de la logique et du simple bon sens.
1 Encyclopédie des gens du monde,' t. XVII, 2e part., p. 585, col. i. Traité de la mesure, par Bonesi; Paris, 1806, in-8°. On dit cependant que les Romains battaient la mesure des pieds et des mains. (Dict. d'Antiquité, par Furgaut.)
» Siècle de Louis XIV, 1. 1 , p. 71 (éd. de Kehl).
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L'architecture au Midi ne ressemble pas davantage à l'architecture du Nord : les Méridionaux, héritiers des vainqueurs du monde, travaillent le marbre, la pierre, la brique; ils en font des entablements, des colonnes, des cintres, etc. Au Nord, la routine persiste à élever ses constructions en bois; mais lorsqu'aux ive'et Ve siècles la torche des barbares eut tout détruit, les charpentiers, seuls architectes, désirant échapper à de nouvelles conflagrations, donnent à la pierre les formes élancées et hardies des édifices en bois : les piliers se composent de faisceaux réunis, les rinceaux de branchages, les découpures à jour sont sculptées comme sur les matériaux les plus tendres ; les ogives, ornementations des arcs-boutants angulaires, se répèlent nonobstant la tendance à l'écarlement, vice de leur origine. Par suite de ce système inintelligent nos temples sont étayés de contre-forts indispensables^pour maintenir ce qui n'était naturellement soutenable qu'à la condition d'être exécuté xyloïdiquement.
Les rois francs, fondateurs de cette France placée par eux à la tête d'une civilisation que le Romain Provençal avait laissé décomposer et dissoudre, pesaient de toute l'influence de leur origine sur les localités wallonnes agglomérées près des fleuves qui, depuis le Rhin, se rapprochaient de la Seine, traçant d'une main victorieuse la grande carte de l'empire. Les mœurs des chefs les identifiaient avec le vulgaire, et le langage dactylologique devait être l'expression de leurs habitudes journalières; leurs tombeaux ou cénotaphes vinrent orner les antiques églises de Paris, et montrent le lan-
gage siglique le plus solennel, le plus authentique qui puisse frapper les yeux.
Sans doute, ces monuments ne furent pas tous élevés immédiatement après le décès de nos princes; mais le langage qu'on leur prête était, ou l'expression traditionnelle de la pensée primitive, ou l'exacte copie des sigles dont la première tombe fut décorée.
Pleins de respect envers la tradition, les moines du xne siècle relevèrent, dans l'abbaye Sainte-Geneviève, le cénotaphe de Clovis, copié sur l'antique tumulus du vie siècle. Le sigle dactylologique ne subit aucune altération : la main gauche, formant une concavité, exécute la préfixe gutturale, pour indiquer le nom de Clovis; la main droite forme le sigle O d'Omnipotens ou d'Ovai/s '.
A l'abbaye de Saint-Germain des Prés, on conserve le tombeau du xie siècle, de Chilpéric 2 :
Rex Chilperious hoc tegitur lapide.
Le prince franc tient un sceptre de la main droite, tandis que de l'autre il forme l'I dactylologique, initial de son nom, car le ch précédent n'est autre que l'esprit rude des anciens préfixé à Ilpericus 3.
Dans la même église, le monument sépulcral de Frédégpnde n'est pas moins saisissant par son langage d'outre-tombe; la main gauche fait la labiale dactylologique
1 Celte tombe et les suivantes sout gravées dans la Statistique des monuments de Paris, atlas, cartes, plans et dessins, par M. Albert Lenoir; Paris , 1846, 1847, in-fot.
2 Voir 21e livraison , pi. 11 bis.
3 Voir 20e livraison , pi. iv.